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18/10/2012

Fiscalité des oeuvres d’art : Caligula et Messaline

Cet article a été préalablement publié dans RAGEMAG

art,aurélie filippetti,christian eckert,culture,edito,grotesque,isf,jean-marc ayrault,libération,nicolas demorand,oeuvres,oeuvres d'art,pigeons,proposition d'amendement,rue de valois,sylvain bourmeau,taxation,yamina benguigui,wuyiluOn va finir par croire que Ragemag et Wuyilu veulent la peau de Libération. À en lire les différents bruits qui parcourent le Paris des médias, ce nanomonde où les tempêtes sont des pets malodorants, le journal de la rue Bérenger n’a pas besoin de nous pour mordre la poussière. Nous sommes d’ailleurs nombreux à souhaiter, au contraire, que ce monument de la presse de gauche retrouve de sa superbe éditoriale en même temps que des lecteurs. Mais, encore une fois, désolé, mille fois désolé, un éditorial portant l’empreinte de Demorand et Bourmeau et pourfendant l’idée d’une incorporation des œuvres d’art dans le calcul de l’ISF, est l’océan qui fait déborder le dé à coudre. Et nous ne pouvons l’ignorer.

La machine à remonter le temps est lancée. Un peu plus, se rendant dans les jardins du Palais-Royal, on pourrait deviner la mince silhouette de Jack Lang se lovant nuitamment contre les turgescences marbrées des colonnes de Buren. On pourrait imaginer la rue de Bièvre, bruissant au rythmes des sorties bibliophiles d’un François Mitterrand suivi comme son ombre par le caniche Roland Dumas et les effluves de scandales à la mode SéguelaPelat – Rolex.

Non, ce n’est pas du HG Wells, il n’y a rien de magique dans cette impression dérangeante de déjà-vu. C’est juste que « la gauche » est revenue au pouvoir… Tous ses travers aussi… À commencer par sa tendance népotiste – petits fours – « J’adoooore ce que vous faites », ici illustrée par l’insupportable collusion entre les Dupont et Dupond de Libération, Demorand et Bourmeau, et la nouvelle Ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Un autre jour, on pourrait parler des voyages de Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie, qui, d’un côté, donne l’aumône de l’État, de l’autre ses mimines emperlousées… C’est une autre histoire… Mais un même sujet.

Se farder à l’indignation tout en dégorgeant son mépris de classe

L’objet du litige ? La proposition d’amendement portée par le député PS de Lorraine, Christian Eckert, souhaitant faire rentrer les œuvres d’art d’une valeur supérieure à 50 000 euros dans le calcul de la nouvelle mouture de l’ISF. Qu’importe ce seuil. La seule évocation d’une telle taxation, même modique, a fait se pâmer d’effroi tout ce que le microcosme des vernissages mondains de la gauche « vous reprendrez bien une petite coupe » compte d’activistes en Prada et Nike Air. Au premier rang d’entre-eux donc, comme d’habitude, Sylvain Bourmeau et Nicolas Demorand, amis intimes d’une ministre qui soutenait la taxation des œuvres d’art quand elle émargeait nonchalamment dans l’opposition. De leur gauche à géométrie variable, ils ont encore fait la brillante démonstration en cette matinée aussi grise que les perspectives de croissance. Avec un édito titré « Grotesque » et tout un dossier « hautement prioritaire », ils évacuent l’éventuelle imposition des œuvres avec des éléments de langage qui feraient rosir de plaisir Laurence Parisot et les #geonpis. Toujours la même litanie : menace de délocalisation et de vente hâtive (des œuvres), découragement des collectionneurs (comme d’autres parlent des entrepreneurs), bouleversement de « l’écosystème » artistique et rapport ridicule de la mesure pour les finances publiques au regard de ses conséquences. Sur ce dernier point, on ne résiste pas au plaisir de rappeler qu’il s’agit mot pour mot d’un des arguments massues de la droite pour vouer aux gémonies la taxation à 75% sur les revenus supérieurs à un million d’euro par an envisagée par le gouvernement. Quid de Libération sur le sujet ? A-t-on vu Nicolas Demorand se jeter sur son clavier pour dénoncer ce seuil confiscatoire et appeler à la rescousse la terrasse du Flore ? Non, bien sûr, sur le coup on parle de symbole pour justifier la loi et on s’offre des couvertures sur le mode “Casse-toi, riche con”.

