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14/11/2012

WUYILU DANS RAGEMAG

Pour retrouver tous les papiers Wuyilu dans RAGEMAG

C'est dans ce coin là

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13:17 Publié dans Blog, Politique, Web | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : ragemag, wuyilu | |  Facebook | | | |

30/10/2012

RENCONTRE CHEZ OWNI : LE FILM

En sus de la publication de l'interview dans son intégralité sur le site de RAGEMAG, retrouvez le film de 22 minutes qui en a été tiré, pour tout savoir sur le data journalisme et ses modalités d'exercice.


Entretien réalisé par Wuyilu pour Ragemag

Filmé et monté par Géraldine "Jay" Sroussi pour Olam productions

Avec Julien Goetz, Sylvain Lapoix et Nicolas Patte de OWNI

13/08/2012

LES NAINS CONQUERANTS – EPISODE 2 – LA LECON DE MACTAN

battle_of_mactan_v2.jpgDans l'épisode I, nous nous risquions à une fallacieuse analogie entre le Portugal du XVème siècle et le colonialisme financier du Qatar contemporain. Aujourd'hui, le rappel de la courte bataille de l'ile de Mactan, opposant les quelques soldats de Magellan aux fidèles du Radjah Silapulapu, en 1521, voudrait, à l'heure où les conditions de la crise mondiale réveille les appétits révolutionnaires, rappeler à tous les éventuels antagonistes qu'une simple montée d'héroïque testostérone peut ruiner pour des siècles une œuvre sans équivalent dans l'Histoire. Il va de soi que les contre-exemples sont nombreux et que la valeur politique et historique des lignes suivantes relève davantage d'une vision ludique que du postulat...

Magellan, le navigateur Portugais qui réalisa, au service de l'Espagne, le plus grand exploit maritime de toute l'histoire (le premier tour du monde), était un homme sage, froid et réfléchi, bien que dans le contact immédiat il ne brilla pas toujours par sa chaleur. Il donna au monde la leçon que la conquête, la révolution et le respect ne s'acquièrent pas à l'aune du monceau de cadavres constituant la stèle de ses exploits. A la différence d'un Pizarro* ou d'un Cortez, authentiques conquistadors madrés et impitoyables, faibles pions de leurs instincts reptiliens, qui massacrèrent à qui mieux mieux pour s'économiser l'effort d'une vision ethnologique, toute sa vie il doubla sa volonté de découverte d'un réel sens politique et diplomatique. Le seul jour où il se départit de ces qualités, outre de causer sa propre perte, il bouleversa la nature des relations internationales d'une manière si brutale que les conséquences s'en ressentent encore jusque dans notre quotidien géopolitique.

 

MAGELLAN CONTRE LES CONQUISTADORS

Tandis que les expéditions américaines, menées à la suite de l'erronée découverte de l'Inde par Christophe Colomb, furent marquées du sceau des exactions les plus sanguinaires, l'incroyable périple de Magellan, à l'exception de quelques épisodes peu glorieux, notamment sur les rives de la Patagonie, se signala par une curiosité presque* pacifique à l'égard de nombre de populations autochtones, et un regard flirtant avec la science. Cette œuvre qui, outre à Magellan lui-même, doit aussi au chroniqueur Italien Antonio Pigafetta qui la consigna et parfois l'inspira, est certes encore assez pauvre en descriptions purement naturalistes et considérations maritimes, mais livre des informations anthropologiques et astronomiques de tout premier plan, et témoigne d'une véritable volonté de ne pas bousculer au-delà du possible les us et coutumes locaux.

Cette manière de procéder, à l'inverse de celle des conquistadors, fut poursuivie tout au long de ce premier tour du monde qui vit arriver la flotte à proximité des Philippines au printemps 1521. Mais c'est là que l'histoire va se montrer contrariante et livrer ses leçons autant que ses sentences.

L'une des raisons inspirant la clémence de Magellan pour les populations découvertes et son respect de la différence vient de son compagnonnage ancien avec son esclave Enrique de Malacca, ainsi nommé pour avoir été acheté en 1511 lors de l'un des précédents voyages du navigateur dans la capitale Malaise*. Devenu l'homme de confiance de Magellan, libéré de son esclavage par le testament du Portugais (même si les circonstances ne le permettront pas) et premier négociateur avec les populations autochtones, Enrique apporta à Magellan la certitude que les hommes du bout du monde pouvait être « de bons chrétiens »* et, en tous cas, de dignes et humaines créatures méritant le respect. C'est donc lui qui établi le premier contact avec la population de l'île de Sébu (ou Cebu) en ce printemps 1521 et fut l'un des artisans d'une négociation des plus complexes en raison de la mauvaise réputation des navigateurs européens véhiculée, à juste titre, par les marchands Maures déjà sur place. On assista alors, par la grâce des circonstances autant que d'une habilité sans lien avec la miséricorde, non seulement à une vague de conversions spontanées des populations locales, mais également à la nomination du roi de Sébu comme représentant de la couronne Espagnole pour toutes les îles environnantes. C'est pourtant de cette idylle exotique que naquit un drame aux conséquences incalculables.

