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24/07/2012

ORWELL : A FINAL WARNING

Nous sommes en 1950 : George Orwell est déjà sur le départ, commentant et critiquant une dernière fois son livre 1984, il livre son ultime prophétie, son ultime avertissement.

Dans le genre : Welcome chez Orwell : à lire le dernier article de Emma Dreyfus dans RAGEMAG.


(Merci à Arthur Scheuer et Ragemag pour la perle.)

10:08 Publié dans Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : orwell, 1984, avenir, futur, wuyilu | |  Facebook | | | |

20/12/2011

HAVEL, KIM JONG-IL ET LE MONDE D'HIER

 

Etrange télescopage de l'histoire que les morts conjuguées de Vaclav Havel et de Kim Jong-Il. D'un côté celui qui a fait basculer la République Tchèque dans l'ère post-communiste autant que dans l'heure occidentale, de l'autre, l'ultime représentant des glaciales coutumes à la mode stalinienne, entre chape de terreur et culte de la personnalité.


Pourtant la mort de ces deux personnages, sans doute diamétralement opposés, a de commun qu'ils figurent tous deux les étendards d'un monde ancien, bi-polaire et simple. Le dissident emblématique porteur de poésie et de liberté face au monstre froid du collectivisme centralisé : images pieuses qui dessinaient la géopolitique de l'avant chute du mur de Berlin, quand de chaque côté l'ennemi était facilement identifiable. Si les choses ne changeront pas forcément en Corée du Nord, pays amidonné, figée dans l'horreur, la République Tchèque a opéré une étrange mue où se mêle exhumation d'un immense héritage culturel et résurgence d'un panslavisme délétère. Prague, ville poème par essence, oscille désormais entre incessant rappel de son glorieux passé, insolente résistance des verrues architecturales staliniennes et déferlante de la culture américaine standardisée... made in China. Mais le sens profond de ces disparitions à l'heure de l'enlisement de la crise financière mondiale, qui est finalement plus sûrement une mutation qu'un désastre, est le signe de la fin définitive du « Monde d'hier », comme l'aurait dit Zweig, et de la première vague de remodelage globale post-soviétique. Les blocs, antagonistes ou non, se sont redessinés, tandis que l'occident célébrait son apparente victoire dans l'ignorance des aspirations émergentes. Ils sont plus nombreux, plus complexes et nous projettent vers un inconnu angoissant en passe de faire exploser les conservatismes de la pensée géopolitique. Il est loin le temps où le capitalisme, triomphant sur son ennemi communiste, pouvait célébrer « La fin de l'Histoire », à la manière d'un Fukuyama et considérer comme inéluctable son mariage avec la démocratie. La remise à plat s'achève 20 ans après la chute du mur. Vaclav Havel est mort, Kim Jong-Il est mort, Fidel Castro approche les rives du Styx, partout les régimes et les empires se lézardent et demain s'ouvre en forme de question.

 

10:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kim jong-il, vaclav havel, communisme, capitalisme, avenir, benjamin jiben sire | |  Facebook | | | |

29/09/2011

« JE » DE QUILLES ET DE MIROIRS

 

Il n'y a pas eu de strike...

J'ai tenté de regarder ces six égos se confronter. Des zéros et des uns défilaient sur l'écran.

« La première décision que je prendrai.... »

 

Ils étaient deux à vouloir rassembler sans donner le rêve, ni l'amour. Des (im)postures questionnant nos impôts et nos banques à la recherche de la faille rassurante de l'absence de sens. Ils parlaient de jeunes et de vieux, mais jamais de « NOUS », donnaient du je et jamais du nous. Se cherchant une légitimité en se montant du col (pourtant trop grand de leurs chemises).

 

Ils étaient deux autres à parler d'un grand soir hypocrite, dont ils savaient ne pas maîtriser les mécanismes, maniant la peur et le dirigisme en croyant caresser le poil de ceux qu'ils imaginaient être « les damnés de la terre ». Comme si le sourire carnassier et la haine égotique dans les yeux de l'une et le rictus aristocratique et les effets de manche grand siècle de l'autre, pouvaient, par davantage de division, ouvrir le cœur de 65 millions d'unités humaines abandonnées au marketing de l'individualisme. Mais lui donne plus envie d'essayer... Elle, de tuer...

 

Il y a avait l'autre, père fouettard radical, petit comptable, mauvais conteur, échappé d'un roman de Mauriac, s'accrochant à ses minutes de paroles pour nous dire, derrière le mot « Europe », la France des ses ancêtres.

 

Il y avait le jeune raisonnable avec ses idées sans relief, tout droit sorti d'une série politique américaine et tout épris de son ascension de fils d'immigrés espagnols, comme si son histoire et sa jolie volonté pouvait présider à autre chose que sa propre destinée.

 

Et pourtant j'irai voté pour l'un d'eux ou l'une d'elles. Et dans quel monde ?

