11.05.2009

HADOPI MAJORS, INTERNAUTES, MODEM, UMP, PS, DOS A DOS A COTE DES ENJEUX REELS

 

Le débat sur Hadopi continue à faire rage. D'un côté les majors et sociétés d'auteurs protégeant leur pré-carré sans grand souci des artistes, de CDINTERDIT copie.jpgl'autre les collectifs d'internautes parfois mal-informés, pensant que le musique se résume à Johnny, souvent de mauvaise foi ou tentant de faire passer leur vice pour des vertus. En périphérie, des médias et des politiques « pour ou contre », mais toujours dans la simplification et la relative ignorance des véritables enjeux : soutenir mordicus Hadopi est une ânerie (UMP), défendre la licence globale une hérésie (PS), ne rien proposer est pire (MoDem). Au milieu, une loi déconnectée des réalités, suffisamment vague et empreinte d'idéologie pour s'avérer dangereuse. A l'écart : l'essentiel des créateurs et producteurs indépendants se battant réellement pour la diversité en produisant 90% de la création originale – et non 90% des parts de marché résultants uniquement de produits formatés et marketés pour occuper tout l'espace promotionnel. Voilà pourquoi je soutiens et signe, en tant que producteur, éditeur et artiste indépendant le texte ci-dessous, rédigé par Philippe Couderc et Eric Petrotto. A l'encontre des discours ambiants sans nuance, il résume la réalité du métier pour une grande partie d'entre-nous et contient un certain nombre de propositions qui méritent de retenir l'attention des politiques.

Benjamin Sire

Label Manager de Chancy Publishing

Chanteur du groupe SIRE

Adhérent de l'UDF puis du MoDEM

 

 

HADOPI : LA CRÉATION SACRIFIÉE”

Lettre ouverte à Mesdames et Messieurs les Députés.

 


Alors que la Loi « Création et Internet » revient très prochainement au Parlement, nous, producteurs indépendants de musique, voulons vous interpeller en apportant un éclairage radicalement différent de celui généralement promu par les grandes compagnies du disque.


Les Producteurs Indépendants de musique (communément aussi appelé Labels Indépendants) sont aujourd’hui plus de 600 en France et cumulent plus de 3 000 productions par an. Ils sont très souvent de toutes petites structures (sarl, scoop, association) comportant de 0 à 5 salariés en moyenne. Pour paraphraser le Syndicat de l’Artisanat, ils sont aujourd’hui la plus grande maison de disques de France, produisant 90% de la création originale, soit généralement les première, seconde ou troisième œuvres d’artistes de tous horizons et de toutes esthétiques musicales. Très souvent hors des sentiers battus, ils représentent la véritable diversité culturelle que ce pays se flatte à raison de défendre. Sans eux, les Dominique A, Yann Tiersen, Ogres de Barback, High Tone... n’auraient jamais débuté (la liste pouvant être longue). Aujourd’hui, cette liberté de créer est menacée, car la majorité de ces structures indépendantes est au bord de l'asphyxie.


Les labels indépendants sont partagés quant à cette Loi. Pourquoi ? Parce qu’au fond, si elle rappelle le droit inaliénable des ayant droits à être rémunérés, elle en oublie la réalité vécue par des milliers d’artistes et de producteurs, en même temps qu'elle pose de vraies questions sur les libertés individuelles.


Pour les acteurs indépendants, les conditions de travail n'ont jamais été faciles et idéales, crise ou non. Mais la dévalorisation constante de la musique orchestrée par les majors a rendu ces conditions difficilement tenables aujourd'hui. Dès 2006, la mort annoncée (pour 2010) du CD, par une presse n’écoutant que les poids lourds de l’industrie musicale, a précipité cette chute du marché et conforté un large public dans la totale dévalorisation du support. Non seulement il n’en est rien, mais encore aujourd’hui, le physique représente près de 90% des ressources des producteurs indépendants. Mais dans un pays qui a laissé détruire son réseau traditionnel de disquaires au profit de chaînes omnipotentes, ces ressources traditionnelles chutent désormais, sans que le numérique vienne à les compenser. Et il y a, malheureusement, fort à parier qu’il n’en sera jamais ainsi.


La politique de fuite en avant des majors a très largement contribué à la dévalorisation de la musique. Par un discours inique contre le public, désigné comme voleur potentiel avant d'être amateur de musique, les majors ont radicalisé le phénomène, en développant en même temps une politique de prix cassé qui cherche à condamner le physique (moins rentable pour eux que le numérique). Après avoir bradé leur catalogue dans des offres parfois aberrantes (accès à l'ensemble d'un catalogue à volonté pour le détenteur de telle carte bancaire par exemple), les majors adoubent des sites de streaming tel Deezer.


Deezer est non seulement une escroquerie, mais surtout le dernier degré de la dévalorisation de la musique.

Deezer a fondé son succès sur la gratuité totale d’écoute de musique piratée. Il est paradoxal que les majors du disque aient depuis tant d’années vilipendé les internautes pour adouber une société commerciale qui aujourd’hui encore propose du contenu piraté.

Deezer n’est pas une radio. En effet, avec Deezer, vous choisissez d'écouter ce que vous voulez, quand vous voulez, autant de fois que vous voulez, là où vous le souhaitez. C’est une discothèque à distance écoutable depuis n’importe quel ordinateur ou téléphone mobile (type Iphone). Contrairement à une radio qui diffuse un programme choisie par ses soins.

La rémunération de Deezer aux producteurs est ridicule et inadmissible : 24 185 écoutes = 22,85 euros.

Mais surtout Deezer avalise auprès du public l’idée que la valeur de la musique est égale à 0. Et c’est peut-être cela le plus grave car rien ne le justifie.

Si l’internaute grâce à Deezer peut se construire gratuitement sa propre discothèque consultable à volonté, pourquoi dès lors achèterait-il de la musique sur les sites de téléchargement légaux ?

Enfin, on propage l’idée que Deezer favorise la découverte par l’internaute de nouveaux artistes. Il n’en est rien dans la grande majorité des cas. Aujourd’hui, les producteurs indépendants vendent toujours moins de disques et ne constatent pas une augmentation du public venant voir leurs artistes en concerts. Il y a bien d’autres moyens de découvrir de la musique via par exemple les réseaux sociaux type Myspace.


Avec Deezer, les majors du disque abattent la valeur de la musique au profit d'une rentabilité à court terme (combien Deezer a-t’il acheté sa « légalisation » par Universal ? Quel est la rémunération de Universal et quelle en est la répartition Universal / artiste Universal ? Les majors du disque construisent leur rentabilité de groupe puissant sur le dos des producteurs indépendants que nous sommes et dont ils font peu de cas.

A cela, nous devons remarquer qu’à aucun moment il n’est fait état de la responsabilité lourde que portent les Fournisseurs d’Accès à Internet (FAI) dans la situation actuelle. Les FAI ont construit leurs réseaux, communiqué dans leurs campagnes publicitaires et acquis leur clientèle grâce à un contenu musical qui ne leur appartenait pas. Car à quoi bon souscrire du haut débit pour recevoir de simples courriels ? De télévision on ne parlait pas il y a encore quelques mois de cela, c’est donc bel et bien essentiellement la musique qui, avec le cinéma, a été le terreau du développement de l’internet commercial. Ces fournisseurs d’accès n’ont, à ce jour, jamais reversé le moindre centime à la musique. Au contraire, ce sont les chaînes de télévision publiques qui sont désormais en partie financées par une taxe versée par les FAI, par la grâce d'une décision politique.


Le débat doit aujourd’hui changer de nature et poser les vraies questions.

assigner en justice de façon systématique (et collective) les sites faisant commerce de nos contenus en toute illégalité,

créer une redevance prélevée sur le chiffre d'affaires des FAI destinée à la création,

éliminer définitivement les problèmes d’interopérabilité matérielle et donner la libre utilisation des fichiers acquis légalement, dans la limite de son cercle d’amis,

interpeller la sacem sur la nécessité d'adapter son système de perception et de répartition aux nouveaux modèles technologiques,

favoriser l’émergence de modèles économiques alternatifs aux grands conglomérats (qu’ils se définissent comme des majors ou des indépendants),

réintroduire et développer le réseau de diffusion du disque physique, loin d’être mort, avec les disquaires ainsi que d'autres commerces de proximité tels les libraires, salles de concerts…

lutter contre l'atrophie actuelle de l'offre physique dans les chaînes de magasins ; le disque est un objet culturel, pas un baril de lessive,

intégrer plus largement les producteurs et labels indépendants dans toutes les discussions, réflexions et prises de décisions concernant la filière musique.

 

Il n’existe pas une solution miracle mais un ensemble d’actions concrètes à mettre en place qui puisse tout à la fois permettre tant aux internautes, qu’aux artistes et producteurs de redonner sa véritable place à la musique et sa pleine dimension artistique. Il est grand temps de s’y mettre, en laissant de côté ces combats stériles qui, on le voit bien, ne mènent décidément à rien. Car au rythme où vont les choses, il n’y aura dans quelques années que les  majors du disque pour produire la musique et quelques sites adoubés par elles pour la distribuer. Il en sera alors fini des artisans de la musique que nous sommes, défricheurs depuis toujours d'une véritable diversité dans la création. Est-ce là le but recherché ?


De part l’urgence de leur situation, les producteurs indépendants que nous représentons par nos signatures, s’organisent enfin pour faire reconnaître et entendre leurs problématiques et leur importance primordiale dans la création. Nous sommes aujourd’hui prêts à prêter notre expertise et contribuer à construire enfin une vraie politique en faveur de la création, de la rémunération juste et équitable des artistes et producteurs, et d’un dialogue renforcé et constructif avec les internautes dont la grande majorité est toujours prête à payer pour écouter de la musique.


