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10/08/2012

LARMES DE POEME D'UNE NUIT DE LA GREVE OLYMPIQUE

terre+soleil.jpgEtant le porte drapeau de nulle part, ou de l'ailleurs, ambassadeur du néant, représentatif de rien, à tel point qu'une partie de moi-même m'échappe, je peux décréter solennellement ouverte mon indifférence à la trêve olympique, cet insupportable storytelling qui a transformé une courte parenthèse pacifiste antique en un sparadrap sur les lèvres de la conscience planétaire.

La nuit parisienne égrène doucement ses heures, ma conscience geek et l'idée de quelques personnages bien réels, élans d'amour passionnés aux confins de la culpabilité, nés d'un(e) deal, ou relents d'une colère effrénée à l'ultime frontière du cynisme, me refusent le sommeil une fois de plus, Djinns antagonistes qui dansent une capoeira ironique sur mon utilitarisme paralysé.

Dans la brume de paupières mi-closes, j'observe s'entrechoquant sur mes écrans, l'absurde dérive des continents médiatiques. Des commentaires toujours enflammés qui parlent de foules dont les courses sans rapports forment le grand kaléidoscope de la discorde. Le laudateur chante la gloire de l'athlète, le faux compassionnel l'élan brisé du rebelle foudroyé d'une balle dans le dos. D'Alep à l'Olympe, fut-il déplacé à Primrose Hill, le ton est finalement le même, enflammé par convenance, irrigué d'indécence.

Ailleurs, dans le silence des cabinets, les chevaliers de l'immobile chevauchent à minima sur la piste des statu quo d'un monde qui avance pourtant. De Bruxelles aux cénacles Onusiens la compromission arthritique sclérose les volontés. Bien malgré le « e pur si muove » la révolution terrestre, aveuglé par le soleil d'or de médailles ternies à la patine du réel, dévie légèrement de sa trajectoire; et déjà se présente sournois le grain de sable qui, aggloméré à ses semblables, formera le mur de l'écrasement, aux mains du maçon de l'irresponsabilité d'un temps sans recul ni perspective.

Alors, tandis que le soleil entame une fois de plus son lever sur les clameurs de victoires aussi dérisoires que les luttes qu'elles plongent dans le silence, les larmes montent avec l'odeur du café. Une fois de plus j'imagine les yeux de Stefan Zweig en ce matin du 22 février 1942, fatigué par la vieillesse autant que par l'éternel braillement d'un monde qui ne parvient pas à quitter son inconséquente adolescence. Me revient aussi, pour toi, Arthur, cette citation de Gary attribué à l'imaginaire Sacha Tsipotchkine* : « L'homme – mais bien sûr, mais comment donc, nous sommes parfaitement d'accord : un jour il se fera ! Un peu de patience, un peu de persévérance : on n'en est plus à dix mille ans près. Il faut savoir attendre mes bons amis, et surtout voir grand, apprendre à compter en âges géologiques, avoir de l'imagination : alors là, l'homme ça devient tout à fait possible, probable même : il suffira d'être encore là quand il se présentera. Pour l'instant il n'y a pas de transes, des rêves, des pressentiments... Pour l'instant, l'homme n'est qu'un pionniers de lui-même. Gloire à nos illustres pionniers ! »

A cette heure, la douleur chante sa plus enivrante mélopée, notre mariage est de ceux dont on fait les légendes, mais je ne suis rien en mes propres pensées. Je la contrôle encore pour revenir à ceux dont j'ai croisé ces beaux combats que les sables mouvants médiatiques engloutissent partout ailleurs qu'en ma mémoire et en celle de quelques autres. Je pense à vous Luis et Élisabeth, évadés de Cuzco sur les pentes des Sentiers Lumineux... Plus que tout, avec Jay, à vous Ousmane et Doudou, nos frères Peuls, qui domptez la fureur sourde du Sahel dans l'insupportable silence de la bonne conscience du cirque humanitaire (et j'exhorte ici mes amis de Ragemag à bientôt vous ouvrir leur colonne par notre plume)... A toi Sofia, enfant de Tchernobyl, dont les doigts magiques ont vaincus les radiations sur les zébrures d'un piano qui résonnera toujours en moi... A toi, misaotra, veluma, azafady, Rajery, le virtuose manchot d'Anosibe Ifanja... A vous Dorje Tsering Chenaktsang, le duo Elise / Elyse et Drolmatsedan, le poète des lacs empoisonnés, les révoltées des lacs enchantés, de Montbel à Vassivière, et le médecin des plateaux du Qinghaï... A toi, comme toujours, Olivier, l'aquaboniste sublime, mon amour, enseveli dans une terre que tu détestais, victime du séisme hémophile servi par les Diafoirus qui mille fois trahirent leur serment d'Hippocrate à hypocrites...

A toi enfin, qui ne sais pas encore le combat que tu mènes déjà, à toi, fille du soleil et enfant de la lune, née lumineuse un jour d'éclipse totale, qui pourtant ne peut jouir dans l'insouciance du plus belle astre, ce feu qui illumine notre monde que l'on destine pourtant à d'autres flammes. A toi Karell, ma fille et à celle dont tu as peu à peu éteint le sombre volcan et l'orage incendiaire pour la porter dans la contrainte sur le nuage de la création...