Merci à Laure Daussy, journaliste à Arrêt sur Images, pour ce “Celebrity spotting” daté du 7 mai 2012…

On ne résiste pas non plus au plaisir d’expliquer, qu’outre la non déclaration de beaucoup d’œuvres, ce qui revient à légitimer la fraude fiscale, le faible rendement de la mesure serait aussi lié au petit nombre de contribuables concernés et au taux relativement bas de l’ISF (à priori, de 0,55% jusqu’à 1,31 million d’euros à 1,80% au delà d’un patrimoine de …16,79 millions d’euros – une paille).

On nous parle aussi de tous ces pauvres Français qui, par le hasard ou la famille, seraient détenteurs d’œuvres inestimables et seraient ainsi mis sur la paille par l’inculture de Bercy. Qu’à cela ne tienne, il suffirait d’établir un ratio de taxation entre les revenus et le patrimoine artistique pour y remédier.

Mais non, on vous dit, même pas la peine de discuter. Toucher les œuvres d’art, c’est pécher ! Sur ma vie et sur ma gauche ! Là encore, spoliation, bêtise, jalousie, aucun qualificatif ne sera épargné. Pas touche à l’un des symboles de la gauuuuucche ! Mais de quelle gauche parle-t-on, enfin ? De cet ensemble clientéliste et consanguin qui hante les cercles privés et méprise ce « peuple inculte » auquel on a pourtant consenti les « journées du Patrimoine » et la « Nuit Blanche » – où la majorité des artistes laborieux et précaires ne sont pas rémunérés – pour qu’une fois par an, gracieusement il soit ébloui par la supériorité d’une caste ? D’un clan qui se refuse à considérer l’immense majorité des citoyens et se farde à l’indignation tout en dégorgeant son mépris de classe ? Ce n’est pas la gauche, enfin si, juste la rive du même nom, bien que de nos jours les affinités géographiques aient changé.

Tous des « #geonpis »

De toute façon, il est déjà trop tard. Après avoir reculé dans les deux jours devant la fronde des « pigeons » et leur compte facebook, voilà que Jean-Marc Ayrault a déjà capitulé à l’idée d’affronter Belphégor le fantôme du Louvre et tous les Che Guevara de la « Fashion week ». Problème : ce bon Jean-Marc nous explique dans le même temps qu’il est « impératif » que la France tienne l’engagement des 3% de déficit pour l’année 2013. On veut bien, mais, au-delà de l’incantation, on doute des moyens proposés pour y parvenir. Parce qu’en plus d’avoir également renoncé au projet de redevance audiovisuelle sur les résidences secondaires, claquant au passage un Jérome Cahuzac qui était lui aussi jadis favorable à l’intégration des œuvres dans le calcul de l’ISF, cette énième abdication du premier Ministre devant une fronde catégorielle ne laisse plus beaucoup de marges de manœuvre. À ce rythme, après les #geonpis et les collectionneurs, on n’ose imaginer quelle catégorie de contribuables va s’organiser pour échapper à l’effort de solidarité nationale supplémentaire que la situation impose…. Et obtenir gain de cause…

Pour économiser du temps faute d’argent, nous pouvons suggérer aux autres artistes et aux sportifs de haut niveau de reprendre leur tir croisé contre la taxe de 75%. Nous pouvons aussi encourager les tailleurs de pipes de Saint Claude à créer un groupe facebook pour les aider à recouvrer leurs antiques avantages fiscaux récemment supprimés. Nous pouvons aider tous les mouvements de la présumée élite à se constituer en organismes victimaires pour leur permettre de se soustraire à toute forme de solidarité fiscale. Tous des #geonpis on vous dit. La belle affaire.

La sève, c’est fait pour couler

À l’arrivée, comme toujours, on se penchera tendrement vers les plus démunis en leur expliquant, le vibrato dans la voix, qu’ils sont la sève de la nation et peuvent ainsi continuer à rouler sur la pente sans fin du sacrifice et de la précarité. D’ailleurs, n’a-t-on pas appris, ce mardi, par le dernier rapport de Médecin du Monde, que les conditions d’accès aux soins pour les plus pauvres se sont encore sensiblement dégradées au cours des douze derniers mois ? D’ailleurs, déjà, dans les travées des musées frondeurs lorgne-t-on méchamment vers les artistes – et surtout techniciens – les plus fragilisés, ces intermittents dont on ignore tout des vraies conditions de vie et des affres de la quête constante d’un emploi, brandissant pour seuls exemples les quelques-uns qui jonglent avec la fortune du box office et les abus des grosses sociétés.

