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18/06/2012

2007/2012 : ON NE MEURT QUE DEUX FOIS (Sarkozy, Royal, Bayrou)

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Si la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle du 6 mai aura marqué la dernière victoire de Jacques Chirac, comme nous l'anticipions ici il y a quelques mois, le résultat des premières législatives du nouveau quinquennat renvoie inévitablement à la précédente édition de la course à l'Élysée, dont elle balaye définitivement les conséquences et le sens. « On ne meurt que deux fois », écrivait Audiard, avant lui-même de quitter la scène... Mais assurément, la deuxième est la plus cruelle, comme peuvent en témoigner ce matin Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou.

TROIS DESTINS : UN RETOURNEMENT

La vague rose est donc arrivée, prolongeant les analogies relevées, faute de mieux, par la presse, avec l'ivresse Mittérrandienne de 1981. Qu'importe que, même drapé d'un costume trompeur, François Hollande ait davantage appris de l'école Chirac que du sphinx de Château-Chinon. La réalité impose de rappeler que les situations sont incomparables et que l'extrême difficulté de la tâche qui attend le nouveau pouvoir minore par avance toute tentation euphorique. Mais cela, tout le monde le dira. Autant regarder ailleurs et se transporter au soir du premier tour de l'élection présidentielle de 2007, dont les enseignements peuvent aujourd'hui être analysés avec une certaine ironie.

Que voyait-on alors ?

A droite ? Un futur président ayant renversé la table des valeurs d'une mouvement essoufflé et immobile, fier de sa propre hyperactivité, comme de sa capacité à siphonner l'électorat du Front National.

A gauche ? Une « madone » socialiste aussi digne qu'incontrôlable, redonnant des couleurs à la rose, en marge de l'appareil pachidermique de Solférino, autant qu'à un républicanisme de gauche dissonant avec la musique officielle.

Au centre ? Un chevalier orange, ravivant la tradition du centrisme humaniste et portant l'espoir de la fin des idéologies et d'un stricte bi-partisme manichéen....

Ce matin, tandis que le Front National fait son entrée à l'Assemblée Nationale, Nicolas Sarkozy est tout entier mobilisé par sa défense dans des affaires judiciaires aussi conséquentes que tortueuses, qui risquent d'emporter jusqu'à la moindre trace de son passage au pouvoir. Double camouflet.

Ségolène Royal elle, privée du perchoir et de son mandat de député, peut encore remâcher l'ultime trahison subie, ironique dénouement de luttes intestines jouées sur les plaies jamais cicatrisées des rancœurs jospinistes. Une fois de plus elle aura pu mesurer le manque d'élégance d'un courant dont les combats sociétaux peinent à masquer le machisme autant que le conservatisme. Et le journal Libération d'achever la victime d'une manchette cinglante et discourtoise : La Gauche Royal(e).

Quant à François Bayrou... Il vit la suprême insulte d'être balayé au jour même où ses idées politiques triomphent et seront – pour le meilleur ou le pire – le socle de l'offre socialiste du nouveau gouvernement. Le temps lui sera donné de méditer sur le poids du courage comparé à celui du cynisme dans le grande balance des équilibres politiques. Sans doute sort-il grandi de ce nouvel échec, épine dans le pied de l'honneur socialiste, mais il lui sera désormais difficile d'agiter l'étendard de ses certitudes messianiques.

LA REVANCHE DES GRANDS CORPS

Par-delà l'anecdote, et en dépit des différences qui marquent ces trois destins, une convergence se dessine comme une évidence. Si la victoire de François Hollande paraît de prime abord celle du « normal » sur le « bling bling », elle signe en réalité la revanche des grands commis de l'État au détriment de la « République des Conseillers et des Avocats ».

Il semble momentanément s'achever ce temps où la fonction gouvernementale s'était offerte par procuration à quelque officine de communication. Cette période étrange où les conseillers sont sortis de l'ombre pour publiquement humilier les ministres et disserter des grandes orientations de l'État. Ce moment suspect où les effets de manche des avocats affairistes ont remplacé le mariage de la réflexion et de l'action.

Derrière la mise en retrait de Nicolas Sarkozy, les défaites de Claude Guéant, Franck Peltier, Nadine Morano, et Frédéric Lefebvre, témoignent tout autant de cette évolution que de la gifle envoyée à la face du conseiller suprême, Patrick Buisson, et de sa stratégie délétère, dont les vraies conséquences dans la recomposition de la droite sont encore à venir.

