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18/05/2012

UNE PROPHETIE EUROPEENNE

Le 17 mai, jour de passation de pouvoir entre ministres, est parue dans le journal Le Monde une tribune porteuse d'une sombre prophétie qui mérite d'être relevée, tant elle pourrait plomber l'ambiance à l'échelle européenne, à l'heure où la gauche française fête une alternance si longtemps attendue. Titré « Entre l'UMP et le FN, les digues sont rompues » et signé par le chercheur Gaël Brustier, ce texte remarquable nous signale une recomposition de la droite française et la suppression des frontières entre le parti d'origine gaulliste et celui de Marine le Pen, avec les futures conséquences électorales que nous pouvons imaginer et que Gaël Brustier décrit en ces termes : « Les "digues" s'affaisseront vraisemblablement en juin mais devraient surtout s'effondrer au cours des élections locales de 2014 et 2015. Si plus rien ne peut empêcher la droite de suivre son destin, la seule question désormais est celle de la prise de conscience de la gauche française »


Conséquence d'une stratégie politique initiée sous Nicolas Sarkozy, de l'évolution sémantique du discours FN et des perceptions culturelles et économiques de la mondialisation comme de la construction européenne, ce phénomène touche aujourd'hui à sa quintessence et produira bientôt ses fruits, avec d'autant plus de vigueur que le scrutin proportionnel l'y aidera. Fondé sur un repli identitaire d'origine économique et sociale, «la peur du déclin collectif et du déclassement individuel », il est d'autant plus prononcé que la gauche d'orientation sociale-démocrate a déserté depuis longtemps le terrain de ces préoccupations pour s'engager sur les voies du sociétal et du suivisme néo-libéral et européïste. Le constat dressé par Gaël Brustier s'appuie sur une analyse spécifique de la situation française, notant au passage qu'en dépit du succès de la gauche à l'élection présidentielle, le cumul des voix obtenues par l'UMP et et le FN fut supérieur lors du scrutin 2012 à celui de 2007, qui avait pourtant porté la droite sarkozyste au pouvoir.


UN PHENOMENE SE CONSOLIDANT DANS TOUTE L'EUROPE


Cet état de fait pourrait relever du simple épiphénomène s'il n'était aujourd'hui observable à des degrés divers dans toute l'Europe, témoignant, selon l'expression de Gaël Brustier d'un « occidentalo-centrisme » délétère, dont les éventuelles conséquences ne laissent d'inquiéter. Tandis que la Grèce, à la fois engluée dans ses propres turpitudes et victime de la règle communautaire, s'est déjà livrée aux extrémistes de tous bords, allant jusqu'à offrir une véritable représentation au parti authentiquement néo-nazi « Aube Dorée », la Scandinavie, le Benelux, l'Europe de l'Est (Hongrie, République Tchèque etc...), succombent un par un aux sirènes d'une extrême droite qui, à l'image du Front National, a su infléchir sa stratégie ces dernières années, conjuguant ses traditionnels penchants xénophobes avec un discours de plus en plus social et noniste. Cette évolution s'est également portée sur la nature même du contenu xénophobe. Quand naguère, c'était l'étranger en lui-même qui était pointé du doigt, quand il ne s'agissait pas de la communauté cohabitante comme dans les Flandres, c'est aujourd'hui la corrélation entre l'origine et la religion supposée, notamment « arabo-islamique ». On a vu, dans un autre registre, lors de l'affaire « Merah », les confusions que cela pouvait engendrer, quand les autorités françaises, parlant des militaires assassinés, ont considéré à tort ceux-ci comme forcément «d'origine musulmane», au prétexte de leurs ascendances nord-africaines.


Cette désignation de l'ennemi, conjuguée au repli identitaire et à la volonté de reconnaissance croissante des origines chrétiennes de l'Europe, se double d'une défiance de plus en plus prononcée vis-à-vis d'une technocratie européïste déconnectée, supposée vendue au monde de la finance; entité sans visage mais également susceptible d'assimilation confessionnelle. On le voit dans le cas extrême de la Grèce où la situation économique et politique commence à se déporter sur des considérations antisémites, comme en Pologne où, parallèlement à un travail de mémoire national récent et salutaire sur l'origine de l'antisémitisme, les partis de droite et d'extrême droite n'hésitent pas à user à nouveau de l'élément judaïque, tant (et c'est une « tradition » en Pologne) pour revendiquer l'unicité chrétienne que pour fustiger certains problèmes économiques, en dépit de la croissance soutenue connue par le pays (3,9% en 2011 et 2,5% de prévision pour 2012). Ce phénomène est également observable en Suisse, pays prospère s'il en est, et non communautaire, mais victime de la peur bien connue de la contagion et dans lequel le parti d'extrême droite (UDC) est la première force politique, ayant réuni un peu moins de 30% des voix lors des deux derniers scrutins fédéraux.


