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16/03/2012

LA DERNIERE VICTOIRE DE JACQUES CHIRAC ?

 

Un jour proChirac, sarkozy, 2012, élection présidentielle, de Villepin, wuyiluchain, Jacques Chirac s'en ira. Enfin utile, terreau fertilisant pour le sous-sol d'un quelconque cimetière, quittant à jamais les eaux troubles de la politique où s'épanouissent les grands requins de son espèce. Mais avant de tirer sa révérence et de marcher en funambule sur le fil dérisoire de la postérité, sinon de l'Histoire, il lui reste à gagner une dernière victoire, épilogue ironique dans le combat sans merci qui l'oppose au fils prodigue, Nicolas Sarkozy.

Pourtant, en ce 16 mars, ultime jour autorisant le dépôt des signatures nécessaires pour briguer la Présidence de la République, il vient de perdre une nouvelle bataille : Dominique de Villepin, son bras armé (davantage par convergence d'intérêts que par amitié) n'est pas en mesure de se présenter à la magistrature suprême. L'évènement est nanoscopique pour la France, le « poète » au sourire carnassier ne représentant pas autre chose qu'un simple pouvoir de nuisance, il constitue néanmoins un léger contretemps dans la dernière grande œuvre de l'ancien Maire de Paris : faire perdre Nicolas Sarkozy et lui réserver dans la mémoire collective la place de plus mauvais Président de la Vème République. Un « one shot » aussi pathétique que fut grand l'enthousiasme que suscita l'élection de 2007.

Qu'importe, si de Villepin est une plume plus qu'une lame, une fragrance de promesse davantage qu'un héraut, Chirac est un tueur qui prend son temps. Toute sa vie aura été consacrée au meurtre politique, sans jamais se salir, sans être regardant sur ses alliances, sans se retourner sur les dépouilles de ses victimes. A chaque fois, il a employé la même tactique : se faire passer pour un imbécile victime des évènements, alors qu'il en était le grand ordonnateur. Faire baisser la garde à l'adversaire, lui donner l'illusion de sa supériorité et le frapper à l'heure où il se voyait triomphant. Le Président actuel croyait avoir tué le père, comme chaque disciple doit le faire de son mentor, il l'avait juste conduit à une retraite propice à l'ultime vengeance. Pourtant il le connaît si bien son Chichi, Sarkozy. N'a t-il pas dit de lui : « On croit que Jacques Chirac est très con et très gentil. En fait il est très intelligent et très méchant .»

Avec François Hollande, auquel il aura beaucoup appris, à commencer par laisser l'adversaire le sous-estimer, sa revanche a enfin un visage et un nom. Puisque le clan des chiraquiens a échoué, il reste le clan des corréziens, c'est tout aussi bien, ça fleure bon la France et son terroir, ses valeurs et son histoire et cela correspond à une certaine lignée présidentielle, de De Gaulle à Pompidou, de Mitterrand à Chirac lui-même. La France du Fouquet's n'existe pas, celle du Mont Bessou, si. Trop pressé de célébrer son triomphe, Nicolas Sarkozy n'a pas su éviter le piège et réfléchir dans la contemplation des vieilles pierres et de ces arbres si chers à Mitterrand – le seul qui fut supérieur à Chirac dans l'arène politique. Méprisant le recul et les cimes, les pages jaunies des bouquinistes et les leçons de l'Attique, Sarkozy, le hussard impatient, n'a pas vu fondre sur lui une dernière fois les ailes de celui qu'on appela jadis « Le grand condor ». Chutera-t-il de son « cheval d'orgueil » ?

Le 6 mai prochain, nous connaîtrons enfin le terme de cette guerre. L'issue n'en est pas certaine, mais il y a fort à parier que la victoire éventuelle, et souhaitable, de François Hollande, permettra à Jacques Chirac de partir en paix à l'heure que le destin lui assignera.

 

Photo (Reuters)

 

12:37 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : chirac, sarkozy, 2012, élection présidentielle, de villepin, wuyilu | |  Facebook | | | |

04/03/2012

LES CONSEILLERS NE MARCHENT PLUS A L'OMBRE, MAIS SARKOZY A PERDU

 

bazin.jpgPetits souvenirs de Jacques Pilhan

« Parler quand on est impopulaire, c'est comme marcher dans les sables mouvants. Plus on s'agite, plus on s'enfonce »... C'est sans doute cette vieille sentence de Jacques Pilhan, le gourou en communication des années Mitterrand / Chirac, qui scelle le sort de Nicolas Sarkozy sur le seuil de l'élection présidentielle.