Il en est de même à gauche où les chantres du paraître, Jack Lang en tête, tirent leur ultime révérence... Où la « Madone du Poitou » n'est plus portée par un cortège de courtisans plus à l'aise au Printemps de Bourges qu'au Conseil d'État... Où DSK et ses escortes de Euro-RSCG, et celles, plus accortes, des Sofitel, ont quitté la perspective du pouvoir pour rejoindre les prétoires.

Avec la victoire de François Hollande, l'ENA reprend les rênes et dissémine ses enfants à la tête de la majorité des cabinets. Même si ces deux notions se confondent dans leur incarnation, ce n'est pas tant la victoire des technos que d'une très haute administration méprisée depuis 2007. C'est la renaissance des corps qui s'oppose aussi à l'aventure solitaire et don-quichottesque de François Bayrou, ce mousquetaire téméraire et naïf qui entendait mettre au pas les élites.

Derrière l'alternance et les difficultés qui présideront à son expression, c'est donc une révolution des valeurs et des mœurs politiques qui s'est jouée. Nul doute qu'il ne s'agira pas de la dernière. Et c'est de ce constat que les perdants du jour pourront tirer quelque espoir. A commencer par Ségolène Royal, qui pourrait bien vite se fixer un nouvel objectif à même d'étancher sa soif de vengeance. Partir à la conquête de la rue de Solférino, par exemple ? Il est probable que l'idée a déjà germé en elle et que la parade se prépare activement chez ceux dont la conscience pourrait être affectée d'une quelconque culpabilité dans sa défaite aux législatives...

Éternel recommencement ?

 

11/12/2011

BAYROU EXPLIQUE A PIERRE MARCELLE ET A LIBERATION

En ce dimanche 11 décembre, Pierre Marcelle, responsable de la chronique « Dégage » de Libération et fameux pour ses « Quotidienne(s) », publie un billet intitulé « François Bayrou , j'y comprends rien ». Dans dans sa volonté d'exprimer un avis iconoclaste, visionnaire et politiquement incorrect, cette note ressemble à un brillant argumentaire de café du commerce, mâtiné de langue de bois copéïste et de saillie mélenchonienne. Tout ce que j'aime. Mais ayant des vélléités philanthropiques et ayant fréquenté le siège du Modem pendant 5 ans, je m'en vais lui expliqué ce Bayrou auquel le triangle d'or du milieu médiatique ne comprend rien, puisqu'il échappe aux variations saisonnières des modes du show biz politique, qui permettent aux chroniqueurs d'avoir la sensation de se renouveler, quitte à écrire cycliquement les mêmes absurdités.


Pourtant la chronique de Monsieur Marcelle commence par une constat que je partage et qu'il ne fait pas bon exprimer : « Ça y est, l'homme orange est candidat! Putative depuis cinq années, annoncée depuis deux semaines et officielle depuis mercredi, l'annonce de l'entrée dans la lice du champion du p't'êt' ben qu'oui - p't'êt' ben qu'non achève de figer la présidentielle dans sa caricature. Elle souligne jusqu'à l'absurde la personnalisation de ce rite quinquennal dont l'essence plébiscitaire va à l'encontre du principe démocratique même, mais sur un mode, cette fois, franchement drolatique. » La mention de « l'homme orange » est pour moi très parlante, bien que ne se référant pas à François Bayrou, mais à une chanson énigmatique de Michel Jonasz, dont la poésie m'a longtemps fasciné, bien que son message – en lien avec la déshumanisation progressive de la société, ainsi dirigée vers une nouvelle forme de dictature – nécessite une certaine attention pour être perçu. Là où je rejoins Pierre Marcelle c'est dans le constat que la personnalisation à outrance du rite présidentiel porte une « essence plébiscitaire contraire à la démocratie ». Dans cette sentence aux apparences révolutionnaires, Pierre Marcelle, trop cultivé pour l'ignorer, fait en réalité du Mendes-France, puisque l'inflexible marrane de l'Eure sacrifia sa carrière politique aux portes de la magistrature suprême, dans la prescience des dérives futures de la conjugaison du développement du système médiatique et du suffrage universel direct. Or Mendes-France était loin d'un révolutionnaire et sans doute l'homme politique le plus proche de la ligne du Bayrou de la dernière décennie, c'est-à-dire humaniste et nuancé. Pour le reste, ce premier paragraphe de Marcelle, annonce la couleur, celle du gros trait sans argument, de la crispation sur des lignes bien clivées, dans l'obsession d'un bi-partisme stricte, ne laissant aucune place à la subtilité et à un pragmatisme non inspiré du calendrier politique, mais de l'analyse juste de la situation. On comprend néanmoins que le bi-partisme en question ne saurait se trouver dans l'antagonisme traditionnel entre PS et UMP, mais entre libéralisme et anti-libéralisme, comme si chacun de ces camps ne peut être qu'univoque, puisqu'ici libéralisme est considéré comme tout ce qui ressemble de près ou de loin à un système vaguement capitalistique, comme si toutes ses déclinaisons aboutissaient à la même société.