 

*Exergue du recueil « Gloire à nos illustres pionniers » - Gallimard 1962

*Merci, au revoir, pardon (en malgache)

 

29/05/2012

CONFLIT D'INTERET ET INTERET DU CONFLIT

Le blogueur Juan, impitoyable et délicieux chroniqueur du règne sarkozyste, vient de lancer une invitation pleine de bon sens à l'adresse de l'ensemble de ses confrères écrivant à propos du champ politique, en les enjoignant de déclarer les conflits d'intérêts pouvant altérer la probité de leurs billets. Ca tombe mal, j'en vis beaucoup et je trouve ça souvent passionnant. L'intérêt des conflits d'intérêts tient notamment dans le scrupule qu'on peut avoir à dénoncer tel ou tel d'entre-eux en l'observant à l'aune des siens et l'inclinaison à se montrer ainsi plus clément dans ses jugements. En fait, non, ça ne marcconflit d'intérêt, blog, sarkofrance, juan, wuyiluhe jamais ainsi, et l'homme, orgueilleux et imprudent, se jette à gorge déployée sur sa potentielle victime sans faire grand cas de ses propres turpitudes. Gniark, c'est bien fait. C'est sans doute dommage, mais je n'irai pas plus avant dans des considérations judéo-chrétiennes qui me vont mal au teint. Déclarons donc :

 

1°) Etiquetté (par je-ne-sais-qui) de centre gauche, je ne fais pourtant pas mystère de mes accointances avec les odieux conjurés de la Gauche Populaire, prenant désormais plaisir (heu, non pas du tout) à me faire traiter de überlepéniste par les apprentis-sorciers de la gauche miaou-miaou-ultralibérale-progressiste-terra-novienne.

2°) Bien que soucieux de l'indépendance de mon blog et de son esprit (qui est le mien), cet insupportable amalgame avec les quelques déviants sus-mentionnés, qui osent publier dans cette feuille fascisante qu'est Marianne, m'a conduit à accepter de collaborer au magazine culturel Rage Mag, organe peu enclin à se soucier de bien-pensance, fut-elle de gauche.

3°) Cette collaboration épisodique entre en conflit avec la course à l'audience bloguesque, à laquelle je ne participe pas, mais quand même, c'est plus cool quand j'ai des lecteurs directement ici...

4°) Je reconnais, plus sérieusement, le véritable conflit d'intérêt lié à certains frottements entre mon activité de rédacteur / communiquant et ma ligne de blogueur. Je ne parle jamais de certaines sociétés, même quand elles jouent avec la morale que le public réprouve (ou l'inverse), à partir du moment où elles figurent au nombre de mes clients, encore plus quand elles abritent en leur sein des personnes qui me sont très chères.

5°) Il peut en être également ainsi de quelques personnalités notoirement de droite (ou du centre) qui comptent au nombre de mes amis, cette dernière notion, l'amitié, étant hélas pour moi, insensible à toute tergiversation.

6°) Bien qu'éloigné depuis moins de trois ans du Mouvement Démocrate, pour lequel j'ai participé à plusieurs campagnes, me glissant même sur une de ses listes aux municipales, j'ai activement fait campagne lors de la primaire socialiste et soutenu François Hollande avec vigueur, en dépit de mon aversion pour nombre de leaders de la rue de Solférino. Je me félicite d'ailleurs de la victoire de ce même François Hollande et de la nomination de Jean-Marc Ayrault au poste de Premier Ministre. Et pourtant, je ne dépasse jamais certaines bornes dans l'éventuelle critique de mes anciens acolytes de sang triste.

7°) Fustigeant souvent certaines dérives administratives, je suis pourtant fondamentalement attaché à une défense sans limite du service public, mais d'un service public concentré sur ses tâches fondamentales.

8°) Pouvant regretter (très peu) certaines dérives de « l'assistanat » et de « l'État Providence », j'ai moi-même, du fait de problèmes de santé limitant considérablement ma capacité de travail, l'obligation de solliciter régulièrement quelques aides de la CAF.

9°) Très sensible aux thématiques écologistes et infiniment triste de leur disparition de la campagne présidentielle (merci Éva), je suis contraint (pour les raisons citées dans le 8ème point) de me déplacer exclusivement en voiture. C'est un fallacieux mais réel prétexte, dans la mesure où j'aime tout simplement les voitures et certains fruits d'une société obsédé de faux progrès, dont je combats pourtant le caractère ultra-consumériste et les fausses valeurs.

10°) Farouche défenseur d'une certaine idée européenne (me demandez pas laquelle), je n'en peux plus des européïstes béats et bêlant. Et je le dis de manière incompréhensible.

Bref, j'en ai encore des tonnes comme ça, mais en fait, on s'en fout royalement. Tout cela aura le moindre intérêt le jour où l'on me confiera une charge publique ou une réelle et pesante fenêtre pouvant influer sur l'opinion... Bon, comme le jour où ça viendra, vous serez tous morts depuis bien longtemps, et moi aussi... bah... bon... Mais au moins vous êtes prévenus.


(Illustration : "Les amants" de Magritte")

 

20:26 Publié dans Blog, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : conflit d'intérêt, blog, sarkofrance, juan, wuyilu | |  Facebook | | | |