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22/11/2012

Copé-Fillon : élection piège à cons

Le duel fratricide pour la direction de l’UMP entre Jean-François Copé et François Fillon a permis à tous les éditorialistes et blogueurs de la place de Paris de rivaliser une fois de plus dans le panurgisme en s’appropriant et en détournant la fameuse une de Hara-Kiri célébrant la mort du général de Gaulle. Sous leur plume, le « bal tragique à Colombey » devient « bal tragique à l’UMP : deux morts », alors qu’en réalité, les seules victimes du scrutin sont la France, la démocratie autant que la silhouette agonisante du gaullisme.

Jean-François Copé dialoguant avec son adversaire

En 2007, Nicolas Sarkozy avait promis de liquider l’héritage de mai 1968, il aura finalement surtout balayé les dernières traces du Grand Charles en son linceul de symboles. Pour revenir à ces années évoquées, la situation convoque plutôt la sentence du bon Jean-Paul Sartre, « Élections, pièges à cons » distillée dans un éclair de lucidité né de l’ivresse d’un printemps électrique. Depuis, régulièrement, l’adage se vérifie, mais il vise plus volontiers le citoyen, ce gogo dont le quotidien est régulièrement laminé par les conséquences des scrutins, que les candidats. Pas cette fois. En se haussant du col dans la prétention de diriger le premier parti d’opposition, François Fillon et Jean-François Copé ont fait virer la foire d’empoigne en foire aux vannes, encore aux dépends de la crédibilité du politique. Entre péremptoires revendications de victoire, accusations de fraudes, crêpages de chignons et de cravates bleu horizon, la France forte a versé dans la farce, la droite décomplexée dans ces « paniques morales » chères à Stanley Cohen.

La dignité qui tapine sur le « Boulevard du crépuscule »

Pendant que Jean-François joue Ramona aux électeurs…

Ça valait bien la peine pour l’UMP de dénoncer l’amateurisme du gouvernement et de s’associer aux manifestations de Frigide Barjot contre le mariage pour tous, pour finir lestée de cette bonne blague qui circule sur tous les réseaux sociaux : « aujourd’hui, l’UMP a deux papas : le mariage pour tous est une réalité ! ».

Dans les faits pourtant, l’UMP est surtout orpheline et il n’est même pas certain qu’il faille s’en réjouir. Mais en ces temps où l’automne fait aussi chuter les feuilles de la pensée, médias et politiques rivalisent d’efforts pour acter que les choses sérieuses ne se jouent plus dans les hémicycles et autres cénacles du pouvoir, mais bien « à la corbeille ».

Preuve en est que l’autre tsunami politique du jour, qui affole les rédactions et feraient chauffer les téléscripteurs s’ils existaient encore, est l’annonce de la séparation du couple phare de la gauche converse et marinière, Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg. Pute borgne, c’est la dignité qui tapine sur le « Boulevard du crépuscule », la chevauchée des baltringues dans le « Apocalypse now » du pauvre.

… François trace sa route… et tout le monde va dans le mur….

Dans ce scrutin où les duellistes rappellent davantage Chevalier et Laspalès que les Travolta et Cage de Face Off, le grand perdant sera toujours la République française, le seul vainqueur, le chœur shakespearien des charognards qui chante l’antienne du « tous pourris » et attendent de se repaître des viscères de la démocratie.

Quand les candidats en lice sont aussi mauvais, ni grand prix, ni accessit, seulement de la bile qui ronge le ventre déjà meurtri de Marianne… et des Français, de droite, de gauche, d’ailleurs et surtout de nulle part, qui assistent interloqués au spectacle de l’agonie d’un idéal, à la dernière mort du gaullisme. La nature a horreur du vide, quand un parti se suicide dans les tuyaux du tout à l’ego, ce sont d’autres cafards qui remontent le long de la plomberie et occupent les toilettes. Et dire qu’on nomme encore ces gens « responsables politiques » : responsables, vraiment ?

