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02/02/2012

LE SENS DU PEUPLE CONTRE LE PEUPLE SENT

IMG_0574.JPGGauche pop versus Terra Nova

N'étant ni sociologue, ni universitaire, ni même intellectuel, mais ne jugeant pas infamant de penser juste armé d'une quelconque intuition, je commence à me sentir enfin en mesure de choisir mon camp au regard du débat sociologique qui agite (enfin) la gauche, à l'ombre de la campagne présidentielle.

Je parle de la gauche, alors même que je ne m'en suis jamais réclamé et que je doute encore de pouvoir le faire. Mais je sais au moins maintenant ce qui m'en avait toujours éloigné et qui s'incarne dans le fameux rapport de la Fondation Terra Nova publié l'an dernier (voir ici) qui préconise et grave dans le marbre la séparation entre la gauche et le peuple, la dislocation des catégories le représentant, ainsi que le brouillage du concept et du rôle de l'État. Or cette préconisation a posteriori est le symbole et la cause des nombreux échecs de la gauche lors des derniers scrutins présidentiels, le terreau sur lequel les extrêmes, à gauche comme à droite, ont pu continuer à fructifier, représentant désormais un bon tiers de l'électorat, le germe de la séparation entre les élites et le reste des citoyens et une pathologie participant de la défiance globale à l'égard du politique.

Pourtant l'aspect salutaire de ce rapport qui n'a fait qu'accompagner une réalité objective, née partout en Europe au mitan des années 80 et portée à son apogée par l'effondrement du bloc soviétique, a été d'enfin provoquer une réaction initiée par des intellectuels ne supportant justement plus de végéter dans la tour d'ivoire d'une pensée auto-proclamée supérieure, planant au dessus des hommes et de leur vie, substituant à leur état civil leur appartenance à une minorité de tendance. L'une des premières pierres à cet édifice critique a été posée presque involontairement, et antérieurement au rapport Terra Nova, non par un des contempteurs de cette gauche, mais par un de ses symboles, en la personne de Laurent Joffrin avec sa très instructive « Histoire de la gauche caviar » qui, voulant justifier l'influence salutaire de cette mouvance depuis l'antiquité, arrive pourtant à une conclusion sans appel quant à son expression contemporaine. Pour le reste le débat est désormais porté dans l'agora par les membres turbulents de la Gauche Populaire et notamment Laurent Bouvet, dont le récent « Le sens du peuple » redonne ses lettres de noblesse à une expression collective, dans laquelle le peuple est à la fois considéré dans son ensemble et acteur de son destin, et l'État autre chose qu'une simple gare de triage où s'orientent sans contrôle les évolutions anarchiques de la société.

A quelques mois de la présidentielle, alors que Nicolas Sarkozy ne peut plus gagner, mais la gauche encore perdre, ce débat semble enfin vivace au sein du Parti Socialiste, bien que son candidat, féru de synthèse jusqu'au vertige, ne semble pas avoir encore tranché, dansant d'un pied sur l'autre, du peuple à sa négation, à chacune de ses interventions.

Le blog de Laurent Bouvet (ici) Blog de la gauche Populaire (ici)

  • Laurent Joffrin « Histoire de la gauche caviar », Robert Laffont – 2006

  • Laurent Bouvet « Le sens du peuple : la gauche, la démocratie, le populisme », Gallimard – 2012

11:57 Publié dans Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |

05/10/2011

A MARIANNE : RENDEZ-NOUS KAHN ET MACE-SCARON

 marianne,mace-scaron,jean-françois khan

Cher Maurice Szafran,

 

Je profite de la réception d'une énième lettre de relance, consécutive au non renouvellement de mon abonnement à Marianne, pour vous faire part de quelques remarques concernant l'évolution éditoriale de ce magazine.

 

Tout d'abord, rassurez-vous Maurice, bien que ne souhaitant plus recevoir votre prose énervée dans l'indigne boite à lettres de mon modeste logement, je continue très régulièrement à l'acheter chez mon détaillant. Cela permet, faisant d'une pierre deux coups, de vous offrir une marge légèrement supérieure, tout en justifiant mes positions quant à la défense du commerce de proximité. Par delà ces basses considérations, cela m'oblige à davantage d'exigence à votre endroit, me conduisant à parfois économiser 2,50 euros quand les titres barrant votre une sentent le (très) réchauffé ou se laissent aller à sonder sans recul les tendances les plus futiles de notre société. Je ne prétends d'ailleurs pas que ces « grandes » enquêtes soient dépourvues d'intérêt, il apparaît simplement qu'elles me concernent moins que d'autres et méritent, de mon point de vue, un traitement plus exhaustif que ce que vous en proposez la plupart du temps.