 

Après le débat, je prends ma voiture avec ma petite fille de trois ans, mal-voyante, mais ouverte au monde, interrogeant chaque poussière et chaque âme avec cette absence de retenue propre à cet âge. Au troisième passage clouté, je suis obligé de piler ! Un type sans visage traverse au vert en téléphonant. J'arrive à 50 kmh. J'ai du mal à l'éviter. L'espace d'une seconde j'imagine le choc entre ses 80 kilos et la tonne de ma caisse. Un frisson me parcourt tout le corps. Le type continue son chemin comme s'il était étranger à la situation. Il m'adresse juste un doigt, tout en regardant dans la direction opposée. Même un ectoplasme, je ne veux pas le tuer. Je pourrais ressentir sa douleur.

 

J'arrive à destination. Face à un grand portail de HLM en bord de périph, une mère de famille harassée, ployant tel le sherpa sous le poids de ses courses, traîne deux mouflets aux yeux vides et aux mains sodas et barre chocolat. La maman tente de franchir le lourd portail, le portable, coincé entre l'épaule et sa chevelure aride comme son cœur disparu sous les coups du réel. Elle parle à voix basse, les dents serrés : « mais putain du vas appeler l'ascenseur! J'en peux plus de porter tout ça ! Et je peux même pas ouvrir ce portail de merde ! » Elle lance vaguement sa jambe contre la grille indifférente, comme si ses maigres mollets avaient des airs de Sésame. Elle ne fait pas attention, frôlant le déséquilibre, je lance presque ma canne pour actionner la porte qui s'ouvre comme par magie sur son passage. Elle passe, suivie de sa cohorte de calories et de marques sur pattes. Elle ne se retourne pas, ne dis pas merci, ne cherche pas à comprendre sa délivrance.

 

Dans la cour, 5 retraitées du soir, se désolent du monde, de l'arthrose et des nombreuses négligence d'entretien du bailleur, pourtant dirigé par un maire d'arrondissement de gauche. Ma fille, joyeuse et lumineuse, leur lance un tonique et sonore « Bonjour » (elle distingue encore vaguement le passage lexical entre le jour et le soir), que j'accompagne d'un plus timide « Bonsoir mesdames ». Nous continuons sans avoir paru exister aux yeux de cette assemblée de gérontes. Ma fille m'interroge : « Monsieur mon cher papa (on ne choisi pas les qualificatifs), pourquoi les dames n'ont pas répondus. » Je n'ai pas d'autres mots que « elles sont mal élevées ». « Mais papa, c'est le mot magique bonjour ! ». Elle se met à pleurer. Ca me touche, mais ça ne durera pas.

 

Voici aussi vos électeurs potentiels mes bon amis. Comme vous agrippés au « je », incapables de le « déshabiller » comme le suggérait Romain Gary pour en appeler à l'humour comme dernier rempart face au désespoir. Un je produit d'un jeu délétère qui a justement fait de tout le reste un produit, quand seule l'immersion en soi permet encore de se persuader d'exister, dans une humanité chiffre plus que nombre, divisée en niches par la force conjointe du machiavélisme politique et marketing. Ce sont eux auxquels vous tournez le dos depuis des décennies et que vous voulez amadouer ponctuellement avec ces vieilles recettes déjà tournées avant que d'être, encore subjugués que vous êtes par la campagne narcissique et décomplexée de Sarko, le maître du JE.

 

Pourtant, la seule recette qui puisse valoir, est celle qui aura réussie à l'autre communicant en chef d'un monde ou chacun se regarde en son miroir : le « NOUS », celui qu'Obama avait érigé en slogan quand il aurait fallu en faire une politique.

 

A la base, les êtres humains, ne cherchent pas à ce qu'on leur face miroiter un avenir radieux fait d'or, de pouvoir solitaire et de vide... Ils cherchent encore moins à entendre de vieilles antiennes ultra-dirigistes, dont les conséquences font froid dans le dos quand on respire un tantinet l'Histoire et dont on sait qu'elles sont un terreau de divisions supplémentaires et se propagent vite à tous les échelons de la société, joignant dans un cauchemar la modernité froide et normalisée qui dévore l'âme, et les dictatures dépassées du tous contre tous au bénéfice d'un seul.

 

A la base, les êtres humains cherchent seulement à se dire que leurs parents les aiment et à voir la fierté briller dans leurs yeux à l'aune d'un avenir. Encore faut-il créer une société du « nous », qui laisse un peu de place à ces notions et ne transforme pas toute action en sacrifice et harassement, toute vie en impossibilité d'amour et de réelle perspective.

 

Je me suis levé à 5 heures du matin en pleurant, avant d'écrire ce texte. J'ai pensé à ces écrivains « de gauche » que je fréquentais dans les années 80/90... à la société qu'ils ont préconisée sans le comprendre et qui s'étale là sous nos yeux, dans le mépris du peuple en tant que "nous", dans la glorification de l'épanouissement individuel devenu l'écrasement de l'autre.

 

 

Et j'ai regardé leurs avatars politiques en découdre.

Et il faudra bien voter pour l'une d'elles ou l'un d'eux.

Vertige.

09:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : primaire, socialiste, sire, wuyilu, politique, avenir, présidentielle, 2012 | |  Facebook | | | |