Daubresse daube et Big Marine is watching you

Et on les regarde encore en se frottant les yeux, affublés de leurs lieutenants, un sacré casting de winner, présentant des mines de tragédiens antiques, surjouant l’indignation, l’outrage et le caractère, tandis que le drame se noue dans les écuries d’Augias, à une hauteur de vue convoquant davantage Arthur et les minimoys que Horace, Labiche que Eschyle. Jugez vous-même des soutiens. À ma gauche, dans le coin du Droopy de la Sarthe, un parterre de poids lourds du gaullisme, cette France qui a dit « non », mais on ne sait pas à quoi : Valérie Pécresse, Eric Ciotti, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Claude Guéant…

À ma droite, dans le camp triomphant du Duke Ellington de Meaux, nous avons pêle-mêle et en toute décomplexion : Nadine Morano, Rachida Dati, Brice Hortefeux, Lionnel Luca, et … Marc-Philippe Daubresse. Ah Marc Philippe, comment dire ? Ne disons rien, laissons-le parler. Après s’être plaint, comme ses adversaires, des incroyables fraudes constatées, ce chantre de la gastronomie électorale croit bon de justifier la chose d’un sidérant : « Il y a ni plus ni moins d’irrégularités que dans des scrutins législatifs », validant l’idée d’un état de décomposition avancée de la démocratie. Puis pour commenter la victoire avec la certitude de laisser une trace dans l’Histoire, ce natif de Lille, ville réputée d’Europe de l’Est, conclut en ukrainien d’un cinglant : « Quand le blé est mur, il est temps de le récolter ».

Définitivement, Copé et Fillon n’auront fait que prouver combien la place est vacante à l’UMP,  même si le premier l’a finalement emporté. Leur naufrage fait déjà briller de douces lumières dans les yeux incrédules de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy… Ivre, Jean-Louis Borloo se prend aussi à espérer. Mais bon Dieu, c’est donc vrai, nous avons la droite la plus bête du monde ! Et en plus, maintenant, elle est décomplexée… à l’extrême. Ce qui restera, finalement, le seul enseignement majeur de cette pantalonnade électorale.

On croyait les socialistes orfèvres en matière de psychodrames congressistes et de tripatouillages électoraux, on se rend compte que le pire Congrès de Rennes est finalement un tendre épisode du Manège enchanté, un Plus belle la vie au pays de Flamby, une pilule rose du bonheur.

Pendant ce temps, heureusement que Libération, le grand quotidien national de droite, jamais avare de soutien à la grande famille libérale et dispendieux de son légendaire sens politique, a cru bon de titrer son édition d’hier sur les déboires du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. Ouf, l’honneur de la droite est sauf. Mais, de l’Élysée à Matignon, on doit quand même bien se taper sur les cuisses… On aurait pourtant tort de trop se réjouir, la mascarade éclabousse toute la classe politique, d’autant que la très courte victoire de Jean-François Copé ouvre les vannes à un torrent boueux et saumâtre propre à faire exploser les dernières digues de la décence.


Cet éditorial a été préalablement publié dans RAGEMAG

Boîte noire

18/10/2012

Fiscalité des oeuvres d’art : Caligula et Messaline

Cet article a été préalablement publié dans RAGEMAG

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La machine à remonter le temps est lancée. Un peu plus, se rendant dans les jardins du Palais-Royal, on pourrait deviner la mince silhouette de Jack Lang se lovant nuitamment contre les turgescences marbrées des colonnes de Buren. On pourrait imaginer la rue de Bièvre, bruissant au rythmes des sorties bibliophiles d’un François Mitterrand suivi comme son ombre par le caniche Roland Dumas et les effluves de scandales à la mode SéguelaPelat – Rolex.

Non, ce n’est pas du HG Wells, il n’y a rien de magique dans cette impression dérangeante de déjà-vu. C’est juste que « la gauche » est revenue au pouvoir… Tous ses travers aussi… À commencer par sa tendance népotiste – petits fours – « J’adoooore ce que vous faites », ici illustrée par l’insupportable collusion entre les Dupont et Dupond de Libération, Demorand et Bourmeau, et la nouvelle Ministre de la Culture Aurélie Filippetti. Un autre jour, on pourrait parler des voyages de Yamina Benguigui, ministre déléguée à la Francophonie, qui, d’un côté, donne l’aumône de l’État, de l’autre ses mimines emperlousées… C’est une autre histoire… Mais un même sujet.

