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04/03/2012

LES CONSEILLERS NE MARCHENT PLUS A L'OMBRE, MAIS SARKOZY A PERDU

 

bazin.jpgPetits souvenirs de Jacques Pilhan

« Parler quand on est impopulaire, c'est comme marcher dans les sables mouvants. Plus on s'agite, plus on s'enfonce »... C'est sans doute cette vieille sentence de Jacques Pilhan, le gourou en communication des années Mitterrand / Chirac, qui scelle le sort de Nicolas Sarkozy sur le seuil de l'élection présidentielle.

Jacques Pilhan, l'homme qui avait théorisé l'ombre pour les conseillers, la rareté pour les présidents et prétendait de son métier qu'il «n'existe pas ». Celui qui avait fait de l'usage du temps une arme de l'immédiat, de l'opinion publique une matière de forge, de la télévision un champ de bataille. Celui qui, tout en scrutant sondages, publicités et autres artifices de la confusion entre marketing et communication les contournaient pour porter la stratégie invisible à sa plus pure expression.

Jacques Pilhan est mort en 1998, après avoir joué un rôle considérable dans l'incroyable retournement de situation qui a porté Jacques Chirac à l'Élysée en 1995. Il est à la base de la communication politique moderne, comme le fut dans le monde de l'entreprise Michel Frois (disparu en 2000 et qui m'offrit mes premiers balbutiements de communicant).

Je parle de lui aujourd'hui, au détour de la lecture de la passionnante biographie que lui a consacré en 2009, François Bazin*, dont sont issues les citations de ce billet, tant je me rends compte que sa disparition, comme celle de Michel Frois, a marqué un tournant radical et fatal, dans la communication politique.

Depuis l'élection de Nicolas Sarkozy, les conseillers sont sortis de l'ombre et, de Guaino à Guéant, de Khiroun à Peltier, se brûlent les ailes dans l'ivresse du paraître, tandis que d'autres, de l'ancienne école, comme le redoutable Patrick Buisson, n'arrivent plus à se dissimuler dans les antichambres, tant celles-ci sont désormais éclairées. Du stratège invisible qui sondait les âmes sans jamais dévoiler la sienne, nous voilà à l'heure des publicitaires qui, n'arrivant plus à vanter l'emballage de leur client, se prennent eux-mêmes pour le baril de lessive. Aurait-on vu, au temps de Jacques Pilhan, un conseiller en communication griller lui-même son client en l'exhibant dans sa Porsche personnelle, comme le fit Rhamzi Khiroun avec un DSK tentant de se refaire une virginité socialiste ? Aurait-on fait de Franck Peltier, professeur d'histoire-géographie et vague communicant à géométrie politique variable, ivre de sa propre image et de ses futurs mandats, un pilier de la stratégie d'un candidat ? La proximité avec les dirigeants ne fait pas de chaque courtisan un Talleyrand en puissance. La capacité à analyser une enquête d'opinion ne fait pas d'un sondeur un dompteur de tendance. Et, il ne suffit pas pour un politique de s'exempter de son bilan et de jongler quotidiennement sur les peurs reptiliennes des français pour faire mouche. Il faut une stratégie de l'ombre, à l'ancienne, sur le long terme, pour qu'un jour, comme le fit Sarkozy en 2006, on puisse dire « J'ai changé » et que l'opinion, plutôt que d'en rire, acquiesce. Parce que comme le disait encore Pilhan : « L'opinion change d'elle-même l'image de celui qu'elle veut faire gagner ». Et aujourd'hui, celui qui s'inscrit dans cette logique du changement au regard de l'opinion, c'est bien François Hollande et non Nicolas Sarkozy. Hollande, le vrai grand perdant de 2007. Celui qui, venant de passer 10 ans à la tête du PS, devait alors s'effacer devant son ex-compagne, Ségolène Royale. Et pour se faire, il en est revenu au patient labourage mitterrandien à la mode Pilhan, quand Sarkozy récite sa campagne en tranches de pub époque zapping numérique.

Pour revenir à 2007, c'est sans doute à ce moment que s'est produit l'avènement de ces conseillers qui n'étaient plus de l'ombre, mais les acteurs public du spectacle du pouvoir. Dans cette période du triomphe absolu du paraître et de l'individualisme marketing, la valorisation par le secret perd de son crédit, d'autant plus quand le temps s'accélère et le message doit se recycler plus vite, à plus forte raison quand le quinquennat rend la campagne perpétuelle. Au surplus, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royale, furent les premiers candidats sérieux à dominer le pilotage de leur communication, les premiers vrais « enfants de la télé » à pouvoir espérer l'Élysée, ce qui inévitablement a changé le rôle, la nature et le terrain d'expression de leurs conseillers.

