Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

01/10/2012

LA TRIBUNE WUYILU SUR LE BLOG OFFICIEL GAUCHE POPULAIRE

Retrouvez la version - courte - Tribune du texte :

La Gauche Populaire : la République, rien que la République

sur le blog de la Gauche populaire et dans Rue89 A LIRE ICI


RUE 89 2.jpg

16:15 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

29/09/2012

LA GAUCHE POPULAIRE : LA REPUBLIQUE, RIEN QUE LA REPUBLIQUE

 gauche populaire, PS, libération, bourmeau, demorand, françois hollande, jean-marc ayrault, front de gauche, nicolas sarkozy, ump, jonathan bouchet-petersen, laurent bouvet, gaël brustier, philippe guibert, libéralisme, drroit de vote des étrangers, mariage pour tous, immigration, insécurité culturelle, république, europe, nation, france, wuyilu

Une fois de plus, l'édition du jour de Libération se focalise de manière honteusement biaisée sur la Gauche Populaire, à travers une « enquête », titrée « La Gauche Populaire à la conquête des « petits Blancs » des pavillons » ! Sous la plume de Jonathan Bouchet-Petersen, on découvre un collectif en lequel aucun de ses membres ne peut se reconnaître et qui défend des notions et un vocabulaire qui n'est pas le sien. Plutôt que de reprendre ce texte mot par mot et d'en contester l'orientation, nous tenons à rappeler quelques éléments d'analyse et opinions déjà exprimés ici, concernant la situation du pays, la tragique évolution de la gauche et la nécessité, telle que l'exprime réellement la Gauche Populaire, de revenir aux fondements de la République, aux antipodes de toute connivence avec de quelconques extrêmes ou l'étonnant social-libéralisme qui nous est attribué par Libération.

gauche populaire, PS, libération, bourmeau, demorand, françois hollande, jean-marc ayrault, front de gauche, nicolas sarkozy, ump, jonathan bouchet-petersen, laurent bouvet, gaël brustier, philippe guibert, libéralisme, drroit de vote des étrangers, mariage pour tous, immigration, insécurité culturelle, république, europe, nation, france, wuyiluComme prévu, empêtré dans les mailles du TSCG et des arbitrages budgétaires pour réduire la dette, François Hollande patine depuis quelques mois à mettre en place une politique de gauche se démarquant du précédent quinquennat autrement que par un saupoudrage de débats sociétaux (parfois utiles et justes, mais ne pouvant constituer l'alpha et l'omega de la politique en période de crise économique et sociale aigu). Jean-Marc Ayrault a beau se positionner dignement dans une optique républicaine et décliner le mot justice à toutes les sauces, la politique suivie par son gouvernement marche peu ou proue dans les pas de celle menée par François Fillon et continue d'exclure de son champ d'analyse et de préoccupation une part considérable de nos concitoyens. Il faut dire que l'élection présidentielle et son débat de caniveau, comme les législatives, hantées par le spectre de la présence du FN au sein de triangulaires, ont dessiné une fausse image clivante et ternaire de la population, propre à poursuivre l'entreprise de division nationale ayant marqué le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Cette image est depuis relayée par les identitaires de droite comme de gauche, les procureur de Libération figurant au nombre des seconds.

Selon ces derniers, la France serait aujourd'hui plus ou moins coupée en trois, et ce serait bien ainsi, chacun pouvant s'enfermer dans l'entre soi, mépriser et stigmatiser les autres. A l'heure où chacun sait la nécessité d'un rassemblement républicain, de la célébration de la République une et indivisible, on s'évertue à nous saucissonner le peuple en mode ternaire. Il y aurait donc d'une côté un tiers de ploucs brutaux et xénophobes (dont la stupidité insondable et l'incapacité à mesurer leur bonheur légitimerait au passage le gouvernement des élites), de l'autre un tiers de conservateurs irréductibles et enfin un tiers de belles âmes ralliant un agrégat de minorités constituées en groupes de pression et d'élites éclairées, à même d'orienter la politique, quitte à laisser les deux tiers des citoyens sur le carreau.