Se farder à l’indignation tout en dégorgeant son mépris de classe

L’objet du litige ? La proposition d’amendement portée par le député PS de Lorraine, Christian Eckert, souhaitant faire rentrer les œuvres d’art d’une valeur supérieure à 50 000 euros dans le calcul de la nouvelle mouture de l’ISF. Qu’importe ce seuil. La seule évocation d’une telle taxation, même modique, a fait se pâmer d’effroi tout ce que le microcosme des vernissages mondains de la gauche « vous reprendrez bien une petite coupe » compte d’activistes en Prada et Nike Air. Au premier rang d’entre-eux donc, comme d’habitude, Sylvain Bourmeau et Nicolas Demorand, amis intimes d’une ministre qui soutenait la taxation des œuvres d’art quand elle émargeait nonchalamment dans l’opposition. De leur gauche à géométrie variable, ils ont encore fait la brillante démonstration en cette matinée aussi grise que les perspectives de croissance. Avec un édito titré « Grotesque » et tout un dossier « hautement prioritaire », ils évacuent l’éventuelle imposition des œuvres avec des éléments de langage qui feraient rosir de plaisir Laurence Parisot et les #geonpis. Toujours la même litanie : menace de délocalisation et de vente hâtive (des œuvres), découragement des collectionneurs (comme d’autres parlent des entrepreneurs), bouleversement de « l’écosystème » artistique et rapport ridicule de la mesure pour les finances publiques au regard de ses conséquences. Sur ce dernier point, on ne résiste pas au plaisir de rappeler qu’il s’agit mot pour mot d’un des arguments massues de la droite pour vouer aux gémonies la taxation à 75% sur les revenus supérieurs à un million d’euro par an envisagée par le gouvernement. Quid de Libération sur le sujet ? A-t-on vu Nicolas Demorand se jeter sur son clavier pour dénoncer ce seuil confiscatoire et appeler à la rescousse la terrasse du Flore ? Non, bien sûr, sur le coup on parle de symbole pour justifier la loi et on s’offre des couvertures sur le mode “Casse-toi, riche con”.

Merci à Laure Daussy, journaliste à Arrêt sur Images, pour ce “Celebrity spotting” daté du 7 mai 2012…

On ne résiste pas non plus au plaisir d’expliquer, qu’outre la non déclaration de beaucoup d’œuvres, ce qui revient à légitimer la fraude fiscale, le faible rendement de la mesure serait aussi lié au petit nombre de contribuables concernés et au taux relativement bas de l’ISF (à priori, de 0,55% jusqu’à 1,31 million d’euros à 1,80% au delà d’un patrimoine de …16,79 millions d’euros – une paille).

On nous parle aussi de tous ces pauvres Français qui, par le hasard ou la famille, seraient détenteurs d’œuvres inestimables et seraient ainsi mis sur la paille par l’inculture de Bercy. Qu’à cela ne tienne, il suffirait d’établir un ratio de taxation entre les revenus et le patrimoine artistique pour y remédier.

Mais non, on vous dit, même pas la peine de discuter. Toucher les œuvres d’art, c’est pécher ! Sur ma vie et sur ma gauche ! Là encore, spoliation, bêtise, jalousie, aucun qualificatif ne sera épargné. Pas touche à l’un des symboles de la gauuuuucche ! Mais de quelle gauche parle-t-on, enfin ? De cet ensemble clientéliste et consanguin qui hante les cercles privés et méprise ce « peuple inculte » auquel on a pourtant consenti les « journées du Patrimoine » et la « Nuit Blanche » – où la majorité des artistes laborieux et précaires ne sont pas rémunérés – pour qu’une fois par an, gracieusement il soit ébloui par la supériorité d’une caste ? D’un clan qui se refuse à considérer l’immense majorité des citoyens et se farde à l’indignation tout en dégorgeant son mépris de classe ? Ce n’est pas la gauche, enfin si, juste la rive du même nom, bien que de nos jours les affinités géographiques aient changé.