« Autres temps, autre mœurs »....

  • François Bazin : « Jacques Pilhan, le socier de l'Elysée », Plon 2009

 

 

LE BLOG WUYILU SE MET EN SOMMEIL POUR QUELQUES JOURS

 

RENDEZ-VOUS AUTOUR DU 15 MARS

 

24/02/2012

DEBAT VERSUS DEBAT : VIVE LES ASSOCIATIONS CITOYENNES

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Ces temps-ci, comme nombre de blogueurs politiques qui ne cachent pas (forcément) leur engagement, j'ai une vie assez chargée, en dehors des activités professionnelles et familiales.

Les soirées se résument sous formes de sigles désignant les différentes émissions politiques qui poussent comme des champignons à l'approche de l'élection présidentielle : DPDA, PDC, MC et j'en passe. Les écrans passent du orange de BFM TV, au Bleu de TF1 et à toute la gamme chromatique des médias d'information. En fond sonore, France Info cède parfois la parole à « On refait le monde » ou « le Grand Jury » sur RTL. L'ordinateur portable pointe sur les liens des principaux sites de presse. Celui du bureau avec son double écran jongle entre Facebook, Tweeter, ce blog et le « trop d'info » qui fini par tuer l'info.

Et de quelle info parle-t-on ? De quelle politique ? D'un storytelling dégoulinant de raccourcis et de démagogie, découpé, à la télé comme sur la toile, selon le principe propre à tweeter, en autant de formules ne dépassant pas 140 signes ? D'un conte de fées post « temps de cerveau disponible » qui nous ferait avaler que la politique c'est « bête comme chou » et qu'elle peut se résumer en autant de slogans et d'invectives qu'il existe de problèmes et de candidat(e)s. D'une mascarade gênante, infantile et finalement effrayante au regard de la situation du pays et du globe, comme celle à laquelle nous avons assisté hier soir avec la confrontation entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, au cours de l'émission « Des paroles et des actes » sur France 2 ?

Je ne reviendrai pas sur ce moment qui constitue l'un des plus ahurissants de l'histoire de l'audiovisuelle politique. Tout le monde ira de son commentaire et je n'ai même pas le courage d'ajouter ma voix à ce concert, tant je me suis réveillé hébété et triste, inquiet aussi, au moment où chacun est tendu pour lui même et pour les siens en scrutant l'avenir. Je me suis assez commis sur tweeter durant le direct, usant bêtement de bon mots et de considérations dénuées de recul pour faire semblant de livrer désormais une analyse à froid. Lessivé, je vous dit, inquiet, encore.

Non, dans ces lignes, je souhaiterais faire un parallèle rapide entre cette expression électorale médiatique , abêtissante, stérile, brutale, dégradante et d'autres modes de livraison du message politique, souvent ignorés de nos concitoyens. Parce que durant cette semaine, j'aurais finalement comme d'autres personnes hautement concernées par la chose publique, assisté aux deux extrêmes en termes de débat politique...

Lundi les choses avaient bien mal commencé, par l'enchaînement en apnée de plus de deux heures de « Paroles de candidat » sur TF1 avec « Mots croisés » sur France 2, avant de s'achever hier soir en véritable crash avec le débat Le Pen vs Mélenchon. Mais qu'importe, j'avais réservé mon mardi avec curiosité pour un autre genre d'exercice, le vrai débat, à l'abri de l'audimat, sur un sujet unique et en présence d'intervenants légitimes à le traiter*. Ne comprenant pas grand chose au nucléaire par la simple préhension de ce que les médias compassionnels, avides de sensations et de raccourcis m'en avait laissé entendre, je trouvais belle l'occasion, à l'invitation de l'association citoyenne Générations Engagées, de me rendre au débat qu'elle organisait à l'ESG, à ce propos. Je vous passe ici la teneur des débats** (de très haute tenue – hélas en l'absence d'Eric Besson, le seul invité à avoir méprisé l'invitation), voulant simplement tirer une conclusion en lien avec le sujet de cette note. Car enfin, que nous apprend ce genre de manifestation ? Que chaque sujet politique demande du temps pour être exprimé dans sa complexité. Que même trois heures de débat constructif sur une matière unique est encore trop juste, mais constitue le minimum pour commencer à se faire une opinion réelle sur les tenants et aboutissants de la question posée. (Et en l'occurrence, j'ai été pour la première fois, autant en mesure de me forger un début d'avis sur l'avenir de la filière nucléaire, que conscient des sommets de vacuité, de mensonges et de démagogie atteints par tout ce que j'avais entendu sur le sujet à la télévision, notamment à propos de démantèlement des centrales.) Que l'Élection Présidentielle au suffrage universelle, dans le cadre d'une Vème République donnant un pouvoir exorbitant au locataire de l'Élysée, conjuguée à la dérive commerciale paroxystique du système médiatique, ne peut que conduire à l'anéantissement d'un débat public "libre et non faussé" et à l'abolition de la véritable démocratie, fondée sur un minimum de maîtrise des enjeux de la part des citoyens...

