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22/11/2012

Copé-Fillon : élection piège à cons

Le duel fratricide pour la direction de l’UMP entre Jean-François Copé et François Fillon a permis à tous les éditorialistes et blogueurs de la place de Paris de rivaliser une fois de plus dans le panurgisme en s’appropriant et en détournant la fameuse une de Hara-Kiri célébrant la mort du général de Gaulle. Sous leur plume, le « bal tragique à Colombey » devient « bal tragique à l’UMP : deux morts », alors qu’en réalité, les seules victimes du scrutin sont la France, la démocratie autant que la silhouette agonisante du gaullisme.

Jean-François Copé dialoguant avec son adversaire

En 2007, Nicolas Sarkozy avait promis de liquider l’héritage de mai 1968, il aura finalement surtout balayé les dernières traces du Grand Charles en son linceul de symboles. Pour revenir à ces années évoquées, la situation convoque plutôt la sentence du bon Jean-Paul Sartre, « Élections, pièges à cons » distillée dans un éclair de lucidité né de l’ivresse d’un printemps électrique. Depuis, régulièrement, l’adage se vérifie, mais il vise plus volontiers le citoyen, ce gogo dont le quotidien est régulièrement laminé par les conséquences des scrutins, que les candidats. Pas cette fois. En se haussant du col dans la prétention de diriger le premier parti d’opposition, François Fillon et Jean-François Copé ont fait virer la foire d’empoigne en foire aux vannes, encore aux dépends de la crédibilité du politique. Entre péremptoires revendications de victoire, accusations de fraudes, crêpages de chignons et de cravates bleu horizon, la France forte a versé dans la farce, la droite décomplexée dans ces « paniques morales » chères à Stanley Cohen.

La dignité qui tapine sur le « Boulevard du crépuscule »

Pendant que Jean-François joue Ramona aux électeurs…

Ça valait bien la peine pour l’UMP de dénoncer l’amateurisme du gouvernement et de s’associer aux manifestations de Frigide Barjot contre le mariage pour tous, pour finir lestée de cette bonne blague qui circule sur tous les réseaux sociaux : « aujourd’hui, l’UMP a deux papas : le mariage pour tous est une réalité ! ».

Dans les faits pourtant, l’UMP est surtout orpheline et il n’est même pas certain qu’il faille s’en réjouir. Mais en ces temps où l’automne fait aussi chuter les feuilles de la pensée, médias et politiques rivalisent d’efforts pour acter que les choses sérieuses ne se jouent plus dans les hémicycles et autres cénacles du pouvoir, mais bien « à la corbeille ».

Preuve en est que l’autre tsunami politique du jour, qui affole les rédactions et feraient chauffer les téléscripteurs s’ils existaient encore, est l’annonce de la séparation du couple phare de la gauche converse et marinière, Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg. Pute borgne, c’est la dignité qui tapine sur le « Boulevard du crépuscule », la chevauchée des baltringues dans le « Apocalypse now » du pauvre.

… François trace sa route… et tout le monde va dans le mur….

Dans ce scrutin où les duellistes rappellent davantage Chevalier et Laspalès que les Travolta et Cage de Face Off, le grand perdant sera toujours la République française, le seul vainqueur, le chœur shakespearien des charognards qui chante l’antienne du « tous pourris » et attendent de se repaître des viscères de la démocratie.

Quand les candidats en lice sont aussi mauvais, ni grand prix, ni accessit, seulement de la bile qui ronge le ventre déjà meurtri de Marianne… et des Français, de droite, de gauche, d’ailleurs et surtout de nulle part, qui assistent interloqués au spectacle de l’agonie d’un idéal, à la dernière mort du gaullisme. La nature a horreur du vide, quand un parti se suicide dans les tuyaux du tout à l’ego, ce sont d’autres cafards qui remontent le long de la plomberie et occupent les toilettes. Et dire qu’on nomme encore ces gens « responsables politiques » : responsables, vraiment ?

Daubresse daube et Big Marine is watching you

Et on les regarde encore en se frottant les yeux, affublés de leurs lieutenants, un sacré casting de winner, présentant des mines de tragédiens antiques, surjouant l’indignation, l’outrage et le caractère, tandis que le drame se noue dans les écuries d’Augias, à une hauteur de vue convoquant davantage Arthur et les minimoys que Horace, Labiche que Eschyle. Jugez vous-même des soutiens. À ma gauche, dans le coin du Droopy de la Sarthe, un parterre de poids lourds du gaullisme, cette France qui a dit « non », mais on ne sait pas à quoi : Valérie Pécresse, Eric Ciotti, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Claude Guéant…

À ma droite, dans le camp triomphant du Duke Ellington de Meaux, nous avons pêle-mêle et en toute décomplexion : Nadine Morano, Rachida Dati, Brice Hortefeux, Lionnel Luca, et … Marc-Philippe Daubresse. Ah Marc Philippe, comment dire ? Ne disons rien, laissons-le parler. Après s’être plaint, comme ses adversaires, des incroyables fraudes constatées, ce chantre de la gastronomie électorale croit bon de justifier la chose d’un sidérant : « Il y a ni plus ni moins d’irrégularités que dans des scrutins législatifs », validant l’idée d’un état de décomposition avancée de la démocratie. Puis pour commenter la victoire avec la certitude de laisser une trace dans l’Histoire, ce natif de Lille, ville réputée d’Europe de l’Est, conclut en ukrainien d’un cinglant : « Quand le blé est mur, il est temps de le récolter ».