Si Bayrou, dont je tenterai de définir plus loin certaines caractéristiques personnelles, est la caricature de la perversité électorale, je ne saurai que me glacer d'effroi devant les autres prétendants. Celui que Pierre Marcelle défini comme le « champion du p't'êt' ben qu'oui - p't'êt' ben qu'non » est juste le seul candidat dont toutes les positions ne sont pas nourries à la seule tambouille idéologique et qui n'a quasiment pas varié d'un iota dans ses convictions (car il en a), ni dans le – juste – diagnostique qu'il a établi de notre société. Il est ici question de considérations coperniciennes, puisque ce n'est pas Bayrou qui a bougé de son axe au regard de la sphère partisane, mais bien cette dernière qui n'a cessé de tourner autour de Bayrou, si ce n'est de louvoyer. On le voit bien en ce moment où PS et UMP, font à nouveau la danse du ventre devant le candidat centriste, après l'avoir, accompagnés de toute la presse, voué aux gémonies, quand il était passé de mode et que ses soutiens furent aspirés par l'astre ministériel. Tandis que l'UMP, n'en fini plus de lancer ses anathèmes sur telle ou telle catégorie pour attirer les électeurs de Marine Le Pen, que le PS n'arrive pas à résoudre le paradoxe lui permettant de se montrer de gauche sans effrayer les marchés ni s'adresser au peuple, que Mélenchon invente la dictature du prolétariat et le FN, le national socialisme depuis qu'il s'est converti à l'interventionnisme après avoir été le chantre du plus parfait libéralisme, Bayrou continue de thésauriser sur son constat visionnaire concernant dette et éjection de l'être du centre du projet sociétal, sans pratiquement bouger de sa ligne.


Je connais les arguments des uns et des autres, et notamment de celui, Mélenchon, qui a fait de l'inflexible béarnais sa cible préférée. Ces arguments – fondés sur les votes suivistes de l'UDF, quand il était un satellite du RPR - relayés par sa garde rapprochée, de Clémentine Autain à mon quasi voisin Alexis Corbière (par ailleurs homme sympathique et vrai politicien de terrain, empathique et généreux), font rire quand on pense que le dit Mélenchon, pourfendeur du système médiatique dont il est pourtant le symbole narcissique - que dire de la web série dont il est le héros, ou de son admiration devant ses photos de presse – est une image caricaturale et fabriquée : homme de nuance et de culture dans le privé, grossier personnage dans le public, pensant séduire ainsi le peuple, alors qu'il est surtout populaire chez les cadres et les professions libérales*. On s'amuse d'autant plus de l'acharnement de ses Frontistes de gauche à rappeler les votes de l'UDF, antérieurs à la création du Modem, pour prouver que François Bayrou est un affreux sous-marin de la droite la plus réactionnaire, que le brave Jean-Luc Mélenchon, ex mitterrandiste en diable, a lui même voté l'essentiel des projets socialistes, au temps de sa splendeur au sein du parti de la rue de Solférino. A qui viendrait-il aujourd'hui à l'idée de lui mettre sur le dos, à la fois les belles heures de la gauche, comme ses plus sombres turpitudes affairistes ?