Et finalement les politiques n'y sont même pas pour grand chose. Il n'ont pas d'autre moyen d'émerger que de se couler dans ce moule pervers et d'en épouser toutes les formes. Quant aux journalistes, eux même sous la pression de contraintes aux antipodes de l'intérêt public et politique, il leur est de plus en plus difficile de ne pas céder à la facilité. Bien sur, tout cela n'est pas une découverte. Je ne prétends pas à une telle naïveté. Mais l'écart de niveau entre un véritable débat et une émission politique est telle que, les deux événement vécus consécutivement, il en devient soudainement abyssal et vertigineux.

Le malheur est bien évidemment que l'on ne peut attendre de chaque citoyen qu'il prenne longuement sur son temps pour se rendre à ce genre de débat, souvent centralisé, éminemment parisien, à des heures où le devoir domestique (et) ou la fatigue l'appelle. Mais quand même, cela reste la seule manière de se réconcilier un tant soit peu avec la politique, à moins, ce qui reste une option plausible, voire souhaitable, de changer en profondeur les institutions qui nous régissent. Toujours est-il que l'existence d'associations citoyennes, non-partisanes, défendant le débat avant les candidats, la confrontation des idées plus que les personnes qui les portent, telles que Générations Engagées, est vivement à encourager. C'est en tous cas le but de ce billet.

* Avec :

  • Marie-Hélène Aubert, animatrice du pôle « environnement, développement durable, énergie » de la campagne de François Hollande

    Corinne Lepage, candidate à la Présidence de la République, ancien Ministre de l'Environnement

    Jean-Luc Bennahmias, Député Européen, Vice-Président du Mouvement Démocrate

    Denis Baupin, adjoint EELV au Maire de Paris, en charge du développement durable, de l'environnement et du plan climat.

    Jean-Paul Deléage, physicien, historien de l'écologie, directeur de la revue "Ecologie et politique"

** Revoir le débat dans son intégralité sur le site de Générations Engagées

 

21/02/2012

EUREKA : J'AI COMPRIS OU SARKOZY A TROUVE LE PEUPLE !

Eurêka j'ai trouvé, disais-je !

Nan, mais quand même, à force d'entendre notre Président nous bassiner avec ce peuple qu'il trouve dans les brasseries populaires comme le Fouquet's et les quartiers chauds du 15ème arrondissement, en périphérie de l'avenue de Breteuil, je commençais un tantinet à m'inquiéter sur ses sources et ses conseiller en « peuplitude ».

Dans un premier temps, j'ai cru que ce discours était inspiré d'une méprisable erreur de traduction. En effet, celui qui se prétend « le candidat qui aime la France », mais se targue, comme nous l'a révélé wikileaks, du surnom de « Sarkozy l'américain », avait peut-être confondu le terme « people », chez nous employé pour désigner une certaine « jet set », avec le mot anglais « people », définissant les gens ou ce fameux peuple. Sauf qu'après avoir entendu notre « américain-qu'il-est-celui-qui-aime-la-France-plus-que-les-autres », s'exprimer dans la langue de Shakespeare, mes doutes se sont dissipés. Il me fallait chercher ailleurs.

La réponse m'a été apporté par le Figaro Magazine, principale lecture et source d'inspiration (à moins que ce soit le contraire) de notre nouveau chantre du peuple. En effet, dans son avant- dernière livraison, ce journal fort respectable et cohérent, nous a donné, au détour d'une enquête sur l'égalité des sexes, sa vision des couples moyens... du peuple quoi ! Et là, d'un coup tout s'éclaire et nous permet de comprendre la méprise de notre cher candidat, au regard des professions choisies par l'hebdomadaire pour illustrer un échantillon représentatif de la population. Nous trouvons pêle-mêle des consultants, des responsables marketing, des dirigeants d'entreprises, une sculptrice en vogue, un chirurgien... le peuple quoi ! Sans doute l'enquête a-t-elle été réalisée dans ce fameux 15ème arrondissement où il fait si bon s'encanailler et que j'ai habité au péril de ma vie durant 4 ans, avant d'aller tâter du luxe en bordure de périphérique dans le 12ème.

Sacré peuple !

 

 

 

 

 

 

12:56 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : 2012, peuple, 15ème arrondissement, sarkozy, élection présidentielle, wuyilu | |  Facebook | | | |