Définitivement, Copé et Fillon n’auront fait que prouver combien la place est vacante à l’UMP,  même si le premier l’a finalement emporté. Leur naufrage fait déjà briller de douces lumières dans les yeux incrédules de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy… Ivre, Jean-Louis Borloo se prend aussi à espérer. Mais bon Dieu, c’est donc vrai, nous avons la droite la plus bête du monde ! Et en plus, maintenant, elle est décomplexée… à l’extrême. Ce qui restera, finalement, le seul enseignement majeur de cette pantalonnade électorale.

On croyait les socialistes orfèvres en matière de psychodrames congressistes et de tripatouillages électoraux, on se rend compte que le pire Congrès de Rennes est finalement un tendre épisode du Manège enchanté, un Plus belle la vie au pays de Flamby, une pilule rose du bonheur.

Pendant ce temps, heureusement que Libération, le grand quotidien national de droite, jamais avare de soutien à la grande famille libérale et dispendieux de son légendaire sens politique, a cru bon de titrer son édition d’hier sur les déboires du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. Ouf, l’honneur de la droite est sauf. Mais, de l’Élysée à Matignon, on doit quand même bien se taper sur les cuisses… On aurait pourtant tort de trop se réjouir, la mascarade éclabousse toute la classe politique, d’autant que la très courte victoire de Jean-François Copé ouvre les vannes à un torrent boueux et saumâtre propre à faire exploser les dernières digues de la décence.


Cet éditorial a été préalablement publié dans RAGEMAG

Boîte noire

29/04/2012

DESABUS DE POUVOIR

Dans une semaine nous choisirons un nouveau Président de la République. Bonne idée. Les jeux concours sont à la mode et la nouvelle saison de Koh Lantah touche à sa fin. Depuis des semaines chacun aura d'une égale humeur joué de la zapette entre « The Voice » et « Mots croisés », à l'heure où, plus que l'économie c'est le concept global de compétition qui est mondialisé. Cause ou conséquence du triomphe de l'individualisme, le sens s'est tout entier déporté sur le résultat des courses, davantage que sur la matière qui les fonde. La petite lucarne s'est invitée en politique sous de Gaulle, mais ce n'est qu'à l'occasion de l'élection de 2007 que la chose publique c'est totalement abandonnée aux « enfants de la télé ». Il y eu ces premiers pas de l'image, puis le temps des conseillers de l'ombre pour la modeler, enfin l'époque des conseillers dans la lumière, jusqu'à ce que les hommes politiques deviennent eux-mêmes maîtres en communication, acteurs et animateurs de cette télé réalité, qui, outre de n'être qu'irréelle, a poussé toute velléité intellectuelle en dehors d'un champ numérique qui s'est substitué à la véritable agora citoyenne.

Dans une semaine, Nicolas Sarkozy sera peut-être renvoyé dans ces pages faits-divers, où abondent les récits des déboires d'anciens candidats du « loft », de « secret story » ou de « la ferme des célébrités ». Bien au delà de sa provenance idéologique (en a-t-il d'ailleurs vraiment une ?), il aura incarné à lui seul tous les travers de cette période, née au mitan des années 80 et dont on ne parvient pas à savoir dans quelle déflagration elle s'achèvera. Au croisement du « jeu » et du « je », de l'abolition du surmoi, du narcissisme de concours, de l'affairisme le moins scrupuleux, de l'ivresse hyperthymique et par dessus tout du cynisme absolu, Nicolas Sarkozy est à la fois le reflet et la figure d'une société qui, après l'avoir fécondé, le rejette aujourd'hui par dégoût d'elle-même. Après cela, comment pourrait-il en être autrement que de voir triompher un homme qui se défini comme « normal » ? Mais cela ne résout rien. Cette vomissure cynique d'un temps porté sur la jouissance immédiate et indécente, sur la méprisante consommation distinctive et sociale, a engendré bien d'autres enfants qui ne seront pas emportés par la vague.

