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20/08/2012

RETOUR SUR GUELACK - HISTOIRE D'UN DOC - EPISODE 3

 EPISODE 3 - SECHERESSE ET DESERTIFICATION DANS LE SAHEL


Sahel.jpgArrivé au stade d'explication où nous en sommes du projet mené par Ousmane et Doudou Sow dans la bande sahélienne de Guélack, il paraît utile de faire un rappel contextuel et factuel des conditions dans lequel celui-ci se déroule et de revenir sur les principaux fléaux qui sévissent depuis 40 ans dans cette région à savoir la sécheresse et la désertification.

Outre les fréquentes invations de crickets qui menacent les cultures, le Sénégal est victime de l'avancée conjointe du désert (sable rouge) et des sables marins (sable blanc) qui prennent véritablement le pays en étau. Si ce phénomène touche particulièrement la Teranga, il concerne également une part importante du continent africain qui a perdu plus de 650000 km2 en 50 ans, soit sensiblement plus que la surface de la France.

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Cette désertification n'est pas seulement dûe à des phénomènes naturels (vents, manque de pluie), mais procède aussi de la mauvaise utilisation des sols (surexploitation de terres peu fertiles ou fragiles, déboisement anarchique, feux de brousse, sur-paturage etc...) et de l'influence de l'homme sur le climat. La lutte contre cette désertification est un enjeu majeur pour le Sénégal et l'Afrique tant ce phénomène à d'impact sur l'avenir d'un pays dont la population a triplé depuis 1960, augmentant considérablement ses besoins agricoles. Il est en effet l'un des principaux facteurs de pauvreté et explique en grande partie les flux migratoires.

Au Sénégal, comme dans bien d'autres pays la plupart des jeunes renoncent très vite à l'agriculture et tentent leur chance en ville ou à l'étranger, créant bidonvilles, situations sociales inextricables et politiques repressives des pays d'accueil occidentaux.

C'est à partir de ce constat, que le village de Guélackh s'est mobilisé autour d'Ousmane et Doudou pour vaincre la fatalité, tout en donnant à l'occident les clefs d'une véritable politique de co-développement, aux antipodes des réflexes néo-colonialistes qui participent à la paupérisation du continent Africain.

 

LA DESERTIFICATION EN QUELQUES POINTS

  • La désertification est la conséquence de phénomènes naturels et d'origines humaines.

  • C'est particulièrement le cas dans le Sahel, qui s'étend sur les huit pays de l'Afrique Sub-saharienne, du Sénégal à l'ouest au Soudan à l'est.

  • Les causes humaines, notamment le surpâturage et le déboisement, témoignent de pratiques exactement inverses à celles qui ont cours à Guélack.

  • La grande sécheresse et ses épisodes aigus de 1973-1974 et 1983-1984 ont fait plus de 200 000 morts dans le Sahel.

  • La désertification touche 480 millions d’êtres humains dans le monde et en menace 1 milliard.

  • D'après l'ONU la désertification guette aujourd'hui 35% des terres de la planète et 70% des terres arides.

  • 10 millions d’hectares de terres arables se dégradent chaque année.

 

LA SECHERESSE

  • 4322.preview.jpgAu cours des deux premiers tiers du 20ème siècle, les périodes humides et sèches se succèdent à un rythme régulier dans la bande sub-saharienne. Elles durent de 6 à 7 ans pour les premières, le double pour les secondes. Mais à partir des années 70, une nouvelle sécheresse d'une terrible intensité accable le Sahel, sans connaître de rémission, en dépit de deux années moins arides en 1993 et 1999. L"année 2012 est de ce point de vue assez terrible.

  • Le climat sahélien, comme celui de la plupart de l'Afrique, se découpe en deux saisons principales. La saison sèche, de novembre à juin et la saison des pluies ou hivernage qui s'étend de juillet à octobre. Depuis l'avènement de la grande sécheresse de 1970, la durée de la saison des pluies se réduit sensiblement, même si l'intensité des précipitations a augmenté ces derniers temps.

  • Si la dureté des conditions de vie liées aux sécheresses peut s'améliorer à l'occasion des années plus humides, la désertification progressive née de ces périodes est, elle, irréversible.

LA DEMOGRAPHIE
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  • Le Sahel connait l'une des plus fortes explosion démographique mondiale.

  • Sa population a été multipliée par quatre depuis 1950.

  • Au Sénégal durant les seules 30 dernières années, la population est passée de 5,6 millions d'habitants à 13 millions, dont 56% vivent avec moins de 2 dollars par jour.