AU ROYAUME DES AVEUGLES


Au niveau des principaux régimes européens, tous plus ou moins dominés par la droite libérale jusqu'à l'élection de François Hollande, le doute commence seulement à s'immiscer parfois, au milieu d'un océan d'aveuglement. Tandis que le gouvernement Allemand, pourtant en sursis, s'apprête à livrer une guérilla contre celui de Jean-Marc Ayrault, sur la renégociation du TCE, son Ministre des Finances Wolfgang Schäuble prédit sans rire une amélioration de la crise de la zone euro d'ici un ou deux ans, dans la poursuite des politiques d'austérité, et appelle à l'élection d'un véritable Président de l'Europe, élu au suffrage direct, sorte d'incarnation d'un pays qui n'existe pas et avance sans l'assentiment de ses peuples. Pendant ce temps, et dans le même ordre d'idée, l'ancien Président de la Banque Centrale Européenne, Jean-Claude Trichet, en visite à Washington, pour glorifier son bilan, plaide pour la mise sous administration européenne directe des pays incapables de mettre en œuvre les « préconisations » économiques de l'U.E.


On le voit, le fossé déjà abyssale entre le regard porté par les citoyens, en France comme ailleurs en Europe, sur leur perte de contrôle identitaire et économique et les directions envisagées au plus haut niveau communautaire, ne peut que se creuser au profit des partis d'extrême droite qui font en partie leur lit sur le refus de la mondialisation et d'une Europe purement financière. Ce phénomène ne peut que s'aggraver si, à l'échelon national, des parties entières du territoire et des populations sont en butte à la suppression des éléments de cultures locales (auquel la télévision participe grandement), des services publics fondamentaux (éducation, sécurité, santé, justice) ainsi que des symboles républicains, et que les citoyens assistent désarmés à l'accentuation des inégalités au profit d'une élite (de droite comme de gauche) atteinte de cécité et prompte à s'absoudre de toute responsabilité dans la dégradation globale des choses.


UNE RESPONSABILITE EXCEPTIONNELLE


De ce point de vue, on comprend bien que la gauche Française, portée au pouvoir par la grâce du rejet de la personnalité de Nicolas Sarkozy, davantage que par une adhésion à son programme politique, joue aujourd'hui bien plus que sa simple crédibilité. Les premières mesures qu'elle adoptera, notamment en matière de sécurité, de service public et de justice fiscale, mais plus encore sa capacité à faire entendre une voix différente en Europe, à l'écoute des peuples et dans la contestation d'une vision purement technocratique et financière, auront des conséquences absolument déterminantes. Elles engageront tout simplement la survie de la raison républicaine et de la cohésion européenne et nécessitent d'être menée avec un sérieux et une gravité exceptionnels.


Gaël Brustier est l'auteur de :

"Voyage au bout de la droite" avec Jean-Philippe Huelin : Mille et une nuits

"Recherche le peuple désespérément" avec Jean-Philippe Huelin : Bourin Editeur

12:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : fn, ump, ps, europe, trichet, schauble, ue, élections, gauche, wuyilu | |  Facebook | | | |

14/05/2012

QUELQUES TEXTES D'UN AUTRE GENRE

Durant quelques jours le blog Wuyilu va laisser de côté la politique et évoquer différents sujets et coups de coeur.



16:42 Publié dans Loisirs, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

13/05/2012

POUR ALLER A GAUCHE, C'EST PAR OU ?

AVANT de faire une pause politique et de se consacrer à quelques billets vaguement culturels, Wuyilu ouvre ses colonnes à LA GAUCHE POPULAIRE.

Ecrit à quatre mains par Laurent Macaire et Nicolas Lebourg, l'article manifeste reproduit ici revient sur la genèse et les buts d'un collectif qui fait couler beaucoup d'encre et dont votre serviteur se réclame.

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Durant et après les élections présidentielles, les membres de la Gauche Populaire ont apporté leur contribution à l’analyse du vote. Dans la gauche morale comme dans la gauche radicale, cela a mené à des interrogations quant à notre positionnement. À l’heure où la gauche entre en responsabilité, le débat d’idées est d’importance. Néanmoins, face à certaines confusions apparues, il nous semble important de préciser d’où parle la GP et vers où elle pense que la gauche doit aller. 

