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04/04/2010

ZEUGMA DANS UN CHAMP DE NAINS

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En 2004, la gauche triomphe aux régionales, l'année d'après elle emporte l'Europe, se dessinant une voie royale pour les élections présidentielles de 2007. Mais, la France n'est pas dupe, pas encore. Elle vote à gauche par peur du vide, pour cette gauche qui n'en est pas une et s'est débarrassée du spectre de ces chars russes qu'on imaginait en 1981 stationnant sur la place de la Concorde, comme jadis les cosaques de Platov. Cette gauche a troqué ses velléités progressistes pour épouser la thèse d'un libéralisme flou, imposant d'une main les 35 heures, flattant de l'autre la dérégulation financière prônée par Bruxelles, tout en s'engluant dans une guerre d'éléphants. Chacun l'a constaté depuis. Ce n'était pas tant la gauche qui avait gagné que la droite qui avait été vaincue par son immobilisme et son incapacité à prendre le pouls d'une société en proie à des changements s'imposant à une vitesse exponentielle. On connaît la suite. Un petit caporal a sifflé la fin de la récréation, se dressant sur ces ergots pour esquisser les contours d'une société entrant enfin dans son temps, promettant de jeter l'héritage de Mai 68 avec l'eau du chiraquisme et de décomplexer la droite tout en rappelant les fantômes de Jaurès, Blum et Moquet, comme si les incantations nominales pouvaient par enchantement freiner l'intenable progression des inégalités.


Un chapitre plus loin, le « soap opera » de la politique, à court de ficelles, victime, comme Hollywood, de la grève des scénaristes, nous recycle les épisodes précédents, tandis que la crise continue d'appauvrir le terreau de la société occidentale, se déclinant à l'envi en crise économique, crise identitaire, mais non nationale, crise des valeurs et de la morale, quand le nihilisme marketing se télescope avec le revival des obscurantismes religieux de tous poils, crise d'une Culture désormais méprisée par toutes les couches de la société, dont les acteurs se sont enfermés, loin des masses, dans un maelström philosophique infécond et nombriliste, crise de nerfs, au final, de groupes humains profondément déboussolés par leur incapacité à créer de nouveaux concepts, dans un monde qui avance trop vite et solde les idées avant qu'elles aient eu le temps de produire du sens. L'abstention augmente proportionnellement à la consommation de psychotropes et la politique s'échine, dans sa nouvelle pratique émotionnelle, à tenter d'infléchir les conséquences sans jamais considérer les causes. Les élections intermédiaires se suivent et se ressemblent (en apparence du moins), mais le monde poursuit sa course folle vers le mur, dans un chaos schizophrénique. Et nul barreur de se lever pour indiquer l'espoir d'un cap, nul skipper pour se prétendre à la hauteur de la houle. Les évènements avancent trop vite pour forger les personnages, pour leur laisser le temps de s'inventer une stature, préférant substituer la posture à l'épaisseur, le discours à l'action. Et dans ces époques où il paraît vain d'attendre des hommes d'État, ce sont toujours les aventuriers qui enfilent la parure de l'homme providentiel, la simple idée de recours à cette providence portant en elle les germes de l'échec. Aventurier, Sarkozy en est l'image. Sans doute Ségolène Royale en a t-elle également les attributs. Elle parle des hommes et à leur cœur*, mais jamais n'incarne autre chose qu'une ambition vengeresse et une austère sociale-démocratie, sous des allures messianiques. Le premier a vite montré ses limites, que nous fûmes nombreux à entrevoir bien avant son accès à la magistrature suprême. La seconde, elle aussi formidable tacticienne, nous laisse peu d'espoir tant la situation appelle autre chose qu'une bonne maîtrise du poker, menteur de préférence. Au-delà ? A gauche et à droite en passant par le centre, une cour d'école où de petits hommes jouent en enfants à des jeux de grands.