Quand la Gauche Populaire met le doigt sur l'abandon par la gauche des classes populaires et de citoyens, de plus en plus nombreux, poussés vers le péri-urbain ou abandonnés dans des déserts ruraux ne demandant qu'à renaître, nos contempteurs, qui s'inquiètent peu de l'emprise du néo-libéralisme dans la société, voient, au nom de leur conception identitaire et racialiste, la défense forcenée d'une France de « petits blancs » beauf et xénophobes, larguée et ne représentant plus rien de légitime. Or, outre que ce tiers de Français, dont les origines sont souvent bien plus diverses que l'image qui en est renvoyée, n'est pas le seul bénéficiaire du regard politique de la Gauche Populaire, le seul fait d'en faire les mohicans d'une génération perdue à jamais et offerte ad vitam eternam au moloch du FN, témoigne affreusement de la responsabilité d'une certaine gauche dans la balkanisation du pays. Là où les uns cherchent au contraire à mettre en avant le commun pour refermer cette fameuse « fracture sociale » repérée au début des années 90 par Emmanuel Todd et préemptée par Jacques Chirac, les autres continuent, dans la ligne tracée par Nicolas Sarkozy, à trier le bon grain de l'ivraie parmi les citoyens et à servir des clientèles électorales, plutôt que les citoyens.

L'idée selon laquelle la sociologie du pays aurait, comme par enchantement, changé du tout au tout en 40 ans, faisant de la France de 1974 un pays où seuls 0,75% des citoyens étaient xénophobes et de celle d'aujourd'hui un repère putride de fascistes intrinsèques, regroupés de leur plein gré et par altérophobie naturelle dans des ensembles pavillonnaires ou de vieux villages moisis, a de quoi interroger. Quand plus personne ne se préoccupe de la discrimination sociale, territoriale et culturelle (qui touche les deux sexes et toutes les origines) et que les seules considérations qui éveillent l'attention sont du ressort de la revendication catégorielle, liées au mœurs ou à un versant ethnique (qui parle de blanc comme de noirs ou de maghrébins etc...), c'est déjà que la République est ébranlée dans ses fondements. Il en est de même quand les uns se renvoient leur racisme respectif, qu'il soit anti-blanc ou anti-noirs. Le racisme existe chez toutes les populations et aucune distinction ne peut être faite dans sa dénonciation, qui doit par ailleurs être cause républicaine, à moins, une fois de plus d'épouser une conception identitaire et / ou racialiste.

CATACLYSMIQUE MODELE "ZAPATERISTE"

Dénoncer les hypothèses et signaux d'alarme lancés par la Gauche Populaire présente surtout l'avantage pour une certaine frange du PS, inspirée du cataclysmique modèle zapatériste, de se dédouaner de sa responsabilité dans la situation de le France et de l'Europe, voire d'ignorer la dite situation qui jette des pans entiers de la population dans les bras de partis extrémistes qui n'en demandaient pas tant. Or cette responsabilité, également partagée par la droite dite républicaine, ne cesse de progresser depuis la fin des années 80, en dépit des insupportables sermons, main sur le cœur, des leaders politiques sur le mode « nous avons entendu le message des électeurs ». De chaque bord, les raisons en sont pourtant connues. A droite, trahison des thèmes auxquels une partie du peuple est sensible et constante tentative de division des citoyens. A gauche, négation suicidaire de préoccupations légitimes - oui légitimes – d'une part croissante de l'électorat, à savoir : la place de la France dans la mondialisation et dans le cadre européen, l'insécurité réelle, culturelle et économique, l'ensemble de ces facteurs inter-agissant les uns avec les autres.

Sur tous ces sujets la droite n'a cessé de jeter de l'huile sur le feu sous la houlette de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et leurs séides de la Droite Populaire (chargée de jeter un pont dans l'optique d'une alliance avec le FN), s'emparant des sujets de manière incohérente et divisant la population en autant de groupes antagonistes qu'il existe de thèmes. Pendant ce temps là, le PS s'est emmuré dans un caveau de fausses valeurs et de bons sentiments tournant le dos au réel, dans une approche de revendications catégorielles légitimant les intérêts particuliers au détriment de l'intérêt collectif. D'un côté des groupes sociaux antagonistes, de l'autre des groupes sociaux égoïstes : il n'en faut pas davantage pour briser le pacte républicain et l'idée de dessein collectif.