D’où vient la Gauche Populaire ?

Tout a commencé dans le cadre de la Fondation Jean-Jaurès par un cycle d’étude de l’Observatoire de la Social-Démocratie consacré aux néo-populismes en Europe et en France, et la manière dont la gauche devait y répondre. Le groupe a grandi par le jeu classique des affinités jusqu’à constituer un intellectuel collectif, informel mais uni, rassemblant des personnes très diverses dans leurs sensibilités et leurs parcours politiques (au sein de la gauche sauf dérogation) : souverainistes ou fédéralistes, jacobins ou girondins, première ou deuxième gauche, individus en délicatesse avec la gauche, écologistes.

Pour tous les membres, répondre à la montée du populisme supposait de rompre avec le social-libéralisme qui avait progressivement rempli le vide à gauche. Il avait pris la place d’une social-démocratie épuisée par vingt années de crise et l’avènement d’un capitalisme actionnarial et globalisé. La principale conséquence de cette nouvelle hégémonie idéologique était la rupture politique avec les catégories populaires au profit des minorités. La coalition de toutes ces minorités devait faire litière des antiquités du siècle passé : le peuple, les classes sociales et la nation. Il y eut un sursaut avec la parution de l’ouvrage Plaidoyer pour une gauche populaire, auquel contribuèrent des auteurs du collectif (Philippe Guibert, Laurent Bouvet et Alain Mergier). Une ligne politique claire s’est imposée à nous : le commun plutôt que les identités, le social avant le sociétal, l’émancipation collective plus que l’extension infinie des droits individuels, seule cette ligne politique permettant de bâtir une majorité sociologique et électorale. La gauche ne peut plus se satisfaire d’abandonner les catégories populaires au Front National ou à l’abstention. Dans le contexte de la présidentielle, il était hors de question que la gauche accédât au pouvoir par effraction, selon l’expression de la droite. Il était vital que la gauche construisît dans la campagne électorale les conditions d’un exercice durable du pouvoir.

Comme les précédentes, cette élection présidentielle a posé les débats pour les années à venir. Marquée par la troisième place de Marine Le Pen lors du premier tour et son score historique (17,9 % des suffrages, soit plus de 6,4 millions d’électeurs), elle a en effet confirmé les travaux et réflexions menés par le collectif depuis des mois. Il y a longtemps que la GP avait malheureusement prévu ce succès en tentant de comprendre les ressorts d’un tel vote dans les catégories populaires en particulier. Elle avait essayé d’attirer l’attention à gauche sur le sujet.

L’insécurité culturelle aujourd’hui

Le score de Marine Le Pen renvoie tant à des explications économiques et sociales qu’à des variables culturelles (peur de l’immigration, des transformations du « mode de vie », de l’effacement des frontières nationales…). Il importe de saisir que si cette insécurité culturelle est inséparable dans son appréhension, notamment dans les catégories populaires, de la dimension économique et sociale, elle s’en distingue tout de même. C’est à cette préoccupation-là que la stratégie « Buisson » (du nom du conseiller de Sarkozy issu de la droite dure) devait s’adresser autour du ciblage des musulmans et de leur « mode de vie » comme menace pour l’identité nationale (viande halal, prières de rue, burqa, etc.). L’original en a, comme attendu, davantage bénéficié que la copie. Si peu sépare dorénavant la Droite populaire du FN… La défaite (qui ne fait guère de doutes) de l’UMP aux prochaines législatives entraînera probablement une recomposition de la droite, ce qui donnerait à voir une configuration inédite : la fin de la « barrière d’espèce » en place depuis les années 1980 entre la droite et l’extrême droite.

L’élément structurant de cette élection était et reste l’inquiétude très forte des classes populaires sur la situation économique et la mondialisation. Une inquiétude multiforme, que la gauche a pour le moment du mal à traduire, à penser, et sur laquelle elle peut difficilement s’appuyer pour consolider son socle électoral même après le vote. L’atomisation du travail a répondu à l’individualisation des modes de vie. En effet, c’est cette « France périphérique », celle d’un monde rural et périurbain délaissé, notamment par le désinvestissement dans les services publics, celle des villes moyennes touchées par la désindustrialisation et les plans sociaux à répétition, qui vit un véritable abandon démocratique. Depuis des années, le traitement de la destruction du peuple social se limite à des opérations symboliques vis-à-vis de certains de ses segments. Pour le seul exemple de la cause des femmes, alors que cette élection a été marquée par un quasi-alignement du vote féminin sur le masculin pour le FN, on agite la question de quotas dans les conseils d’administration des grandes entreprises (une mesure certes discutable) plutôt que de s’attaquer au fait que les femmes représentent l’essentiel de l’armée de travailleurs partiels dans l’industrie.