Ainsi, mercredi, sur France Info, Fabrice Bousteau, Directeur de la Rédaction du select Beaux-Arts magazine, se faisait le fervent avocat des détenteurs passionnés des merveilles de notre patrimoine pictural tout en enjoignant le gouvernement à mettre à la diète les quelques 160 000 intermittents du spectacle qui font pourtant vivre, plus que tous les autres, l’ensemble des métiers de la création et se voient déjà largement exclus du marché du logement et du crédit. Mais il faut bien que quelqu’un paye. Et puisque ce ne sera pas les amis les plus fortunés de Libération

Est-ce la seule amitié pour la ministre qui a guidé la plume du directeur de Libération ? A moins qu’il s’agisse de convictions viscéralement libérales, chevillées au portefeuille ? Ou alors… Non, quand même pas… On n’ose imaginer que c’est la situation économique critique du journal qui a pu motiver une telle tribune, qui envoie une gifle cinglante au visage du peuple… On n’ose imaginer que la volonté de plaire en soutenant l’injustice fiscale puisse prendre racine dans un appel à l’aide pour renflouer une rédaction qui, en plein crise bien réelle de la presse, s’est coupée avec mépris d’une partie de son lectorat naturel… Non, on n’ose imaginer…

À peine François Hollande était-il élu que notre confrère Baptiste Thion écrivait dans ces colonnes un article prémonitoire intitulé : « Vous avez demandé le changement… veuillez patienter… ». En fait de changement, il s’agit plutôt d’un retour en arrière, entre « tournant de la rigueur » de 1983 et partouzes rue de Valois à l’heure 2.0.

07/10/2012

LES AIGLES NE VOLENT PAS AVEC LES PIGEONS #geonpi :

Reprise de la dernière note Wuyilu dans RAGEMAG

« Entrepreneurs, entrepreneuses, on vous spolie ! Nous ne sommes pas des geonpis ! ». C’est donc derrière ce cri déchirant lancé dans le journal La Tribune, que des hordes de patrons de start-up en guenilles se sont rangés comme un seul homme, pour dénoncer les dispositions de la nouvelle loi de finances concernant les cessions d’entreprises et les taux de charges des auto-entrepreneurs.

Deux choses qui concernent des catégories bien différemment loties, dont l’alliance de circonstance est pour le moins risible. L’improbable partouze idéologique entre les créateurs de start-up bleues horizons et quelques entrepreneurs précaires en quête de revenus complémentaires ne laisse pas de doute quant à savoir lesquels auront la position la plus douloureuse dans cet amalgame de poncifs victimaires et indécents. À peine prononcé, ce lamento d’agonie digne d’Arlette Laguiller provoque une lame de fond dans le Landerneau 2.0 et s’accompagne de la création d’un groupe Facebook aux 46 000 soutiens et du hashtag #geonpi qui se porte bien. Les réseaux sociaux sont saturés et nous voilà en pleine révolution de l’oseille plutôt que des œillets. La France a peur. Les médias tournent en boucle sur le sujet et jettent micros et sébiles sous le menton des entrepreneurs en détresse, sans oublier de s’agenouiller devant la pythie du patronat, Laurence Parisot, qui chante « l’angoisse des patrons » et le climat de « racisme anti-entreprise en France » ! A l’entendre c’est « 4 août reloaded ».

Tu le sens mon gros “I like” ?

Dans notre pays à la rébellion refoulée à coup de « Secret Story », de tels mouvements d’indignation spontanés sont rares et pourraient placer haut le curseur de la gravité du scandale qui se profile… Étonnant, non ? Surtout quand on pense au silence des 3 millions de chômeurs et des 10 millions de Français qui tournent plus ou moins autour du seuil de pauvreté.

Étonnant… Et pour cause : cette révolte est un fake, du bullshit en lingots. Le mouvement est orchestré depuis les écrans d’une société de communication digitale et libérale, spécialisée dans la manipulation des réseaux sociaux. Une petite boîte, tout en story-telling et tripatouillages viraux, qui vante sa capacité à te rentabiliser le follower, te faire grossir le « like », comme d’autres spamment les boîtes email à coups de « enlarge your penis ». La fronde est un bon vieux happening de lobbying médiatique, géré par l’agence Yopps, pour défendre les intérêts d’une poignée d’hypothétiques millionnaires égoïstes, faute de trouver parmi le tout-venant de l’entreprise un quelconque quidam pouvant être violemment affecté par la « loi scélérate » ?