Mais revenons-en à notre François Bayrou et à ce MoDem, dont je me suis moi-même éloigné ces deux dernières années, mais dont je ne saurai remettre en cause la probité et la détermination. Les deux ont leur importance, parce que, si Bayrou n'a jamais dévié, les militants centristes, eux, se sont toujours donnés au plus offrant, reniant maintes et maintes fois leurs convictions et allant toujours dans le sens du vent, bien que revenant toujours à leur place d'origine tel le culbuto politique. Et là est tout le problème et le drame Bayrouïste. François Bayrou n'est pas un révolutionnaire, n'en déplaise à Jean-François Kahn, mais un homme droit, fidèle, intègre, de grande conviction et fondamentalement libre. C'est rarissime en politique, et, hélas, encore plus au centre. C'est aussi pour ça que, bien que conscient de la nécessité d'être porté par un appareil pour gagner le pouvoir, il n'a jamais été à l'aise au sein de l'UDF, et encore moins du MoDem pourtant fondé autour de sa personne, se désintéressant autant des querelles intestines que des revendications éparses des militants. Il s'agit tant de sa force que de sa faiblesse, et sans doute nombre de Français, pas Pierre Marcelle, le sentent-ils. Il sont près à soutenir l'homme, mais pas son mouvement, pourtant aujourd'hui resserré autour d'un carré de vrais fidèles, bien que l'on y voit à nouveau revenir les girouettes parties à la bonne heure se compromettre dans le giron Sarkozy.

François Bayrou se sent vraiment un destin, ce qui est inhérent à celui qui veut devenir président et manque souvent aux candidats socialistes, justifiant leurs défaites. Il a le handicap d'un sérieux sans faille, qui confond souvent se prendre au sérieux avec faire les choses sérieusement, une image trop flatteuse de sa personne, un manque d'humour endémique qui a fait des ravages dans son premier cercle et auprès des militants, une détestation sincère – à la différence de celle de Mélenchon – pour les médias avec lesquels il a bien du mal à composer, bien que souhaitant se soigner (j'y vois là une certaine qualité) et une rigidité intellectuelle qui peut donner le meilleur comme le pire. Au surplus, le personnage est distant et pas vraiment sympathique, y compris avec ses collaborateurs. Mais là où il semble s'être bonifié, c'est dans une capacité nouvelle à prendre en compte certain de ses défauts, à commencer par cette difficulté à écouter qu'il pensait balancée par sa capacité d'analyse exceptionnelle et une certaine connaissance du « monde réel » l'ayant doté d'une réelle empathie, si rare dans la classe politique. François Bayrou est tout sauf la caricature calculatrice que l'on veut parfois en faire. Sans être aussi gaullien qu'il le souhaiterait, la vraie grandeur lui faisant défaut (moins qu'à ses adversaires, néanmoins), il est tout de même une sorte de chêne, animé d'une vraie flamme au cœur de laquelle se nichent de profondes convictions où il est question d'idéal républicain, d'humanisme, de solidarité, de sens de l'État et de quelques autres valeurs qui font tant défaut à notre société, aussi blasée qu'individualiste, aussi peu généreuse que prompte à manier de pompeux concepts dont elle ignore le sens et l'essence.

Ce n'est peut être pas la panacée, mais à l'heure où la politique se résume à un fainéant storytelling sourcé à la télé réalité, Bayrou n'est sans doute pas le pire candidat et encore moins le légitime motif de tant de moqueries. En tous cas, c'est ainsi que je le perçois, moi qui suis las d'attendre une gauche qui arriverait à concilier une indispensable vision populaire avec le sens des responsabilités, choses qu'elle ne parvient pour le moment pas à envisager, à moins d'un futur sursaut inspiré des récents travaux de Laurent Baumel, François Kalfon, Laurent Bouvet et d'autres*.


Sondage BVA pour Le Parisien du 07/12/2011 *

« Plaidoyer pour une gauche populaire » / Le Bord de l'eau 2011 / 116 p**

 

 

 

 

 

13:12 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : bayrou, libération, ps, ump, modem, 2012, mélenchon | |  Facebook | | | |

09/06/2010

PETIT PRECIS DE CENTRISME POUR LES NULS – EPISODE 3

Egalement disponible sur Agoravox, le média citoyen : http://www.agoravox.fr/

Le précis dit « Ca se précise » :