C'est encore la gauche qui a gagné les élections régionales, mais déjà en son sein les couteaux s'aiguisent et, au loin, s'annonce la cacophonie des barrissements éléphantesques, auxquels viennent se joindre les couacs de légions écologistes pas encore pubères. A droite, si le spectre de 2004 est revenu hanter les mémoires, l'euphorie de 2007 semble s'éloigner corps et âmes, tant elle devait à l'union sacrée imposée par l'agité de Neuilly. Dans ces mois où même une presse jusque-là si docile, pour ne pas dire servile, s'offre quelques libertés avec le Président et son parti, ne prenant plus systématiquement le parti du Président, les bons soldats s'émancipent en désordre et s'imaginent tous un rendez-vous avec l'histoire. Au centre ? C'est le centre ! Un no man's land d'autant plus vaste que d'aucuns s'imaginent pouvoir le remplir des cohortes d'abstentionnistes, qui pourtant ne lui ont fait que trop brièvement de l'œil, quand elles n'avaient pas naguère les extrêmes pour seul horizon. Et tandis que l'époque appelle courage, détermination et clairvoyance, s'avance timidement vers l'histoire une armée de petits gestionnaires, plus comptables de leurs privilèges que des valeurs fondatrices de la République, hésitants dans la décision, arrogants dans l'anecdote, tendant avidement les mains vers une destination qui leur échappe déjà... Regardez-les bien. Qu'ils se nomment Aubry, DSK, Royal, Hamon, Vals, Moscovici, Delanoë, Duflot, Lepage, Hollande, de Villepin, Copé, Bertrand ou Morin, leurs jours sont déjà comptés, même s'il l'une d'elles ou l'un d'eux croit toucher le pactole en dormant un jour à l'Élysée. Ils seront balayés par la vague d'une réalité qui pense peut-être moins qu'eux, mais avance beaucoup plus vite.

 


Je n'ai pas omis les noms de Bayrou et Juppé par hasard. Ils appartiennent pour moi à une autre espèce. L'un a diagnostiqué la France avec une remarquable acuité, se brûlant les doigts du trésor ainsi déterré, aujourd'hui orphelin de ses troupes mais pas de ses ambitions. L'autre possède la stature, le sens de l'État, une grande ville et... et rien d'autre pour le moment.

 

*Jane : here is your zeugma. Don't forget Champagne (-:


 

19:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : régionales, perspectives, politique, droite, gauche, centre | |  Facebook | | | |

31/03/2010

MELENCHON OU L'ART D'AVOIR TORT MEME QUAND IL A RAISON

Je vais pas en faire des tonnes, le buzz (le ramdam comme ils veulent que l'on dise, mais que l'on ne dira jamais, parce que ces guignolades francisantes sont la dernière manière de défendre la langue et font rire le monde entier... mais c'est un autre sujet.)... Je recommence : Je vais pas en faire des tonnes, le buzz étant déjà largement évoqué, commenté, analysé, scruté, décortiqué, critiqué, encensé au point qu'il en est déjà largement démonétisé*


Mais faut me comprendre, ma bête noire, le sieur Mélenchon, se lâche dans la vidéo la plus vue de ces dernières semaines et il faudrait que je me prive de réagir. Trop frustrant. J'ai fini par oublier d'écrire sur Zemmour (dont je ne pense pas grand chose, d'ailleurs), mais Mélenchon, non, ça je pouvais pas rater. Mon Mélenchon à moi, m'en priver, c'est comme envoyer ma fille au lit sans sa tétine, c'est pour dire.

Bref, je vous fait pas le récit de la vidéo, voilà le lien :

http://www.dailymotion.com/video/xcrf7q_melenchon-les-journalistes-sont-de_news

Vous en pensez ce que vous voulez, c'est votre droit...

Et je vais même dire ce truc hallucinant pour moi (j'ai besoin de le répéter plusieurs fois mentalement avant, tellement ça fait mal la première fois....) Bon, je me lance.... Mélenchon a..... Attendez, je reprends... Test, test... Mélenchon a r... y arrive pas... On se concentre : 1,2,3, go... Mélenchonaraison... Trop vite, mais c'est mieux. Ca va venir, on respire : Mélenchon a raison. Ca y est, encore : Mélenchon a raison.