Jacques Pilhan, l'homme qui avait théorisé l'ombre pour les conseillers, la rareté pour les présidents et prétendait de son métier qu'il «n'existe pas ». Celui qui avait fait de l'usage du temps une arme de l'immédiat, de l'opinion publique une matière de forge, de la télévision un champ de bataille. Celui qui, tout en scrutant sondages, publicités et autres artifices de la confusion entre marketing et communication les contournaient pour porter la stratégie invisible à sa plus pure expression.

Jacques Pilhan est mort en 1998, après avoir joué un rôle considérable dans l'incroyable retournement de situation qui a porté Jacques Chirac à l'Élysée en 1995. Il est à la base de la communication politique moderne, comme le fut dans le monde de l'entreprise Michel Frois (disparu en 2000 et qui m'offrit mes premiers balbutiements de communicant).

Je parle de lui aujourd'hui, au détour de la lecture de la passionnante biographie que lui a consacré en 2009, François Bazin*, dont sont issues les citations de ce billet, tant je me rends compte que sa disparition, comme celle de Michel Frois, a marqué un tournant radical et fatal, dans la communication politique.

Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, les conseillers sont sortis de l'ombre et, de Guaino à Guéant, de Khiroun à Peltier, se brûlent les ailes dans l'ivresse du paraître, tandis que d'autres, de l'ancienne école, comme le redoutable Patrick Buisson, n'arrivent plus à se dissimuler dans les antichambres, tant celles-ci sont désormais éclairées. Du stratège invisible qui sondait les âmes sans jamais dévoiler la sienne, nous voilà à l'heure des publicitaires qui, n'arrivant plus à vanter l'emballage de leur client, se prennent eux-mêmes pour le baril de lessive. Aurait-on vu, au temps de Jacques Pilhan, un conseiller en communication griller lui-même son client en l'exhibant dans sa Porsche personnelle, comme le fit Rhamzi Khiroun avec un DSK tentant de se refaire une virginité socialiste ? Aurait-on fait de Franck Peltier, professeur d'histoire-géographie et vague communicant à géométrie politique variable, ivre de sa propre image et de ses futurs mandats, un pilier de la stratégie d'un candidat ? La proximité avec les dirigeants ne fait pas de chaque courtisan un Talleyrand en puissance. La capacité à analyser une enquête d'opinion ne fait pas d'un sondeur un dompteur de tendance. Et, il ne suffit pas pour un politique de s'exempter de son bilan et de jongler quotidiennement sur les peurs reptiliennes des français pour faire mouche. Il faut une stratégie de l'ombre, à l'ancienne, sur le long terme, pour qu'un jour, comme le fit Sarkozy en 2006, on puisse dire « J'ai changé » et que l'opinion, plutôt que d'en rire, acquiesce. Parce que comme le disait encore Pilhan : « L'opinion change d'elle-même l'image de celui qu'elle veut faire gagner ». Et aujourd'hui, celui qui s'inscrit dans cette logique du changement au regard de l'opinion, c'est bien François Hollande et non Nicolas Sarkozy. Hollande, le vrai grand perdant de 2007. Celui qui, venant de passer 10 ans à la tête du PS, devait alors s'effacer devant son ex-compagne, Ségolène Royale. Et pour se faire, il en est revenu au patient labourage mitterrandien à la mode Pilhan, quand Sarkozy récite sa campagne en tranches de pub époque zapping numérique.

Pour revenir à 2007, c'est sans doute à ce moment que s'est produit l'avènement de ces conseillers qui n'étaient plus de l'ombre, mais les acteurs public du spectacle du pouvoir. Dans cette période du triomphe absolu du paraître et de l'individualisme marketing, la valorisation par le secret perd de son crédit, d'autant plus quand le temps s'accélère et le message doit se recycler plus vite, à plus forte raison quand le quinquennat rend la campagne perpétuelle. Au surplus, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royale, furent les premiers candidats sérieux à dominer le pilotage de leur communication, les premiers vrais « enfants de la télé » à pouvoir espérer l'Élysée, ce qui inévitablement a changé le rôle, la nature et le terrain d'expression de leurs conseillers.

« Autres temps, autre mœurs »....

  • François Bazin : « Jacques Pilhan, le socier de l'Elysée », Plon 2009

 

 

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