Assises de la Refondation du Centre


Ça rigole plus ! Hier soir, j'ai enfourché mes bottes de sept lieux pour me rendre en quelques pas au Sénat afin d'assister aux « Assises de la refondation du Centre », à l'invitation de Jean-Pierre Bozzone, bon camarade très ouvert avec lequel je ferraille parfois sur la toile. Dans les épisodes précédents, je pointais l'incroyable recrudescence de groupuscules plus ou moins centristes. En ce jour pluvieux, cet épisode entame une marche arrière débridée, soulignant avec satisfaction une initiative aussi salutaire que fragile, aussi nécessaire que tortueuse, voyant enfin à nouveau réunis dans une même enceinte des personnalités de tous les courants centristes, (« Alliance Centriste » - à l'origine de la manifestation, « Nouveau centre », « Parti Radical », « Modem » et j'en passe) telles que Jean Arthuis, Hervé Morin, Pierre Méhaignerie, Michel Mercier, Serge le Pelletier, Fabienne Keller, Jean-Christophe Lagarde, Nicolas About, Jean-Louis Bourlanges, François Sauvadet, Denis Badré, Charles de Courson ou Jacqueline Gourault...


Kesako « La refondation du Centre », d'ailleurs ? Pourquoi faut-il refonder cet énigmatique centre, puisque j'arguais il y a peu de sa place dominante sur l'échiquier politique, en faisant même le premier parti de France. La question posée n'est en fait pas celle du centre, tant cette nébuleuse recelle de candidats et d'électeurs potentiels, sur le mode « 60 millions de candidats centristes » comme existent (et d'autant plus ces jours-ci) « 60 millions de sélectionneurs », mais celle de la réunion de toutes ces factions sous un même maillot. Puisque ces vocables sont à la mode, ajoutons qu'il faut aboutir à la création d'une équipe rassemblée, heureuse, fraternelle, technique et tactique, un véritable groupe pour défendre la France, oubliant que ce sont 23 autres gugusses qui ont été envoyé en Afrique du Sud à cette fin. Mais comme il y a d'autres échéances à venir que la Coupe du Monde, et notamment un apéro géant au printemps 2012, une telle manœuvre servira toujours, considérant que « gouverner, c'est prévoir ».


Plus sérieusement, on peut juger cette initiative sous deux angles opposés. Le premier aussi cynique que, peut-être, lucide, consiste à voir dans ce nouveau sursaut centriste la volonté de faire du neuf avec du vieux en réactivant purement et simplement une défunte UDF, jadis prisonnière de ses allégeances successives et de la vétusté des convictions de ses membres. Le second, plus enthousiasmant et consubstantiel de l'augmentation constante de l'abstention, témoigne de l'archaïsme des partis dogmatiques et de l'accroissement d'un espace politique pragmatique, ayant par essence le réel comme terrain d'expérimentation, sans chercher des solutions préalablement orientées par un corpus idéologique. Dans la réalité cette tendance refondatrice est sans doute inspirée par les deux visions. On sentait nettement hier, dans cet aréopage bien nourri où la jeunesse était représentée avec une extrême parcimonie, poindre une immense nostalgie des années giscardienne, benoîtement exprimée par François Sauvadet. D'un autre côté, transpirait une sorte d'impalpable excitation dans ce rapprochement entre frères ennemis, la sensation presque tabou que l'échéance de 2012 pourrait représenter une occasion unique de damer le pion au bi-partisme, en dépit du combat sans relâche que mènent de concert l'UMP et le PS pour confisquer le pouvoir autant que lui retirer toute légitimité.


Sauf que...