  • La conjugaison de cette évolution démographique avec la détérioration du climat a poussé massivement les populations à se sédentariser et à rejoindre les villes sahéliennes, y faisant pousser les bidonvilles comme des champignons. 38% de la population urbaine sénégalaise est concernée par ce phénomène, ce chiffre atteint 83% au Niger. En Mauritanie, la capitale, Nouakchott est passée de 6000 habitants en 1962 à plus d'un million aujourd'hui.

  • Cet exode participe à l'augmentation de la désertification en privant les campagnes de main d'œuvre tout en accroissant l'utilisation de ses ressources.

  • Ces « réfugiés climatiques » qui assaillent les villes, sont aussi les premiers candidats à l'émigration clandestine vers l'Europe.

 

LE SURPATURAGE : LES TROUPEAUX AGGRAVENT LA DESERTIFICATIONsurpaturage_pression_sur_la_nature.jpg

  • Le problème démographique concerne aussi le bétail, dont l'augmentation exponentielle accompagne celle de la population.

  • L'errance de ces troupeaux dans les zones arides empêche toute repousse de la végétation et aggrave la désertification, la plupart des éleveurs ignorant la stabulation telle qu'elle se pratique à Guélack.

  • Par ailleurs la vulnérabilité des animaux (et particulièrement des bovins) aux périodes de sécheresse extrêmes provoque régulièrement la perte d'une grande part d'entre eux, fragilisant encore plus les populations vivant des produits de leurs troupeaux. Ceux-ci se reconstituent et augmentent dans les périodes moins rigoureuses, replongeant dans les travers du surpâturage.

 

UN DEBOISEMENT DRAMATIQUE chaebon.jpg

  • Tandis que plusieurs initiatives locales de reboisement, comme celle de Guélack, ou de grande ampleur comme « La Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel », fruit du partenariat entre l'Union Européenne et les pays africains se mettent en place, la tendance globale tend vers un déboisement aux conséquences dramatiques.

  • Ce déboisement est dû à l'utilisation presque exclusive du bois pour le chauffage et la cuisson*, à l'extension des zones agricoles, souvent très vite épuisées, aux feux de brousse, au surpâturage et bien sûr à la sécheresse. (* Tandis qu'à Guélack la cuisson se fait au gaz et le chauffage à l'énergie solaire)

  • Au Sénégal, les 27 forêts classées dans la zone sahélienne ont diminué de plus de 80% depuis 1965 ! Au total la biodiversité dans le pays a reculé de plus de 30% dans cette période.

 

A SUIVRE -

RETOUR SUR GUELACK - HISTOIRE D'UN DOC - DERNIER EPISODE- LA VERITABLE HISTOIRE DE GUELACK 

"SAHEL, GENERATION DURABLE"

 

Sources et crédits

  • Désertification au Sahel : historique et perspectives : Pierre Ozer, Yvon-Carmen Hountondji, Abdoul Jelil Niang, Salifou Karimoune, Ousmane Laminou-Manzo, Marc Salmon
  • Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) : Statistical Databases and State of the world’s forests (2001 to 2007)
  • Desertification in the Sahel , a reinterpretation : Hein et De Ridder 2006.
  • Sahel : une sécheresse persistante : Marie-Lise sabrie, Yann L'hôte, Institut de Recherche pour le Développement
  • Géographie physique des déserts du globe : Laboratoire GEOLAB - UMR 6042 - CNRS / Université Blaise Pascal / Université de Limoge
  • Sahel: peut-on encore arrêter le désert ? : Christophe Naigeon, « L'Express »
  • Une ceinture verte pour le Sahel : Marie-Martine Buckens , The courier, Magazine des relations et coopération Afrique, Caraïbes, Pacifique et UE
  • L'Etat de l'Afrique 2009, 2010 et 2011 : Hors-série du magazine Jeune Afrique
  • Rapport de présentation de SOS Sahel International France

 