Philippe Couderc

Président de la Feppia, fédération des Producteurs et Editeurs Indépendants d'Aquitaine (22 labels adhérents)


Eric Petrotto

Président de CD1D, fédération professionnelle de labels indépendants (100 labels adhérents)


Les premiers labels signataires : 6AM / ABS BELLISSIMA / ADONE / AILISSAM / AIMEZ-VOUS BRAHMS ? / ALBA CARMA / AMANITARECORDS / AMOR FATI / AURASKY MUSIC / AZA ID / BANZAI LAB / BEE RDS / BLACKHORSES-STUDIO / CH+ / CLAC! RECORDS  / CLAPPING MUSIC / CHANCY PUBLISHING / CODA MUSIQUE / COLLECTIF CA-I  / COMPOSIT MUSIC / CRASH DISQUES / CRISTAL MUSIQUE / CRYPTOHYTE / DA SKUD REKORDZ / DAQUI / DIAMOND TRAXX / DURANCE / EMOUVANCE / EXPRESSILLON / FACTO RDS / FACTOTUM RECORDS / FARGO  / FREMEAUX & ASSOCIES / GRRR / HORSNORMES! / ICI D'AILLEURS / IDWET / IMAGO / INNACOR / IN SITU / IOT / IRFAN [LE LABEL] / JARRING EFFECTS / JAZZ BOND ASSOCIATION / JEAN-PAUL HERVE / JERKOV MUSIQUES / KIUI PROD / KIOSK ECLECTIC RECORDS / LA BALEINE / LA CHAUDIERE PRODUCTION / LA PLAGE SONORE / L'ASSOS'PIKANTE / LAST EXIT RECORDS / LE CHANT DU MONDE / LE PETIT LABEL / LES Z'IMBERT & MOREAU / LEOPRODUCTION / LOGISTIC RECORDS / TELEGRAPH / MARABI  / MARTINGALE / MARV / MEDIATONE / MILLE MILLIARDS / MUSIVI / MUSIC PLUS / NACOPAJAZ / NOIR DESIR MUSIQUE / NEOMME / NEURONEXION / NOVA EXPRESS RECORDS / OCEANIK CREATIONS / ODETTE PRODUCTIONS / PATCHWORK / PLATINUM RDS / PRIKOSNOVENIE / ROGUEART / SAMARKAND / SEASON OF MIST / SOUNDWORKS / SENS INVERSE / SEVENTEEN RECORDS / SLACKNESS RECORDS / SO YOUZ / SORRY BUT HOME RECORDING RECORDS / SUISSAMUSIC  / SYNCOPE / TALITRES  / TER A TERRE / TERRA INCOGNITA / TROIS HEURES MOINS LE QUART / TROISQUATRE! / ULTRABOLIC / ULTRACK / VAÏ LA BOT / VIBRATION CLANDESTINE / VICIOUS CIRCLE / VINILKOSMO ESPERANTO-MUZIK-PROD / VOLVOX MUSIC  / YOUTH WAY RECORDS / YY Ainsi que le réseau ZONE FRANCHE et les fédérations, FEPPIA, CD1D et PHONOPACA.

 

12.02.2009

Sarko a cherché les chercheurs : il les a trouvés à Toulouse

Avant le débat sur Sarkozy et l'Université, un petit article de Libé Toulouse consacré à mon cher frère chercheur et qui représente relativement bien la pensée ambiante du milieu face à la "grande considération" que lui témoigne l'Elysée....

PUBLIE SUR LIBETOULOUSE.FR

http://www.libetoulouse.fr/2007/2009/02/la-recherche-un.h...

La recherche universitaire trouve Sarkozy au Capitole

SCIENCES ET CONSCIENCE. Traverser le Capitole tout en suivant un exposé sur les «mouvements des chromosomes pendant la division cellulaire», la «pollution au plomb depuis l’Âge du bronze» ou «les nanoparticules magnétiques chez le pigeon voyageur»…

La place était sonorisée. Les toulousains ont pu y faire leurs courses ce mercredi matin en écoutant les enseignants chercheurs des trois universités de Toulouse réfugiés à l’abri de la cour Henri IV.

Des chaises de la mairie alignées dans ladite cour, face à une estrade. Un micro et un rétroprojecteur : L’Université libre et populaire du Capitole fonctionne depuis ce matin 10 heures jusqu’à demain jeudi 18heures.

Fin du troisième cours de la matinée: «Je ne suis pas un fou de politique, lâche le très brillant directeur d’un laboratoire du CNRS à son public. Mais je me suis senti insulté par le dernier discours de Sarkozy aux présidents d’universités».

Le Président, autrement dit, a cherché les chercheurs. Il les a trouvés à Toulouse.

Clément Sire, 42 ans, thésard à 23 ans, élève de l’École Normale Supérieure et aujourd’hui directeur de laboratoire au CNRS pour 3.033 euros mensuels a renoncé à être trop scientifique dans son exposé :

«Einstein dont les travaux ont entre autres permis d’aboutir au laser faisait-il précisément ses recherches pour un jour opérer les yeux, découper des ailes d’avion ou écouter des CD-rom ? Non ! répond-il à sa propre question. Il ne savait rien des possibles applications futures de ses travaux». La logique de l’intérêt immédiat aurait donc dû faire qu’il ne trouvât jamais personne pour les financer.

Idem, reprend Clément Sire, pour ce qui a été la recherche concernant les transistors électroniques qui encombrent aujourd’hui nos ordinateurs ou les cristaux liquides qui font la fortune des fabricants d’écrans: «même si c’est Samsung qui prospère avec ces cristaux, c’est en France qu’ils ont été tout entiers mis au point».

Le grand public peut avoir la tentation de demander aux chercheurs à quoi servent leurs recherches. Ces derniers «n’ont jamais de réponse immédiate à cette question», à moins de refaire toute l’histoire des sciences.

Que Nicolas Sarkozy soupçonne les chercheurs d’aller seulement chercher un peu de lumière et un peu de chauffage dans leur labo, est en revanche resté en travers de la gorge de Clément Sire.

Il développe : les salaires au CNRS représentent 1,8 milliard d’euros. L’équipement de ses labos coûte 500 millions. Les contrats avec le privé et autres sources de revenus rapportent 700 millions.

«La France, poursuit-il, est au 6° rang mondial en ce qui concerne les publications scientifiques. Elle est au 18° rang mondial en ce qui concerne son coût de financement public». En rapport qualité-prix, conclut-il, «la recherche française est donc une des moins chères du monde».

Au programme demain jeudi, entre autres : l’analyse lexicométrique du discours de Sarkozy du 22 janvier,  le virilisme dans les universités françaises et la production de travaux scientifiques, la psychologie comme sport de combat.

L’élève président de la République a toutes les chances de passer une bonne partie de ce temps au piquet.

GLv.

27.01.2009

29 JANVIER – LE DILEMNE DU MODEM Y ALLER OU PAS ? JE DIS OUI

 

marianne.jpgTandis que de l'autre côté de l'atlantique Barack Obama inaugure son mandat, comme il avait mené sa campagne, dans l'unique souci de la réconciliation nationale, en privilégiant le « NOUS » au détriment du « JE », notre petit Président continue de personnaliser son pouvoir par l'utilisation exclusive de la première personne du singulier et une méthode de gouvernement qui nie toute contestation, portant le règne de l'individualisme et de la division à son paroxysme... En ce matin du 27 janvier 2009, la France est au seuil d'une situation explosive, davantage du fait de la dérive absolutiste de son pouvoir, que d'une crise économique pourtant née des idées préalablement défendues par celui qui fait mine aujourd'hui de jouer les pompiers, en s'agitant comme un pantin grotesque. Au matin d'une évidente motion de censure et deux jours avant une grève dont le sens et la mesure n'ont pas encore été compris par tous, la France est à l'aube d'un chaos qui est bien le fait de ceux qui traitent aujourd'hui d'irresponsables les Français qui s'apprêtent à exprimer leur colère. Plutôt que d'écouter les délicates niaiseries distillées par les chansons de Carla Bruni, Nicolas Sarkozy auraient dû, bien avant 2007, se pencher sur le « Protect me for what I want » des anglais de Placebo. Car du plus profond de la France, bien des voix auraient dû s'élever, à l'unisson de celle de François Bayrou, pour exhorter notre Président à se protéger de son absolue envie de pouvoir qui touche aujourd'hui au pouvoir absolu, conduisant notre pays au bord d'une situation quasi insurrectionnelle... N'est-il pas déjà trop tard ? Et ce n'est pas la redoutable phrase matinale du sinistre Eric Woerth* ou le terrible lapsus d'hier, proféré par le Ganelon* en chef Eric Besson, qui risquent d'inverser le processus. Encore moins le débat entendu ce matin sur France Info entre Dominique Payet porte-flingue de l'UMP et le PS Razzy Hamadi, le premier interdisant toute contradiction à son interlocuteur tout en l'insultant, obligeant la journaliste Raphaelle Duchemin à couper net ce (non) dialogue qui faisait froid dans le dos, témoignant avec éclat de la manière dont le pouvoir compte faire taire toute voix discordante.

 

Mais voilà, nous sommes aujourd'hui, et particulièrement nous autres militants du Mouvement Démocrate, face à un terrible dilemme, une « tempête sous un crane » à l'heure d'une autre tempête, un cas de conscience dans un temps où l'on fait peu de cas de la conscience... Que doit on faire le 29 janvier ??? Comment concilier notre réprobation flagrante de la politique actuelle, dans son fond, mais encore plus dans sa forme, sans pour autant faire le jeu d'une désolante extrême gauche et de syndicats archaïques ? Si nous ne pouvons que nous féliciter de voir aujourd'hui François Bayrou se prononcer haut et fort en faveur de la motion de censure portée par un Parti Socialiste qui reprend peu à peu du rose au joues, pourquoi n'avons nous pas participé à l'organisation du mouvement de jeudi pour en élever le sens, l'orienter vers la sauvegarde des libertés publiques et le respect de la Démocratie et lui éviter le traditionnel glissement vers de simples (mais légitimes) revendications salariales et une (moins légitime) défense des intérêts corporatistes. L'hebdomadaire Marianne et quelques autres journaux avaient eux-mêmes donné le « la » il y a quelque semaines, invitant les citoyens à rejoindre le mouvement pour défendre la séparation des pouvoirs et l'indépendance des médias, avant de se rétracter, proposant finalement une paisible causerie sur ces thèmes au théâtre du Châtelet, le lendemain. En laissant le mouvement syndical et la gauche la moins responsable s'emparer de la colère des citoyens, le MODEM a sans doute encore raté une occasion de faire taire ceux qui fustigent la tiédeur du centre et sa faiblesse de proposition, mais plus encore de montrer que les postures effarouchées de François Bayrou ont davantage de portée que l'échéance de 2012 et sont l'expression d'une acuité politique rare.