Dès les premières minutes de la réunion, pourtant soigneusement organisée pour éviter les sujets porteurs de conflits (comme la question de l'éventuel candidat pour 2012 et la distance à respecter vis-à-vis de l'actuel pouvoir), tous les paradoxes de la position centriste sont apparus au grand jour, alors que les débats étaient restreints à 3 sujets assez consensuels pour notre famille politique, à savoir, la réforme des collectivités, les retraites et l'Europe. En effet, la prise de parole de Michel Mercier, nouveau (mais pas tout frais) Ministre de l'Espace Rural et de l'Aménagement du Territoire, a témoigné de l'inconfort de la traditionnelle allégeance du centre à la droite libérale, obligeant le ministre à défendre une loi, dont il est le porteur et non l'inspirateur, fondée sur des valeurs aux antipodes des traditionnelles positions centristes, lui attirant les foudres des intervenants suivants. Car là est bien l'éternel piège dont sont victimes nos chers centristes. Ne pouvant s'appuyer que sur la droite pour gouverner, ils doivent en épouser les concepts sans possibilités d'en infléchir les positions, en dépit de leurs velléités, comme en témoigne déjà l'expérience anglaise qui voit les positions de Nick Clegg et de ses électeurs phagocytées par l'hégémonie Tory sur les orientations du nouveau gouvernement. Cette constante, ayant transpiré toute la soirée, jusque dans l'intervention finale du Ministre de la Défense, Hervé Morin, défendant le modèle social européen tout en justifiant l'appartenance à une majorité qui l'écrase sans ménagement, a peut-être permis au grand et intransigeant absent de la soirée, François Bayrou, de marquer des points face à ses principaux rivaux. Car Bayrou, en dépit d'un parti exsangue et d'une soudaine bienveillance du Chef de l'État, mais fort de sondages finalement toujours assez flatteurs, persiste à affirmer la possibilité pour un mouvement centriste de se poser en élément moteur et principal d'une future alternance, même si ce cas de figure reste assez peu probable. Par ailleurs, l'absence d'évocation des formes que pourraient prendre cette fameuse « refondation du centre », ce refus, non pas seulement technique (celui-là se comprend parfaitement), mais aussi philosophique, de redéfinir clairement les fondamentaux du centre et la manière de les imposer à d'éventuels partenaires, ont laissé de nombreux participants sur leur faim, faisant finalement naître plus d'interrogations que d'espoirs, même si ses derniers ne sont pas totalement absents au final. Ainsi cette réunion, où même François Bayrou était indirectement représenté (par Jacqueline Gourault), à enfin su rompre les digues derrière lesquelles se caparaçonnaientent chacun des piliers du centre et lancer un mouvement ouvert à toutes les composantes de la famille, qui se poursuivra par la création d'un Think-Tank baptisé « Alexis de Tocqueville », confié à l'excellent Jean-Louis Bourlanges.


Restent en suspend les questions déterminantes du projet et de l'homme qui le portera.


Si sur la première quelques pistes furent esquissées hier soir, on retiendra malheureusement une incapacité intellectuelle endémique pour la plupart des centristes à sortir de la stricte logique libérale, à apporter autre chose que de minces corrections à la régression sociétale occidentale, à affirmer les moyens et conditions d 'une Europe fédérale pourtant réclamée par la plupart, et surtout, plus préoccupant encore, à démontrer une véritable empathie pour la majorité de nos concitoyens, ce fameux « français moyen », dont certains propos d'hier semblent indiquer qu'il figure encore une race singulière et énigmatique pour nombre de participants. C'est sur ce dernier point qu'un François Bayrou, en dépit de ses erreurs répétées, de son autoritarisme, de sa paranoïa grandissante et de sa discutable sincérité, a encore une nette longueur d'avance sur ses concurrents, même si sa vision est exempt de ces rêves qui, entre les mains de grands hommes, inspirent le réel. Mais en politique, plus qu'en tout autre domaine, la vérité d'aujourd'hui n'augure en rien de celle d'un lendemain porteur de la principale échéance électorale. Ainsi, rien ne dit à cette heure que le candidat unique du pari centriste ne sera pas parmi les intervenants d'hier, plutôt qu'entre les murs de la tour d'ivoire de la rue de l'Université.


C'est ainsi que s'annonce la seconde question légitimement éclipsée hier soir. Jean-Christophe Lagarde énonce parfaitement les deux manières d'aborder une élection. Il explique ainsi l'échec progressif de Bayrou par la stratégie de ce dernier de vendre l'homme avant le projet, se posant en porteur de la stratégie inverse conduisant le projet à précéder l'homme. Mais au final, qu'importe, car arrive un jour où les deux doivent converger et se rejoindre pour prétendre à la victoire. Il faut plus de l'un ou de l'autre selon les scrutins, mais les deux restent indissociable pour qui veut triompher, même si parfois le projet se résume à un slogan et l'homme à une posture. Dans le cas qui nous intéresse, nul parmi les centristes, en dehors de François Bayrou, n'a encore affirmé une stature indiscutable pour espérer bousculer les pronostics. Ce n'est définitivement pas repousser le débat qui l'éclairera. C'est pourquoi le sujet doit être mis sur la table assez vite afin de panser les éventuelles blessures avant que la campagne présidentielle se dessine sur la ligne d'horizon...



 

16:43 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : centre, nouveau centre, bayrou, modem, alliance centriste, présidentielle, 2012, sire, wuyilu | |  Facebook | | | |