17/08/2012

RETOUR SUR GUELACK - HISTOIRE D'UN DOC - EPISODE 2

EPISODE 2 - CONTEXTE ET RESUME DU PROJET GUELACK

En dépit de l'actualité qui en donne une image troublée, le Sahel d'aujourd'hui ne seguelackh ciel cadre.jpg résume pas à la présence d'Al-Qaïda et aux convois de désespérés qui se destinent à l'émigration clandestine, loin s'en faut. Cette vision aussi spectaculaire que parcellaire, bien que représentant une part indéniable de la réalité, masque l'acharnement de certains hommes et femmes à oeuvrer pour le développement d'un territoire immense, martyrisé par les fléaux climatiques et économiques. Au premier rang d'entre-eux vient la grande sécheresse des années 70 qui a livré près de 500 000 km2 au désert et fait d'innombrables victimes, sans connaître de rémission. Aujourd'hui, deux nouveaux drames viennent s'ajouter à ce désastre écologique : la flambée des prix des matières premières et la crise financière moguélack,france 5,narrative,géraldine sroussi,jay sroussi,olam prod,sahel,afrique,sénégal,sécheresse,wuyilundiale, qui impacte fortement l'économie locale, depuis qu'elle s'est déportée sur la sphère « réelle ». De ce point de vue la UNE du quotidien Libération de ce 17 août, consacrée à la flambée des prix du blé, du maïs et du soja est éloquente. Partout dans le monde, spéculation sur les matières premières, mauvaises récoltes et déréglements climatiques menacent de manière croissante la survie de nombreuses populations et avivent les tensions politiques. Désormais même l'occident n'est plus à l'abri. Cela permettra-t-il de passer de la prise de conscience à l'action coordonnée... rien n'est moins sûr.


Au Sénégal comme ailleurs, l'ensemble de ces facteurs contribue à alimenter le désarroi des populations locales et particulièrement des jeunes issus des campagnes. Tiraillés entre le respect des traditions, personnifiées par les anciens, et une vision fantasmée de l'Occident, les appelant au large, ils sont le plus souvent déboussolés à l'heure du choix. Emigrer clandestinement vers l'illusoire «eldorado» européen ? Se perdre jusqu'à la dissolution dans les périphéries misérables des grandes villes ? Ou retourner dans leur village pour essayer de lutter contre l'inexorable apparent ? Aucun de ces chemins ne prête à rêver, mais le dernier constitue le seul à même d'ouvrir la voie vers un développement autonome prenant en compte les impératifs écologiques. C'est en tout cas le pari lancé par les habitants de Guélack, petit village situé à une trentaine de kilomètres à l'Est de Saint-Louis.

LE PACTE

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A l'origine, il y a deux cousins, Ousmane et Doudou Sow. Deux cousins liés par un pacte scéllé durant l'adolescence, qui décident, en 1989, de retourner à Guélack, village d'origine d'Ousmane, pour tenter de le faire revivre. A partir des septs cases traditionnelles encore intactes à l'époque, il vont créer un véritable projet de société solidaire et écologique et oeuvrer pour l'étendre aux zones environnantes. Là où nous commençons tout juste à remettre nos comportements en cause, les hommes et les femmes de Guélackh réfléchissent depuis plus de vingt ans à un mode d'évolution qui n'hypothèque pas l'avenir et mènent toutes leurs actions en conséquence dans une approche participative et globale fondée sur une regard politique autant que philosophique établissant une combinaison harmonieuse entre collectivisme non doctrinaire et propriété individuelle.


DES METHODES ET DES HOMMES

PanneauxSolaires.JPGTransformation du lait en fromages pouvant être vendus - idée folle en plein désert - lutte contre la desertication par la RNA (Régénération Naturelle Assistée), développement de l'énergie solaire, fermes écologiques et culture biologiques basées sur l'agro-élevage et l'usage exclusif du compost, recherche d'alternatives écologique dans tous les domaines, de la culture du riz (bio) à la fabrication de teintures naturelles pour les textiles, considération d'un développement passant par la cohésion sociale et la libération de la femme, l'éducation et l'amélioration des pratiques sanitaires, tels sont les piliers du projet mené dans cette enclave verte au coeur du Sahel. 


L'ENJEU DE LA TRANSMISSION

Internat.jpgCentre de formation et internat des jeunes de Guélack

Cependant, essentiellement portée par deux hommes dont le charisme et la force de caractère sont exceptionnels, l'expérience de Guélack constituera une solution viable à l'unique condition de voir la jeune génération prendre le relai et témoigner de la même détermination que les deux cousins. La question est centrale depuis le début. Elle a justifié la création d'un Centre de Formation où les jeunes de Guélack et des villages environnants étudient pendant quatre longues années avant de créer leur propre exploitation selon les préceptes inculqués par les deux cousins. Mais si la formation est essentielle, elle ne remplace pas la foi indispensable pour lutter au quotidien dans un environnement hostile où tout est bien souvent à recommencer. Cela amène Ousmane et Doudou Sow à arpenter la région sans relâche pour tenter de convaincre les populations du bien fondé de leur démarche et faire évoluer des comportements. L'enjeu est de taille, considérant qu'une meilleure maîtrise des problématiques environnementales jouera un rôle crucial dans le développement économique et la lutte contre la migration climatique en Afrique.