MAIS IL A TORT

VLAN, Jean-Luc ! Tu croyais pas que j'allais glisser sur cette pente, déjà que la configuration électorale m'a fait voter pour ton parti, à la remorque du PS, au deuxième tour des régionales, alors te servir la soupe, aucune chance, grosse cervelle vide (je parle comme toi, désolé)... Enfin non, pas aucune chance, le jour où tu auras totalement raison, tut, tut, tut, tut, je le dirai.

Tu as raison, parce que je partage ton opinion sur tout ce que tu dis à propos des médias, sur leur responsabilité dans la désaffection des français pour la politique, sur leur rôle dans l'abstention et plus globalement sur leur entreprise quasi systématique de lobotomisation des masses afin de les priver de libre-arbitre et tout et tout...

Mais Jean-Luc, je voulais te demander, ça fait combien d'années que tu réponds benoîtement aux questions débiles de tous les journalistes de France et de Navarre ? Ca fait combien d'années que tu annones les mêmes caricatures d'arguments sur tous les plateau du PAF ? Ca fait combien d'années que tu insultes tes adversaires quand ils sont absents et que tu roules tes gros yeux sous la contrainte de devoir te tenir en public ? Où sont les vidéos où tu insultes Jean-Michel Apathie, Christophe Barbier et Alain Duhamel ????

Et là, à la première question, témoignant, je te l'accorde, de la bêtise et du manque de profondeur de l'intervieweur, tu te cabres comme une jouvencelle qui découvre les attributs de Rocco Siffredi, où un François Bayrou constatant le vol de son tracteur !!! C'est qui en face, Jean-Luc ??? C'est qui ? C't'a lui qu' tu parles ? C't'a lui qu' tu parles ? C't'a lui qu' tu parles ? (c'était pas ta vidéo de campagne, ça ?)... Un étudiant en journalisme de Sciences-po... Wouah, le courage, wouahhh, la grandeur. Trop fort, mon p'tit gars. Là, tu m'épates. T'as pas eu trop peur j'espère ? Je suis Jean-Luc Mélenchon et j'ai eu les couilles de traumatiser un petit bourgeois boutonneux qui tentait de me faire sourire... Chapeau mon gars... Comme dirait le Cohn Bendit, : "T'es trop minable mon pote, tu seras jamais Président de la République". Lui, au moins quand il met un camouflet, c'est à Frédéric Lefebvre (bravo) ou à Bayrou (et sur ce coup là, je l'approuve pas vraiment)... Et le pire, c'est que tu es fier de ton buzz. Allez Tchuss mon gars, tu mérites pas une ligne de plus, sauf si tu viens claquer Duhamel et consorts  la prochaine question pénible.

Tchuss, je te dis.

* ce mot n'a rien à faire là, mais j'avais promis à l'être cher de l'employer dans ma prochaine note (-;

20:53 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : politique, mélenchon, modem, front de gauche, médias, sire, wuyilu | |  Facebook | | | |

LECTURES ECLAIRANTES

UNE BREVE LISTE DU MOMENT


Quatres ouvrages que je viens de lire et qui, bien que parfois contestables ou polémiques, donnent un éclairage particulièrement intéressant sur les grands enjeux et l'état de nos sociétés. Quatres livres et quatre sujets fondamentaux.


41CJFwRsAdL._SL500_AA300_.jpgTout d'abord le remarquable ouvrage de Charles Enderlin,  "Le Grand Aveuglement" (Albin Michel 2009). Une plongée fascinante dans le cerveau des apprentis sorciers du Mossad qui, jouant avec le feu pour contrer l'OLP, participent à la fabrication des hydres Al Qaïda et Hamas. Une stratégie qui rappelle les erreurs de la CIA en Afghanistan et témoigne du paralèlle permanent entre les modes de fonctionnement des services américains et israéliens, entre aveuglement idéologique, manque de culture, visions stratégiques défaillantes. Un livre essentiel pour comprendre l'état du conflit Israélo-Palestinien, aux antipodes des analyses radicales et de la surenchère des supporters de l'un ou l'autre camp. (Dire que l'on est soit pro-Palestinien, soit pro-Israélien est de toutes façons une considération d'une abyssale stupidité, le témoignage d'un refus préalable de réflexion et la meilleure manière d'entériner la prise en otage des deux peuples par des intérêts politiques qui les dépassent)


