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29/11/2012

DES TROIS DROITES A LA DROITE ETROITE

Ok, tout le monde a relevé avec jubilation l’analogie entre le duel Copé Fillon et la série Dallas, la semaine même où son héros, Larry Hagman, passait l’arme à gauche, enfin … à gauche… Pourtant, est-ce bien à l’aune du PAF qu’il faut juger une aussi désolante affaire qui remodèle la droite autant qu’elle enterre les vieux schémas et célèbre le triomphe de Narcisse. Peu probable…

Enfiévrés par un duel de mâles domino, choc de pulsions égotiques, plus que de civilisation, tous les scribouillons de la place boivent la tasse et le bouillon en doctes analyses sur l’éclatement de la famille gaulliste et/ou le retour traditionnel aux trois droites, chères à René Rémond, la légitimiste, l’orléaniste et la bonapartiste. Certes, depuis longtemps ce triptyque a été reconditionné en droite populaire, droite sociale et droite humaniste, dans une tentative pensée par les stratèges sarkozystes pour ramener les brebis égarées au bercail. Qu’importe, l’antique définition garde de son panache et son bois patiné confère une belle autorité aux éditorialistes qui le lustrent.

Toute la famille de l’UMP entre François Fillon et Jean-François Copé

Et vas-y que je te convoque la (contre-) révolution française, sur l’autel d’une lutte fratricide de petits coqs, sans comprendre que la véritable nouveauté de ce temps politique est la mise au rebut définitif des idéologies autant que des convictions, dans la seule considération de l’extrême pragmatisme et de l’opportunisme le plus radical, quelles qu’en soient les conséquences. Et manque de bol, cette fois-ci la conséquence conduit à la dissémination façon puzzle de toute la stratégie minutieusement mise en place depuis des mois pour contrer la politique du gouvernement Ayrault, tandis que les trois droites volent en éclat dans de baroques alliances de circonstances.

Le libéralisme, aka Me, myself and I

Que de ces pyramides rédactionnelles d’où la semaine dernière nous contemple, on tire l’audacieuse conclusion d’une décomplexion de la droite, concomitante à la mort du gaullisme, soit. Puisque les mots des cons plexés servent de punchline ânonnées aux glands boutonneux à Weston de l’UMP, c’est que ça doit être vrai : tout balai dans le cul et missel dans le gosier soient-ils, ces morveux qui ont la rue de la Convention pour seule référence révolutionnaire, se lâchent velu dans une surenchère dragée Fuca plus inspirée de Bigard que de Maurras. D’ailleurs cet autre Jean-Marie, n’a-t-il pas aussi baisé les pieds du souverain pontife. Habemus papam, man. Quand au grand Charles, pas Maurras, l’autre, il a bien fait de sucrer les fraises au retour d’un voyage en Irlande pour y chercher l’oranger célébré par Bourvil.

« Parce que le gaullisme était l’opposé d’une posture et d’un égoïsme, parce qu’il était arbre de convictions et assimilation d’un nom à un destin collectif, il ne pouvait que se heurter frontalement aux mœurs ambiantes »

Parce que le gaullisme était l’opposé d’une posture et d’un égoïsme, parce qu’il était arbre de convictions et assimilation d’un nom à un destin collectif, il ne pouvait que se heurter frontalement aux mœurs ambiantes, où de petits vampires névropathes se contemplent le nombril atrophié dans le miroir de l’immédiat. Il était surtout, chantre de l’économie mixte, le dernier rempart affirmé contre l’absolu libéralisme, cet autre nom du Me I and myself, « moi, moi mon moi », qui a atomisé la société en autant d’antagonismes qu’il est de particuliers, au grand et unique bonheur du marketing de niches. Avant on mettait ses couilles sur la table, désormais on y pose sa bourse. Exit de Gaulle, mais les trois droites, schéma classiquement rassurant pour les lézards de la pensée éditorialiste, n’en sont pourtant pas davantage reconvoquées par le réel. L’étroite droite, à la rigueur.