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Cultiver dans le sable : possible


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"SAHEL, GENERATION DURABLE"

Jay Sroussi / B.Sire - Wuyilu

13/08/2012

LES NAINS CONQUERANTS – EPISODE 2 – LA LECON DE MACTAN

battle_of_mactan_v2.jpgDans l'épisode I, nous nous risquions à une fallacieuse analogie entre le Portugal du XVème siècle et le colonialisme financier du Qatar contemporain. Aujourd'hui, le rappel de la courte bataille de l'ile de Mactan, opposant les quelques soldats de Magellan aux fidèles du Radjah Silapulapu, en 1521, voudrait, à l'heure où les conditions de la crise mondiale réveille les appétits révolutionnaires, rappeler à tous les éventuels antagonistes qu'une simple montée d'héroïque testostérone peut ruiner pour des siècles une œuvre sans équivalent dans l'Histoire. Il va de soi que les contre-exemples sont nombreux et que la valeur politique et historique des lignes suivantes relève davantage d'une vision ludique que du postulat...

Magellan, le navigateur Portugais qui réalisa, au service de l'Espagne, le plus grand exploit maritime de toute l'histoire (le premier tour du monde), était un homme sage, froid et réfléchi, bien que dans le contact immédiat il ne brilla pas toujours par sa chaleur. Il donna au monde la leçon que la conquête, la révolution et le respect ne s'acquièrent pas à l'aune du monceau de cadavres constituant la stèle de ses exploits. A la différence d'un Pizarro* ou d'un Cortez, authentiques conquistadors madrés et impitoyables, faibles pions de leurs instincts reptiliens, qui massacrèrent à qui mieux mieux pour s'économiser l'effort d'une vision ethnologique, toute sa vie il doubla sa volonté de découverte d'un réel sens politique et diplomatique. Le seul jour où il se départit de ces qualités, outre de causer sa propre perte, il bouleversa la nature des relations internationales d'une manière si brutale que les conséquences s'en ressentent encore jusque dans notre quotidien géopolitique.

 

MAGELLAN CONTRE LES CONQUISTADORS

Tandis que les expéditions américaines, menées à la suite de l'erronée découverte de l'Inde par Christophe Colomb, furent marquées du sceau des exactions les plus sanguinaires, l'incroyable périple de Magellan, à l'exception de quelques épisodes peu glorieux, notamment sur les rives de la Patagonie, se signala par une curiosité presque* pacifique à l'égard de nombre de populations autochtones, et un regard flirtant avec la science. Cette œuvre qui, outre à Magellan lui-même, doit aussi au chroniqueur Italien Antonio Pigafetta qui la consigna et parfois l'inspira, est certes encore assez pauvre en descriptions purement naturalistes et considérations maritimes, mais livre des informations anthropologiques et astronomiques de tout premier plan, et témoigne d'une véritable volonté de ne pas bousculer au-delà du possible les us et coutumes locaux.

Cette manière de procéder, à l'inverse de celle des conquistadors, fut poursuivie tout au long de ce premier tour du monde qui vit arriver la flotte à proximité des Philippines au printemps 1521. Mais c'est là que l'histoire va se montrer contrariante et livrer ses leçons autant que ses sentences.

L'une des raisons inspirant la clémence de Magellan pour les populations découvertes et son respect de la différence vient de son compagnonnage ancien avec son esclave Enrique de Malacca, ainsi nommé pour avoir été acheté en 1511 lors de l'un des précédents voyages du navigateur dans la capitale Malaise*. Devenu l'homme de confiance de Magellan, libéré de son esclavage par le testament du Portugais (même si les circonstances ne le permettront pas) et premier négociateur avec les populations autochtones, Enrique apporta à Magellan la certitude que les hommes du bout du monde pouvait être « de bons chrétiens »* et, en tous cas, de dignes et humaines créatures méritant le respect. C'est donc lui qui établi le premier contact avec la population de l'île de Sébu (ou Cebu) en ce printemps 1521 et fut l'un des artisans d'une négociation des plus complexes en raison de la mauvaise réputation des navigateurs européens véhiculée, à juste titre, par les marchands Maures déjà sur place. On assista alors, par la grâce des circonstances autant que d'une habilité sans lien avec la miséricorde, non seulement à une vague de conversions spontanées des populations locales, mais également à la nomination du roi de Sébu comme représentant de la couronne Espagnole pour toutes les îles environnantes. C'est pourtant de cette idylle exotique que naquit un drame aux conséquences incalculables.

