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24/02/2012

DEBAT VERSUS DEBAT : VIVE LES ASSOCIATIONS CITOYENNES

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Ces temps-ci, comme nombre de blogueurs politiques qui ne cachent pas (forcément) leur engagement, j'ai une vie assez chargée, en dehors des activités professionnelles et familiales.

Les soirées se résument sous formes de sigles désignant les différentes émissions politiques qui poussent comme des champignons à l'approche de l'élection présidentielle : DPDA, PDC, MC et j'en passe. Les écrans passent du orange de BFM TV, au Bleu de TF1 et à toute la gamme chromatique des médias d'information. En fond sonore, France Info cède parfois la parole à « On refait le monde » ou « le Grand Jury » sur RTL. L'ordinateur portable pointe sur les liens des principaux sites de presse. Celui du bureau avec son double écran jongle entre Facebook, Tweeter, ce blog et le « trop d'info » qui fini par tuer l'info.

Et de quelle info parle-t-on ? De quelle politique ? D'un storytelling dégoulinant de raccourcis et de démagogie, découpé, à la télé comme sur la toile, selon le principe propre à tweeter, en autant de formules ne dépassant pas 140 signes ? D'un conte de fées post « temps de cerveau disponible » qui nous ferait avaler que la politique c'est « bête comme chou » et qu'elle peut se résumer en autant de slogans et d'invectives qu'il existe de problèmes et de candidat(e)s. D'une mascarade gênante, infantile et finalement effrayante au regard de la situation du pays et du globe, comme celle à laquelle nous avons assisté hier soir avec la confrontation entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, au cours de l'émission « Des paroles et des actes » sur France 2 ?

Je ne reviendrai pas sur ce moment qui constitue l'un des plus ahurissants de l'histoire de l'audiovisuelle politique. Tout le monde ira de son commentaire et je n'ai même pas le courage d'ajouter ma voix à ce concert, tant je me suis réveillé hébété et triste, inquiet aussi, au moment où chacun est tendu pour lui même et pour les siens en scrutant l'avenir. Je me suis assez commis sur tweeter durant le direct, usant bêtement de bon mots et de considérations dénuées de recul pour faire semblant de livrer désormais une analyse à froid. Lessivé, je vous dit, inquiet, encore.

Non, dans ces lignes, je souhaiterais faire un parallèle rapide entre cette expression électorale médiatique , abêtissante, stérile, brutale, dégradante et d'autres modes de livraison du message politique, souvent ignorés de nos concitoyens. Parce que durant cette semaine, j'aurais finalement comme d'autres personnes hautement concernées par la chose publique, assisté aux deux extrêmes en termes de débat politique...

Lundi les choses avaient bien mal commencé, par l'enchaînement en apnée de plus de deux heures de « Paroles de candidat » sur TF1 avec « Mots croisés » sur France 2, avant de s'achever hier soir en véritable crash avec le débat Le Pen vs Mélenchon. Mais qu'importe, j'avais réservé mon mardi avec curiosité pour un autre genre d'exercice, le vrai débat, à l'abri de l'audimat, sur un sujet unique et en présence d'intervenants légitimes à le traiter*. Ne comprenant pas grand chose au nucléaire par la simple préhension de ce que les médias compassionnels, avides de sensations et de raccourcis m'en avait laissé entendre, je trouvais belle l'occasion, à l'invitation de l'association citoyenne Générations Engagées, de me rendre au débat qu'elle organisait à l'ESG, à ce propos. Je vous passe ici la teneur des débats** (de très haute tenue – hélas en l'absence d'Eric Besson, le seul invité à avoir méprisé l'invitation), voulant simplement tirer une conclusion en lien avec le sujet de cette note. Car enfin, que nous apprend ce genre de manifestation ? Que chaque sujet politique demande du temps pour être exprimé dans sa complexité. Que même trois heures de débat constructif sur une matière unique est encore trop juste, mais constitue le minimum pour commencer à se faire une opinion réelle sur les tenants et aboutissants de la question posée. (Et en l'occurrence, j'ai été pour la première fois, autant en mesure de me forger un début d'avis sur l'avenir de la filière nucléaire, que conscient des sommets de vacuité, de mensonges et de démagogie atteints par tout ce que j'avais entendu sur le sujet à la télévision, notamment à propos de démantèlement des centrales.) Que l'Élection Présidentielle au suffrage universelle, dans le cadre d'une Vème République donnant un pouvoir exorbitant au locataire de l'Élysée, conjuguée à la dérive commerciale paroxystique du système médiatique, ne peut que conduire à l'anéantissement d'un débat public "libre et non faussé" et à l'abolition de la véritable démocratie, fondée sur un minimum de maîtrise des enjeux de la part des citoyens...

Et finalement les politiques n'y sont même pas pour grand chose. Il n'ont pas d'autre moyen d'émerger que de se couler dans ce moule pervers et d'en épouser toutes les formes. Quant aux journalistes, eux même sous la pression de contraintes aux antipodes de l'intérêt public et politique, il leur est de plus en plus difficile de ne pas céder à la facilité. Bien sur, tout cela n'est pas une découverte. Je ne prétends pas à une telle naïveté. Mais l'écart de niveau entre un véritable débat et une émission politique est telle que, les deux événement vécus consécutivement, il en devient soudainement abyssal et vertigineux.

Le malheur est bien évidemment que l'on ne peut attendre de chaque citoyen qu'il prenne longuement sur son temps pour se rendre à ce genre de débat, souvent centralisé, éminemment parisien, à des heures où le devoir domestique (et) ou la fatigue l'appelle. Mais quand même, cela reste la seule manière de se réconcilier un tant soit peu avec la politique, à moins, ce qui reste une option plausible, voire souhaitable, de changer en profondeur les institutions qui nous régissent. Toujours est-il que l'existence d'associations citoyennes, non-partisanes, défendant le débat avant les candidats, la confrontation des idées plus que les personnes qui les portent, telles que Générations Engagées, est vivement à encourager. C'est en tous cas le but de ce billet.

* Avec :

  • Marie-Hélène Aubert, animatrice du pôle « environnement, développement durable, énergie » de la campagne de François Hollande

    Corinne Lepage, candidate à la Présidence de la République, ancien Ministre de l'Environnement

    Jean-Luc Bennahmias, Député Européen, Vice-Président du Mouvement Démocrate

    Denis Baupin, adjoint EELV au Maire de Paris, en charge du développement durable, de l'environnement et du plan climat.

    Jean-Paul Deléage, physicien, historien de l'écologie, directeur de la revue "Ecologie et politique"

** Revoir le débat dans son intégralité sur le site de Générations Engagées