Que nous ont tous t-ils dit ? Qu’à nouveau, dans ce rassurant ressac d’une Histoire plan-plan, le duel fratricide entre Copé et Fillon, en embuscade duquel maraudent le reptilien Borloo et la sépulcrale NKM, épouse la tradition séculaire (amen) de la droite accouchée par la Révolution. On aurait donc d’un côté, Copé le Bonapartiste, s’appuyant davantage sur le peuple que sur l’institution, décomplexé à souhait, portant haut le mythe du chef à la manière d’un Sarkozy homme à tout faire, et flattant l’opinion à coups de pains au chocolat. De l’autre, Fillon et Borloo qui navigueraient dans les eaux orléanistes, le premier davantage dans le sillage de Louis-Philippe, tenté par un autoritarisme paternel et une vision sociale davantage empreinte de charité que de solidarité et le second, plus libéral velléitaire, élevé dans les charentaises du radicalisme et du pépère louvoiement. Enfin, à l’extrême, bien que n’épousant plus exactement ce schéma tout en s’en rapprochant depuis peu, on trouverait, dans le corsage de Marine, un ersatz de droite légitimiste, se vivifiant à l’air des réformes sociétales poussées par François Hollande.

La pire Télénovela sous le regard rancunier et goguenard d’Alain Juppé,

Les trois droites, c’est nous !

C’est cela, oui. Sauf à ne considérer que les têtes de gondole figurées par les deux marioles qui draguent la Cocoe (fallait pas avoir peur du ridicule sur ce coup de naming) et confient l’UMP à la plume incertaine du pire scénariste de télénovela sous le regard rancunier et goguenard d’Alain Juppé, cette analyse tutoie l’abracadabrantesque et la suprême flemme intellectuelle. Parce qu’enfin, la grande nouveauté réside justement dans la répartition des enfants des droites bonapartistes et orléanistes dans les deux camps, au mépris de tout autre logique que celle de l’égo et de la surenchère décomplexée. La seule droite qui se dégage de cet agrégat incertain est simplement électoraliste et moche, prête à rompre toutes les digues sur l’autel d’une très éphémère victoire… Parce que le pragmatisme sait aussi montrer son cul à la sagesse et porter en son sein les embryons des futurs massacres, parce qu’il sait aussi jouer les apprentis sorciers sans jamais verser son obole à un romantisme déconsidéré… Cela donne d’improbables alchimies à l’heure où les girouettes se font derviches tourneurs, quand le lion pactise avec le babouin, contre le crocodile et la chèvre.

En clair, regardons ceux qui se pressent dans le champ des caméras, derrière les histrions Copé et Fillon, et monnayent chèrement leur place sur la photo du grotesque, sans qu’il soit possible d’en tirer la moindre ligne politique.

Chez Fillon, Laurent Wauquiez et son « cancer de l’assistanat » serait orléaniste, tandis que chez Copé, le placide Raffarin, bercé à l’ombre de René Monory serait bonapartiste ? Wouarff

Chez Fillon, Eric Ciotti, l’homme qui voit partout la nationalité bradée et fut le chantre de la Droite populaire aux côtés du délicat Christian Vanneste, n’aurait pas davantage d’accointances avec son adversaire copéïste Lionnel Luca qu’avec sa consœur filloniste Valérie Pécresse ?

Chez Fillon, Claude Guéant, l’homme de la croisade anti-immigration de Sarko, pour qui « toutes les civilisations ne se valent pas » et fait l’amalgame entre le vote des étrangers et l’imposition de la nourriture hallal dans les cantines vaudrait mieux que la nouvelle groupie du maire de Meaux, Nadine Morano qui, de son « Moi, j’aime beaucoup Marine le Pen », « partage les mêmes valeurs » que les électeurs du Front National ?