De son côté, alors que l'extrême gauche se cramponne à un ouvrièrisme fantasmé, le FN accélère sa dé-diabolisation en accaparant les thèmes républicains (tout en les plongeant dans une sauce indigeste et nauséabonde), transformant le vote en sa faveur d'une démarche de protestation à une démarche d'adhésion. Pourtant, si l'électorat du FN a réellement changé dans ses composantes (ce qui n'empêche pas la frange authentiquement fasciste et xénophobe d'y figurer toujours en bonne place), le parti, lui, tant dans son fonctionnement que dans le socle idéologique de ses dirigeants est très authentiquement d'extrême droite. Quant aux solutions qu'il propose, elle sont économiquement surréalistes, socialement iniques, humainement dévastatrices et philosophiquement tragiques. Mais comment reprocher à son nouvel électorat, souvent issu de la gauche, d'épouser ce vote, alors que le PS s'est abstenu depuis trente ans de prendre en considération ses peurs, autant que ses véritables souffrances et ses colères légitimes nées de sa précarisation et de son insécurité - certes parfois fantasmée et nourrie à des médias idéologues et jetant de l'huile sur le feu ? Certainement pas en s'enfermant dans une tour d'ivoire moraliste qui creuse le fameux fossé entre les élites d'une bourgeoisie urbaine éclairée et le peuple.

AUX FONDEMENTS DE LA REPUBLIQUE

Aux fondements de la République il y a la communauté unique, en opposition au communautarisme, et le bien commun, en opposition à l'intérêt particulier ou catégoriel. Ces notions qui, ainsi exprimées englobent une laïcité, mise à mal activement par Nicolas Sarkozy, lascivement par le PS de ces dernières décennies, sont fondamentalement de gauche.

Elles supposent une égale justice et une égale sécurité pour tous, une égale répartition des droits et des devoirs pour tous, sans distinction de sexe ou d'origine, en opposition frontale à une justice qui favorise des puissants pouvant se soustraire à toute exemplarité et des catégories pouvant se soustraire à l'état de droit au prétexte de l'appartenance à une minorité – notion qui devrait être absorbée par la citoyenneté.

Elles supposent que soit offerte la même protection et attention à tous, non pas en tant que membre de telle ou telle catégorie, mais en tant que membre de la communauté nationale, punissant d'une humeur égale toute atteinte à l'individu sur une base distinctive, autant que toute atteinte à la société par l'individu au prétexte de cette même base.

Elles supposent une distinction effective entre les nationaux, quelle que soit leur origine, et ceux qui ne le sont pas, pour peu que la loi ne conduisent pas à des situations totalement ubuesques de familles éparpillées entre différentes nationalités ou de citoyens dans l'incapacité de renouveler leurs papiers au prétexte d'être nés de parents français vivant alors à l'étranger. Sur cette question qui englobe le débat sur le vote des étrangers, cohabitent plusieurs conceptions au sein même de la Gauche Populaire, aucune n'étant alimentée par la question «ethnique ». Il y a ceux qui défendent ce droit de vote à condition de l'étendre à toutes les élections locales, et non aux seules municipales, et ceux qui, indéfectiblement attachés au lien entre citoyenneté et nationalité et craignant la démagogie et le communautarisme, préfèreraient voir assouplies les conditions d'accession à la nationalité. Il est d'ailleurs à noter que ce lien entre citoyenneté et nationalité a déjà été largement écorné par le droit de vote accordé localement aux ressortissants européens.

Elles supposent une protection sans aucune faille des citoyens étrangers présents sur notre sol, autant qu'une attention toute particulière à leur devoir au regard du pays qui les accueille. Elles supposent de fait une sévérité sans faille contre toute discrimination et particulièrement celles pouvant provenir de dépositaires de l'autorité publique, mais également à l'égard des ressortissants étrangers cherchant à se victimiser au prétexte de leurs origines pour se dédouaner de leurs turpitudes.