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"Comment les riches détruisent la planête" (seuil 2007). Voilà une question qu'elle est bonne ! (Mais c'est pas une question). Le brûlant plaidoyer pour l'alter-croissance de Hervé Kempf, mérite d'être relu quatre ans après sa sortie. Outre qu'il annonce la crise avec une effrayante acuité, il met le doigt sur la vacuité des actuelles politiques d'inspiration écologistes et sur la responsabilité des oligarchies dans la scission de plus en plus prononcée entre capitalisme et démocratie, depuis la chute du mur de Berlin. Reprenant à son compte les théories de la consommation sociale distinctive de Veblen, kempf dresse un constat implacable de l'évolution de nos sociétés. Parfois  excessif, fondé sur des données scientifiques en partie contestables, et trop obnubilé par le réchauffement climatique au détriment des autres périls écologiques et sanitaires, ce livre n'en est pas moins aussi cauchemardesque que passionnant et posent très souvent les bonnes questions... (A quand les bonnes réponses ?)


31nQM3qig+L._SL500_AA300_.jpgLa question
de l'aggravation de la pauvreté dans le monde est un serpent de mer qui oppose depuis longtemps les tenants du capitalisme, qui soulignent une baisse de celle-ci en pourcentage, et les altermondialistes, qui font le constat de son augmentation en termes de population et stigmatisent l'accroissement de l'échelle de l'inégalité, partout dans le monde. Si on peut jouer à foison avec les chiffres, la thèse défendue par le chevalier blanc Suisse, Jean Ziegler, dans "L'empire de la honte" (Fayard 2005, mise à jour 2009), est peu contestable, tant elle prend, elle aussi de l'épaisseur avec les années. Avec une acuité effrayante, Ziegler démonte les processus objectifs qui amènent multinationales et instances internationales à organiser la paupérisation des pays du Sud. De spéculations sur la dette en manipulations politiques, de privatisations des ressources naturelles en impositions des modes de culture, Ziegler nous propose un constat accablant, qui fait écho à l'extraordinaire documentaire de Hubert Sauper "Le cauchemar de Darwin". Si l'un nous offre un regard plus généraliste, les deux oeuvres en arrivent à la même conclusion sur les dérives de la mondialisation, témoignant, à partir du moment où les causes du mal sont connues, de la possibilité de dégager des solutions.

(Il est à noter que "Le cauchemar de Darwin" est devenu un film pour le cinéma pour la simple et bonne raison qu'aucune chaîne de télévision n'a accepté de le diffuser avant qu'il rencontre un succès mondial. Cette réalité en dit long sur l'état de délabrement et d'asservissement de nos médias, quelque soit leur apparente sensibilité politique).

 

416C7AA4RNL._SL500_AA300_.jpgPour finir, un petit bijou plus rafraîchissant (bon, chacun se rafraîchit avec ce qu'il peut !) sorti il y a quatre ans déjà et qui donne un éclairage tout à fait intéressant sur la déshérence actuelle des "milieux intellectuels progressistes". Cette "Histoire de la gauche caviar" de Laurent Joffrin (Robert Laffont 2006) est une mine d'anecdotes historiques, allant des Gracques (IIème siècle av JC) à nos jours, doublée d'une analyse sans concession de l'évolution de cette gauche caviar qui, plongée dans le tourbillon de l'argent et de la mondialisation, a oublié ce qui, de Voltaire à Jean Daniel ,lui donnait une incontestable légitimité malgré ses frasques et son opulence : son rôle historique. Toujours écartelée entre la volonté de se porter garante de l'évolution et de la justice et le refus de partager le quotidien de ceux dont elle défendait la cause, cette gauche avertie, fruit de parcours individuels davantage que des courants qu'elle a pourtant inspirés, a fini par oublier ses protégés pour s'abandonner au culte du veau d'or et des médias.

Bonnes lectures !

14:44 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : livre, développement, gauche caviar, conflit israelo palestinien | |  Facebook | | | |