N’en jetons plus, la cour est pleine et la preuve est faite. Dans chaque camp, de NKM à Christian Estrosi, complexés et décomplexés, orléanistes et bonapartistes, partouzent gaiement, dans le mépris assumé du peuple autant que de la cohérence, quitte à faire boire à l’opinion le calice jusqu’à la lie.

Finalement, s’il faut une référence, tous ces gens sont enfants de Guizot et de son fameux « Enrichissez vous par l ’épargne et le commerce », indépassable horizon du cataclysme égotique qui submerge notre monde.

Et comme dirait le bon Raffarin : la route est (à) droite, mais la pente est rude…

Boîte noire

22/11/2012

Copé-Fillon : élection piège à cons

Le duel fratricide pour la direction de l’UMP entre Jean-François Copé et François Fillon a permis à tous les éditorialistes et blogueurs de la place de Paris de rivaliser une fois de plus dans le panurgisme en s’appropriant et en détournant la fameuse une de Hara-Kiri célébrant la mort du général de Gaulle. Sous leur plume, le « bal tragique à Colombey » devient « bal tragique à l’UMP : deux morts », alors qu’en réalité, les seules victimes du scrutin sont la France, la démocratie autant que la silhouette agonisante du gaullisme.

Jean-François Copé dialoguant avec son adversaire

En 2007, Nicolas Sarkozy avait promis de liquider l’héritage de mai 1968, il aura finalement surtout balayé les dernières traces du Grand Charles en son linceul de symboles. Pour revenir à ces années évoquées, la situation convoque plutôt la sentence du bon Jean-Paul Sartre, « Élections, pièges à cons » distillée dans un éclair de lucidité né de l’ivresse d’un printemps électrique. Depuis, régulièrement, l’adage se vérifie, mais il vise plus volontiers le citoyen, ce gogo dont le quotidien est régulièrement laminé par les conséquences des scrutins, que les candidats. Pas cette fois. En se haussant du col dans la prétention de diriger le premier parti d’opposition, François Fillon et Jean-François Copé ont fait virer la foire d’empoigne en foire aux vannes, encore aux dépends de la crédibilité du politique. Entre péremptoires revendications de victoire, accusations de fraudes, crêpages de chignons et de cravates bleu horizon, la France forte a versé dans la farce, la droite décomplexée dans ces « paniques morales » chères à Stanley Cohen.

La dignité qui tapine sur le « Boulevard du crépuscule »

Pendant que Jean-François joue Ramona aux électeurs…

Ça valait bien la peine pour l’UMP de dénoncer l’amateurisme du gouvernement et de s’associer aux manifestations de Frigide Barjot contre le mariage pour tous, pour finir lestée de cette bonne blague qui circule sur tous les réseaux sociaux : « aujourd’hui, l’UMP a deux papas : le mariage pour tous est une réalité ! ».

Dans les faits pourtant, l’UMP est surtout orpheline et il n’est même pas certain qu’il faille s’en réjouir. Mais en ces temps où l’automne fait aussi chuter les feuilles de la pensée, médias et politiques rivalisent d’efforts pour acter que les choses sérieuses ne se jouent plus dans les hémicycles et autres cénacles du pouvoir, mais bien « à la corbeille ».

Preuve en est que l’autre tsunami politique du jour, qui affole les rédactions et feraient chauffer les téléscripteurs s’ils existaient encore, est l’annonce de la séparation du couple phare de la gauche converse et marinière, Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg. Pute borgne, c’est la dignité qui tapine sur le « Boulevard du crépuscule », la chevauchée des baltringues dans le « Apocalypse now » du pauvre.

… François trace sa route… et tout le monde va dans le mur….

Dans ce scrutin où les duellistes rappellent davantage Chevalier et Laspalès que les Travolta et Cage de Face Off, le grand perdant sera toujours la République française, le seul vainqueur, le chœur shakespearien des charognards qui chante l’antienne du « tous pourris » et attendent de se repaître des viscères de la démocratie.