Elles supposent une égalité de tous devant le service public et la préservation de celui-ci quelque soit la nature du territoire où il se déploie et plus largement l'affirmation impérieuse du rôle et des missions de l'État. Et particulièrement, elle supposent un égal accès de tous dans des conditions dignes et décentes à l'éducation, à la santé, à la sécurité, à la culture, dans les zones rurales, comme dans les zones urbaines ou périphériques.

Elles supposent une taxation juste, proportionnelle et progressive des revenus quelle que soit leur nature et quelle que soit celle du contribuable qui en dispose.

Elles supposent une lutte sans merci de l'État contre tous les intérêts particuliers, catégoriels et financiers qui viendraient à porter atteinte à l'exercice de ses missions régaliennes et protectrices.

Elles supposent l'assurance de la liberté de culte autant que l'exercice paisible de celui-ci, dans des conditions ne venant porter aucune atteinte à la paix intérieure autant qu'au principe intangible de laïcité.

Elle suppose la reconnaissance de droits équivalents aux individus, quelle que soit leur sexualité, et leur égal accès au bénéfice des avantages de la loi concernant l'union civile. Les questions périphériques et complexes, concernant l'adoption et l'accueil d'un enfant dans le cadre du couple méritent quand à elles un débat apaisé, ne pouvant être hâtivement tranché, ni se substituer au règlement des questions économiques et sociales.

Ni État providence distribuant ses indulgences au gré des revendications catégorielles, ni État déliquescent abandonnant ses prérogatives à des intérêts privés ou dénonçant à la vindicte populaire telle ou telle partie de la représentation nationale, de ses corps et des citoyens... C'est cela la République autant que le grand dessein national, et ce sont des valeurs que doit porter la gauche dans son œuvre de rassemblement.

CETTE BELLE IDEE DE GAUCHE QUI SE NOMME LA REPUBLIQUE

C'est en grand partie à cela que tend la Gauche Populaire. Et ce ne sont pas seulement quelques intellectuels et élus qui en portent le message au sein d'un « groupuscule sulfureux », comme le voudrait Libération. Ce sont des centaines de citoyens qui ont déjà rejoints ou soutiennent le collectif et partagent cette volonté de voir appliquée une politique de gauche menée dans la préoccupation du bien commun et le cadre intangible de la République. Il y a parmi eux certes des élus et des intellectuels, proches ou en marge du parti Socialiste, qui sont les médiateurs éclairés de cette aspiration, mais aussi nombre de citoyens, sans étiquette partisane ni plastron universitaire. Des hommes et des femmes de toute origine qui regardent la France, l'Europe et le monde avec des yeux inquiets et ne veulent pas voir leur pays basculer soit dans le combat identitaire, soit dans les bras des extrêmes, soit dans une dictature néo-libérale. Des hommes et des femmes qui témoignent plus que tout de leur attachement à cette belle idée de gauche dont la source est le peuple et qui se nomme la République... rien que la République...

 

19/09/2012

ENTRETIEN AVEC ALEXIS CORBIERE : EPISODE 2

Aujourd'hui, sur le blog Wuyilu, la seconde partie de l'entretien avec le Secrétaire National du Parti de Gauche, Alexis Corbière, dont le premier épisode a été publié dans RAGEMAG, le 13 septembre dernier. Nous avions laissé l'auteur de « Robespierre. Reviens ! » alors qu'il nous parlait du Front National ainsi que de la situation politique en Amérique du Sud et en Europe. Les propos retranscrits ici, reviennent notamment sur la question du parti de la famille Le Pen et la stratégie de Jean-Luc Mélenchon, lors des dernières législatives.

