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11/06/2012

TARTUFFE ET LE CORSAGE DE MARINE

En_Attendant_Tartuffe_-_Picolo_Theatre.jpgIl est souvent de bon ton et délicieux de citer la tirade de Tartuffe : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ». Il est moins fréquent de rappeler la réplique implacable que Dorine et sa conclusion : « Et Je vous verrais nu du haut jusques en bas / Que toute votre peau ne me tenterait pas. »

Ces quelques vers maintes fois célébrés gagnent encore en vigueur en ce lendemain de premier tour de l'élection législative, au regard du langage tenu envers le Front National, tant pas le droite que par la gauche.

 

Pour les premiers, à l'image de la phrase de Tartuffe, la tentation est grande et le trouble immense. Si on ne peut se résoudre ouvertement à réclamer une alliance pour sauver quelques soldats, ni regarder en face le corsage de Marine, on a déjà étalé toute sa faiblesse pour la chair des idées du FN, avec une hypocrisie qui n'est plus que de convenance. Plus encore qu'au lendemain du premier tour de la présidentielle, les digues sont définitivement rompues; avec d'autant plus de force que les premières fuites avaient emporté les étais constitués des restes du centrisme humaniste. Faisant mine, sans pudeur, d'ouvrir grand les bras aux électeurs du FN, à l'image de Nadine Morano, c'est déjà presque du parti d'extrême droite en lui-même qu'on reluque les rondeurs, envoyant quelques éclaireurs pour en tâter la fermeté, après en avoir épousé et chanté les antiennes.

Il y a dans cette danse nuptiale, hélas, les prémices d'une danse macabre, quand les apprentis sorciers, pour sauver l'instant, hypothèquent l'avenir.

APRES LE SERMENT, L'AVEUGLEMENT

Pour les seconds, tout émoustillés de leur probable domination au soir du second tour, la phrase de Dorine sert de doctrine et le désistement républicain de refrain. Mais une fois le serment déclamé et l'honneur préservé, l'aveuglement reprend ses droits pavloviens, comme si l'agrégat des valeurs auto-proclamées de la gauche était à jamais imperméable aux coups du réel. Ainsi le cruel revers subit par Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont marque-t-il l'échec d'une lutte stérile inspirée de la méthode coué, comme celui des verts, devenus hermétiques à l'écologie, mais friands de grandes déclamations pour un accroissement d'un libéralisme sociétal érigé en priorité nationale. Ce n'est pas en niant les problèmes et les interrogations d'une frange croissante du peuple voire en la culpabilisant, que l'on mettra un terme à la pénétration des (fausses) idées du Front National. L'ouvriérisme social fantasmé de Mélenchon, associé à un discours erroné sur l'immigration, parviendra d'autant moins à séduire les classes populaires (de quelque origine, sexe et catégorie d'âge soient-elles) qu'elles sont en première ligne sur ces sujets. Le front contre front, sans autre recette qu'une surenchère radicale, n'a aucune chance de succès contre le parti de Marine le Pen, d'autant plus que ce dernier pousse son avantage par un discours qui colle aux inquiétudes réelles des électeurs, faute d'apporter la moindre solution crédible et républicaine.

MEPRIS DE CLASSE ET CLIENTELE D'INITIES

Ce n'est pas non plus, à l'image de la gauche libérale, en disqualifiant la population de nombreux territoires sous les accusations de xénophobie, d'inculture et de repli identitaire que l'on répondra à une véritable perte de repères et à l'accroissement de la précarité économique. Et que dire des analyses florissantes qui jouent les centre-villes éclairés et dignes contre une France rurale et péri-urbaine ne méritant plus la considération et pouvant être abandonnée à son sort ? De ce point de vue le récent et très méprisant « reportage » de la revue Tecnnikart sur la Creuse intitulé « La bouse ou la vie » est un must qui a été dénoncé violemment par une fronde local menée par la jeune Elyse Khamassi, et depuis relayée largement sur la toile. Il exprime, mieux que tout autre exemple, la morgue aveugle d'une gauche empêtrée dans ses contradictions et s'adressant en priorité à une clientèle d'initiés encore (pour combien de temps ?) préservée des soubresauts du monde.

A ce petit jeu, quand le processus de recomposition de la droite sera consolidé, sur les bases nouvellement posées par le Front National, et qu'il ne sera plus question de poser un mouchoir pudique sur la poitrine de Marine, commencera alors la lente agonie de la République et de ses principes.

A moins que....