 

Aujourd'hui, nous sommes nombreux au Mouvement Démocrate à avouer que nous soutiendrons tout de même le mouvement de jeudi et même, que nous y participerons... Non sans un certain malaise, tant l'idée de défiler aux côtés de Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot a de quoi retourner l'estomac, tant nous savons que le gouvernement instrumentalise à merveille ces extrêmes pour effrayer le « bon samaritain », tout en rendant inaudible les authentiques démocrates. Mais nous en serons, justement pour faire entendre une voix universaliste et humaniste, dans ce qui sera sans doute une cacophonie de revendications disparates. Nous en serons, et nous pouvons nous féliciter qu'en dépit de son silence sur la question de jeudi, le Modem soit un parti suffisamment respectueux des différences pour autoriser ses membres à parfois « sortir de la ligne », rappelant la sentence de François Bayrou au moment de la création de l'UMP : « Quand tout le monde pense la même chose, c’est que personne ne pense ». Nous en serons, sans naïveté ni duplicité, sachant combien la traditionnelle alliance objective entre droite et gauche radicales a toujours servi à briser les reins de leur pire ennemi, la République. Mais c'est pourtant au nom de celle-ci, au moment où elle est délestée de ses plus beaux attributs, que j'appelle ceux, parmi ses plus fervents partisans, à rejoindre le mouvement du jeudi 29 janvier 2009 et ce, quelque soit leur bannière

.

N'écoutez pas ces apprentis-sorciers du gouvernement qui, après avoir défendus bec et ongles la pire logique néo-libérale ayant conduit au chaos financier mondial, après avoir poussé les citoyens dans la division et la culpabilité, après avoir porté gravement atteinte à la séparation des pouvoirs et aux libertés individuelles, après avoir porté aux nues les valeurs les plus individualistes et vénales, après avoir témoigné du plus profond mépris pour l'idée de culture et d'épanouissement personnel, viennent vous expliquer que manifester est l'expression d'une terrible absence de sens civique en ces temps de crises. Le 29 janvier, dites Non au gouvernement, dites Oui à la République, à la Démocratie et à la France.

 

*Eric Woerth a déclaré à l'AFP, à l'instar d'un Serge Dassault : «  (Que les grévistes) "bougent, qu'ils deviennent un acteur de la sortie de crise. Qu'ils se remontent un tout petit les manches, qu'ils se mettent à travailler à l'unité du pays". » De la part de l'un de ceux qui participent chaque jour à la division de français, c'est assez touchant....

 

*Dimanche dernier, sur RTL, Eric Besson a parlé "d'invasion venue d'Afrique" en parlant de l'immigration.

22.09.2008

UN MORT TELLEMENT PREVISIBLE

 

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Monsieur Polaczick est mort cette nuit. Ca ne vous dira rien. Monsieur Polaczick était un homme de peu, un homme de rien diraient certains, sans doute parmi ses voisins signant des pétitions à tour de bras pour son éviction du 68 boulevard Soult. Oui, Monsieur Polaczick ne sentait pas bon et ne tournait pas rond. A l'exception d'une soeur, à qui j'adresse toutes mes condoléances ici, personne ne voulait entendre parler de son existence. Oui, Monsieur Polaczick ne sentait pas bon, comme tous ces gens qui n'ont pas de douche pour se laver, comme tous ces gens qui sont enfermés dans des surfaces qui n'ont rien à envier aux cellules de Fresnes, tout là haut, dans ces Babels de solitude que sont les derniers étages de nos logements sociaux. Monsieur Polaczyck est mort et si je cite son nom avec force, c'est dans la certitude que les journalistes et autres friands de faits-divers parleront à foison de la question de l'hygiène, des drames de l'insalubrité et des responsabilités politiques, avant de se rappeler que l'homme qui est mort carbonisé cette nuit en compagnie de son gentil chien dans l'incendie du huitième étage du 68 boulevard Soult, géré par la Régie Immobilière de la Ville de Paris, était un être humain, un de nos frères, même si la société avait décidé, comme elle le fait avec tant d'autres, de fermer les yeux sur son destin, attendant cet accident si prévisible pour reproduire à l'envie le geste de Ponce Pilate, droit devant sa bassine d'eau, sans doute pas devant sa glace. Et monsieur Polaczick n'était pas seul là-haut. Je pense à V... et à A....., autres parias de cet étage de misère, l'une gravement frappée par un déséquilibre psychologique, l'autre lourdement handicapée, ne devant leur salut qu'à la bravoure et la rapide intervention des Sapeurs Pompiers de Paris. Et à cette liste aurait pu, aurait dû s'ajouter le nom de la personne qui partage ma vie, la mère de ma toute neuve petite fille, cette même enfant dont toute ma vie je n'ai pas souhaité la venue et qui, sans le savoir, nous a sauvé la vie. Il y a encore un mois à peine, la porte de Monsieur Polaczick faisait face à la nôtre. Il y a encore un mois, ma compagne se battait contre les services techniques de la RIVP, pour dénoncer l'imminence d'un drame à venir, sachant qu'il viendrait de là. Monsieur Polackzyc était un écrivain d'origine polonaise, rongé par la solitude, la tristesse, dont le déséquilibre, combiné aux médicaments et à l'alcool, ne pouvait pas conduire à d'autre issue dans ces conditions. Il était l'un de ceux, qui, parqués à l'abri des regards, sont oubliés par la République, celle-là même qui doit assistance et protection aux plus faibles et plus démunis d'entre-nous. Parce qu'enfin, qu'elle est objectivement la situation. Un étage où se retrouva mon amie pendant onze ans où cas sociaux et intermittents du spectacle – là même engeance selon notre Président – sont abandonnés et jetés en pâture à la promiscuité et au manque d'hygiène, sans l'assistance sociale indispensable, en proie à des services techniques déshumanisés, se contentant de demander aux services sociaux de ramasser les déchets tous les trois mois. Comme elle et moi avons les moyens de nous exprimer, de dénoncer et de nous défendre, nous avons pu sensibiliser les élus et être relogés. Monsieur Polaczick n'avait pas cette chance. Et comme je ne veux pas entrer dans les polémiques partisanes, je dois ici rendre grâce à Monsieur Corbières, l'adjoint de Madame Blumenthal – elle-même relativement indifférente à ces questions, tout comme ce Maire de Paris, fier d'annoncer dans son dernier meeting de campagne qu'il avait résolu ces questions durant son premier mandat....... Et après tout, je peux aussi remercier madame Blumenthal finalement, et plusieurs personnes de la RIVP qui se sont battus contre les lourdeurs administratives de leur propre institution et l'indifférence de nombre de leurs collègues. Car il a fallu ferrailler sec pour faire comprendre qu'une jeune femme enceinte ne pouvait faire vivre son bébé dans un étage totalement exempt des plus élémentaires règles d'hygiène et de sécurité (dix ans pour faire installer l'eau chaude... Non pas une douche ou des toilettes, juste l'eau chaude...), où les déchets et WC de palier bouchés se disputent la palme du risque avec des portes et plinthes en bois d'allumette. Et il a fallu la conscience professionnelle de l'exceptionnel personnel de la Maternité des Bluets pour nous interdire de rentrer chez ma compagne après l'accouchement et contribuer à alerter les services concernés, accélérant le fait que nous soyons relogés. Cette même maternité des Bluets qui est aujourd'hui menacée gravement par une la logique ultra libérale qui, au nom d'une scandaleuse volonté de rentabilisation de l'hôpital, lui intime l'ordre de devenir une usine à bébés, tout en la délestant d'une partie de son personnel...

 

Je sais ce qu'il y a de confusion dans ces lignes dictées par une irrépressible colère; celle d'entendre les « bon débarras » dans la bouche des nobles samaritains alentours, encore ceux qui pétitionnaient pour mettre le bon - car il était tout en gentillesse – monsieur Polaczick dans je ne sais quel mouroir, celle de voir, devant les caméras, se presser aux chevets de ceux qui ont tout perdu, politiques et autres édiles qui n'ignorent rien de ces drames en suspend et se refusent à agir comme leurs mandats le leur commande, celle enfin, et surtout en ce jour, de ces robots des services techniques, maintes et maintes fois alertés, qui se gobergent avec indécence sur les lieux du drame et se permettent même à la fraîche une pointe d'humour, venant voir mon amie pour lui signaler que, même s'il ne reste rien de l'étage, il lui factureront quand même la vitre fendue qu'elle a laissé en déménageant. Et puisqu'on ne peut rester dans le vague, je tient à parletr de ce Monsieur  G...... responsable technique de la RIVP, qui est l'auteur de cette sortie dont le caractère macabre le dispute à l'indécence la plus inconcevable. Car tandis que le portable vissé à l'oreille, gonflé de son importance, ce sinistre personnage se pavane, il nous revient en mémoire qu'il y a peu un incendie de même nature avait été circonscrit de justesse, dans le même appartement hautement inflammable, sans que les services compétents interviennent. Parce qu'au moment où sans doute les journaux titreront sur la question de l'hygiène et du logement insalubre et chercheront des responsables directs parmi les hautes sphères politiques, il est nécessaire de rappeler que ce sont aussi dans les rouages anonymes de la machine que les coupables se dissimulent, protégés par la dilution des prises de décision et la fuite en avant de notre société. Et là où ensuite il serait facile d'incriminer directement le personnel politique, il faut avant tout s'interroger encore et toujours sur une logique de société normalisée ultra-libérale et individualiste qui, de pseudo politique de gauche en vraie politique de droite, ne parle plus à l'homme mais au consommateur qui s'agite en lui, et déclare définitivement hors jeu celui qui n'entre plus dans les canons des niches marketing, comme Monsieur Polaczick. Et pour rester dans la politique, puisqu'elle me prend une bonne partie de mon temps, je voudrais naïvement rappeler quelques fondamentaux. Au moment où notre Mouvement Démocrate se laisse aller à quelques querelles internes au prétexte d'élire ses directions départementales; au moment où le Parti Socialiste achève de se faire hara-kiri dans la plus grande indécence, à l'orée du Congrès de Reims; au moment où l'extrême gauche fait preuve de tout son archaïsme sur le bûcher des promesses de son NPA, au moment où l'UMP se déchire, entre les courbettes de ceux qui veulent les faveurs du Prince et les cris d'orfraie de ceux qui se réveillent du cauchemar de l'avoir porté si haut, il serait bon de se souvenir que la politique a pour but d'organiser la vie des citoyens, de la réformer pour le meilleur et non le pire et d'adapter tous les types de structures aux enjeux et problèmes de l'avenir. Il y est question de vies humaines, que ce soit en Afghanistan ou dans le 12ème arrondissement et non pas d'un simple jeu au profit d'ambitions personnelles.