 

alexis corbière,front de gauche,jean-luc mélenchon,pg,raquel garrido,argentine,ayrault,chavez,chili,etats-unis,europe,fdg,gauche,grèce,hollande,jiben,papaendreou,parti de gauche,parti socialiste,pasok,ps,robespierre,usa,venezuela,wuyilu


Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault est aux manettes depuis près de cinq mois et le Front de Gauche se montre particulièrement critique à son endroit. Même si vous avez pu créer un groupe parlementaire, ne craignez vous pas de ne pouvoir faire vraiment entendre votre voix dans le débat, d'autant qu'aucun des poids lourds du PG (à part Marc Dolez), ni vous, ni Jean-Luc Mélenchon, ni Martine Billard ne sont à l'Assemblée ?

Je vous remercie de me faire remarquer que je n'ai pas été élu... Mais oui, je reconnais qu'il est difficile de peser. Maintenant, nous pensons que si la voix institutionnelle est très importante et indispensable, il y a d'autres moyens et d'autres voies pour s'exprimer en politique. Cela-dit, on assiste quand même à un véritable déni de démocratie. Il est quand même incroyable qu'un parti ayant réuni 10% des voix à l'election présidentielle ait une représentation aussi faible à l'Assemblée Nationale.

 

Vous dites cela, mais c'est aussi valable pour le FN ?

Bien sur que c'es aussit valable pour le Front National. Je suis de gauche, mais je le dis aussi pour le FN, comme pour le parti de François Bayrou qui a fait 9% à la présidentielle et se voit crédité de 2 députés. C'est incroyable : 40% de l'électorat n'est pas représenté ! Il faut voir ce que cela signifie. On a une assemblée qui n'est pas à l'image de la France et de son électorat. Et je peux dire que ça joue aussi sur l'abstention et fait à terme le jeu de l'extrème droite.

 

Vous dites « une assemblée qui n'est pas à l'image de la France » : Sur 577 députés, on compte seulement 10 agriculteurs et 6 employés. Aucun ouvrier, presque qu'aucun représentant de l'entreprise privée. N'est-ce pas plus grave pour la démocratie que la question de la représentaiton des femmes ou de la « diversité » ?

Sur 577 députés, seulement 10 agriculteurs et 6 employés.... La réponse est dans la question. Bien sur que la reproduction du corps social des élites est une réalité et que, par exemple la représentation du secteur privé, des employés, des ouvriers est un vrai problème. Mais il ne se substitue pas à la question des femmes et de la diversité. Il s'y ajoute. Je sais la chance que j'ai d'être enseignant pour pouvoir conduire une activité politique, je ne m'en cache pas. Je viens d'un milieu modeste et je suis sensible à cette question. Ne nous mentons pas, aujourd'hui, pour un ouvrier, un employé, un syndicaliste, en dehors de la question des moyens, il peut être nuisible de s'engager en politique. On peut exercer facilement un chantage sur son poste, en fonction de son orientation. C'est une réalité. Mais là aussi, au Front de Gauche nous sommes les seuls à nous soucier de cette question et à faire monter des gens de toutes origines sociales et professionnelles.

 "Au Front de Gauche, nous sommes les seuls à faire monter des gens de toutes origines sociales et professionnelles."

Droit de vote des étrangers, abolition de la prostitution... Ne croyez-vous pas que le gouvernement s'engage sur le sociétal, faute de pouvoir répondre aux problèmes sociaux ?

Oui et non. Les sujets sociétaux sont importants et il appartient à la gauche de les faire progresser, c'est toujours elle qui l'a fait, mais, oui, il faut avant tout régler la question sociale. Quand le salaire médian en France est de 1400 euros, que les gens consacrent 40% de leurs revenus au logement, que les emplois sont menacés, c'est cela qu'il faut traiter en priorité. Et c'est le rôle de la gauche. Après les questions de société dépassent les clivages gauche-droite, la prostitution, la parité, la diversité etc... Se sont des questions fondamentales, mais encore une fois se positionner principalement là-dessus, sans donner la priorité au social, n'est pas l'orientation que doit prendre une politique de gauche. Maintenant, il est aussi fondamental d'avoir une société qui soit, en politique, comme dans les différentes institutions et organismes qui comptent, à l'image de la France. Et celle-ci est le fait de nombreux mouvements d'immigration qui traversent son histoire. Après on a vu comment, un politicien habile de droite, a su instrumentaliser la question il y a 5 ans.