Tous des « #geonpis »

De toute façon, il est déjà trop tard. Après avoir reculé dans les deux jours devant la fronde des « pigeons » et leur compte facebook, voilà que Jean-Marc Ayrault a déjà capitulé à l’idée d’affronter Belphégor le fantôme du Louvre et tous les Che Guevara de la « Fashion week ». Problème : ce bon Jean-Marc nous explique dans le même temps qu’il est « impératif » que la France tienne l’engagement des 3% de déficit pour l’année 2013. On veut bien, mais, au-delà de l’incantation, on doute des moyens proposés pour y parvenir. Parce qu’en plus d’avoir également renoncé au projet de redevance audiovisuelle sur les résidences secondaires, claquant au passage un Jérome Cahuzac qui était lui aussi jadis favorable à l’intégration des œuvres dans le calcul de l’ISF, cette énième abdication du premier Ministre devant une fronde catégorielle ne laisse plus beaucoup de marges de manœuvre. À ce rythme, après les #geonpis et les collectionneurs, on n’ose imaginer quelle catégorie de contribuables va s’organiser pour échapper à l’effort de solidarité nationale supplémentaire que la situation impose…. Et obtenir gain de cause…

Pour économiser du temps faute d’argent, nous pouvons suggérer aux autres artistes et aux sportifs de haut niveau de reprendre leur tir croisé contre la taxe de 75%. Nous pouvons aussi encourager les tailleurs de pipes de Saint Claude à créer un groupe facebook pour les aider à recouvrer leurs antiques avantages fiscaux récemment supprimés. Nous pouvons aider tous les mouvements de la présumée élite à se constituer en organismes victimaires pour leur permettre de se soustraire à toute forme de solidarité fiscale. Tous des #geonpis on vous dit. La belle affaire.

La sève, c’est fait pour couler

À l’arrivée, comme toujours, on se penchera tendrement vers les plus démunis en leur expliquant, le vibrato dans la voix, qu’ils sont la sève de la nation et peuvent ainsi continuer à rouler sur la pente sans fin du sacrifice et de la précarité. D’ailleurs, n’a-t-on pas appris, ce mardi, par le dernier rapport de Médecin du Monde, que les conditions d’accès aux soins pour les plus pauvres se sont encore sensiblement dégradées au cours des douze derniers mois ? D’ailleurs, déjà, dans les travées des musées frondeurs lorgne-t-on méchamment vers les artistes – et surtout techniciens – les plus fragilisés, ces intermittents dont on ignore tout des vraies conditions de vie et des affres de la quête constante d’un emploi, brandissant pour seuls exemples les quelques-uns qui jonglent avec la fortune du box office et les abus des grosses sociétés.

Ainsi, mercredi, sur France Info, Fabrice Bousteau, Directeur de la Rédaction du select Beaux-Arts magazine, se faisait le fervent avocat des détenteurs passionnés des merveilles de notre patrimoine pictural tout en enjoignant le gouvernement à mettre à la diète les quelques 160 000 intermittents du spectacle qui font pourtant vivre, plus que tous les autres, l’ensemble des métiers de la création et se voient déjà largement exclus du marché du logement et du crédit. Mais il faut bien que quelqu’un paye. Et puisque ce ne sera pas les amis les plus fortunés de Libération

Est-ce la seule amitié pour la ministre qui a guidé la plume du directeur de Libération ? A moins qu’il s’agisse de convictions viscéralement libérales, chevillées au portefeuille ? Ou alors… Non, quand même pas… On n’ose imaginer que c’est la situation économique critique du journal qui a pu motiver une telle tribune, qui envoie une gifle cinglante au visage du peuple… On n’ose imaginer que la volonté de plaire en soutenant l’injustice fiscale puisse prendre racine dans un appel à l’aide pour renflouer une rédaction qui, en plein crise bien réelle de la presse, s’est coupée avec mépris d’une partie de son lectorat naturel… Non, on n’ose imaginer…

À peine François Hollande était-il élu que notre confrère Baptiste Thion écrivait dans ces colonnes un article prémonitoire intitulé : « Vous avez demandé le changement… veuillez patienter… ». En fait de changement, il s’agit plutôt d’un retour en arrière, entre « tournant de la rigueur » de 1983 et partouzes rue de Valois à l’heure 2.0.