Aujourd'hui 22 septembre 2008, Monsieur Polaczick est mort, son chien auprès de lui, et je ne l'oublierai jamais.

 

Wuyilu

(Crédit photo : LCI)

 

28.07.2008

Des lois, des lois... Pourquoi ?

Sur ce blog fort délaissé ces derniers temps, pour cause d'activités multiples et de paternité, je reviens brièvement aujourd'hui, au moment où pèle-mêle, Rachida Dati, Christine Boutin et Rama Yade, les wonder women du gouvernement, nous dévoilent leurs plans respectifs à-propos du désengorgement des prisons, du logement social et de l'adoption... Bon, sur ce dernier point, je ne ferai pas la fine bouche, étant peu au fait de ces questions et partageant l'avis commun selon lequel il faut effectivement aider les parents ayant l'intention louable de procéder à une adoption et perdus dans une jungle administrative internationale assez déroutante. Je reviendrai plus en détail un autre jour sur le cas de Christine Boutin, qui témoigne avec délice combien l'enfer est pavé de bonnes intentions. Mais concernant la question des prisons, une petite observation me vient qui participe à ternir chaque jour davantage ma vision du politique. Pourquoi toujours ajouter sa pierre à un arsenal législatif déjà exceptionnellement touffu, quand la solution au problème considéré échappe à la loi ??? Je sais bien que le ministre, race féconde autant qu'éphémère, respire dans la peur panique de se voir quitter les lambris de la République sans avoir accolé son nom à un pan du code qui justifie ses attributions, mais tout de même... La pauvre Rachida nous pond en ce jour sa nième loi dont la quasi totalité du contenu figure déjà dans le Code Pénal et le Code de Procédure Pénal... C'était déjà le cas dans les lois précédente, à l'exception de l'inique texte sur la rétention de sureté qui n'apportait rien d'autre qu'une régression spectaculaire dans notre édifice pénal. Mais pourquoi donc procéder ainsi alors que toutes les lois précédentes, concernant l'accompagnement des prisonniers en fin de peine ou la répression de la délinquance des mineurs, qu'elles soient le fruit de ce gouvernement comme des précédents, s'avèrent totalement inefficaces du fait de l'absence de moyens et de personnel pour les appliquer. Il est quand même amusant de supprimer partout des postes d'éducateurs ou de travailleurs sociaux et de sans cesse ratifier des lois dont la bonne marche supposerait au contraire d'en créer de nombreux.... Il serait temps de comprendre que si la loi est sans doute le pilier de la République, la multiplication de textes vains et contradictoires les uns vis-à-vis des autres, dans un contexte judiciaire qui mérite au contraire une extrême fluidification du corpus législatif pour aider au désengorgement des tribunaux et à l'accélération des procédures (sans les bacler), va conduire d'ici peu à une situation totalement insoluble....
C'était juste une réflexion en passant....
Wuyilu

27.04.2008

INTERVENTION DE FRANCOIS BAYROU EN CLOTURE DE LA CONVENTION DES ELUS DEMOCRATES DU 26 AVRIL

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Mes chers amis, Je souhaite conclure en quelques mots sur l'enjeu de notre vitalité, de notre existence, du combat qui est le nôtre. Sans reprendre tous les sujets je vais essayer de montrer qu'en réalité ce que nous portons est si original, si singulier dans le paysage politique que si nous renoncions au combat, plus personne ne pourrait relever ce genre de défi. Prenons la question la plus simple, celle qui se pose à tous les politiques depuis des années, qui est celle de ce qu'on appelle « les réformes ». Je voudrais défendre devant vous cette idée originale : nous sommes le seul mouvement qui affirme que les réformes sont indispensables mais que ces réformes ne peuvent pas se payer au prix de l'injustice. Que justice et réformes sont étroitement liées. La justice est la condition de la réforme et le moins qu'on en puisse dire - je vais essayer de le montrer - c'est que la situation que nous avons sous les yeux aujourd'hui n'est pas celle-là et qu'un certain nombre d'injustices sont provoquées par des réformes mal pensées, mal conçues ou trop bien pensées ou trop bien conçues pour le bénéfice de quelques-uns et au détriment de l'intérêt général. Nous avons un gouvernement, aujourd'hui, qui affirme, souligne le fait qu'il porte des réformes ; et une opposition, socialiste, dont le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle est réticente à l'égard des réformes.

Le mot « réforme » est un mot piégé parce que réforme, cela ne veut pas dire progrès

Un jour, quand nous aurons le temps, je poserai question devant vous du vocabulaire, du mot « réforme », de la signification du mot « réforme » qui a été introduit au début des années 90 dans le vocabulaire politique français. Je pense que c’est Edouard Balladur qui a le plus fait. Il avait fait un « dictionnaire de la réforme » et je me souviens des reproches vifs qu’il m’adressa lorsque, entré au gouvernement, j’avais avec la naïveté, la simplicité de la jeunesse, au ministère de l’Education, expliqué que « à mon avis, ce qu’il fallait à tout prix éviter, c’était une énième réforme de l’éducation ». Édouard Balladur, alors Premier ministre, avait considéré qu’en disant cela je manquais au contrat général qu’il avait tracé, écrit, du « dictionnaire de la réforme ». Le mot « réforme » est un mot piégé parce que réforme, cela ne veut pas dire progrès. Il y a des réformes qui vont dans le bon sens et des réformes qui vont dans le mauvais sens. On devrait interroger les réformes. J’ai vu que je n’étais pas le seul à l’avoir fait, que Valéry Giscard d’Estaing s’était récemment posé la même question. Ce qui prouve que ceux qui ont occupé des responsabilités éminentes peuvent avoir aussi des préoccupations profondes sur l’avenir.

Certaines réformes sont indispensables, ces réformes nous les soutenons

Je pense que ce qui est nécessaire, c’est l’adaptation du modèle français pour que ce modèle puisse se perpétuer et même s’épanouir en temps de mondialisation. Il y a des adaptations nécessaires. Mais, oublions cette question sur le mot "réforme" que nous aurons ensemble. Nous considérons qu’il y a un certain nombre de réformes absolument indispensables et que les forces qui se liguent pour les empêcher de s’accomplir, d’une certaine manière, rendent un mauvais service au pays. Je vais en citer une qui sera un sujet d’actualité dans les semaines qui viennent : il est impossible d’éluder la question de la réforme des retraites. Ceux qui voudraient ou voudront empêcher que se pose la question de la réforme des retraites vont simplement entraîner des générations entières dans les difficultés, la pauvreté, les problèmes qui se posent. Nous savons que le simple équilibre démographique, le fait que la durée de la vie s’accroisse, cela signifie évidemment qu’il faudra qu’on avance dans la direction d’un plus grand nombre de Français au travail, capables de supporter les pensions de retraite de ceux qui seront déjà au repos. La vraie question qui se pose, c’est évidemment qu’on annonce 40 années de cotisations alors qu’un très grand nombre de Français sont incapables de dépasser les 36 ou 37 années de cotisations, simplement parce que les entreprises poussent sur le bord du chemin un certain nombre de gens. Cette question de la responsabilité collective qui est la nôtre en face des travailleurs qui ont atteint l’âge de 55 ou 60 ans est d'ailleurs une véritable question. Mais il n’y a aucun doute sur le fait qu’il va falloir naturellement qu’il y ait un plus grand nombre de Français au travail pour supporter les retraites de ceux qui sont pensionnés. Il n’y a aucun moyen de l’éviter et ce ne serait pas responsable de le dire. Il y a donc des réformes indispensables. Ces réformes nous les soutenons.

Soutenir les réformes par la justice

La question est : sur qui fait-on reporter la charge de ces réformes ? Depuis plusieurs mois, depuis le nouveau gouvernement, il y un certain nombre de signes qui s’accumulent et qui sont des signes inquiétants parce qu’on accepte qu’un certain nombre de réformes en cours soient payées, équilibrées par de l’injustice sociale. Or, l’injustice sociale est intolérable et profondément nuisible pour les réformes. Nous pensons que tout le monde doit assumer le coût des réformes, le coût de la solidarité à proportion de ses moyens et que rien n’est plus insupportable que de voir le coût des réformes concentré sur les plus fragiles, sur les moins favorisés, peut-être simplement parce qu’ils sont les moins nombreux. Je veux prendre quatre exemples :

Premier exemple. J’ai entendu comme vous Nicolas Sarkozy reprendre jeudi soir cette antienne qui est celui de la justification des franchises médicales par la maladie d’Alzheimer. Évidemment, je sais que c’est une présentation publicitaire, une présentation de communication. J’ai le souvenir précis qu’il y a quelques années, lorsque Nicolas Sarkozy dans un de ses livres a repris cette idée des franchises médicales qui était présente chez un certain nombre d’esprits, c’était pour freiner la consommation médicale. Ce n’était pas du tout pour la maladie d’Alzheimer ni pour autre chose. Puis après, en cours de campagne électorale, il a trouvé cette présentation. Il a dit : la maladie d’Alzheimer, les soins palliatifs en fin de vie et le cancer. La vérité c’est évidemment que c’est une présentation parce qu’il n’y a qu’un seul budget de la santé. Je veux bien même reprendre cette justification pour dire ceci : même si c’était vrai -mais cela ne l’est pas- que c’était fait pour financer la recherche contre la maladie d’Alzheimer, ce serait profondément choquant parce que cela signifierait qu’on demande aux seuls malades de financer la recherche sur une maladie spécifique et que les bien-portant, eux, n’ont pas à prendre leur part de ce financement et de cet effort. Une dépense qui devrait être répartie à proportion des moyens de chacun, demandant plus à ceux qui ont plus et moins à ceux qui ont moins, serait mise à la charge exclusive de ceux qui sont en difficulté, de ceux qui sont malades et de ceux qui ont moins. Ce n’est pas juste et il faut avoir le courage de le dire : on doit répartir l’effort à la proportion des moyens de chacun.