 

Petit retour en arrière, sachant que toutes ces questions ont été au coeur de l'élection législative dont Jean-Luc Mélenchon fut un acteur majeur et malheureux. Après coup, comment analysez-vous sa stratégie à Hénin-Beaumont ? 

Je pense qu'il était utile qu'il se présente et que sans cela Marine Le Pen aurait été élue. Disons les choses clairement Jean-Luc Mélenchon améliore son score de la présidentielle, de 14 à 21%, soit 1000 voix de plus, tandis que le candidat socialiste en perd 8000 par rapport à François Hollande.

 

Il se serait donc sacrifié pour empêcher l'élection de Marine Le Pen ?

Non, Jean-Luc Mélenchon comme nous tous, quand il se présente c'est pour l'emalexis corbière,front de gauche,jean-luc mélenchon,pg,raquel garrido,argentine,ayrault,chavez,chili,etats-unis,europe,fdg,gauche,grèce,hollande,jiben,papaendreou,parti de gauche,parti socialiste,pasok,ps,robespierre,usa,venezuela,wuyiluporter. Ca restait jouable et ça s'est joué à 2% près. Le coup n'est pas passé loin pour être en tête de la gauche au 1er tour. Après ça a été insuffisant pour plusieurs raisons, notamment parce que le PS s'est donné les moyens d'empêcher la progression du Front de Gauche en envoyant deux fois sa 1ère secrétaire, Martine Aubry, une fois Jean-Marc Ayrault comme 1er ministre, ce qui est assez exceptionnel. Et je note avec une certaine amertume qu'au second tour, alors qu'il était encore important de s'opposer à Marine le Pen, aucune des grandes personnalités du PS n'a jugé bon de venir. Contrairement à Jean-Luc Mélenchon qui, même s'il est arrivé derrière le candidat socialiste, est resté mobilisé jusu'au bout. Mais évidemment notre but initial n'était pas de faire élire Philippe Kemel.

Nous pensions que cela devait être un moment de clarification politique, dans une circonscrition particulièrement sinistrée, où quarante entreprises ont fermé ces dix dernières années, où le chômage de masse et significatif, où l'accès aux soins, à l'éducation comme à la culture sont très réduits, le tout dans un contexte où le PS est empétré dans un clientélisme et des problèmes de justice qui créent une caisse de résonnance au discours du Front national. La clarification c'était de porter l'idée que dans une situation de crise, il fallait apporter des réponses sociales comme le partage des richesses, type de réponse que Marine Le Pen n'apportait pas, puisqu'elle faisait porter la seule responsabilité de cette crise aux étrangers. Cette campagne avec des tracts anonyme (sept) a créé une confusion, une angoisse, beaucoup de gens ne comprenant plus quels étaient les enjeux de cette élection. Au final on a fortement progressé, mais il nous a manqué encore quelques voix pour être devant les socialistes. Ce qu'on a peut être surestimé c'est la possibilité de donner à la campagne plus de clarté politique. Il n'empêche que le combat était juste.

 

Certaines analyses a postériori dénoncent une stratégie qui n'a pas su prendre auprès des ouvriers, notamment au regard de votre discours sur l'immigration.

Je ne peux pas reprendre cette analyse défendue notamment par Laurent Joffrin et d'autres « grands » éditorialistes, selon lesquels la campagne de JLM était trop « anti-raciste » et trop en défense d'une ligne de solidarité entre tous les travailleurs du pays et disant qu'il n'y a aucune raison de se diviser entre les travailleurs quelle que soit leur origine. Il est stupide de faire porter la responsabilité du chômage de masse et de la fermeture d'entreprises aux travailleurs étrangers qui sont sur le territoire national, qu'ils soient ou non en situation régulière, comme l'a fait Marine le Pen. Nous avons dit que la solution était dans le partage des richesses, pas chez les étrangers. C'est un discours républicain dont nous étions les seuls porteurs.