 

 

 

04/05/2012

MELENCHON vs PETIT JOURNAL / LE RETOUR DES VICHINSKY

Mélenchon, petit journal, canal +, 2012, élection présidentielle, françois hollande, wuyiluIl s'est passé avant-hier un petit événement médiatique qui pourrait sembler anecdotique et très parisano-parisien, s'il ne témoignait d'un état d'esprit qui est peu à peu en train de pourrir la très belle campagne de François Hollande et sa volonté d'œuvrer de toute ses forces pour le rassemblement républicain, l'apaisement de la France et la réaffirmation des belles valeurs qui fondent notre pays. Après les saillies grotesques de Sylvain Bourmeau à l'égard de la Gauche Populaire, la sortie de Jean-Luc Mélenchon à l'encontre d'un journaliste du « Petit Journal » de Canal + est tout simplement inqualifiable et inquiétante, tant elle prouve que, derrière une gauche responsable, humaniste autant que réaliste, pour laquelle j'appelle à voter des deux mains (mais après demain), il existe toujours une autre gauche, sectaire, caricaturale, brutale qui s'inspire davantage de Beria et Vichinsky que de Pierre Mendès-France ou Jaurès.

On peut ne pas aimer le fameux « esprit Canal », condamner l'intrusion du pur divertissement dans l'univers politique, bien que je considère parfois « Le Petit Journal » comme faisant davantage œuvre de journalisme critique que nombre d'éditorialistes de salons. On peut ne pas aimer et même dénoncer. Mais les propos de Jean-Luc Mélenchon, outre d'ôter toute valeur et sens aux mots et aux concepts, montrent combien l'approche du pouvoir aiguise les ressentiments et que l'humanisme revendiqué par le leader du Front de Gauche relève davantage d'une esprit de vengeance que d'une posture républicaine. Ce blog s'était déjà interrogé (ici) sur cette question il y a quelques semaines et les craintes évoqués semblent se justifier.

Qu'on en juge. Interrogé par un journaliste du « Petit Journal » quant à la signification qu'il attachait au 1er mai, Jean-Luc Mélenchon l'a violemment pris à parti en les termes suivants : « Ça ne vous regarde pas, c'est pas pour vous. C'est la classe ouvrière, c'est la gauche. Au revoir, allez-vous en ! Vous êtes la vermine Front National. Allez hop ! du balai... Laissez pas le Front national approcher les camarades... jetez ça ! Ça va les fachos ? Allez à votre manif là-bas, à Jeanne d'Arc...» « Ca va les fachos, on connait le Front National, on connait ses méthodes ... »  (à voir ici à partir de 9 min 28)

Est-ce cela la gauche ??? L'assimilation honteuse au fascisme de toute personne n'ayant pas l'heur de plaire ? La menace et l'intimidation pour seule argumentation ? Le refus de la tolérance, de la liberté de penser, de la mansuétude, de la mesure ?

Je refuse de le croire. Ce comportement est pourtant du même niveau que les récentes atteintes aux journalistes dans les meetings de Nicolas sarkozy ou de la brutalité du service d'ordre de Marine Le Pen.

Dimanche je voterai avec enthousiasme pour François Hollande qui, au-delà de son programme, aura donné avec caractère, détermination et humanité, une tournure véritablement républicaine à cette campagne tout en rejetant l'ivresse de soi dont sont victimes les autres candidats. Je voterai pour François Hollande, tout comme Jean-Luc Mélenchon. Cela constituera la seule épine dans l'expression de mon suffrage, tant cet homme foule aux pieds certaines des valeurs que je défends. Je préfère ici saluer l'honneur de François Bayrou qui, en annonçant hier qu'il votera aussi pour le candidat socialiste, à fait preuve d'une certain courage, à l'inverse de nombre de ses « amis » politiques.


 

11:49 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (8) | Tags : mélenchon, petit journal, canal +, 2012, élection présidentielle, françois hollande, wuyilu | |  Facebook | | | |

24/02/2012

DEBAT VERSUS DEBAT : VIVE LES ASSOCIATIONS CITOYENNES

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Ces temps-ci, comme nombre de blogueurs politiques qui ne cachent pas (forcément) leur engagement, j'ai une vie assez chargée, en dehors des activités professionnelles et familiales.

Les soirées se résument sous formes de sigles désignant les différentes émissions politiques qui poussent comme des champignons à l'approche de l'élection présidentielle : DPDA, PDC, MC et j'en passe. Les écrans passent du orange de BFM TV, au Bleu de TF1 et à toute la gamme chromatique des médias d'information. En fond sonore, France Info cède parfois la parole à « On refait le monde » ou « le Grand Jury » sur RTL. L'ordinateur portable pointe sur les liens des principaux sites de presse. Celui du bureau avec son double écran jongle entre Facebook, Tweeter, ce blog et le « trop d'info » qui fini par tuer l'info.

Et de quelle info parle-t-on ? De quelle politique ? D'un storytelling dégoulinant de raccourcis et de démagogie, découpé, à la télé comme sur la toile, selon le principe propre à tweeter, en autant de formules ne dépassant pas 140 signes ? D'un conte de fées post « temps de cerveau disponible » qui nous ferait avaler que la politique c'est « bête comme chou » et qu'elle peut se résumer en autant de slogans et d'invectives qu'il existe de problèmes et de candidat(e)s. D'une mascarade gênante, infantile et finalement effrayante au regard de la situation du pays et du globe, comme celle à laquelle nous avons assisté hier soir avec la confrontation entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, au cours de l'émission « Des paroles et des actes » sur France 2 ?