Deuxième exemple. On a annoncé, il y a quelques semaines, un versement immédiat à valoir sur l’augmentation des petites retraites, versement –si ma mémoire est fidèle– de quelque 200 € et nous avons approuvé ce versement. Mais avant-hier nous avons appris incidemment, par l’intervention d’une association, que sans qu’on le dise les personnes bénéficiaires de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) –et ce ne sont pas les favorisées–  ont vu leurs cotisations URSSAF pour les aides à domicile augmenter brutalement. Pour une aide à domicile payée 700 € par mois, l’augmentation de charges est de 77 € par trimestre ce qui veut dire 310 € par an. On a retiré sans le dire, à ces personnes qui sont en difficulté, d’avantage que ce qu’on leur a accordé à grand renfort de publicité. Si c’est vrai cela a une signification précise, cela veut dire que ce sont les plus fragiles qu’on a mis à contribution. C’est le niveau de vie des plus fragiles qui a été atteint. Ce n’est pas juste, ce n’est pas notre conception de la réforme.

Troisième exemple : les allocations familiales. On a besoin, c’est sans doute vrai, d’un financement complémentaire pour la garde des jeunes enfants. À qui va-t-on demander d’assurer la charge de ce financement complémentaire ? Est-ce à ceux pour qui les choses vont bien, pour qui la vie est favorable, ceux chez qui les revenus augmentent, aux foyers plus aisés ? Non, pas du tout. On va demander cet effort aux familles en diminuant brutalement les allocations des enfants entre 11 et 14 ans, c’est-à-dire l’âge où les jeunes, les enfants qui entrent dans l’adolescence commencent à coûter le plus cher. Ceux qu’on met à contribution pour financer cette nouvelle dépense, ce ne sont pas ceux qui peuvent le plus, ce sont ceux qui ont déjà de lourdes charges. Cela ne nous paraît pas juste et cette injustice va naturellement à l’encontre de l’idée de réforme.

Quatrième exemple : le revenu de solidarité active. C’est une idée que nous avons défendue pendant la campagne présidentielle. Assurance donnée à chacun des Français que nul, venant des minima sociaux, s’il reprend un emploi n’aura à y perdre, au contraire. Nous avons défendu le principe, pendant toute la campagne présidentielle, que si on reprend un emploi, on doit y gagner. J’avais même dit y gagner au moins 100 € par mois par rapport à la situation antérieure. C’est justice et c’est un meilleur équilibre de la société évidemment. C’est une idée juste, une idée dont on nous dit qu’elle coûte cher –ce qui signifie au passage qu’il y a beaucoup de gens qui perdent de l’argent quand ils reprennent un travail. Cette idée préparée dans son exécution par Martin Hirsch, expérimentée jusqu’à maintenant à toute petite échelle –je crois qu’il y a 8000 contrats signés sur l’ensemble du territoire national– mérite le soutien. Or Nicolas Sarkozy a annoncé que son financement serait assuré par une ponction, par un transfert venant de la prime pour l’emploi. On donne aujourd’hui pour la prime pour l’emploi un peu plus de 4 Milliards d’euros, et l’on prendrait 1,5 milliard pour le mettre sur ses travailleurs aux minima sociaux qui reprennent un emploi ! Eh bien ceci n’est pas juste parce que cela signifie qu’un geste de solidarité nécessaire, au lieu d’être assumé par la nation à proportion des moyens de chacun, est assumé en réalité par les travailleurs pauvres, ceux qui seront en deçà du salaire moyen. Or c’est pour cela qu’on leur a donné un complément de revenu avec la prime pour l’emploi ! Ils sont 8 millions en France, la prime pour l’emploi est versée à ceux qui gagnent, pour un célibataire, entre 3.750 euros de revenus imposables par an, c’est-à-dire quelque chose comme le quart du SMIC, et 17.500 euros de revenu annuel. Et tous les autres, les salaires moyens, les revenus importants, les salaires confortables, les très gros revenus, tous ceux-là vont être exonérés de l’effort que l’on va faire en direction des bénéficiaires du RMI qui vont reprendre un emploi !

Notre projet de société est inspiré par la justice

Nous ne considérerons pas qu’il soit socialement juste, ni acceptable de faire payer la solidarité en direction des plus pauvres par ceux qui sont déjà défavorisés dans la société française.  Il y a là une atteinte, une injustice ; et je dois le dire, je ne comprends pas cette obsession du gouvernement et de sa majorité de faire payer la solidarité par ceux qui ont moins et de ne pas mettre du tout à contribution ceux qui ont plus.
Notre projet, différent, original, consiste à soutenir les réformes par la justice et non pas de payer des réformes au prix de l’injustice. Et je suis certain qu’une immense majorité du peuple français est sur la même ligne, même parmi ceux qui ont la chance d’avoir des situations privilégiées. Je crois qu’il y a assez de civisme en France, assez d’esprit de responsabilité, pour que chacun comprenne que l’avenir du pays dépend précisément de l’esprit de justice.

Nicolas Sarkozy a dit jeudi soir « je crois au capitalisme et à la mondialisation ». Eh bien moi je crois à l’humanisme et à la justice !
Et ceci mes amis fait une grande différence, cela signe trois projets de société différents : celui qui est fondé sur l’assistance, sur notre gauche ; celui qui est fondé sur l’arrogance, sur notre droite ; et celui qui est inspiré de la justice. Entre l’assistance et l’arrogance, il y a un immense espace pour le projet de société dont la France a besoin pour son avenir. (applaudissements)

J’ai voulu prendre ce seul exemple de la justice et de la réforme parce que c’est l’actualité. Il y a ainsi sur tous les sujets une marque particulière dont je crois la société française a besoin.

Je vous le dis avec certitude : l’affirmation qui est celle du pouvoir et qui a été celle de Nicolas Sarkozy jeudi soir, selon laquelle on serait à l’équilibre des finances publiques en 2012 est une illusion pour ne pas dire une tromperie.

Il n’y a aucune chance, partis comme nous sommes, que nous allions vers l’équilibre des finances publiques, nous allons vers un déséquilibre aggravé. On a annoncé, je vous en donne un exemple très simple, cette année qui vient de s’écouler avec le nouveau gouvernement qui s’est installé, que le déficit de la France, celui qui creuse la dette, n’a pas diminué mais augmenté. Il a augmenté de 7 milliards d’euros ce qui est l’exact équivalent du « paquet fiscal » en direction des plus favorisés.

C’est avec le « paquet fiscal » qu’on a creusé le déficit de la France ! Alors même que nous disions « vous ne devez pas baisser ces impôts-là, on a absolument besoin d’aller vers un effort d’équilibre des finances publiques ».

Je vous donne ce chiffre : on a annoncé la semaine dernière 162 mesures qui faisaient suite à 95 mesures qui précédaient elles-mêmes 113 mesures qui vont être prises au mois de mai dans ce qu’on appelle la revue générale des politiques publiques. Avec ces centaines de mesures, on a annoncé qu’on allait peut-être faire 5 milliards d’économies en 2011, c’est-à-dire l’année précédent 2012. Or, on a un déficit de 52 milliards. Si on ne fait que 5 milliards d’économies, on aura toujours 49 milliards de dettes. Ce qui veut dire qu’on ne se dirige pas vers l’équilibre des finances publiques, on se dirige vers le déséquilibre et s’il y avait une justice en France, les générations les plus jeunes devraient faire un procès pour non-assistance à génération en danger aux gens qui sont actuellement et depuis des années au gouvernement.

Pluralisme politique et indépendance des médias

Nous allons avoir un grand débat sur les Institutions. Il n’y aura pas de Parlement libre s’il n’y a pas de pluralisme dans les lois électorales. Et donc naturellement nous nous concerterons avec tous ceux qui veulent aller dans le même sens, tant mieux, plus nous serons à défendre ce principe de pluralisme, plus nous aurons de chance de le faire entendre et plus la forme institutionnelle prendra tout son sens.

De la même manière, je déposerai un certain nombre d’amendements pour que soit pris en compte le principe d’indépendance des médias par rapport au pouvoir, que j’avais défendu pendant la campagne présidentielle de manière qu’on soit assuré qu’il y ait une frontière entre le pouvoir politique et le pouvoir médiatique. Tout le monde y gagnera et selon moi ce principe doit être inscrit dans nos institutions et dans la Constitution de la République.

Et vous voyez que pluralisme au Parlement et indépendance des médias, tout cela va dans le même sens parce que cela veut dire qu’on crée les conditions pour que la démocratie soit une démocratie de plein exercice, qu’enfin les citoyens puissent avoir accès à la vérité, et que leurs convictions puissent s’exprimer lorsque les débats parlementaires ont lieu. C’est la même chaîne : garantie d’indépendance des médias et garantie de pluralismes lorsqu’il s’agit d’exprimer l’opinion des citoyens à l’Assemblée nationale ou au Sénat face au pouvoir exécutif.

Quelque chose peut changer, qui nous permettra de faire progresser le pays vers ce que nous considérons comme essentiel, c’est-à-dire la confiance des citoyens.

Notre idée de la démocratie, c’est de faire progresser la conscience des citoyens

Car il y a en réalité deux visions de la démocratie.
La vision de la démocratie qui considère que tout son enjeu est d’obtenir des voix, que la fin justifie les moyens, ceux qui considèrent que les promesses sont le matériau indispensable des campagnes électorales même si elles sont illusoires et que comme on disait autrefois dans les Hauts-de-Seine « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent ». Autrement dit, une démocratie fondée sur la communication, c’est-à-dire sur l’illusion quitte à ce qu’ensuite on se réveille avec des lendemains qui déchantent.
Et nous, nous considérons au contraire que le propre de la démocratie ce n’est pas seulement d’obtenir des voix, c’est de faire progresser la conscience des citoyens. C’est avec la conscience des citoyens qu’on arrive à soutenir et prendre des décisions politiques courageuses.