 

Tel que vous l'exprimez ainsi, oui. Est-ce que cela a toujours été le cas de Jean-Luc Mélenchon ?

Il ne faut pas se contenter de reprendre les bouts de phrases sectionnés par Marine le Pen ou les médias. Relisez le grand discours de Marseille de Mélenchon. Ce discours c'est « faire France de tout bois ». Nous sommes des farouches défenseurs de la laïcité. Il est hors de question d'avoir une vision communautaire ou communautariste de la France. C'est tout l'inverse. Nous pensons que l'histoire de ce pays s'est créé à travers des vagues d'immigration. A Hénin Beaumont, il y a eu une trentaine de nationalité différente qui, à travers le vingtième siècle on fait l'histoire de ce pays : des Polonais, des Belges, des Italiens.. Et il faut dire les choses clairement, il y a aujourd'hui en proportion moins d'étrangers en France qu'il y en avait dans les années 30 et 50. Il ne faut pas fantasmer. Le vrai problème est un problème de pauvreté. Le fait que des gens sont soumis à des conditions sociales extrémement difficile, enfermés et assignés à résidences, des problèmes d'acculturation sociale, de misère etc... C'est cette question sociale qui doit être réglée. Si on ne voit que les résultats des conditions sociales face auxquelles les gens sont conduits ont en arrive à apporter des réponses erronées. Ce n'est pas l'immigration qui a fait fermer 40 entreprises à Hénin Beaumont. Que les médias arrêtent leurs raccourcis.

« Faire France de tout bois »

D'une certaine façon vous sous-entendez que la manière dont est structuré le processus électoral, qui est censé être le marqueur principal de la démocratie, est ce qui fait prospérer le Front National et, par là même porte atteinte à cette démocratie ?

J'en ai peur. Effectivement, nous constatons que les élections sont le moment où l'on voit apparaître des forces très marginales dans la société. Je ne peux pas m'empêcher de rappeler que lorsqu'il y devait y avoir un débat important, par exemple celui sur le Mécanisme Européen de Stabilité, que nous avons porté durant la campagne, par exemple avec des meetings spécifiques de Jean-Luc Mélenchon et de Pierre Laurent, le débat médiatique s'est embarqué sur le hallal et les cantines scolaires. J'ai la faiblesse de penser que pour notre quotidien, pour notre nation, pour les choix qui doivent être faits, il est plus important que nos concitoyens soient éclairés sur le MES que sur la viande hallal. Et là, on voit bien comment le jeu médiatique permet de dériver sur des débats secondaires pour éviter les confrontations d'importance et fait monter l'extrême droite.

 

Mais l'extrême droite n'a aucune responsabilité dans le jeu médiatique ?

D'accord, mais l'extrême droite est pour moi l'incarnation de la « bêtise du système ». C'est un doberman que le « système » sort régulièrement pour dire : « regardez, si vous critiquez l'Europe, vous n'allez quand même pas lui ressembler à elle ?  (Marine, ndlr) » et qui permet de faire rentrer à la niche tous ceux qui voudraient s'éloigner du chenil. Après, je reconnais aussi que, dans un moment de dislocation des nations et de toute forme de protection sous les coups conjugués du libéralisme et d'une certaine gauche, l'extrême droite peut rencontrer un écho particulier parce qu'elle semble être la seule à vouloir des protections liées aux nationaux. Ce ne sont donc pas que les médias qui alimentent l'extrême droite... Mais on voit bien que sans le jeu médiatique elle a du mal à exister, parce que ce n'est pas une force réelle inscrite dans la société avec des relais associatifs et politiques assez forts... Il n'empêche que ça peut le devenir demain et là, attention...

 

Pour conclure sur le FN, ne croyez-vous pas que sa nouvelle approche marque finalement la victoire a posteriori de Bruno Megret sur Jean-Marie Le Pen ?

