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23/04/2012

POUR LE SECOND TOUR, ECOUTEZ LA POP DE GAUCHE

Lendemain de premier tour de la présidentielle.

Tout le monde aura noté la première place factuellement historique de François Hollande, seul challenger a avoir obtenu cette position au cours de la Vème république. Très bien... Une fois dit cela, il faut regarder ailleurs et s'inquiéter un peu, non seulement d'un second tour pouvant encore échapper au PS, mais surtout, une fois de plus, du sens du score obtenu par Marine le Pen et de l'apparition d'une nouvelle sociologie dans son électorat.

Quand largement plus d'un tiers des électeurs se prononce en faveur de candidats radicaux, de gauche comme de droite, quand aucun des deux favoris, largement portés par les médias, ne parvient à susciter de véritable élan (tout comme en 2002), il y a d'autres arguments à développer que d'accuser simplement l'UMP d'avoir labouré les terres du Front National pendant 5 ans, comme le RPR accusait jadis le PS de l'avoir créé, bien que cela soit incontestable. Reprocher au parti présidentiel ses errements idéologiques, et notamment la stigmatisation de certaines populations, et soi-même en arriver, à avoir, par omission, la même attitude au regard d'une frange considérable des citoyens, ne fait qu'alimenter le phénomène.

 

La réalité de ce que l'on appelle le vote protestataire n'est pas seulement affaire d'idéologie mais aussi de rapport à une certaine morale. Les phénomènes de « lépénisation des esprits », de « coupure entre les élites et les petits », de « perte identitaire », datent déjà de la présidentielle de 1988 et procèdent d'une culpabilisation fainéante. Il y a là autant le reflet de l'évolution de la construction européenne que du comportement de la classe politique majoritaire et des médias (voir déjà les élections européennes de 1984, et l'explosif referendum de Maastricht).

Tandis qu'à l'époque les enquêtes en profondeur(1) révèlent que pour les sondés le seul but du politique est la domination, celui de  la finance, la possession et celui des médias l'éblouissement de lui-même par lui-même, elle témoignent également que la principale préoccupation du peuple est déjà la seule volonté de protection. Or, il est évident que dans les faits, si les premiers ont poursuivis leurs buts jusqu'à l'indécence, le second n'a cessé d'être trahi, tant la notion de protection implique celle de confiance et cette confiance une forme de respect de la parole donnée. Or ce dévoiement s'est poursuivie sans relâche depuis le début des années 90, tant à droite qu'à gauche, selon deux processus opposés, mais ayant le même résultat, la pérennisation d'un vote extrémiste ratissant bien au-delà de son socle électoral naturel et fédérant un nombre croissant de citoyens de bonne volonté,  exaspérés jusqu'au dégoût par l'observation du politique et chaque jour plus fragilisés par les conséquences de ses actions.

Tandis qu'à gauche, sous les coups de boutoir conjugués de Rocard, Delors et leurs enfants, on a pas cessé de jeter un voile pudique sur les notions de Peuple, de République et de Nation, comme si elles relevaient de gros mots mal-odorant, la droite s'est emparée de ces termes comme de concepts marketing utilisables durant les seules périodes électorales. C'est la « fracture sociale » de 1995, qui marque la première utilisation des thèses de Emmanuel Todd à des fins politiques et se voit oubliée dès l'élection de Jacques Chirac, le renoncement de Jospin sur le cas Vilvoorde en 1997 et l'inclinaison du parti socialiste à privilégier le sociétal par rapport au social, la minorité par rapport au peuple, le désir individuel par rapport au dessein collectif, la « France d'en bas » célébrée par Raffarin au sein d'un gouvernement ne regardant qu'en haut et la campagne diablement populaire (et non populiste) de Nicolas Sarkozy de 2007 qui, effectivement avait ramené le Front National à son étiage électoral et idéologique naturel et maximum.

