Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

07/10/2012

LES AIGLES NE VOLENT PAS AVEC LES PIGEONS #geonpi :

Reprise de la dernière note Wuyilu dans RAGEMAG

« Entrepreneurs, entrepreneuses, on vous spolie ! Nous ne sommes pas des geonpis ! ». C’est donc derrière ce cri déchirant lancé dans le journal La Tribune, que des hordes de patrons de start-up en guenilles se sont rangés comme un seul homme, pour dénoncer les dispositions de la nouvelle loi de finances concernant les cessions d’entreprises et les taux de charges des auto-entrepreneurs.

Deux choses qui concernent des catégories bien différemment loties, dont l’alliance de circonstance est pour le moins risible. L’improbable partouze idéologique entre les créateurs de start-up bleues horizons et quelques entrepreneurs précaires en quête de revenus complémentaires ne laisse pas de doute quant à savoir lesquels auront la position la plus douloureuse dans cet amalgame de poncifs victimaires et indécents. À peine prononcé, ce lamento d’agonie digne d’Arlette Laguiller provoque une lame de fond dans le Landerneau 2.0 et s’accompagne de la création d’un groupe Facebook aux 46 000 soutiens et du hashtag #geonpi qui se porte bien. Les réseaux sociaux sont saturés et nous voilà en pleine révolution de l’oseille plutôt que des œillets. La France a peur. Les médias tournent en boucle sur le sujet et jettent micros et sébiles sous le menton des entrepreneurs en détresse, sans oublier de s’agenouiller devant la pythie du patronat, Laurence Parisot, qui chante « l’angoisse des patrons » et le climat de « racisme anti-entreprise en France » ! A l’entendre c’est « 4 août reloaded ».

Tu le sens mon gros “I like” ?

Dans notre pays à la rébellion refoulée à coup de « Secret Story », de tels mouvements d’indignation spontanés sont rares et pourraient placer haut le curseur de la gravité du scandale qui se profile… Étonnant, non ? Surtout quand on pense au silence des 3 millions de chômeurs et des 10 millions de Français qui tournent plus ou moins autour du seuil de pauvreté.

Étonnant… Et pour cause : cette révolte est un fake, du bullshit en lingots. Le mouvement est orchestré depuis les écrans d’une société de communication digitale et libérale, spécialisée dans la manipulation des réseaux sociaux. Une petite boîte, tout en story-telling et tripatouillages viraux, qui vante sa capacité à te rentabiliser le follower, te faire grossir le « like », comme d’autres spamment les boîtes email à coups de « enlarge your penis ». La fronde est un bon vieux happening de lobbying médiatique, géré par l’agence Yopps, pour défendre les intérêts d’une poignée d’hypothétiques millionnaires égoïstes, faute de trouver parmi le tout-venant de l’entreprise un quelconque quidam pouvant être violemment affecté par la « loi scélérate » ?

Oui, mais voilà, qu’importe l’entourloupe, aussi foireuse soit-elle en apparence, puisqu’au bout d’un moment, le buzz prend et déclenche un mouvement de sympathie chez ceux qui n’ont aucune idée des dispositions incriminées et ce sont laissés berner par les mensonges alarmistes disséminés aux quatre coins de la toile. Résultat des courses, monsieur Meetic et tous les apprentis Zuckerberg de la place déboulent ventre à terre sur l’esplanade de Bercy pour exhorter Moscovici à mettre les mesures prévues dans le Sapin. Et ça marche ! « N’écoutant que mon courage qui ne me disait rien, je pris la fuite », comme le disait Jean Rochefort dans Courage, fuyons.

Après avoir vanté la justice de ses mesures, le gouvernement fait déjà machine arrière sur l’augmentation de l’imposition des plus-values de cession, le point qui concerne les plus puissants parmi les rebelles des Business Angels. Qu’importe que le nombre de personnes potentiellement touchées par la mesure soit ridicule, si on considère tous les aspects de la loi, bien plus subtile que le tableau qui en est dressé, prévoyant le lissage des plus-values sur dix ans, un abattement progressif selon la durée de détention des actions, une exonération en cas de réinvestissement et on en passe… Qu’importe si le niveau de revenus requis pour être affecté suppose de vivre dans une sécurité financière qui rend indécent tout hoquet revendicatif… Qu’importe, les lobbyistes et financiers digitaux ont levé le petit doigt et sifflé la fin de la récré, Matignon s’exécute…

On n’ose même pas imaginer ce que donnera un gouvernement qui se couche devant quelques milliers de faux « like » Facebook quand il y aura deux millions de manifestants dans la rue contre une quelconque réforme. Ça promet…

 Les handicapés de la solidarité nationale

Et dire que les auto-entrepreneurs ont été mobilisés dans cette galère, eux qui pourtant, souvent la connaissent, la galère. Il suffisait d’agiter le chiffon rouge de la disparition de leur statut – à la fois salvateur pour certains, et nouvelle manne de précarité imposée par un libéralisme allergique au salariat pour d’autres – pour qu’ils foncent tête baissée dans le piège. Dans la société du tout info, tout est faux, celui qui beugle le plus fort et le premier entraîne la meute à sa suite, quelle que soit la vérité. La ministre de l’Artisanat, du commerce et du tourisme – cherchez l’intrus -, Sylvia Pinel, a beau s’être fendue d’un communiqué rassurant pour démentir la remise en cause du statut, là aussi la machine était lancée. Des deux côtés, les mensonges ont fusé concernant cette augmentation des cotisations sociales et leur alignement sur le taux payé par les entrepreneurs individuels.

ll est tout aussi faux de dire, comme quelques cheerleaders flanbymaniaques, que l’augmentation des cotisations sera globalement de 2 à 3 points, puisqu’elle représentera une hausse de plus de 15 % sur certains statuts. Arghhh, confiscatoire on vous dit ? La corde au cou, « ça ira, ça ira », les entrepreneurs on les pendra ? Wait les condamnés, réfléchissez un chouia avant d’offrir vos corps meurtris à la potence de Bercy. Une telle augmentation à partir d’un taux honteusement bas, ça devrait quand même s’amortir non ? On rappelle, certes c’est vicieux de rétablir ce genre de vérités, qu’il ne s’agit toujours pas de payer un forfait, même en cas d’absence de chiffre d’affaire. Pour ceux qui ne gagnent (hélas) rien, ils ne paieront toujours rien. Pour les autres, l’effort demandé est du registre de la solidarité nationale, celle-là même que les accrocs du dividende essaient de fuir en faisant pleurer dans les chaumières, même les plus pauvres, prétextant que le socialisme les conduit au gibet.

Vous inquiétez pas les filles, le socialisme n’est pas de ce régime, mais à ce rythme-là, entre austérité, creusement des inégalités, indécences des plus nantis, il y a des chances que ces gibets se dressent prochainement et la douleur ne se ressentira pas au niveau du portefeuille…

Ah oui, petit détail : les mesures annoncées ont aussi pour conséquence de permettre l’augmentation de 9,3 % des crédits alloués aux personnes handicapées. Vous savez, ces invisibles que l’on célèbre sans retransmission, une fois tous les quatre ans durant les Jeux paralympiques et dont l’allocation mensuelle maximale culmine à 776 euros. Ça ne mérite pas un petit effort ? Visiblement, non…

Allez, au colombarium les volatiles : quand les pigeons se prennent pour des hirondelles et volent en rase-motte pour nous annoncer la pluie, c’est surtout les merdes qui tombent sur nos têtes. Les Autrichiens ont paraît-il mis au point un contraceptif pour pigeons. Il serait temps de s’en servir.

Boîte noire

Les commentaires sont fermés.