Si vos y réfléchissez une seconde, le trou abyssal que nous avons devant nous, nos mille deux cents milliards d’euros de dette, les dizaines de milliards de déficit que nous y ajoutons tous les ans, ça n‘est rien d’autre que l’addition des promesses illusoires, le fait qu’on a voulu bercer les citoyens de promesses au lieu de les faire progresser vers une conscience adulte de la réalité à laquelle ils sont confrontés. C’est parce qu’on leur a raconté des histoires qu’on leur a fait des dettes. Les dettes ne sont pas autre chose que les illusions matérialisées par une fuite en avant financière. Les dettes ce sont les illusions, la réalité c’est l’équilibre, et c’est ainsi qu’on aurait fait progresser le pays.

Nous croyons nous que tout est lié.Nous croyons qu’une vraie démocratie -on en est très loin France- est celle où les citoyens sont considérés comme des responsables, une vraie démocratie est celle qui définit et soutient les réformes courageuses, avec l’esprit de justice. Et tout cela se tient dans un projet de société.

Un projet de société pour la France et un projet de société pour l’Europe

Ce que nous disons pour la France est vrai pour notre Europe. Nous allons avoir devant nous un immense débat qui débouchera sur les élections européennes de juin 2009, un débat qui ne consistera pas seulement à prononcer de manière incantatoire le mot « Europe » mais à mettre un contenu à ce qu’ « Europe » signifie en termes de projet politique, de société et de civilisation.

Si, en effet, l’Europe n’a pas de projet différent des autres continents ou des autres grands modèles qui nous entourent et qui nous concurrencent, alors l’Europe ne subsistera pas. Ne gagneront que ceux qui auront un projet original. Si vous avez le même projet que les autres, vous disparaissez.

L’Europe n’existera que si elle a son projet propre en face des impératifs sociaux, des famines qui progressent, des guerres qui se développent. C’est là que nous allons porter notre attention et notre intuition.

C’est pour cela que nous sommes réunis, ensemble, c’est pour cela que le Mouvement Démocrate a vocation à exister, à définir un monde nouveau, différent. C’est pour cela que nous sommes le rempart du pluralisme et d’une démocratie rénovée en France. C’est pour cela que j’ai été si heureux de votre présence et c’est pour cela qu’ensemble nous allons conduire la construction du Mouvement Démocrate et sa proposition aux Français.

Je vous remercie de votre aide, de votre amitié et de votre soutien.

24.04.2008

L'EUROPE EN DERNIER

Si mes souvenirs sont bons... la France va présider l'Europe dans quelques semaines et le parlement sera renouvellé en juin 2009.

Comme d'habitude, la question européenne est traité quasiment en dernière position lors de l'intervention de Nicolas Sarkozy.

C'est pas gagné... 

22.04.2008

JO : ET L'EUROPE DANS TOUT CA ?


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Vue de l'hexagone, la question européenne, faute de passionner les foules, ne manque pas d'une riche actualité, marquée pèle-mêle par la ratification du traité de Lisbonne, la prochaine présidence française de l'Union (1er juillet 2008), ainsi que par la proximité du renouvellement du Parlement Européen en juin 2009. Si Nicolas Sarkozy annonce avec force que la présidence française sera l'occasion du « retour de la France en Europe » avec, parmi les quatre priorités, le renforcement de la politique européenne de la défense, ce qui sous-entend également le développement d'une politique étrangère communautaire, il y a fort à parier que ces voeux seront assez vite contrariés par les dissensions internes, la question de l'Otan et l'absence de réelles innovations en la matière dans le texte Lisboète. De ce point de vue, la brûlante question de la Chine et de ses relations avec le Tibet, donne un nouvel aperçu de l'extrême difficulté du vieux continent à parler d'une seule voix, mais surtout à coordonner ses actions.

Officiellement le traité de Lisbonne, qui entrera en vigueur début 2009, change la donne en matière de politique étrangère européenne, supprimant le Haut représentant pour les affaires étrangère et la politique de sécurité commune et le Commissaire européen chargé des relations extérieures au profit d'un unique Haut représentant de l’Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, censé donner un visage à la diplomatie communautaire. Si, hormis la création d'un titre assez sportif à retenir, cette initiative est sans doute dictée par le bon sens, on se demande en quoi ce brave personnage pourra orienter la politique étrangère de l'Europe, étant entendu que le traité de Lisbonne stipule : « que les dispositions concernant la politique étrangère et de sécurité commune, y compris pour ce qui est du Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ainsi que du service pour l'action extérieure, n'affecteront pas la base juridique existante, les responsabilités ni les compétences de chaque État membre en ce qui concerne l'élaboration et la conduite de sa politique étrangère, son service diplomatique national, ses relations avec les pays tiers et sa participation à des organisations internationales, y compris l'appartenance d'un État membre au Conseil de sécurité des Nations unies. La Conférence note par ailleurs que les dispositions concernant la politique étrangère et de sécurité commune ne confèrent pas de nouveaux pouvoirs à la Commission de prendre l'initiative de décisions ni n'accroissent le rôle du Parlement européen »

A ce stade là, et en dehors de la reconnaissance de la personnalité juridique de l'Union Européenne (il était temps), permettant sa représentation officielle auprès de pays tiers ou d'institutions internationales, on ne voit pas très exactement en quoi le traité de Lisbonne apporte la moindre innovation par rapport aux textes antérieurs, la règle de l’unanimité subsistant notamment en matière de politique étrangère, bien qu'assouplit par une « clause passerelle » permettant au Conseil Européen de passer de la règle de l'unanimité au vote à la majorité qualifiée sur certaines questions, la défense et la sécurité étant néanmoins exclues du champ de cette clause.

 

Nous sommes donc face à un statu quo déguisé et en proie à la cacophonie qui avait marquée la position européenne au moment de la guerre en Irak et mis en avant le poids bien supérieur de l'alliance atlantiste au regard de l'alliance communautaire. Même si la question de l'Otan n'était pas directement au centre du débat, la France avait pu se soustraire à la guerre avec d'autant plus de facilité qu'elle n'était pas, contrairement à l'Allemagne, membre de l'institution. Au final, l'Union s'est exclue d'elle-même de l'épineuse question Irakienne, alors même qu'elle avait un rôle primordiale à jouer dans cette affaire, pour peu qu'elle consente enfin à s'assumer comme une entité autonome et supérieure aux alliances précédemment nouées par ses états membres. Car, en vérité, il faudra un jour l'admettre, tant que l'Europe ne pourra se prévaloir d'une véritable politique étrangère, elle n'existera pas autrement que sous la forme d'une communauté économique plus ou moins homogène, forte pour émettre des réglementations tatillonnes sur le « sexe des anges », mais inapte à apporter ses « lumières » sur la scène internationale ou sur la question de la régulation sociale de la mondialisation, l'empressement de Nicolas Sarkozy à négocier le traité de Lisbonne ayant renvoyé le volet sociale aux calendes grecques.

 

Le dernier épisode en date témoignant, bien que dans une moindre mesure que la guerre en Irak, de l'incohérence et de l'absence de 'l'Europe en tant que véritable entité internationale est la sombre affaire des Jeux Olympiques et de la situation du Tibet.

Depuis quelques années un certain consensus règne dans la gestion des relations entre la Chine et le vieux continent sous la forme d'un partenariat de plus en plus étroit en matières économique et stratégique (intégration de la Chine au programme Galileo, positions communes sur la question de la prolifération des armes de destruction massives, soutien chinois à la France et à l'Europe dans le choix du site du réacteur nucléaire ITER), allant même jusqu'à reconsidérer un temps, à l'initiative de la France, l'épineuse question de l’embargo européen sur les ventes d’armes à la Chine. Evidemment, ce rapprochement progressif et encore très succinct (le poids de la Chine dans l'économie de l'UE étant bien plus faible aujourd'hui qu'on le pense et réciproquement) s'est toujours bâtie en évitant soigneusement de mettre la question des Droits de l'Homme au coeur du débat, en dépit du vote d'une résolution, en septembre 2006, regrettant que le renforcement des relations commerciales avec la Chine ne s'accompagne pas de progrès significatifs en la matière, pointant particulièrement les questions de la peine de mort et du Tibet. Mais tant que seuls les domaines économiques et stratégiques étaient en jeux, à l'image du rapport paradoxal mais fructueux qu'entretiennent les USA et la Chine (se combattant tout en étant leurs principaux partenaires commerciaux réciproques), l'Europe semblait parler d'une seule voix, se hissant ainsi au-dessus des simples considérations nationales de ses états membres. Et vlan !!! Il a fallu, que la flamme Olympique tente, cahin caha, de traverser Paris et Londres, éclairant à nouveau les zones d'ombre du régime chinois, pour que cette belle unité vole en éclat, marquant au surplus la différence d'appréciation entre le Parlement européen et la Commission.

 

En quelques jours, chacun est monté au créneau, compliquant une fois de plus l'action de l'Union au nom de ses intérêts particuliers, lui conférant le rôle accessoire dont elle se contente à chaque crise, avant de devoir participer à la réparation de la vaisselle cassée par ses propres membres.

 

Angela Merkel et Gordon Brown ont annoncé qu'ils ne se rendraient pas à la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques, engageant ainsi ouvertement leur pays dans la contestation de l'attitude de la Chine. En France, dans une joyeuse confusion, tandis que Nicolas Sarkozy, pourtant censé porter la question du boycott au niveau européen à partir de juin, mais gêné aux entournures par les les réaction courroucée de la Chine, a envoyé son trio de choc, Raffarin, Poncelet, Levitte, faire quelques génuflexions devant l'athlète Jin Jing et le Président Hu Jintao, Bertrand Delanoë a fait adopter, dans un certain désordre, une résolution au Conseil de Paris, attribuant au Dalaï Lama le titre de Citoyen d'Honneur de la Ville de Paris, provoquant l'ire de la Chine en même temps qu'elle saluait l'initiative peu courageuse du Président Français, elle-même défendue par l'équipe de choc de LVMH composé de Bernard Arnault et Christophe Girard (à la fois peu confortable adjoint à la Culture de Bertrand Delanoë et directeur de la stratégie chez LVMH)- ouf, il faut suivre ! Dans le même temps, la Commission Européenne, elle, s'apprête à envoyer José Manuel Borroso et neuf commissaires pour faire part aux autorités chinoises de l'inquiétude du vieux continent concernant la situation tibétaine. Ce même Barroso qui, en dépit du vote par le parlement d’une résolution appelant les dirigeants européens à boycotter la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, s'est ouvertement prononcé le 26 mars dernier contre ce même boycott, tout en souhaitant une position commune des 27 sur le sujet...