Oui. En réalité, le FN de Jean-Marie Le Pen était presque une anomalie au regard de l'histoire de l'extrème droite française. Il réunissait davantage les vaincus de toutes les causes, les nationalistes ultra-libéraux, les catholiques intégristes, sans avoir ni de dimension sociale et sans vraiment lutter pour la conqûête du pouvoir. Finalement, Marine Le Pen ramène le FN vers les fondamentaux de cette extrême droite, lancée dans une vraie conquête du pouvoir et considérant la question sociale, même s'il elle ne traite pas vraiment. C'est en cela que je dis qu'il s'agit d'un parti qui se rapproche du fascisme et que c'est effectivement une victoire de Bruno Megret qui avait intégré tout ça. Après il faut aussi considérer la dimension familiale qui est très particulière dans ce mouvement qui coupe facilement les têtes.

 

Vous parlez beaucoup des dangers de l'extrême droite et prônez « d'autres politiques », particulièrement au regard des orientations du gouvernement et de la sociale-démocratie, mais ces « autres politiques » peuvent également créer les conditions du désastre, fussent-elle de gauche... (reprise d'élements de la 1ère ITW, ndlr)

La gauche a une longue histoire pleine de victoires et aussi des défaites... Les espoirs de la Révolution d'Octobre qui se transforment en un cauchemar stalinien est un problème que la famille politique dont je fais partie regarde en face et analyse depuis de nombreuses années. Les communistes ont été très clairs sur tout cela. Mais, les socialistes font-ils de même ? Comment expliquent-ils que les mouvements socialistes se transforment en une espèce de social-démocratie pépère qui gère le libéralisme, incapable de faire face à la brutalité du système, comme en Europe. Quand même, quoi ! En Grèce, c'est le Président de l'Internationale Socialiste, Papandreou, qui s'était d'ailleurs fait élire sur une ligne relativement à gauche, qui est devenu le principal bras d'application de la politique d'austérité du FMI.

alexis corbière,front de gauche,jean-luc mélenchon,pg,raquel garrido,argentine,ayrault,chavez,chili,etats-unis,europe,fdg,gauche,grèce,hollande,jiben,papaendreou,parti de gauche,parti socialiste,pasok,ps,robespierre,usa,venezuela,wuyiluMais, il y a pire. Ceux qui critiquent Hugo Chavez sans raison, ne rappellent pas qu'avant son élection à Caracas le 27 février 1989, lors du « Caracazo », il y a eu des manifestations réprimées par un gouvernement social démocrate, d’un dénommé Carlos Andrés Pérez, qui a fait tirer sur la foule, faisant 279 morts officiellement, et beaucoup plus selon de nombreux témoignages. Cette faillite intellectuelle et morale des socialistes dans le monde est très grave.

 

Et Cuba, avec laquelle Jean-Luc Mélenchon semble si indulgent ?

Dans le rapport de force mondial que nous vivons, Cuba est un point de résistance à l’ultra libéralisme très important pour toute la gauche latino-américaine et même mondiale. Bien sûr, le modèle cubain n’est pas le modèle du Front de Gauche. Mais que personne n’oublie la proximité de cette petite île avec la Floride, et donc le géant Etats-Unis, et les conséquences que cela signifie pour sa sécurité. Nous ne participerons jamais au concert de ceux qui tapent sur Cuba. Un exemple, moi, je suis personnellement lié au Chili (Raquel Garrido y est née : ndlr). Quand des milliers de Chiliens ont fuit la dictature de Pinochet en 1973, heureusement qu'il y a eu Cuba pour en recueillir beaucoup et permettre la reconstitution de forces politiques d'opposition, alors que les USA, représentés par les mêmes qui nous reprochent de ne pas vouloir salir Cuba, finançaient outrageusement et ouvertement Pinochet et ses amis. Ce fut ainsi en Uruguay, en Argentine ou ailleurs. Depuis ces heures noires de l’histoire de ce continent, la dette morale de milliers de femmes et d’hommes de gauche envers Cuba est immense. Cette mémoire, nous l'avons et nous restons reconnaissant d'un pays comme Cuba qui a aidé à cette résistance. Ceci étant dit, je ne perds pas de vue que mon idéal est celui du socialisme républicain et démocratique.

Photo de une : Julien Jaulin.