04.04.2008
SARKO VS SUPERDUPONT
LE COMBAT CONTINUE
Il y a quelque chose de pathétique, si ce n'est de pathologique, dans la belle constance avec laquelle notre petit Président s'ingénie (s'ingénue diraient les FARC) à remettre systématiquement en cause tout ce qui peut être associé de près ou de loin à l'héritage collectif Français. Cet acharnement unique dans notre histoire politique risque d'offrir bien plus de place à Nicolas Sarkozy dans les traités de psychanalyse que dans les manuels d'histoire à destination de nos petites têtes « black-blanc-beur » - la blondeur généralement associée à cette expression n'ayant jamais été au nombre de nos caractéristiques nationales et relevant également d'un beau complexe d'infériorité.
Hormis le Tour de France, par ailleurs depuis longtemps livré en patûre à des robots testostéronés made in USA, notre Président ne déteste rien autant que les références à tout ce qui a fait la particularité, la force et la richesse de l'Hexagone. Et il est d'autant plus amusant de voir celui qui a récupéré à son seul avantage le parti initié par la pensée du Général de Gaulle détruire l'un après l'autre les piliers de la doctrine de l'homme du 18 juin 40.
Dernier exemple en date : la volonté affichée de voir la France réintégrer le commandement de l'OTAN au mépris de la longue pratique instaurée par le Général de Gaulle en 1966. Une telle tentation, déjà suggérée avant les présidentielles et confirmée par la nomination de l'atlantiste et accessoire Bernard Kouchner au Ministère des Affaires Etrangères, aurait officiellement et paradoxalement pour but de contribuer à la mise en place d'une véritable politique de Défense Européenne, au prétexte que la majorité des pays de l'UE sont déjà membres de la noble institution et dans la considération qu'une telle concession aux Etats-Unis donnerait plus de latitude aux Européens pour peser en bloc sur les grandes décisions stratégiques. Ben voyons ! Nous avons pu mesurer combien l'Angleterre de Tony Blair et l'Espagne d'Aznar ont compté dans l'orientation de la guerre en Irak et n'osons imaginer quelle aurait été le sort de la France si elle avait été inféodée à l'OTAN au commencement du conflit. Au moment où, sans doute pour se démarquer de son prédécesseur, Gordon Brown himself fait de timides appels du pied en faveur d'une défense plus communautaire, l'initiative de Nicolas Sarkozy paraît tout aussi déplacée que l'était sa danse du ventre estivale devant un Georges Bush usé et désavoué par la majorité de son pays. Autre paradoxe notoire qui rappelle combien, outre la grâce qu'ils supposent, les entrechats peuvent parfois s'apparenter à l'immobilisme et à la soumission, ce même Nicolas Sarkozy a pesé de tout son poids pour retarder l'élargissement de l'OTAN à l'Ukraine et à la Georgie, non pour affirmer son indépendance vis-à-vis de Washington, mais pour rappeler que la France fait également allégeance à Moscou sur certain sujets. Ainsi, d'une Europe censée s'unir pour offrir un contrepoids crédible aux grands blocs que figurent les USA, la Russie et maintenant une Chine devant laquelle nos dirigeants tremblent de toute leur hauteur, notre Président veut faire une sorte de valet dispendieux de son incohérence et de sa flatterie, pourvu que nul ne vienne lui chercher des poux dans la tête. On sait combien cette volonté d'imposer l'amour de soi au travers d'une tortueuse docilité, n'a jamais eu d'autres résultats historiques que de provoquer le mépris et l'ironie de ceux que l'on veut charmer. Et tandis que François Bayrou rappelait justement hier que la vocation de la France est d'être indocile, la preuve est une nouvelle fois apportée que le principal contempteur des valeurs de notre pays est sans doute notre Président lui-même. De ce point de vue, la prochaine présidence française de l'Europe risque d'être assez inquiétante. Quant à l'envoi de quelques 700 soldats supplémentaires en Afghanistan, on peut là aussi se demander, indépendamment de la question de son bien-fondé militaire, s'il ne va pas nous valoir l'ire de ceux, nombreux, qui s'interrogeaient sur le maintien de leur présence dans ce pays. Car là encore, avant de se poser la question de la lutte contre des talibans florissant grâce au trafic de l'opium, il serait peut-être bon de s'interroger sur les liens directs qui subsistent entre le pouvoir de Kharzaï, soutenu par l'OTAN, et ces mêmes trafiquants.
Mais, puisque les américains le souhaitent, Sarko le veut aussi.
Et c'est infiniment logique, même si cela doit faire grincer bien des dents au sein de l'UMP, puisqu'il s'agit de la seule logique qui préside au mandat de Nicolas Sarkozy, à savoir : renier toute les valeurs de la France sur l'autel de la dépendance aux puissants.