Quelques semaines plus tôt, le premier Ministre Suédois, Fredrik Reinfeldt, s'était également rendu à Pékin pour y affirmer son opposition à toute notion de Boycott, faisant part de sa grande confiance en la Chine pour faire de l'évènement un succès planétaire. En Italie, Berlusconi, dont la récente victoire aux côtés d'une Ligue du Nord très hostile à l'idée européenne ne risque pas d'arranger la situation, s'est lui fendu de tirades aussi mémorables qu'incongrues sur les « enfants bouillis du régime de Mao »*, livrant ainsi indirectement une opinion assez tranchée sur les JO. Quant aux nouveaux membres de l'Union, émanant de l'ancienne galaxie soviétique, ils semblent attendre les consignes de ... Washington pour véritablement exprimer leur opposition aux JO, afin de mieux s'affranchir de l'ombre du voisin Russe, de plus en plus proche de Pékin. Cela-dit, les américains étant en période électorales et les candidats (particulièrement Obama qui danse un joli pas de deux sur la question du boycott) restant très frileux sur cette question, la réponse risque de manquer de précision.

 

A l'arrivée, si chacun et particulièrement la France, exprime son opinion sans se référer à l'Europe, ce n'est pas tant pour protéger des intérêts personnels moins immédiatement menacés qu'il y paraît, mais bien dans le refus d'envisager l'Europe comme une entité politique autonome et la considération qu'une diplomatie commune demeure une fable. Pourtant, c'est cette même fable qui sera racontée au mois de juin 2009 à tous les citoyens de l'Europe des 27, au moment où les contingences électoralistes serviront de trêve olympique à la Realpolitk... Cette même fable que soutiendront des dirigeants qui s'ingénient quotidiennement à détricoter l'idée européenne et lui découvriront de manière bien éphémère des charmes insoupçonnés.

 

* « In Cina, ai tempi di Mao, ibambini venivano bolliti per ricavarne concime per i campi » / « En Chine, à l'époque de Mao, les enfants étaient bouillis pour servir d'engrais dans les champs. »

10.04.2008

LETTRE OUVERTE TIBETAINE AU SIEUR MELENCHON

 

1654308930.jpgComme beaucoup de lecteurs ébahis, j'ai pris connaissance il y a peu des sorties sidérantes et quasi révisionnistes du sieur Jean-Luc Mélenchon concernant le Tibet et les manifestations ayant accompagné le passage de la flamme Olympique à Paris, sorties médiatiques depuis relayées sur son blog à l'adresse suivante : http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=585.

Je me permets de lui adresser cette lettre ouverte qui s'intéressera uniquement à la question tibétaine, telle qu'il la traite, son antagonisme personnel avec Robert Ménart de Reporter Sans Frontières me semblant tout à fait anecdotique en la circonstance.

 

    Si vous nous avez habitué à ce genre de saillies témoignant d'une subsistance atavique de doctrine Trotsko-Stalinienne à la sauce ultra-nationaliste, cette dernière envolée dépasse cette fois tout ce qui peut être dit en matière de contre-vérité historique, de justification de toutes les colonisations, invasions et autres atteintes aux droits des minorités et de l'homme en général.

 

Le fait que bien peu de gens soient au fait de l'histoire et de la situation effective du peuple Tibétain, vous permet sans doute de penser qu'il vous sera plus facile de proférer autant de scandaleuses assertions, mais il n'en est rien. En dehors de toute question idéologique, ils se trouve un certain nombre de personnes, dont je suis, qui ont pris la peine, en plus d'avoir un peu étudié l'histoire du Tibet, de se rendre compte sur place de la situation et particulièrement dans les provinces chinoises formant l'ancien Tibet historique.

 

Mais avant d'entrer dans le vif du sujet, sachez que vos propos ont au moins le mérite d'éclairer les citoyens sur la réalité idéologique de cette « ultra gauche » dont vous vous faites le chantre, entre un Laurent Fabius, sans doute gêné par votre prose, et un Olivier Besancenot qui s'ingénie à travers un discours bisounours à désamorcer les relents totalitaires qui ont toujours accompagné cette mouvance, dont les accointances historique avec la droite la plus nationaliste ne sont plus à démontrer.

 

Vous arguez de votre amitié envers la Chine, soit. Rien ne me permets de me définir comme un ennemi de ce vaste pays à l'histoire si chaotique, mais rien non plus ne peut m'amener en 2008 à encore croire au miracle maoïste, ni aux bienfaits du régime de Hu Jintao dont il vous aura peut-être échappé qu'il figure aujourd'hui la plus grande dictature hyper-capitaliste du monde, aux antipodes des rêves les plus mesurés de vos amis alter-mondialistes.

 

Venons-en à vos propos et commençons par votre analyse historique :

Vous écrivez : «  Le Tibet est chinois depuis le quatorzième siècle. Lhassa était sous autorité chinoise puis mandchoue avant que Besançon ou Dôle soient sous l’autorité des rois de France. Parler « d’invasion » en 1959 pour qualifier un évènement à l’intérieur de la révolution chinoise est aberrant. »

 

Dès cette phrase lue, on comprends que votre démarche ne peut être honnête et que tout le reste de l'article sera au diapason. Et là de se demander : êtes-vous inculte à ce point pour étaler aussi fièrement votre ignorance de l'histoire de la Chine et du Tibet ou est-ce pure provocation malsaine ? Car enfin, votre raisonnement est aussi absurde que de supposer attendre de la France qu'elle règne sur la Russie au prétexte que les troupes Napoléoniennes y furent de passage... Même si ce parallèle est en soit inepte, il a en commun le fait que le peuple Russe possède une langue d'une provenance diamétralement opposée au latin dans sa structure comme dans son alphabet, au même titre que diffèrent le Chinois et le Tibétain, langue d'inspiration birmane fondé sur une construction alphabétique d'origine indienne. Quant au Tibétains eux-mêmes, il ne sont tout simplement pas de la même race que les Hans, ethnie majoritaire de la Chine. Même s'il est aujourd'hui toujours difficile de rattacher les tibétains à un autre groupe humain, bien qu'il se rapprochent beaucoup plus des Mongols que des Chinois. De ce point de vue, on pourrait effectivement considérer comme « aberrant » que l'Algérie, différente de race (en tant que sous groupe raciale seulement) et de structure linguistique, ne soit plus Française. Personnellement, je ne le regrette pas. Mais puisque j'évoque les Mongols, revenons-en à votre phrase et commençons la leçon d'Histoire. Non monsieur Mélenchon, le Tibet n'est pas Chinois depuis le XIVème siècle, pas plus que l'on peut dire que la Chine est Tibétaine depuis le XIVème siècle, bien qu'à un moment donné (VIIIème et IXème siècles), la Chine fut effectivement tibétaine – et oui mon bon monsieur. Vous dites à la fois un énorme mensonge, mais commettez également un grave confusion historique dont les premiers lésés sont les Mongols en personne. Figurez-vous que la période juste antérieure à celle que vous décrivez était celle de la domination totale des Mongols de Kubilaï sur le Tibet comme sur la Chine. Faut-il pour autant souhaiter que la Chine soit aujourd'hui mongol ??? Par la suite, au cours de ce fameux XIVème siècle dont vous ne savez rien et qui marque en Chine l'avènement de la dynastie Ming, le Tibet était totalement indépendant et ce jusqu'au début du XVIIème siècle. En revanche, sachez que durant la même période, les Tibétains qui, comme vous le dites justement, étaient très loin des gentils enfants de choeurs que l'on nous présente le plus souvent, ont considérablement renforcé leur influence au Nord, instillant leur religion jusque dans les régions les plus reculées de Mongolie grâce notamment au soutien de dirigeants Mongols tels Altan Khan. Et ceci dans le cadre de l'alliance entre les tibétains Gelugpas et les bouddhistes Mongols. Sachez également que c'est à ce moment qu'apparaît le titre de Dalaï Lama, mot d'origine mongol et non chinois, tout comme le mot Tibet. Ce n'est qu'à partir du XVIIème siècle – le XVIIème siècle monsieur Mélenchon – que les Chinois prennent possession du Tibet, la Chine étant précédemment un pays allié et plus petit que le Tibet. Et quand je parle des chinois, je parle de la Dynastie Qing, non pas d'origine chinoise mais Manchoue comme vous le dites... Et encore, cette période a vue se succéder plusieurs types de régimes et d'administrations où le Dalaï Lama fut parfois le véritable chef de l'Etat. Sauf que, toute chose ayant une fin, si si, la dynastie Qing a périclité à la fin du XIXème siècle et le Tibet est REDEVENU INDEPENDANT EN 1913, tandis que les dernières troupes chinoises étaient chassées sans ménagement. Durant cette période qui voit l'avènement du XIIIème Dalaï Lama, le Tibet est en proie aux luttes d'influences entre pays européens et particulièrement la Russie et l'Angleterre, cette dernière finissant pas s'imposer. Pourquoi le Tibet n'est-il pas légitimement anglais ? Enfin, c'est durant le règne du XIIIème Dalaï Lama, Thubten Gyatso que l'autorité religieuse, la terrible Théocratie dont vous parlez a cherché, après d'effectifs longs siècles d'obscurantisme et d'isolement, à s'ouvrir au monde autant qu'à une vision pacifique et humaniste qui est aujourd'hui la sienne et n'a rien à voir, mais vraiment rien à voir avec la fable que vous décrivez. Et, pour avoir arpenté longuement les chemins sinueux des plateaux du Qinghaï aux côtés de familles nomades tibétaines, je saute en l'air en lisant votre description à côté de laquelle le Tintin au Tibet que vous décrivez et dont l'action, pour information, se déroule au Népal et non au Tibet, semble criant de vérité.