Cette question d'un « peuple » chaque fois célébré à droite, chaque fois trahi (et comme jamais depuis 2007), chaque fois ignoré à gauche et chaque fois se vengeant et se détournant de cette famille politique qui est pourtant la sienne, est la clef de lecture de l'élection et l'enjeu réel du second tour. En soi la classe politique l'a bien compris, puisque nous avons vu combien la droite a fait usage du terme, s'appuyant notamment sur les travaux du géographe et sociologue Christophe Guilluy(2), tandis que le PS, qui a récupéré Emmanuel Todd (davantage comme un trophée que comme un outil), a toléré de se laisser aiguillonner par la Gauche Populaire de Laurent Bouvet(3), Gael Brustier(4) et d'autres, dont les thèses ont affleurés dans un discours du Bourget, hélas sans suite remarquable.

Lors de cette élection, presque tous les candidats, de Nicolas Sarkozy à François Bayrou, en passant par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, (sans oublier Dupont-Aignan, Artaud et Poutou) se sont réclamés du peuple et, par extension, de l'anti-système. Mais outre que concernant certains, comme le Président Sarkozy, cet exercice confinait à la schizophrénie, voire au « foutage de gueule » intégral, cette manœuvre a été pour la première fois éventée avant que d'être, sauf pour Marine Le Pen pouvant se prévaloir de n'avoir jamais été aux responsabilités. Même le score relativement décevant, bien qu'inespéré en début de campagne, de Jean-Luc Mélenchon peut s'expliquer, très partiellement certes, par son paradoxe personnel d'ancien apparatchik socialiste peu à même de soudainement donner des leçons de peuple. Or les deux seuls candidats qui ont pris plus ou moins de liberté avec ce concept sont François Hollande et Eva Joly. Si Hollande a néanmoins pris soin de s'inscrire dans un discours de dignité et de rassemblement, dans lequel, par delà un peuple relativement ignoré, la notion de République était néanmoins omniprésente, Eva Joly doit sa monumentale gifle à une campagne durant laquelle elle s'est évertuée à expliquer que tout ce qui fondait la France et sa tradition méritait d'être voué aux gémonies, tout en abandonnant presque complétement le terrain écologiste..

Trahison du peuple d'un côté, mépris de l'autre et compréhension du phénomène par l'électorat avant de laisser un gouvernement s'installer – ce dernier point renvoyant au premier tour 2002, bien que les conséquences apparentes en soient moindres.

Cette notion de trahison est aujourd'hui fortement inscrite dans le code génétique de l'électeur habitué des campagnes. Dire comme certains « Marine Le Pen est une enfant de Sarkozy », en considérant le seul versant idéologique du Front national est une excuse facile, même si le discours sarkozyste a encouragé vivement la décomplexion vis-à-vis du FN. Si c'est le cas, c'est plus du fait de l'immense trahison du peuple par le président que de celui d'une adhésion fondamentale au marigot idéologique du FN, dans lequel nagent quand même (sur le cercueil du MNR) les thèses ultra-minoritaires des identitaires purs et durs, comme des catholiques extrémistes et d'autres énergumènes qui alimentent et élargissent l'escroquerie intellectuelle lepéniste. Car il est bon de rappeler aux électeurs de Marine le Pen que ce parti qui se réclame aujourd'hui de la République, du peuple et de la laïcité est le moins démocratique de tous dans son fonctionnement, qu'il est aux mains d'un clan familial confessionnel qui a toujours décapité la contestation, a prospéré dans l'usage d'une fortune colossale étrangement acquise et entretenue par les procédés les plus capitalistiques, et ne s'est jamais penché sur le terrain sur les souffrances d'un peuple pour lequel il avoue en privé son plus grand mépris. Il est également bon de rappeler que dans la plupart des villes dont le Front National s'est vu confier la gestion, la mandature s'est achevée devant les tribunaux (voir ici) dans un esprit de corruption et / ou de violence.