Qu'importe si celui qui voulait être le président des droits de l'homme s'assoie déjà en permanence sur ces mêmes droits pour fourguer quelques Airbus aux dictateurs, oubliant au passage que c'est essentiellement nos PME et nos échanges inter-communautaires qui expliquent notre déficit extérieur et méritent d'être soutenus et défendus. Qu'importe si celui qui martèle vouloir rattraper le fameux point supplémentaire de croissance américaine fait mine d'ignorer que cette croissance est due à l'endettement abyssale des ménages US et à une immigration record. Qu'importe si celui qui tape en permanence sur le modèle social français fait peu de cas des près de 50 millions d'américains totalement exclus d'un système de soins prohibitif. Qu'importe si celui qui, justement, défend dans une même phrase le co-développement et la politique d'immigration choisie, typique de la sphère anglo-saxonne, se refuse à expliquer le lien entre l'impossible croissance de certaines zones et le pillage des cerveaux de ces mêmes pays. Qu'importe puisque tout cela nous donne un air américain ! Et le mépris de la notion de culture affiché par notre président, à laquelle il substitue celle de réussite, procède du même phénomène. Et toujours sur le modèle américain, sans doute juge-t-il qu'un bon film est un film qui explose le box office, et qu'une bonne chanson est celle qui, à coup d'indécente promotion, obtient un disque de platine. Mais puisqu'on parle de musique, pourquoi ne pas épouser le modèle américain jusqu'au bout et rappeler que tandis que nos Victoires de la Musique viennent, à l'exception notoire d'Abdel Malick, de couronner sans recul tout ce que notre production nationale issue de la télé réalité ou du népotisme franco-français compte de plus franchouillard et archaïque, cette même cérémonie aux Etats-Unis s'est inclinée devant le génie sans cesse renouvelé du jazzman Herbie Hancock !!!
Au final, sans aller jusqu'à prétendre que Nicolas Sarkozy jouerait le rôle de l'ignoble « Antifrance » dans la fameuse BD de Gottlieb et Lob « Superdupont »*, il y a fort à parier qu'à l'instar des chanteurs yéyés des sixties il aurait, en ce temps-là, opté pour un pseudonyme assez proche de son ami belge Jean-Philippe Smet dit Johnny Halliday...
* Sans doute aujourd'hui incarné par le solitaire souverainiste gaulliste Nicolas SUPERDUPONT-Aignant, qui doit tout de même regretter de ne pouvoir compter le charisme, la modernité et la faconde au nombre de ses super (petits) pouvoirs.
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01.04.2008
FESTIVAL CHORUS
21:01 Publié dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : concert, sire, chorus, 20 ans, tamanoir
24.03.2008
CARNETS DE CHINE II
Avant un volet plus économique et politique (finalement repoussé à l'Episode 4), voici quelques petits rappels de l'histoire contemporaine du Tibet, afin de mieux comprendre les évènements actuels
Ce texte réactualisé fait partie du dossier que Jay Sroussi (surtout) et moi-même avons préparé juste après notre retour en 2006.
Le prochain épisode sera consacré à la télé des tibétains (à l'extérieur et à l'intérieur de la Province Autonome)
Épisode II : Tibet, rappels historiques
Suivant qu’ils sont occidentaux ou chinois, les historiens ne relatent pas l’histoire du Tibet moderne de la même manière ; c’est pourquoi nous présentons ici les deux points de vue communément admis, le point de vue des ressortissants de la République Populaire de Chine et celui de l’Occident et des tibétains eux-mêmes.
Thèses chinoises :
Au cours de l'Histoire, le Tibet et l'empire chinois ont toujours eu des liens forts, par exemple la fonction de premier Grand Lama (futur Dalaï Lama) a été instaurée par l'empereur de Chine mongol Kubilai Khan.
Avant 1959, le Tibet était une théocratie féodale, dirigée par les grands propriétaires terriens et les prêtres. La majorité de la population rurale avait un statut de serfs ou de paysans, avec une minorité d'esclaves.
De 1840à 1949, les guerres avec les pays colonisateurs et la guerre civile ont bouleversé la Chine entière. Les provinces contrôlées par l'étranger se faisaient la guerre, et le Tibet a cédé aux colons britanniques. Mao et le PCC ont libéré le pays des étrangers. Le Dalaï Lama actuel est le symbole de cette aristocratie qui a cédé face à l'envahisseur, une honte nationale.
À partir de 1966 et jusqu'à sa mort, Mao a lancé dans toute la Chine la révolution culturelle et ainsi, tout ce qui était d’ordre culturel (édifices religieux, livres, ...) a été détruit, notamment nombre de temples bouddhistes au Tibet.
Aujourd'hui, avec les grands travaux au Qinghaï et à l'approche des JO, le gouvernement central prétend vouloir permettre au Tibet un nouvel essor, marqué par un développement des réseaux de transport et un désenclavement de la région ainsi que par l'adoption de nouveaux vecteurs de communication.