Voilà concernant la phrase lige de votre argumentation sur le Tibet, phrase dont pas un mot ne correspond à la réalité historique ! Passons sur votre comparaison avec la Vendée : « Dit-on que la France a « envahi » la Vendée quand les armées de notre République y sont entrées contre les insurgés royalistes du cru ? », dont la pertinence est à peu près nulle après ma démonstration, mais que les descendants des familles vendéennes massacrées apprécieront à leur juste valeur, bien que les vendéens n'y aient pas été de main morte non plus (et je vous rassure, je ne suis pas plus royaliste que vous historien).

 

Continuons sur votre chef-d'oeuvre de désinformation après un grand bon en avant, si je puis dire...

Vous écrivez : «  Le Dalaï Lama et les autres seigneurs tibétains ont accepté tout ce que la Chine communiste leur proposait et offrait, comme par exemple le poste de vice président de l’assemblée populaire que « sa sainteté » a occupé sans rechigner. »

Le Dalaï Lama dont vous parlez, l'actuel Tenzin Gyatso, était, lors des négociations avec la Chine faisant suite à l'INVASION (oui, l'invasion puisque je rappelle que les Chinois avaient quitté le Tibet en 1913), un adolescent de 15 ans !!! 15 ans monsieur Mélenchon... Comment vouliez-vous alors que ce gamin, sans armée et mal conseillé puisse tenir tête à votre idole Mao ??? Cela a déboucher sur l'Accord en 17 points dont pas un seul a été effectivement respecté par la Chine. Pourtant, très vite, et les occidentaux, américains en tête n'y furent effectivement pas étrangers, la rébellion pris comme une traînée de poudre à partir des révoltes du Kham en 1956 dont vous dites : «  Cela jusqu’au jour de 1956 où le régime communiste a décidé d’abolir le servage au Tibet et régions limitrophes. Dans une négation des traditions, que j’approuve entièrement, les communistes ont abrogé les codes qui classaient la population en trois catégories et neuf classes dont le prix de la vie était précisé, codes qui donnaient aux propriétaires de serfs et d’esclaves le  droit de vie, de mort et de tortures sur eux. » Encore faux monsieur Mélanchon. Si la négation totale de toute la culture tibétaine, bons comme mauvais aspects, a participé de la « mauvaise humeur » ambiante, c'est avant tout le non respect de l'Accord en 17 point et surtout la famine atroce, liée à collectivisation des terres, qui a touché toutes les régions tibétaines (Amdo, Kham etc...) qui sont à la source de ces émeutes. L'émeute de 1959, elle, est essentiellement liée à la poursuite de ce désastre économique et à la tentative d'arrestation du Dalaï Lama. Vous qui semblez représenter une étrange frange de la gauche, monsieur Mélanchon, sachez que l'histoire nous montre que le moteur de plupart des émeutes est avant tout la faim. Et dans ce cas, cette faim était le fait de votre charmant Grand Timonier, mais comme il n'était pas Américain, les atrocités que l'Histoire lui impute ne semblent pas vous déranger. Et parmi ces atrocités, je suppose que la mort de plus d'un millions de tibétains dans cette période, ainsi que la condamnation à l'exil de plus de 100000 d'entre-eux, ne vous fait pas davantage sourciller. Et je le répète, je ne partage en rien l'angélisme de la plupart des occidentaux qui ont une vision très déformée de la réalité historique tibétaine, parsemée de violences, d'inégalités et de massacre, comme celle de la plupart des pays de notre planète.

 

Avant d'en venir à la réalité de la vie des tibétains en Chine aujourd'hui, réalité que, comme le reste vous ignorez superbement, je m'attarderai quelques instants (pas davantage) sur votre brillante analyse géopolitique des revendications tibétaines et ses gravissimes conséquences !!!

 

Je vous cite à nouveau : « En ce qui concerne le droit international et la géopolitique, le dossier du Tibet tel que présenté par ses partisans est un facteur de violences, de guerres et de déstabilisation aussi considérable que celui des Balkans. Quel genre de Tibet est défendu ? Le "grand Tibet" incluant des régions comme le Yunnan et le Sichuan, sur les territoires des anciens seigneurs de la terre où sont organisés des troubles en même temps qu’à Lhassa ? Bien sur, aucun de ceux qui s’agitent en ce moment ne se préoccupe de savoir de quoi il retourne à ce propos. Rien n’indique mieux le paternalisme néo colonial ni le racisme sous jacent à l’enthousiasme pro tibétain que l’indifférence à ces questions qui mettent en cause la vie de millions de personnes et des siècles d’histoire et de culture chinoise. »

Vous faites mine d'ignorer les revendications des tibétains et semblez craindre un embrasement de l'Asie sous les coups de boutoir de leur volonté expansionniste ! Il fallait oser l'écrire. « De quoi il en retourne ? » demandez-vous benoîtement. Vous savez très bien que la seule revendication du gouvernement en exil, des tibétains du Territoire autonome et de ceux des provinces chinoises et d'avoir simplement les mêmes droits que les autres habitants, même si ces droits réclamés pour ce qui est du territoire autonome ne concerne qu'une forme de respect des libertés et non l'instauration d'une théocratie, dont la description que vous faites est liée au Tibet du XIXème siècle et des périodes antérieures au 13ème Dalaï Lama. Sachez d'ailleurs qu'en ces époques, 'il ne faisait pas forcément bon vivre en France non plus pour ceux qui n'appartenaient pas à l'élite... Quant aux revendications territoriales, elles ne concernent rien d'autre que l'actuel « Territoire autonome » et ne demandent pas bien plus que le respect du fameux Accord en 17 points évoqué plus haut et proposé par la puissance chinoise.

Voilà pour ce qui est de votre argumentation concernant le Tibet, monsieur Mélanchon. Un tissus de mensonges qui frise le révisionnisme typique des staliniens, bien avant de faire des émules parmi les nostalgiques du IIIème Reich.

 

Ce qui me surprend plus encore, c'est qu'en vantant les bienfaits relativement fictifs de l'invasion chinoise, vous ne faites que justifier toutes les colonisation passées ou présentes, dont l'argument massue a toujours été l'apport des bienfaits de la civilisation. Et là c'est énorme, surtout de votre part, bien que votre redoutable nationalisme y trouve une part de satisfaction. Etes-vous l'un des soutiens inconditionnels de Georges Bush, monsieur Mélanchon ??? Vous savez, ce même Bush qui a justifié l'invasion de l'Irak par la nécessité de faire découvrir la démocratie à ces pauvres manants d'Irakiens, en dehors bien sur des fameuses armes de destruction massive et de liens supposés du régime de Saddam avec Al Qaïda. J'aimerais connaître votre brillant éclairage sur le sujet...

 

Pour conclure ce texte, dont je reconnais qu'il est écrit sous le coup d'une froide mais raisonnée colère, je vais vous parler en quelques lignes de ce que vivent les tibétains en Chine et dans le Territoire Autonome pour ouvrir vos yeux sur le régime dont êtes désormais complice, comme le furent avant vous nombre d'intellectuels qui avaient au moins l'absence de recul historique pour excuse... Ce qui n'est même pas votre cas.

 

Depuis l'invasion du Tibet :

 

1 200 000 de morts.. Il reste aujourd'hui à peine 2 millions de Tibétains au Tibet et 4 millions en Chine, la diaspora étant résiduelle. Pas de quoi mener une grande politique expansionniste, même en cas de retour de l'autonomie, face à plus d'un milliard trois-cents millions de Chinois...

 

Un mouvement colossal de colonisation Han est tout simplement en train de faire disparaître la race tibétaine, les dix dernières années ayant vu la population locale s'étendre à tel point que les chinois sont aujourd'hui majoritaire dans le Territoire Autonome.

 

Les femmes tibétaines sont stérilisées, oui monsieur Mélenchon, stérilisées par ligature des trompes.

 

Ces mêmes femmes, quand elles ne sont pas stérilisés (et même parfois quand elle le sont), sont obligées de se marier à des Hans pour éteindre culture et « race » (mot certes impropre) tibétaine.

 

D'où qu'ils viennent nombre de Tibétains fuient leur territoire au péril de leur vie, quitte à tenter l'impossible passage par l'Hymalaya.

 

Le simple fait de prononcer le nom du Dalaï Lama est susceptible de prison dans les territoires chinois.

 

Partout où ils sont les moines Nagkpas cachent leurs tangkas (peintures traditionnelles) de peur qu'elles soient immédiatement détruites.

J'arrête-là, sachant que la liste des « bienfaits » apportées par le régime Chinois pourrait me prendre la journée...

Voilà Monsieur Mélenchon l'ineptie que vous cautionnez... Voilà ce qu'un responsable politique socialiste, élu de la République Française, trouve à dire dans cette période où pourtant, une gauche responsable et constructive vient tant à manquer à son pays.

Pour conclure, je ne résiste pas au plaisir de citer la définition que donne de vous Jean-François Khan dans son « Abécédaire mal pensant »* : « Jean-Luc Mélenchon : Sénateur socialiste tendance gauche archéoronchonne. Excellent tribun, il a deux problèmes : il croit tout ce qu'il dit et ne s'interdit jamais de dire ce qu'il croit. Un type dangereux ! »

Oui, définitivement, « un type dangereux »

 

* « Abécédaire mal pensant » : Jean-François Khan, éditions Plon 2007

Je conseille particulièrement l'ouvrage suivant à ceux que la question concerne : "L’épopée des Tibétains - Une double histoire en parallèle" de Laurent Deshayes et Frédéric Lenoir (Fayard)

Cet ouvrage a le grand intérêt de toujours présenter en parallèle les points de vue Chinois et Tibétains, tout en demystifiant les fantasmes occidentaux.

05.04.2008

MANIFESTATION SUR LE PASSAGE DE LA FLAMME OLYMPIQUE

1791682295.JPG868770568.jpgLundi, le passage de la flamme olympique sera l’occasion de montrer notre indignation devant les atteintes aux Droits de l’Homme et aux libertés en Chine, ainsi que notre soutien au peuple tibétain. Rendez-vous est donné à 12h30 au pied de la Tour Eiffel, point de départ de la flamme olympique. Reporters sans frontières demandent que les participants soient habillés en noir. Venez nombreux !!!

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