29/09/2012

LA GAUCHE POPULAIRE : LA REPUBLIQUE, RIEN QUE LA REPUBLIQUE

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Une fois de plus, l'édition du jour de Libération se focalise de manière honteusement biaisée sur la Gauche Populaire, à travers une « enquête », titrée « La Gauche Populaire à la conquête des « petits Blancs » des pavillons » ! Sous la plume de Jonathan Bouchet-Petersen, on découvre un collectif en lequel aucun de ses membres ne peut se reconnaître et qui défend des notions et un vocabulaire qui n'est pas le sien. Plutôt que de reprendre ce texte mot par mot et d'en contester l'orientation, nous tenons à rappeler quelques éléments d'analyse et opinions déjà exprimés ici, concernant la situation du pays, la tragique évolution de la gauche et la nécessité, telle que l'exprime réellement la Gauche Populaire, de revenir aux fondements de la République, aux antipodes de toute connivence avec de quelconques extrêmes ou l'étonnant social-libéralisme qui nous est attribué par Libération.

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Selon ces derniers, la France serait aujourd'hui plus ou moins coupée en trois, et ce serait bien ainsi, chacun pouvant s'enfermer dans l'entre soi, mépriser et stigmatiser les autres. A l'heure où chacun sait la nécessité d'un rassemblement républicain, de la célébration de la République une et indivisible, on s'évertue à nous saucissonner le peuple en mode ternaire. Il y aurait donc d'une côté un tiers de ploucs brutaux et xénophobes (dont la stupidité insondable et l'incapacité à mesurer leur bonheur légitimerait au passage le gouvernement des élites), de l'autre un tiers de conservateurs irréductibles et enfin un tiers de belles âmes ralliant un agrégat de minorités constituées en groupes de pression et d'élites éclairées, à même d'orienter la politique, quitte à laisser les deux tiers des citoyens sur le carreau.

Quand la Gauche Populaire met le doigt sur l'abandon par la gauche des classes populaires et de citoyens, de plus en plus nombreux, poussés vers le péri-urbain ou abandonnés dans des déserts ruraux ne demandant qu'à renaître, nos contempteurs, qui s'inquiètent peu de l'emprise du néo-libéralisme dans la société, voient, au nom de leur conception identitaire et racialiste, la défense forcenée d'une France de « petits blancs » beauf et xénophobes, larguée et ne représentant plus rien de légitime. Or, outre que ce tiers de Français, dont les origines sont souvent bien plus diverses que l'image qui en est renvoyée, n'est pas le seul bénéficiaire du regard politique de la Gauche Populaire, le seul fait d'en faire les mohicans d'une génération perdue à jamais et offerte ad vitam eternam au moloch du FN, témoigne affreusement de la responsabilité d'une certaine gauche dans la balkanisation du pays. Là où les uns cherchent au contraire à mettre en avant le commun pour refermer cette fameuse « fracture sociale » repérée au début des années 90 par Emmanuel Todd et préemptée par Jacques Chirac, les autres continuent, dans la ligne tracée par Nicolas Sarkozy, à trier le bon grain de l'ivraie parmi les citoyens et à servir des clientèles électorales, plutôt que les citoyens.

L'idée selon laquelle la sociologie du pays aurait, comme par enchantement, changé du tout au tout en 40 ans, faisant de la France de 1974 un pays où seuls 0,75% des citoyens étaient xénophobes et de celle d'aujourd'hui un repère putride de fascistes intrinsèques, regroupés de leur plein gré et par altérophobie naturelle dans des ensembles pavillonnaires ou de vieux villages moisis, a de quoi interroger. Quand plus personne ne se préoccupe de la discrimination sociale, territoriale et culturelle (qui touche les deux sexes et toutes les origines) et que les seules considérations qui éveillent l'attention sont du ressort de la revendication catégorielle, liées au mœurs ou à un versant ethnique (qui parle de blanc comme de noirs ou de maghrébins etc...), c'est déjà que la République est ébranlée dans ses fondements. Il en est de même quand les uns se renvoient leur racisme respectif, qu'il soit anti-blanc ou anti-noirs. Le racisme existe chez toutes les populations et aucune distinction ne peut être faite dans sa dénonciation, qui doit par ailleurs être cause républicaine, à moins, une fois de plus d'épouser une conception identitaire et / ou racialiste.