 

DE MACTAN (1521) A LA BAIE DES COCHONS (1961)

Voulant faciliter le règne de son nouvel « ami », Magellan lui demanda de lui désigner les potentiels ennemis qu'il pourrait rencontrer sur le chemin de son magistère. L'homme n'ayant pas toujours l'Éden pour voisinage, ni la concorde pour sacerdoce, il se trouva bien vite un Radjah alentour pour figurer l'adversaire. Silapulapu était son nom. Pour la première fois, sans doute éprouvé par deux années d'une navigation incroyablement chaotique, Magellan se départit* de son sens politique et de sa propension à la plus fine négociation et entreprit une expédition punitive sanglante dans l'ile de Mactan contrôlée par Silapulapu. Mais, et c'est là que se niche l'erreur fatale, il décida de la mener d'une manière propre à montrer la toute puissance européenne, en l'accomplissant avec quelques compagnons et en se gardant, fidèlement à son habitude salvatrice, d'en étudier préalablement tous les détails. Il s'en suivi un fiasco total (sur un mode assez proche de celui de la « Baie des cochons » quelques quatre siècles plus tard), narré avec précision, tant par Stéphane Zweig que par Antonio Pigafetta. C'est durant cet épisode que Magellan trouva la mort, massacré avec une sauvagerie qu'il n'est pas digne de raconter ici. Là n'est pourtant pas l'essentiel.

Car la leçon vient de la suite de ce combat dans l'île de Mactan. La défaite de la toute puissance européenne face à un roitelet nu et le changement de méthode dans l'approche des peuples, marqua un renversement d'alliances immédiat des populations locales, illustré par le tragique piège de Sébu qui vit le roi se retourner contre les hommes de Magellan et les tailler en pièces, au mépris des accords passés. Dans les deux camps, de tous temps et de toutes parts, la brutalité repris les droits que les méthodes de Magellan avaient su mettre entre parenthèse. Les explorations futures, toujours commencèrent par décimer les populations, quand elles n'en avaient pas besoin pour établir leur commerce. Parfois on commença par quelques échanges ou ventes d'une justesse diversement appréciable. Toujours on envoya ensuite la troupe prendre possession des lieux, piller et massacrer. Ainsi le monde ne pouvait tourner que sur un axe fait des deux mots guerre et commerce. Il en était ainsi avant Magellan, il en sera ainsi après lui.

Peux nombreux furent ceux qui, dans l'histoire, eurent à ce point dans l'exercice d'une action politique le souci d'imposer le respect et l'autorité par d'autres outils que la violence préalable. Magellan n'était pas Gandhi et il n'eut pas la moindre faiblesse quand il lui fallut exécuter ses propres capitaines récalcitrants, mais sa démarche, conquérir sans jamais livrer bataille, fut rare dans la découverte du monde, tout comme le fut son périple. Ici se clôt l'hommage.

 

Notes

  • * Nous parlons ici particulièrement de Gonzalo, encore plus que de Francisco

  • ** Les mœurs du temps autant que les impératifs du voyage et les directives imposés avant le départ de Séville par Charles Quint, imposent de marquer ici la nuance par l'usage de ce « presque ».

  • *** Le rôle de l'ami de Magellan Francisco Serrao, (devenu de manière fort romanesque le conseiller du Sultan de Ternate), avec lequel il entretiendra une longue correspondance est aussi déterminant, mais nous n'avons pas en ces lignes la place de développer cet aspect passionnant des choses.

  • **** L'expression est à prendre ici avec toute l'ironie qu'un blogueur agnostique – davantage que athée - peut employer.

  • ***** A l'attention de Baptiste T emploi plus approprié du verbe.

 

Biblio succinte :

Antonio Pigafetta : Relation du premier tour du monde de Magellan (1519-1522). Paris: Taillandier, 1991.

"Navigation & découvrement de l'Inde supérieure & îles de Malucque où naissent les clous de girofle, faite par Antonio Pigafetta, vicentin et chevalier de Rhodes, commençant en l'an 1519" – Bibliothèque de Bainecke, Université de Yale (sur consultation uniquement)

Jean-Michel Barrault, Magellan. "La terre était ronde", Gallimard, 1997

Stefan Zweig : "Magellan", Grasset, 1938

Et si quelqu'un met la main sur les lettres de Franciso Serrao (-;