 

DE MACTAN (1521) A LA BAIE DES COCHONS (1961)

Voulant faciliter le règne de son nouvel « ami », Magellan lui demanda de lui désigner les potentiels ennemis qu'il pourrait rencontrer sur le chemin de son magistère. L'homme n'ayant pas toujours l'Éden pour voisinage, ni la concorde pour sacerdoce, il se trouva bien vite un Radjah alentour pour figurer l'adversaire. Silapulapu était son nom. Pour la première fois, sans doute éprouvé par deux années d'une navigation incroyablement chaotique, Magellan se départit* de son sens politique et de sa propension à la plus fine négociation et entreprit une expédition punitive sanglante dans l'ile de Mactan contrôlée par Silapulapu. Mais, et c'est là que se niche l'erreur fatale, il décida de la mener d'une manière propre à montrer la toute puissance européenne, en l'accomplissant avec quelques compagnons et en se gardant, fidèlement à son habitude salvatrice, d'en étudier préalablement tous les détails. Il s'en suivi un fiasco total (sur un mode assez proche de celui de la « Baie des cochons » quelques quatre siècles plus tard), narré avec précision, tant par Stéphane Zweig que par Antonio Pigafetta. C'est durant cet épisode que Magellan trouva la mort, massacré avec une sauvagerie qu'il n'est pas digne de raconter ici. Là n'est pourtant pas l'essentiel.

Car la leçon vient de la suite de ce combat dans l'île de Mactan. La défaite de la toute puissance européenne face à un roitelet nu et le changement de méthode dans l'approche des peuples, marqua un renversement d'alliances immédiat des populations locales, illustré par le tragique piège de Sébu qui vit le roi se retourner contre les hommes de Magellan et les tailler en pièces, au mépris des accords passés. Dans les deux camps, de tous temps et de toutes parts, la brutalité repris les droits que les méthodes de Magellan avaient su mettre entre parenthèse. Les explorations futures, toujours commencèrent par décimer les populations, quand elles n'en avaient pas besoin pour établir leur commerce. Parfois on commença par quelques échanges ou ventes d'une justesse diversement appréciable. Toujours on envoya ensuite la troupe prendre possession des lieux, piller et massacrer. Ainsi le monde ne pouvait tourner que sur un axe fait des deux mots guerre et commerce. Il en était ainsi avant Magellan, il en sera ainsi après lui.

Peux nombreux furent ceux qui, dans l'histoire, eurent à ce point dans l'exercice d'une action politique le souci d'imposer le respect et l'autorité par d'autres outils que la violence préalable. Magellan n'était pas Gandhi et il n'eut pas la moindre faiblesse quand il lui fallut exécuter ses propres capitaines récalcitrants, mais sa démarche, conquérir sans jamais livrer bataille, fut rare dans la découverte du monde, tout comme le fut son périple. Ici se clôt l'hommage.

 

Notes

  • * Nous parlons ici particulièrement de Gonzalo, encore plus que de Francisco

  • ** Les mœurs du temps autant que les impératifs du voyage et les directives imposés avant le départ de Séville par Charles Quint, imposent de marquer ici la nuance par l'usage de ce « presque ».

  • *** Le rôle de l'ami de Magellan Francisco Serrao, (devenu de manière fort romanesque le conseiller du Sultan de Ternate), avec lequel il entretiendra une longue correspondance est aussi déterminant, mais nous n'avons pas en ces lignes la place de développer cet aspect passionnant des choses.

  • **** L'expression est à prendre ici avec toute l'ironie qu'un blogueur agnostique – davantage que athée - peut employer.

  • ***** A l'attention de Baptiste T emploi plus approprié du verbe.

 

Biblio succinte :

Antonio Pigafetta : Relation du premier tour du monde de Magellan (1519-1522). Paris: Taillandier, 1991.

"Navigation & découvrement de l'Inde supérieure & îles de Malucque où naissent les clous de girofle, faite par Antonio Pigafetta, vicentin et chevalier de Rhodes, commençant en l'an 1519" – Bibliothèque de Bainecke, Université de Yale (sur consultation uniquement)

Jean-Michel Barrault, Magellan. "La terre était ronde", Gallimard, 1997

Stefan Zweig : "Magellan", Grasset, 1938

Et si quelqu'un met la main sur les lettres de Franciso Serrao (-;