Quand les candidats en lice sont aussi mauvais, ni grand prix, ni accessit, seulement de la bile qui ronge le ventre déjà meurtri de Marianne… et des Français, de droite, de gauche, d’ailleurs et surtout de nulle part, qui assistent interloqués au spectacle de l’agonie d’un idéal, à la dernière mort du gaullisme. La nature a horreur du vide, quand un parti se suicide dans les tuyaux du tout à l’ego, ce sont d’autres cafards qui remontent le long de la plomberie et occupent les toilettes. Et dire qu’on nomme encore ces gens « responsables politiques » : responsables, vraiment ?

Daubresse daube et Big Marine is watching you

Et on les regarde encore en se frottant les yeux, affublés de leurs lieutenants, un sacré casting de winner, présentant des mines de tragédiens antiques, surjouant l’indignation, l’outrage et le caractère, tandis que le drame se noue dans les écuries d’Augias, à une hauteur de vue convoquant davantage Arthur et les minimoys que Horace, Labiche que Eschyle. Jugez vous-même des soutiens. À ma gauche, dans le coin du Droopy de la Sarthe, un parterre de poids lourds du gaullisme, cette France qui a dit « non », mais on ne sait pas à quoi : Valérie Pécresse, Eric Ciotti, Christian Estrosi, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, Claude Guéant…

À ma droite, dans le camp triomphant du Duke Ellington de Meaux, nous avons pêle-mêle et en toute décomplexion : Nadine Morano, Rachida Dati, Brice Hortefeux, Lionnel Luca, et … Marc-Philippe Daubresse. Ah Marc Philippe, comment dire ? Ne disons rien, laissons-le parler. Après s’être plaint, comme ses adversaires, des incroyables fraudes constatées, ce chantre de la gastronomie électorale croit bon de justifier la chose d’un sidérant : « Il y a ni plus ni moins d’irrégularités que dans des scrutins législatifs », validant l’idée d’un état de décomposition avancée de la démocratie. Puis pour commenter la victoire avec la certitude de laisser une trace dans l’Histoire, ce natif de Lille, ville réputée d’Europe de l’Est, conclut en ukrainien d’un cinglant : « Quand le blé est mur, il est temps de le récolter ».

Définitivement, Copé et Fillon n’auront fait que prouver combien la place est vacante à l’UMP,  même si le premier l’a finalement emporté. Leur naufrage fait déjà briller de douces lumières dans les yeux incrédules de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy… Ivre, Jean-Louis Borloo se prend aussi à espérer. Mais bon Dieu, c’est donc vrai, nous avons la droite la plus bête du monde ! Et en plus, maintenant, elle est décomplexée… à l’extrême. Ce qui restera, finalement, le seul enseignement majeur de cette pantalonnade électorale.

On croyait les socialistes orfèvres en matière de psychodrames congressistes et de tripatouillages électoraux, on se rend compte que le pire Congrès de Rennes est finalement un tendre épisode du Manège enchanté, un Plus belle la vie au pays de Flamby, une pilule rose du bonheur.

Pendant ce temps, heureusement que Libération, le grand quotidien national de droite, jamais avare de soutien à la grande famille libérale et dispendieux de son légendaire sens politique, a cru bon de titrer son édition d’hier sur les déboires du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault. Ouf, l’honneur de la droite est sauf. Mais, de l’Élysée à Matignon, on doit quand même bien se taper sur les cuisses… On aurait pourtant tort de trop se réjouir, la mascarade éclabousse toute la classe politique, d’autant que la très courte victoire de Jean-François Copé ouvre les vannes à un torrent boueux et saumâtre propre à faire exploser les dernières digues de la décence.


Cet éditorial a été préalablement publié dans RAGEMAG

Boîte noire

14/11/2012

WUYILU DANS RAGEMAG

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13:17 Publié dans Blog, Politique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ragemag, wuyilu | |  Facebook | | | |