Thèses occidentale et tibétaine :
En 1949, l'Armée Populaire de Libération occupa le Tibet, juste après la chute du gouvernement nationaliste. Le Tibet redevient une province de la Chine, officiellement gouvernée par le Dalaï-lama et le Panchen-lama. Le pouvoir central chinois s'occupe de la défense, des affaires étrangères, des finances et de l'éducation.
L’occupation du Tibet et le durcissement de la politique Chinoise, incita le peuple tibétain à se soulever à plusieurs reprises. Le soulèvement de mars 1959fut férocement réprimé par les communistes chinois, qui s'acharnèrent particulièrement contre les moines bouddhistes. Les émeutes actuelles se déroulent dans le cadre du 50ème anniversaire de ce soulèvement, mais aussi dans la proximité des JO de Pékin.
Après la défaite de la révolte des Tibétains, le 17 mars 1959, le Dalaï-Lama, dont la vie était menacée, se décida à s'enfuir vers l'Himalaya, en compagnie de milliers de moines. Depuis, il réside à Dharamsala (Inde) où l'ont rejoint plus de 100 000 fidèles. Des résistants — les Khampas, originaires de la région du Kham — réfugiés dans les montagnes népalaises et soutenus par l'Inde et les États-Unis (dans une stratégie d'endiguement du communisme), mènent une lutte armée contre les Chinois. Au Tibet, le Panchen-lama dirige le gouvernement, avant d'être destitué en 1965.
Les Chinois engagent en 1961 la collectivisation de l'économie tibétaine. Mao fait construire des routes et des écoles mais la scolarisation est faite en langue chinoise, l'usage du tibétain n'étant toléré que dans le cadre de la famille. Des dizaines de milliers de femmes tibétaines sont contraintes par la force à épouser des colons chinois, des milliers d'autres ont été envoyées dans les bordels militaires de l'armée chinoise.
Le 9 mars 1961, le Dalaï Lama lance un appel aux Nations unies en faveur d'une restauration de l'indépendance du Tibet.
En 1966, la Révolution culturellese traduit par un durcissement de la répression anti-bouddhiste et de nombreux vestiges du passé et de l'influence religieuse sur les tibétains sont détruits par les Gardes Rouges. On estime à un million de morts tibétains, (soit un sixième de la population) le bilan de la répression maoïste. D'autre part, depuis 1989, la Chine utilise le Tibet pour entreposer ses déchets nucléaires. En mars 1989, la loi martiale est décrétée par le secrétaire provincial du Parti communiste Hu Jintao, devenu leader de l'ensemble du pays. Depuis la colonisation s'est amplifiée considérablement, Lhassa étant très majoritairement peuplé de Han, et la natalité extraordinairement contrôlée. Les femmes tibétaines sont stérilisées ou soumises à des mariages mixtes afin d'éteindre leur race. Le développement des transports férroviaires et routier a tendance à supprimer la frontière séparant la Chine du Tibet et le passage par Lhassa de la flamme olympique est censé marquer la fin de la spécificité de la région autonome. Les tibétains quant à eux sont, à l'image des indiens d'Amérique, considérés comme des curiosités touristiques, seule leur médecine étant préservée, tant elle est prisée par les Chinois...
Où vit aujourd’hui le peuple tibétain ?
Depuis quelques décennies maintenant, le peuple tibétain ne vit plus exclusivement sur le territoire du Tibet historique ( cf. la carte ci-après)
Il existe aujourd’hui, le Tibet chinois (Région Autonome du Tibet), officialisé en 1965. Il ne représente que la moitié de la superficie du Tibet historique et seulement 1/3 de la population tibétophone ( environ 2 millions sur 6 ). C’est le seul Tibet reconnu par les Chinois qui ont purement et simplement annexé d’autres régions comme l’Amdo et le Kham oriental, intégrés aux provinces chinoises du Qinghai, du Gansu, du Sichuan et du Yunnan.
S’y ajoute un " troisième Tibet ", celui de la diaspora des réfugiés (135 000), principalement installés en Inde et au Népal, où ils s’efforcent de perpétuer la civilisation et les institutions tibétaines autour du Dalaï Lama et du gouvernement en exil, installés à Dharamsala (en Inde).
Actuellement, le peuple tibétain se répartit donc de la manière suivante :
Chine : Tibet Autonome : 2 millions
Autres provinces : 4 millions
Inde (Dharamsala) : 100 000 réfugiés
Népal et Bhoutan : 16 500 réfugiés
États-Unis et Canada : 7 000 réfugiés
Europe (Suisse, GB et France) : 2 480 réfugiés
Taiwan, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande : 1 280 réfugiés
La présente carte montre l'ensemble que constituait le Tibet historique et l'occupation chinoise. Aujourd'hui, seule la Région Autonome du Tibet est considérée comme appartenant à la province, les autres parties étant chinoises. On constate donc qu'en réalité, "le vrai" Tibet représente près de la moitié de l'ensemble du territoire chinois.
(Cliquer sur la carte pour l'agrandir)
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