Le monde entier, et l'Europe en tête, traversent une crise économique, morale et identitaire sans précédent et nous en sommes encore à départager l'insanité comportementales des DSK ou autre Copé, à écrire le bréviaire de la corruption de ce régime et des précédents, offrant le peuple en pâture à ceux qui ont l'angoisse et la vengeance pour fond de commerce et ne craignent aucun chaos. Ce n'est même pas que les eaux usées de la campagne, de crapuleuses polémiques en vaines apostrophes, convergent vers le caniveau, c'est l'ensemble de la campagne qui barbote avec délectation dans cette fange. En ces heures où le malaise l'emporte sur l'exaltation du scrutin, on parle à tort et à travers des « heures les plus sombres de notre histoire » : mais les vraies, celles que l'on désigne ainsi, eurent au moins le mérite d'être précédées de celles que l'on appela « les années folles » et qui pour être porteuses de débauche et riches de milieux interlopes, n'en furent pas moins empreintes de cette jouissance unique propre à la conscience de l'éphémère que l'on retrouve seulement aujourd'hui dans d'autres sociétés et cultures, mais aussi dans l'esprit de la jeunesse perdue de l'enclave hédoniste de Tel Aviv.

Ici, rien que la débauche et une chape de tristesse et de peur qui empêche les peuples de se révolter, reportant leurs espoirs sur « l'homme normal », comme un retour à la réalité sans joie au lendemain d'une mauvaise cuite, comme l'expression ultime d'un « désabus de pouvoir ».

 

27/01/2012

L'ECOLOGIE EJECTEE DU TRAIN DE LA CAMPAGNE

      Bon bah voilà, on est en plein dedans ! On n'a pas encore fini de digérer les chocolats du nouvel an que la campagne s'est lancée à pleine vitesse sur les rails, sans nous prévenir, comme un train fantôme. Là on parle bien de la campagne électorale, parce que la campagne, la vraie, avec les ptits noisillons et les vaches qui broutent paresseusement, au train où vont les choses, elle semble s'éloigner à vitesse grand V. Comme ce TGV que justement, les vaches, n'arrivent plus à suivre du regard tellement il va vite. Enfin non, pas la campagne, mais seulement le vert, celui qui symbolise un peu niaisement la couleur de l'espoir et de l'écologie politique. Et là pour tout dire, on peut plus prétendre qu'écologie rime avec espoir. C'est plutôt l'inverse même. A qui la faute ? A Eva Joly qui disparaît au fur et à mesure que la campagne avance ? Ptet ben qu'oui, comme on dit dans la campagne normande. Parce que faut bien reconnaître que la « glacière à lunettes rouges », elle lui a bien savonné la planche à l'écologie de campagne à force de déraillages et du mugissement sans queue (de vache) ni tête (de train).

    Ces derniers temps, j'ai tout bien vu, tout bien écouté. Les grands chevaux de Mélenchon, Le petit trot de Bayrou, le débarquement sur le mode « retour vers le futur » de Morin, le « off » en dérapage super contrôlé de Sarkozy, les retraités au Gymnase de Dupont-Aignan, et bien sur le décollage de l'avion Hollande de la piste du Bourget, passé en vitesse de croisière dans Des Paroles et des actes sur France 2, hier soir. Bon, je parle pas de l'UMP, parce que les histoires de Sniper, j'ai arrêté depuis la Bosnie. Bref, je suis à jour.

    S'il n'est plus un secret que je me suis mis, presque malgré moi, à rouler pour François Hollande, en provenance de la galaxie bayrouïste (j'y reviendrai dans une autre note), j'ai comme un doute sur la question écologique. D'ailleurs ce doute ne concerne pas particulièrement le programme de François Hollande. Après tout, si certains le soupçonnent d'être un capitaine de pédalo, c'est bien la preuve qu'il avance à l'énergie non-polluante. Non, ça concerne tout le monde, Mélenchon à part (mais bon, là je peux pas), et même les verts, qui virent au rouge sans passer par le rose et du coup, salissent la pelouse à coups d'oukases qui ne garantissent pas la durabilité. On ne parle même pas de Sarkozy qui est passé du joli Grenelle à « L'écologie, ça commence à bien faire. »

    Quand je dis « écologie », je ne parle pas spécifiquement du nucléaire. De ce point de vue, les préconisations de François Hollande me paraissent assez sages et réfléchies. La transition énergétiques n'est pas compatible avec la baguette magique. Mais bon quand même. On se prétend tous consternés par les sauteries de la terre, du climat et de l'environnement, depuis Stockholm, en passant par Rio, Copenhague, Kyoto et j'en passe. On a tous entendus parlé de l'indispensable soutien à l'économie verte et de sa primauté dans l'orientation vers une croissance qui n'hypothèque pas les chances de la planète de connaître le jour où Louis Sarkozy et ma fille seront en âge de se présenter à la présidentielle. Et là, plus rien chez les gros poisson. L'écologie s'est suicidée sur le lit de la dette et de la justice. Ça sonne bien comme ça, mais c'est en réalité assez préoccupant. Parce que si je partage l'idée que ce n'est pas en étranglant les peuples par l'austérité que l'on sortira de la crise mondiale, je suis aussi certain que ce n'est pas non plus en les asphyxiant par une croissance délestée de toute préoccupation écologique que l'on défendra l'idée de l'avenir, même à court terme.

    Pensez-y quand même les enfants, hein d'accord ?

14:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2012, présidentielle, élection, écologie, ps, françois hollande, ump, verts, bayrou, nucléaire, wuyilu | |  Facebook | | | |