CATACLYSMIQUE MODELE "ZAPATERISTE"

Dénoncer les hypothèses et signaux d'alarme lancés par la Gauche Populaire présente surtout l'avantage pour une certaine frange du PS, inspirée du cataclysmique modèle zapatériste, de se dédouaner de sa responsabilité dans la situation de le France et de l'Europe, voire d'ignorer la dite situation qui jette des pans entiers de la population dans les bras de partis extrémistes qui n'en demandaient pas tant. Or cette responsabilité, également partagée par la droite dite républicaine, ne cesse de progresser depuis la fin des années 80, en dépit des insupportables sermons, main sur le cœur, des leaders politiques sur le mode « nous avons entendu le message des électeurs ». De chaque bord, les raisons en sont pourtant connues. A droite, trahison des thèmes auxquels une partie du peuple est sensible et constante tentative de division des citoyens. A gauche, négation suicidaire de préoccupations légitimes - oui légitimes – d'une part croissante de l'électorat, à savoir : la place de la France dans la mondialisation et dans le cadre européen, l'insécurité réelle, culturelle et économique, l'ensemble de ces facteurs inter-agissant les uns avec les autres.

Sur tous ces sujets la droite n'a cessé de jeter de l'huile sur le feu sous la houlette de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et leurs séides de la Droite Populaire (chargée de jeter un pont dans l'optique d'une alliance avec le FN), s'emparant des sujets de manière incohérente et divisant la population en autant de groupes antagonistes qu'il existe de thèmes. Pendant ce temps là, le PS s'est emmuré dans un caveau de fausses valeurs et de bons sentiments tournant le dos au réel, dans une approche de revendications catégorielles légitimant les intérêts particuliers au détriment de l'intérêt collectif. D'un côté des groupes sociaux antagonistes, de l'autre des groupes sociaux égoïstes : il n'en faut pas davantage pour briser le pacte républicain et l'idée de dessein collectif.

De son côté, alors que l'extrême gauche se cramponne à un ouvrièrisme fantasmé, le FN accélère sa dé-diabolisation en accaparant les thèmes républicains (tout en les plongeant dans une sauce indigeste et nauséabonde), transformant le vote en sa faveur d'une démarche de protestation à une démarche d'adhésion. Pourtant, si l'électorat du FN a réellement changé dans ses composantes (ce qui n'empêche pas la frange authentiquement fasciste et xénophobe d'y figurer toujours en bonne place), le parti, lui, tant dans son fonctionnement que dans le socle idéologique de ses dirigeants est très authentiquement d'extrême droite. Quant aux solutions qu'il propose, elle sont économiquement surréalistes, socialement iniques, humainement dévastatrices et philosophiquement tragiques. Mais comment reprocher à son nouvel électorat, souvent issu de la gauche, d'épouser ce vote, alors que le PS s'est abstenu depuis trente ans de prendre en considération ses peurs, autant que ses véritables souffrances et ses colères légitimes nées de sa précarisation et de son insécurité - certes parfois fantasmée et nourrie à des médias idéologues et jetant de l'huile sur le feu ? Certainement pas en s'enfermant dans une tour d'ivoire moraliste qui creuse le fameux fossé entre les élites d'une bourgeoisie urbaine éclairée et le peuple.

AUX FONDEMENTS DE LA REPUBLIQUE

Aux fondements de la République il y a la communauté unique, en opposition au communautarisme, et le bien commun, en opposition à l'intérêt particulier ou catégoriel. Ces notions qui, ainsi exprimées englobent une laïcité, mise à mal activement par Nicolas Sarkozy, lascivement par le PS de ces dernières décennies, sont fondamentalement de gauche.

Elles supposent une égale justice et une égale sécurité pour tous, une égale répartition des droits et des devoirs pour tous, sans distinction de sexe ou d'origine, en opposition frontale à une justice qui favorise des puissants pouvant se soustraire à toute exemplarité et des catégories pouvant se soustraire à l'état de droit au prétexte de l'appartenance à une minorité – notion qui devrait être absorbée par la citoyenneté.

Elles supposent que soit offerte la même protection et attention à tous, non pas en tant que membre de telle ou telle catégorie, mais en tant que membre de la communauté nationale, punissant d'une humeur égale toute atteinte à l'individu sur une base distinctive, autant que toute atteinte à la société par l'individu au prétexte de cette même base.