Pourtant, ce n'est certainement pas en insultant, en méprisant ou en trahissant ces électeurs, parmi lesquels (et c'est nouveau) nombre de primo-votants, qui sont une partie non négligeable d'un peuple ignoré en dehors des périodes électorales, que l'on accomplira l'œuvre de réconciliation nationale qui s'impose. Et aujourd'hui, puisque les urnes en ont ainsi décidé, dans la confrontation qui s'avance entre François Hollande et Nicolas Sarkozy, entre un rassembleur, indiscutablement humaniste, aux idées encore hélas incertaines et un cynique pur et dur, opportuniste et pragmatique jusqu'à la folie, le choix pour le premier s'impose comme une évidence. Mais s'il s'agit dans un premier temps de se débarrasser du plus nuisible Président de la Vème République, il faut bien avoir à l'idée que le quinquennat qui s'annonce peut avoir des conséquences plus néfastes que l'actuel si le candidat socialiste ne s'impose pas, au-delà de son simple discours, une véritable cure de compréhension et de prise en considération d'un peuple dont la défiance n'attend que d'être apprivoisée pour se transformer en espoir sur le long terme. Nous serons plusieurs à lui rappeler tout au long de la quinzaine, bien que déjà certains de glisser dans l'urne un bulletin de vote en sa faveur... sans l'ombre d'une hésitation.

Écoute de la pop François...

 

  • 1 Etude de l'agence « Temps Public » 1988

  • 2 Christophe Guilluy « Fractures françaises », François Bourin 2010

  • 3 Laurent Bouvent « Le sens du peuple », Gallimard 2012

  • 4 Gaël Brustier et Jean-Philippe Huelin, « Recherche le peuple désespérément » François Bourin 2009

  • Et aussi : « Plaidoyer pour une gauche populaire » ouvrage collectif sous la direction de Laurent Baumel et François Kalfon, Le Bord de l'Eau 2011

19/03/2012

PART DE GAUCHE et PARTI DE GAUCHE

Qu'est-ce que la « part de gauche » ? Une maladresse ? Un cœur ? Une illusion ? Une promesse ? Une vengeance ? Un espoir ? Un poème ?

Se trouvait-elle dimanche, uniforme et définie, dans les sourires qui convergeaient par dizaines de milliers entre Bastille et Nation à l'appel du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, sous une météo s'acharnant à démentir le printemps, comme le candidat Sarkozy s'acharne à démentir le Président qu'il est encore ? Quelle part de vengeance s'y nichait, au regard du désir de justice ? Tellement difficile de placer le curseur. Gauche radicale, contre gauche molle : quel sens, hormis la prise en compte du peuple par la première et l'aveu de son abandon par la seconde ? Gauche radicale contre droite radicale : là les choses sont plus aisées, les deux tendant désormais à la fusion.

La droite, celle qui schématiquement s'était appropriée le mot « liberté », quand la gauche portait l'étendard de « la justice », a depuis longtemps tombé le masque de l'initiative pour cultiver les bourgeons de la haine, de l'ostracisme et de l'opportunisme. De Sarkozy à Le Pen on désigne au peuple toutes les cibles potentielles pouvant étancher sa colère. Diviser pour mieux régner, jusqu'à tellement diviser que chacun pourrait finir par haïr le monde entier. Ne cherchons pas, il n'existe pas l'once d'une idée généreuse dans les diatribes de Marine Le Pen, pas le germe d'une cohérence dans les circonlocutions de Nicolas Sarkozy, même si le discours s'appuie sur un diagnostique subtil de la France et particulièrement de celle qui a voté « non » aux deux référendums européens de 1992 et 2005. Ceux qui, a droite, tentent l'amalgame de la "justice" et de la "liberté" se sont rangés depuis longtemps derrière l'inébranlable foi de François Bayrou. A tort ou à raison, qu'importe, cela demeure infiniment respectable, même si cela exclu encore la France du « non ». Sarkozy et Le Pen, eux, flattent les mots « peuple » et « République » en les vidant de toute substance humaine et plus encore humaniste. Le chasseur caresse et félicite son Épagneul quand celui-ci ramène la proie, il ne l'épouse pas pour autant. Il commence par étaler son amour de la faune et termine toujours par la mise à mort.

Mais avec le Front de Gauche, la question se pose encore et toujours. Quelle part de vengeance, au regard du désir de justice ?

