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30/01/2012

SARKOZY : ICH BIN EIN BERLINER OU TCHAO PANTIN ?

politique,sarkozy,2012,tva,élection présidentielle,ps,allemagne,logement,charges sociales,wuyiluAu lendemain de l'intervention du Chancelier français Nicolas Sarkozy sur toute les ondes de la nouvelle ORTF, nombre de commentateurs se sont arrêtés sur la forme davantage que sur le fond, sur le recours à des références constantes à une Allemagne fantasmée, sorte de nouvelle utopie anticrise, et finalement peu sur les mesures annoncées. Pourtant fondées sur ce comparatif absurde avec le pays de Goethe, joliment démonté par OWNI dans le lien suivant http://owni.fr/2012/01/30/sarkozy-tva-allemagne-presidentiell/, ces mesures sont loin de figurer un simple replâtrage d'urgence et s'avèrent peut-être au nombre des plus symboliques de ce quinquennat...

    Passons rapidement sur les annonces concernant le logement, même si on ne voit pas très bien en quoi elles pourront avoir une influence directe et immédiate sur la crise actuelle. Cette potentielle augmentation de 30% du COS, chiffre qui semble résulter d'un tirage au sort davantage que d'une étude approfondie, ne garantie en rien la construction de nouveaux logements au sein des immeubles et ensembles existants, dans une période où le niveau élevé des prix, rapportés à la situation économique et à la faiblesse endémique et structurelle de l'offre, ne pousse pas fondamentalement les propriétaires à l'investissement, mais plutôt à une vente encore très profitable, sauf pour ceux qui ont des déjà moyens considérables... Cette mesure peut, en outre, porter atteinte à certaines décisions antérieures concernant la maîtrise architecturale dans les grands ensembles urbains, à commencer par Paris. Enfin, elle permet d'évacuer totalement et de manière ahurissante la question fondamentale du logement social qui demeure pourtant l'un des grands enjeux en ce domaine.

    Concernant la création d'une « Banque de l'industrie », mesure sans doute intéressante, il n'aura échappé à personne qu'elle figure sous un autre libellé dans le programme présenté par François Hollande. Or, il y a moins d'une semaine, tous les snipers de l'UMP courraient encore les plateaux pour dénoncer le prétendu ridicule de cette idée, au prétexte de l'existence d'OSEO, entreprise publique de financement de l'investissement. Arriver à une telle amnésie en en temps si court tient du record ou de la mauvaise fois portée au rang des Beaux-Arts.

    Bref, outre quelques autres mesures et la mise en place d'une taxation financière à l'échelle nationale, dont le taux de 0,1% n'est pas aussi symbolique qu'il y paraît, les annonces phares concernent la hausse de 1,6 points de la TVA, le relèvement de 2 points de la CSG sur les revenus du capital, l'exonération partielle ou totale des charges patronales familiales sur les salaires allant de 1,2 à 2,1 fois le smic, ainsi que la mise en place d'accords « créativité-emploi », à savoir des accords par entreprises sur le temps de travail et donc les salaires.

    Ces quelques mesures, censées doper la compétitivité des entreprises, constituent un changement radical dans la conception sociale de l'entreprise en France et, prises au débotté à quelques mois de l'élection présidentielle, ne semblent pas obtenir l'attention qu'elles méritent.
 
    Tout d'abord, la mise en place d'une TVA sociale, conjointe à la seule baisse d'une partie des charges patronales et non salariales (mesure pourtant même préconisée par le MEDEF) pour financer la protection sociale est extrêmement périlleuse dans le contexte actuelle. Imaginée dans la perspective d'une baisse des coûts, donc des prix, liée à l'affaiblissement des charges, rien ne permet de croire que ce faible avantage de compétitivité ne sera pas plutôt basculé sur les marges. Pire ajoutée à l'augmentation du taux de TVA et aux possibles accords de branches, sans hausse des salaires, elle risque de faire chuter la consommation ne permettant pas de compenser la perte du montant des cotisations sociales pour l'État. Ainsi, promue dans un contexte de profonde crise de la dette elle peut avoir un effet boomerang et alourdir celle-ci. Outre que, comme les actuelles « exonérations Fillon » sur les salaires inférieurs à 1,2 fois le smic, elles annoncent une jolie usine à gaz, les suppressions de charges patronales familiales, trahissent une vraie doctrine qui considèrent que l'augmentation des salaires n'est pas une solution viable pour relancer la croissance. Le seul prétexte pris par le président pour déconsidérer une telle hausse, à savoir la certitude que les prix n'augmenteront pas de manière significative dans les prochains mois, est à ce titre éloquent. Tout d'abord parce que concernant les dépenses essentielles des ménages (énergie, essence, logement, matières premières alimentaires) les prix sont en constante hausse depuis un moment. Ensuite parce que le niveau actuel des prix et charges, au regard du niveau des salaires d'une part croissante des citoyens, ne peut en aucun cas autoriser une hausse de la consommation et de la croissance. Or si l'exonération de charges s'était conjointement portées sur les charges salariales et patronales, cela aurait permis, non seulement l'augmentation immédiate, certes réduite, des salaires sans coût supplémentaire pour les entreprises, mais de donner un signe pour une tentative de reprise de la consommation en dépit de la hausse de la TVA.

    Enfin, de petites remarques concernant spécifiquement la question des accords « créativité-emploi » qui vont ainsi automatiquement remettre en cause la durée légale du travail, à savoir les 35 heures. Personnellement, je n'ai jamais été un exalté des 35h, notamment du fait de la rigidité avec laquelle elles ont été mise en place, bien qu'elle constituent une mesure intéressante dans bien des cas représentant la réalité de la société actuelle et notamment pour les mères, à plus fortes raison quand elles sont seules, amenées à affronter de concert marché du travail et éducation de leurs enfants (sachant que le déséquilibre de la contribution homme / femme est encore assez important). Cette mesure, couplée à la mise en place de la TVA sociale, à la seule réduction des charges patronales et à un contexte d'extrême tension sur le marché du travail, risque de mettre les salariés dans une situation de faiblesse dans les négociations. Une telle annonce, qu'en soi je pourrais soutenir, est ici encore totalement précipitée, non réfléchie et prise avant toute concertation de fond. Or elle représente un bouleversement si conséquent dans l'organisation du travail qu'elle devrait s'avancer comme une réforme phare, avec tout le débat, l'organisation et l'encadrement qu'elle mérite. Elle pourrait figurer dans le programme d'un futur candidat, sûrement pas être avancée  en catimini par un sortant à un mois de l'échéance présidentielle.

    Pour conclure, outre porteuses d'une philosophie qui semble une fois de plus mépriser les Français, les annonces tout sauf anecdotiques de Nicolas Sarkozy, sont une fois de plus un condensé d'improvisation, d'incohérence entre les mesures envisagées et les buts poursuivis et le symbole de l'amateurisme flagrant qui aura marqué l'ensemble de ce quinquennat.

    Tchao Pantin... Tchao l'homme qui aura amené Wuyilu l'impartial vers le vote à gauche...

11:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, sarkozy, 2012, tva, élection présidentielle, ps, allemagne, logement, charges sociales, wuyilu | |  Facebook | | | |