Oui, mais voilà, qu’importe l’entourloupe, aussi foireuse soit-elle en apparence, puisqu’au bout d’un moment, le buzz prend et déclenche un mouvement de sympathie chez ceux qui n’ont aucune idée des dispositions incriminées et ce sont laissés berner par les mensonges alarmistes disséminés aux quatre coins de la toile. Résultat des courses, monsieur Meetic et tous les apprentis Zuckerberg de la place déboulent ventre à terre sur l’esplanade de Bercy pour exhorter Moscovici à mettre les mesures prévues dans le Sapin. Et ça marche ! « N’écoutant que mon courage qui ne me disait rien, je pris la fuite », comme le disait Jean Rochefort dans Courage, fuyons.

Après avoir vanté la justice de ses mesures, le gouvernement fait déjà machine arrière sur l’augmentation de l’imposition des plus-values de cession, le point qui concerne les plus puissants parmi les rebelles des Business Angels. Qu’importe que le nombre de personnes potentiellement touchées par la mesure soit ridicule, si on considère tous les aspects de la loi, bien plus subtile que le tableau qui en est dressé, prévoyant le lissage des plus-values sur dix ans, un abattement progressif selon la durée de détention des actions, une exonération en cas de réinvestissement et on en passe… Qu’importe si le niveau de revenus requis pour être affecté suppose de vivre dans une sécurité financière qui rend indécent tout hoquet revendicatif… Qu’importe, les lobbyistes et financiers digitaux ont levé le petit doigt et sifflé la fin de la récré, Matignon s’exécute…

On n’ose même pas imaginer ce que donnera un gouvernement qui se couche devant quelques milliers de faux « like » Facebook quand il y aura deux millions de manifestants dans la rue contre une quelconque réforme. Ça promet…

 Les handicapés de la solidarité nationale

Et dire que les auto-entrepreneurs ont été mobilisés dans cette galère, eux qui pourtant, souvent la connaissent, la galère. Il suffisait d’agiter le chiffon rouge de la disparition de leur statut – à la fois salvateur pour certains, et nouvelle manne de précarité imposée par un libéralisme allergique au salariat pour d’autres – pour qu’ils foncent tête baissée dans le piège. Dans la société du tout info, tout est faux, celui qui beugle le plus fort et le premier entraîne la meute à sa suite, quelle que soit la vérité. La ministre de l’Artisanat, du commerce et du tourisme – cherchez l’intrus -, Sylvia Pinel, a beau s’être fendue d’un communiqué rassurant pour démentir la remise en cause du statut, là aussi la machine était lancée. Des deux côtés, les mensonges ont fusé concernant cette augmentation des cotisations sociales et leur alignement sur le taux payé par les entrepreneurs individuels.

ll est tout aussi faux de dire, comme quelques cheerleaders flanbymaniaques, que l’augmentation des cotisations sera globalement de 2 à 3 points, puisqu’elle représentera une hausse de plus de 15 % sur certains statuts. Arghhh, confiscatoire on vous dit ? La corde au cou, « ça ira, ça ira », les entrepreneurs on les pendra ? Wait les condamnés, réfléchissez un chouia avant d’offrir vos corps meurtris à la potence de Bercy. Une telle augmentation à partir d’un taux honteusement bas, ça devrait quand même s’amortir non ? On rappelle, certes c’est vicieux de rétablir ce genre de vérités, qu’il ne s’agit toujours pas de payer un forfait, même en cas d’absence de chiffre d’affaire. Pour ceux qui ne gagnent (hélas) rien, ils ne paieront toujours rien. Pour les autres, l’effort demandé est du registre de la solidarité nationale, celle-là même que les accrocs du dividende essaient de fuir en faisant pleurer dans les chaumières, même les plus pauvres, prétextant que le socialisme les conduit au gibet.

Vous inquiétez pas les filles, le socialisme n’est pas de ce régime, mais à ce rythme-là, entre austérité, creusement des inégalités, indécences des plus nantis, il y a des chances que ces gibets se dressent prochainement et la douleur ne se ressentira pas au niveau du portefeuille…

Ah oui, petit détail : les mesures annoncées ont aussi pour conséquence de permettre l’augmentation de 9,3 % des crédits alloués aux personnes handicapées. Vous savez, ces invisibles que l’on célèbre sans retransmission, une fois tous les quatre ans durant les Jeux paralympiques et dont l’allocation mensuelle maximale culmine à 776 euros. Ça ne mérite pas un petit effort ? Visiblement, non…

Allez, au colombarium les volatiles : quand les pigeons se prennent pour des hirondelles et volent en rase-motte pour nous annoncer la pluie, c’est surtout les merdes qui tombent sur nos têtes. Les Autrichiens ont paraît-il mis au point un contraceptif pour pigeons. Il serait temps de s’en servir.

Boîte noire