Quelle radicalité peut s'abstenir de victimes à l'heure de son triomphe ? Quel « légitime « Ras le bol » peut aboutir dans la générosité et non la violence ? Dans le discours de Jean-Luc Mélenchon les deux versants se télescopent en permanence. Le « place au peuple » et l'emploi continue et joliment habile du « nous » (au regard d'une campagne pourtant hyper centrée sur son candidat), quand tous se vautrent dans le « je », augurent d'une société poétique et plus juste (que l'Histoire a pourtant toujours méconnue). Il en va de même de la préoccupation écologique, de l'égalité homme/femme, du développement d'ingénieux mécanismes d'économie solidaire. Les « il faut frapper » et « qu'ils s'en aillent tous », eux, aussi justifiés soient-ils en apparence, ne laissent d'inquiéter et placent Mélenchon et ses troupes sur le terrain de l'adversaire avec les mêmes moyens. La tentation révolutionnaire et insurrectionnelle est ma pire hantise. Mais ma colère s'adresse avant tout à ceux qui ont permis qu'elle s'installe, par delà les catégories. Quand un pays voit plus d'un tiers de son électorat confier ses rancœurs et ses espoirs aux discours les plus allégrement radicaux, (sans compter ceux, nombreux, qui sont sortis pour longtemps du jeu politique), le hasard n'est en rien responsable. C'est tout autant le signe de la faillite des prétendus porteurs de raison que celui du triomphe des égoïsmes. Et là, même si certains, au Front de Gauche, parlent de justice avec des potences dans les yeux, il faut leur reconnaître d'avoir choisi ce camp, plutôt que son opposé, en fonction de nobles aspirations et non sous l'impulsion de la haine. Mais derrière les bonnes intentions pointent parfois les couteaux, et le rigorisme et la corruption supplantent souvent la justice.

Pourtant, si le Front de Gauche prospère et que ses militants s'y investissent avec autant de cœur, de sincérité et de touchantes revendications, c'est bien que le PS ne parvient toujours pas à leur parler, en dépit des promesses du discours du Bourget. Bien sûr, la fable veut que l 'élection se gagne au centre. Mais outre que ce centre est déjà partiellement occupé par un François Bayrou qui n'a rien perdu de son mordant de 2007, il n'est autre qu'un tout petit cœur de cible quand il ne sait toucher la cible du cœur. Ce n'est pas en sortant une ou deux mesures symboliquement de gauche, timidement et sous la contrainte, dans le désordre et l'improvisation, que François Hollande parviendra à rassembler la France, celle du « oui », comme celle du « non », et à entamer cette réconciliation qu'il appelle légitimement de ses vœux. C'est par la constance d'un discours qui tournera enfin le dos aux préventions compassées de Terra Nova, à cette vision sociétale d'une France de minorités exfiltrés du grand ensemble populaire et mises en constante concurrence revendicatrice. De son côté le Front de gauche, cohérent dans sa démarche devrait davantage être l'aiguillon de la gauche que le moteur qu'il figure actuellement et qui pourrait considérablement compliquer le scrutin du 22 avril prochain. Mais là encore, il appartient au PS et à son candidat de davantage exprimer leur « part de gauche » pour contenir le « Parti de Gauche ». L'appel au seul « vote utile », frustrant et sonnant comme un chantage à peine déguisé, n'y suffira pas.

Ma part de gauche ignore le nom de ses théoriciens. En dehors de quelques bribes de Marx et de Gramsci, je ne les ai pas lus, je le confesse. J'ai trop d'appétence pour le fait historique, la fiction et les belles lettres pour avoir eu la patience de dialectiques par trop complexes. Ma part de gauche se trouve toute entière chez Victor Hugo, pour le cœur, chez Camus et Koestler pour la raison, chez Mendès-France pour la pratique. Mais tous ceux-là, savaient parler au cœur et transformer la théorie en vibration. C'est cela qu'il manque encore à François Hollande pour que sa victoire, clamée de longue date, ne finisse pas en tragique balkanisation des suffrages exprimés, entre Mélenchon, Sarkozy, Le Pen et Bayrou.

PS : Je précise après coup que l'emploi du terme "part de gauche" plutôt que gauche tout court, tient au fait que, voyageur le long d'un parcours politique sinueux, je ne saurais jamais me définir exclusivement de gauche, assumant mes paradoxes et une certaine liberté au regard du système partisan. Même s'il me faudrait moins tergiverser ces temps-ci, dans l'unique préoccupation de faire gagner le candidat étant le plus à même de balayer Nicolas Sarkozy...