 

Par ailleurs, je vous dois l'aveu suivant : mes relations dans la presse et les médias en général pourraient me permettre de bénéficier tout à fait gratuitement de votre hebdomadaire. Il se trouve qu 'au regard de la situation globale de la presse (particulièrement magazine) et de mon positionnement personnel, le geste d'achat de Marianne me paraît nécessaire, même si j'ai décidé d'être plus parcimonieux à son égard. Et je dois aussi, à ce sujet, remercier Myriam Perfetti d'avoir défendu de la plus belle des critiques la publication de mon dernier album *, mais c'est une autre histoire.

 

Pourquoi ?

 

Plusieurs évènements en sont la cause et je dois totalement vous exempter de la responsabilité de la plupart d'entre-eux. Les principaux coupables sont parfaitement identifiés et méritent d'être traqués jusqu'au plus profond des grottes Afghanes : une « soubrette » qui passait par là, et un mot étrange qui est entré au palmarès des singularités linguistiques 2011, « intertextualité ». Au final deux victimes gisent au cimetière des rotatives, Jean-François Kahn et Joseph Macé-Scaron, même si le dernier joui encore d'une bonne place dans l'ours de votre magazine, moins dans ses colonnes. En soit, je le répète, vous n'y êtes pour rien. JFK s'est noblement sabordé au cours de l'affaire DSK, jetant le voile sur des décennies de fulgurances intellectuelles de salubrité publique. Quant à Joseph Macé-Scaron, le buzz provoqué par ses quelques emprunts** totalement anecdotiques, bien que coupables, dans son remarquable livre « Ticket d'entrée »***, ne pouvait susciter de réaction plus sensée que la vôtre. Mais voilà, associé au départ vers d'autres cieux de Clara Dupont-Monod, votre journal a subi des dégâts collatéraux d'une ampleur qui me semble assez problématique... Et sur ce point, cher Maurice, j'aurais tendance à vous incriminer un tantinet si vous le permettez. Déjà, je vous l'avoue, les arrivées conjuguées et chaotiques de Jacques Julliard, l'homme qui s'est toujours trompé, tant par naïveté (et il continue) que par réflexe de caste, et de Denis Jeambar, dont la proximité avec votre ligne éditoriale m'avait toujours échappé, et qui a commis un « Portrait crachés »**** dont le titre oublie « dans la soupe », m'avaient quelque peu chagriné. Mais le remplacement de l'éditorial, toujours profond et souvent émouvant, de Macé-Scaron par la pitrerie cynique et sans fond de Nicolas Bedos, termine de me laisser un goût amer dans ma lecture. Je n'ai rien contre le cynisme et la provocation, pouvant parfois m'y complaire aussi. D'ailleurs Bedos parvient parfois, malgré moi, à tirer sur les commissures de mes lèvres dans l'ébauche d'un sourire. Le problème est que Marianne n'est pas « Fluide Glacial » et Bedos, ni son père, ni Desproges.

 

 

Jean-François Kahn était l'étoile intellectuelle et la conscience du magazine, celui qui m'avait fait commettre l'erreur d'un engagement partisan et militant, celui qui, en conformité avec votre propre regard, avait donné tant de crédit et de sens à la parole de Marianne. Joseph et Clara en était, en dépit de « l'intertextualité » et du côté branché tendance Fred Perry du premier, les cautions littéraires. Ils ont avec Neumann, Domenach, Conan, Nathan, Rémond, Légasse, vous et quelques autres, contribué à faire de ce magazine un îlot singulier et indépendant dans la presse magazine. Or, chaque semaine, en me rendant chez mon marchand de journaux, j'ai de plus en plus le sentiment d'acheter « Le nouvel observateur ». Cela me fait regarder avec la plus grande perplexité la pile de 300 et quelques numéros de Marianne qui s'entassent encore dans mon salon... à la veille d'un déménagement....

 

Heureusement, Alain Rémond, vaut toujours 2,50 euros à lui seul....

(Et puis François Darras... alias JFK)

 

  • * Article de Myriam Perfetti, Marianne n° 611 du 3 janvier 2009 : « La révélation : Sire en majesté. » à propos de l'album « Chair memories »

  • ** … Ceux de ses critiques littéraires me laissent justement plus critique.

  • *** « Ticket d'entrée », Joseph Macé-Scaron, Grasset 2011, 332 p, 19 euros

  • **** « Portraits crachés », Denis Jeambar, Flammarion 2010, 272 p, 20 euros

15:38 Publié dans Livre, Politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Tags : marianne, mace-scaron, jean-françois khan | |  Facebook | | | |