Ainsi, la victoire de la gauche à l’élection présidentielle de 2012 n’a pas soldé le débat idéologique à gauche, bien au contraire. La puissance du score de Marine Le Pen et le bon score de Nicolas Sarkozy, en dépit d’une campagne radicale, démontrent la nécessité d’une réarticulation programmatique. La financiarisation et la planétarisation de l’économie ont depuis 40 ans liquidé les structures unitaires de la société française. La guerre de tous contre tous entretenue par le chômage de masse, la liquidation des grands récits et de l’encadrement des masses par des idéologies structurées, l’annihilation de l’ascenseur social, la déconstruction de l’histoire nationale au bénéfice de mémoires communautarisées, la réduction de la souveraineté populaire à l’opinion publique, puis de celle-ci à des segments communautaires : ce qui faisait République a été si mis en cause que nombre de nos concitoyens en sont venus à estimer que l’extrême droite pouvait en représenter la sauvegarde.

Pourquoi dans ses précédents exercices de pouvoir la gauche ne l’a-t-elle pas saisie, et y a-t-elle perdu une grande part des classes populaires ? L’insécurité culturelle n’est pas un thème identitaire destiné à masquer la question sociale comme le ferait la Droite populaire, mais relève d’une question économique qui a une implication culturelle et dont la Gauche Populaire se soucie. En effet, celle-ci est connectée à la question sociale : être de gauche c’est d’abord se soucier de la question sociale. En somme, nous disons qu’il faut aujourd’hui construire une synthèse jauréssienne de l’ère postindustrielle et postmoderne : plus de République, moins de société. Notre constitution décrit un pays qui nous est devenu lointain quand elle proclame « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». C’est pourtant ce programme, et lui seul, qui peut permettre au politique, et singulièrement à la gauche, de renouer avec le peuple. La déconstruction des solidarités sociales et économiques a engendré une insécurité culturelle à laquelle le repli identitaire ne peut aucunement répondre. Il s’agit, bien au contraire, que la République, comme ordre politique, et la justice sociale, comme principe organisant l’économie, viennent répondre à la passion égalitaire des Français.

Demain, la gauche

Se dessine un faux débat entre une droite identitaire qui l’est par ethno-nationalisme et une gauche identitaire qui l’est sur son identité politique qu’elle considère comme progressiste-sociétale avant que d’être sociale et  républicaine. Or, le droit de votes des étrangers ou la charte des langues régionales sont des éléments dont chacun peut débattre au sein d’un programme républicain et social. Ils peuvent, selon les affinités philosophiques, être validés ou non. En revanche, ce qui ne souffre pas de doute, est que si la gauche se limitait à ces éléments sociétaux, sa cause serait entendue dans l’avenir… Les questions de société doivent être considérées comme une simple partie d’un tout devant relever de la passion égalitaire et où le traitement de la question sociale doit être le fait dominant.

Cependant, être de « gauche », c’est croire à l’égalité sans ramener celle-ci exclusivement à la question sociale mais à ce qui tient ensemble en amont de cette dernière : l’égalité des conditions. La gauche est un moyen pour redresser le pays, et non une fin. Qu’est-ce que le peuple aujourd’hui ? Rien. Qu’aspire-t-il à devenir ? Tout. Au fond, ce qui relie « gauche » et « populaire » c’est la République dans sa dimension sociale et la Nation dans sa seule version universaliste. Nous ne proposons rien d’autre qu’un plaidoyer pour les valeurs des Lumières et de la République. Nous voulons que la gauche qui vient de revenir au pouvoir, remette le salut du peuple au centre de son action. Il en va aussi de l’intérêt de la gauche si elle veut cesser d’être un intermittent du pouvoir et un levain des extrêmes.
Par Laurent Macaire et Nicolas Lebourg
avec les contributions des membres de la Gauche Populaire


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08:57 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : gauche populaire, wuyilu, laurent macaire, nicolas lebourg, gauche, ps | |  Facebook | | | |