 

16/03/2012

LA DERNIERE VICTOIRE DE JACQUES CHIRAC ?

 

Un jour proChirac, sarkozy, 2012, élection présidentielle, de Villepin, wuyiluchain, Jacques Chirac s'en ira. Enfin utile, terreau fertilisant pour le sous-sol d'un quelconque cimetière, quittant à jamais les eaux troubles de la politique où s'épanouissent les grands requins de son espèce. Mais avant de tirer sa révérence et de marcher en funambule sur le fil dérisoire de la postérité, sinon de l'Histoire, il lui reste à gagner une dernière victoire, épilogue ironique dans le combat sans merci qui l'oppose au fils prodigue, Nicolas Sarkozy.

Pourtant, en ce 16 mars, ultime jour autorisant le dépôt des signatures nécessaires pour briguer la Présidence de la République, il vient de perdre une nouvelle bataille : Dominique de Villepin, son bras armé (davantage par convergence d'intérêts que par amitié) n'est pas en mesure de se présenter à la magistrature suprême. L'évènement est nanoscopique pour la France, le « poète » au sourire carnassier ne représentant pas autre chose qu'un simple pouvoir de nuisance, il constitue néanmoins un léger contretemps dans la dernière grande œuvre de l'ancien Maire de Paris : faire perdre Nicolas Sarkozy et lui réserver dans la mémoire collective la place de plus mauvais Président de la Vème République. Un « one shot » aussi pathétique que fut grand l'enthousiasme que suscita l'élection de 2007.

Qu'importe, si de Villepin est une plume plus qu'une lame, une fragrance de promesse davantage qu'un héraut, Chirac est un tueur qui prend son temps. Toute sa vie aura été consacrée au meurtre politique, sans jamais se salir, sans être regardant sur ses alliances, sans se retourner sur les dépouilles de ses victimes. A chaque fois, il a employé la même tactique : se faire passer pour un imbécile victime des évènements, alors qu'il en était le grand ordonnateur. Faire baisser la garde à l'adversaire, lui donner l'illusion de sa supériorité et le frapper à l'heure où il se voyait triomphant. Le Président actuel croyait avoir tué le père, comme chaque disciple doit le faire de son mentor, il l'avait juste conduit à une retraite propice à l'ultime vengeance. Pourtant il le connaît si bien son Chichi, Sarkozy. N'a t-il pas dit de lui : « On croit que Jacques Chirac est très con et très gentil. En fait il est très intelligent et très méchant .»

Avec François Hollande, auquel il aura beaucoup appris, à commencer par laisser l'adversaire le sous-estimer, sa revanche a enfin un visage et un nom. Puisque le clan des chiraquiens a échoué, il reste le clan des corréziens, c'est tout aussi bien, ça fleure bon la France et son terroir, ses valeurs et son histoire et cela correspond à une certaine lignée présidentielle, de De Gaulle à Pompidou, de Mitterrand à Chirac lui-même. La France du Fouquet's n'existe pas, celle du Mont Bessou, si. Trop pressé de célébrer son triomphe, Nicolas Sarkozy n'a pas su éviter le piège et réfléchir dans la contemplation des vieilles pierres et de ces arbres si chers à Mitterrand – le seul qui fut supérieur à Chirac dans l'arène politique. Méprisant le recul et les cimes, les pages jaunies des bouquinistes et les leçons de l'Attique, Sarkozy, le hussard impatient, n'a pas vu fondre sur lui une dernière fois les ailes de celui qu'on appela jadis « Le grand condor ». Chutera-t-il de son « cheval d'orgueil » ?

Le 6 mai prochain, nous connaîtrons enfin le terme de cette guerre. L'issue n'en est pas certaine, mais il y a fort à parier que la victoire éventuelle, et souhaitable, de François Hollande, permettra à Jacques Chirac de partir en paix à l'heure que le destin lui assignera.

 

Photo (Reuters)

 

12:37 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : chirac, sarkozy, 2012, élection présidentielle, de villepin, wuyilu | |  Facebook | | | |