Elles supposent une distinction effective entre les nationaux, quelle que soit leur origine, et ceux qui ne le sont pas, pour peu que la loi ne conduisent pas à des situations totalement ubuesques de familles éparpillées entre différentes nationalités ou de citoyens dans l'incapacité de renouveler leurs papiers au prétexte d'être nés de parents français vivant alors à l'étranger. Sur cette question qui englobe le débat sur le vote des étrangers, cohabitent plusieurs conceptions au sein même de la Gauche Populaire, aucune n'étant alimentée par la question «ethnique ». Il y a ceux qui défendent ce droit de vote à condition de l'étendre à toutes les élections locales, et non aux seules municipales, et ceux qui, indéfectiblement attachés au lien entre citoyenneté et nationalité et craignant la démagogie et le communautarisme, préfèreraient voir assouplies les conditions d'accession à la nationalité. Il est d'ailleurs à noter que ce lien entre citoyenneté et nationalité a déjà été largement écorné par le droit de vote accordé localement aux ressortissants européens.

Elles supposent une protection sans aucune faille des citoyens étrangers présents sur notre sol, autant qu'une attention toute particulière à leur devoir au regard du pays qui les accueille. Elles supposent de fait une sévérité sans faille contre toute discrimination et particulièrement celles pouvant provenir de dépositaires de l'autorité publique, mais également à l'égard des ressortissants étrangers cherchant à se victimiser au prétexte de leurs origines pour se dédouaner de leurs turpitudes.

Elles supposent une égalité de tous devant le service public et la préservation de celui-ci quelque soit la nature du territoire où il se déploie et plus largement l'affirmation impérieuse du rôle et des missions de l'État. Et particulièrement, elle supposent un égal accès de tous dans des conditions dignes et décentes à l'éducation, à la santé, à la sécurité, à la culture, dans les zones rurales, comme dans les zones urbaines ou périphériques.

Elles supposent une taxation juste, proportionnelle et progressive des revenus quelle que soit leur nature et quelle que soit celle du contribuable qui en dispose.

Elles supposent une lutte sans merci de l'État contre tous les intérêts particuliers, catégoriels et financiers qui viendraient à porter atteinte à l'exercice de ses missions régaliennes et protectrices.

Elles supposent l'assurance de la liberté de culte autant que l'exercice paisible de celui-ci, dans des conditions ne venant porter aucune atteinte à la paix intérieure autant qu'au principe intangible de laïcité.

Elle suppose la reconnaissance de droits équivalents aux individus, quelle que soit leur sexualité, et leur égal accès au bénéfice des avantages de la loi concernant l'union civile. Les questions périphériques et complexes, concernant l'adoption et l'accueil d'un enfant dans le cadre du couple méritent quand à elles un débat apaisé, ne pouvant être hâtivement tranché, ni se substituer au règlement des questions économiques et sociales.

Ni État providence distribuant ses indulgences au gré des revendications catégorielles, ni État déliquescent abandonnant ses prérogatives à des intérêts privés ou dénonçant à la vindicte populaire telle ou telle partie de la représentation nationale, de ses corps et des citoyens... C'est cela la République autant que le grand dessein national, et ce sont des valeurs que doit porter la gauche dans son œuvre de rassemblement.

CETTE BELLE IDEE DE GAUCHE QUI SE NOMME LA REPUBLIQUE

C'est en grand partie à cela que tend la Gauche Populaire. Et ce ne sont pas seulement quelques intellectuels et élus qui en portent le message au sein d'un « groupuscule sulfureux », comme le voudrait Libération. Ce sont des centaines de citoyens qui ont déjà rejoints ou soutiennent le collectif et partagent cette volonté de voir appliquée une politique de gauche menée dans la préoccupation du bien commun et le cadre intangible de la République. Il y a parmi eux certes des élus et des intellectuels, proches ou en marge du parti Socialiste, qui sont les médiateurs éclairés de cette aspiration, mais aussi nombre de citoyens, sans étiquette partisane ni plastron universitaire. Des hommes et des femmes de toute origine qui regardent la France, l'Europe et le monde avec des yeux inquiets et ne veulent pas voir leur pays basculer soit dans le combat identitaire, soit dans les bras des extrêmes, soit dans une dictature néo-libérale. Des hommes et des femmes qui témoignent plus que tout de leur attachement à cette belle idée de gauche dont la source est le peuple et qui se nomme la République... rien que la République...