Je ne reviendrai pas sur ce moment qui constitue l'un des plus ahurissants de l'histoire de l'audiovisuelle politique. Tout le monde ira de son commentaire et je n'ai même pas le courage d'ajouter ma voix à ce concert, tant je me suis réveillé hébété et triste, inquiet aussi, au moment où chacun est tendu pour lui même et pour les siens en scrutant l'avenir. Je me suis assez commis sur tweeter durant le direct, usant bêtement de bon mots et de considérations dénuées de recul pour faire semblant de livrer désormais une analyse à froid. Lessivé, je vous dit, inquiet, encore.

Non, dans ces lignes, je souhaiterais faire un parallèle rapide entre cette expression électorale médiatique , abêtissante, stérile, brutale, dégradante et d'autres modes de livraison du message politique, souvent ignorés de nos concitoyens. Parce que durant cette semaine, j'aurais finalement comme d'autres personnes hautement concernées par la chose publique, assisté aux deux extrêmes en termes de débat politique...

Lundi les choses avaient bien mal commencé, par l'enchaînement en apnée de plus de deux heures de « Paroles de candidat » sur TF1 avec « Mots croisés » sur France 2, avant de s'achever hier soir en véritable crash avec le débat Le Pen vs Mélenchon. Mais qu'importe, j'avais réservé mon mardi avec curiosité pour un autre genre d'exercice, le vrai débat, à l'abri de l'audimat, sur un sujet unique et en présence d'intervenants légitimes à le traiter*. Ne comprenant pas grand chose au nucléaire par la simple préhension de ce que les médias compassionnels, avides de sensations et de raccourcis m'en avait laissé entendre, je trouvais belle l'occasion, à l'invitation de l'association citoyenne Générations Engagées, de me rendre au débat qu'elle organisait à l'ESG, à ce propos. Je vous passe ici la teneur des débats** (de très haute tenue – hélas en l'absence d'Eric Besson, le seul invité à avoir méprisé l'invitation), voulant simplement tirer une conclusion en lien avec le sujet de cette note. Car enfin, que nous apprend ce genre de manifestation ? Que chaque sujet politique demande du temps pour être exprimé dans sa complexité. Que même trois heures de débat constructif sur une matière unique est encore trop juste, mais constitue le minimum pour commencer à se faire une opinion réelle sur les tenants et aboutissants de la question posée. (Et en l'occurrence, j'ai été pour la première fois, autant en mesure de me forger un début d'avis sur l'avenir de la filière nucléaire, que conscient des sommets de vacuité, de mensonges et de démagogie atteints par tout ce que j'avais entendu sur le sujet à la télévision, notamment à propos de démantèlement des centrales.) Que l'Élection Présidentielle au suffrage universelle, dans le cadre d'une Vème République donnant un pouvoir exorbitant au locataire de l'Élysée, conjuguée à la dérive commerciale paroxystique du système médiatique, ne peut que conduire à l'anéantissement d'un débat public "libre et non faussé" et à l'abolition de la véritable démocratie, fondée sur un minimum de maîtrise des enjeux de la part des citoyens...

Et finalement les politiques n'y sont même pas pour grand chose. Il n'ont pas d'autre moyen d'émerger que de se couler dans ce moule pervers et d'en épouser toutes les formes. Quant aux journalistes, eux même sous la pression de contraintes aux antipodes de l'intérêt public et politique, il leur est de plus en plus difficile de ne pas céder à la facilité. Bien sur, tout cela n'est pas une découverte. Je ne prétends pas à une telle naïveté. Mais l'écart de niveau entre un véritable débat et une émission politique est telle que, les deux événement vécus consécutivement, il en devient soudainement abyssal et vertigineux.

Le malheur est bien évidemment que l'on ne peut attendre de chaque citoyen qu'il prenne longuement sur son temps pour se rendre à ce genre de débat, souvent centralisé, éminemment parisien, à des heures où le devoir domestique (et) ou la fatigue l'appelle. Mais quand même, cela reste la seule manière de se réconcilier un tant soit peu avec la politique, à moins, ce qui reste une option plausible, voire souhaitable, de changer en profondeur les institutions qui nous régissent. Toujours est-il que l'existence d'associations citoyennes, non-partisanes, défendant le débat avant les candidats, la confrontation des idées plus que les personnes qui les portent, telles que Générations Engagées, est vivement à encourager. C'est en tous cas le but de ce billet.

* Avec :

  • Marie-Hélène Aubert, animatrice du pôle « environnement, développement durable, énergie » de la campagne de François Hollande

    Corinne Lepage, candidate à la Présidence de la République, ancien Ministre de l'Environnement

    Jean-Luc Bennahmias, Député Européen, Vice-Président du Mouvement Démocrate

    Denis Baupin, adjoint EELV au Maire de Paris, en charge du développement durable, de l'environnement et du plan climat.

    Jean-Paul Deléage, physicien, historien de l'écologie, directeur de la revue "Ecologie et politique"

** Revoir le débat dans son intégralité sur le site de Générations Engagées