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29/09/2012

LA GAUCHE POPULAIRE : LA REPUBLIQUE, RIEN QUE LA REPUBLIQUE

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Une fois de plus, l'édition du jour de Libération se focalise de manière honteusement biaisée sur la Gauche Populaire, à travers une « enquête », titrée « La Gauche Populaire à la conquête des « petits Blancs » des pavillons » ! Sous la plume de Jonathan Bouchet-Petersen, on découvre un collectif en lequel aucun de ses membres ne peut se reconnaître et qui défend des notions et un vocabulaire qui n'est pas le sien. Plutôt que de reprendre ce texte mot par mot et d'en contester l'orientation, nous tenons à rappeler quelques éléments d'analyse et opinions déjà exprimés ici, concernant la situation du pays, la tragique évolution de la gauche et la nécessité, telle que l'exprime réellement la Gauche Populaire, de revenir aux fondements de la République, aux antipodes de toute connivence avec de quelconques extrêmes ou l'étonnant social-libéralisme qui nous est attribué par Libération.

gauche populaire, PS, libération, bourmeau, demorand, françois hollande, jean-marc ayrault, front de gauche, nicolas sarkozy, ump, jonathan bouchet-petersen, laurent bouvet, gaël brustier, philippe guibert, libéralisme, drroit de vote des étrangers, mariage pour tous, immigration, insécurité culturelle, république, europe, nation, france, wuyiluComme prévu, empêtré dans les mailles du TSCG et des arbitrages budgétaires pour réduire la dette, François Hollande patine depuis quelques mois à mettre en place une politique de gauche se démarquant du précédent quinquennat autrement que par un saupoudrage de débats sociétaux (parfois utiles et justes, mais ne pouvant constituer l'alpha et l'omega de la politique en période de crise économique et sociale aigu). Jean-Marc Ayrault a beau se positionner dignement dans une optique républicaine et décliner le mot justice à toutes les sauces, la politique suivie par son gouvernement marche peu ou proue dans les pas de celle menée par François Fillon et continue d'exclure de son champ d'analyse et de préoccupation une part considérable de nos concitoyens. Il faut dire que l'élection présidentielle et son débat de caniveau, comme les législatives, hantées par le spectre de la présence du FN au sein de triangulaires, ont dessiné une fausse image clivante et ternaire de la population, propre à poursuivre l'entreprise de division nationale ayant marqué le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Cette image est depuis relayée par les identitaires de droite comme de gauche, les procureur de Libération figurant au nombre des seconds.

Selon ces derniers, la France serait aujourd'hui plus ou moins coupée en trois, et ce serait bien ainsi, chacun pouvant s'enfermer dans l'entre soi, mépriser et stigmatiser les autres. A l'heure où chacun sait la nécessité d'un rassemblement républicain, de la célébration de la République une et indivisible, on s'évertue à nous saucissonner le peuple en mode ternaire. Il y aurait donc d'une côté un tiers de ploucs brutaux et xénophobes (dont la stupidité insondable et l'incapacité à mesurer leur bonheur légitimerait au passage le gouvernement des élites), de l'autre un tiers de conservateurs irréductibles et enfin un tiers de belles âmes ralliant un agrégat de minorités constituées en groupes de pression et d'élites éclairées, à même d'orienter la politique, quitte à laisser les deux tiers des citoyens sur le carreau.

Quand la Gauche Populaire met le doigt sur l'abandon par la gauche des classes populaires et de citoyens, de plus en plus nombreux, poussés vers le péri-urbain ou abandonnés dans des déserts ruraux ne demandant qu'à renaître, nos contempteurs, qui s'inquiètent peu de l'emprise du néo-libéralisme dans la société, voient, au nom de leur conception identitaire et racialiste, la défense forcenée d'une France de « petits blancs » beauf et xénophobes, larguée et ne représentant plus rien de légitime. Or, outre que ce tiers de Français, dont les origines sont souvent bien plus diverses que l'image qui en est renvoyée, n'est pas le seul bénéficiaire du regard politique de la Gauche Populaire, le seul fait d'en faire les mohicans d'une génération perdue à jamais et offerte ad vitam eternam au moloch du FN, témoigne affreusement de la responsabilité d'une certaine gauche dans la balkanisation du pays. Là où les uns cherchent au contraire à mettre en avant le commun pour refermer cette fameuse « fracture sociale » repérée au début des années 90 par Emmanuel Todd et préemptée par Jacques Chirac, les autres continuent, dans la ligne tracée par Nicolas Sarkozy, à trier le bon grain de l'ivraie parmi les citoyens et à servir des clientèles électorales, plutôt que les citoyens.

L'idée selon laquelle la sociologie du pays aurait, comme par enchantement, changé du tout au tout en 40 ans, faisant de la France de 1974 un pays où seuls 0,75% des citoyens étaient xénophobes et de celle d'aujourd'hui un repère putride de fascistes intrinsèques, regroupés de leur plein gré et par altérophobie naturelle dans des ensembles pavillonnaires ou de vieux villages moisis, a de quoi interroger. Quand plus personne ne se préoccupe de la discrimination sociale, territoriale et culturelle (qui touche les deux sexes et toutes les origines) et que les seules considérations qui éveillent l'attention sont du ressort de la revendication catégorielle, liées au mœurs ou à un versant ethnique (qui parle de blanc comme de noirs ou de maghrébins etc...), c'est déjà que la République est ébranlée dans ses fondements. Il en est de même quand les uns se renvoient leur racisme respectif, qu'il soit anti-blanc ou anti-noirs. Le racisme existe chez toutes les populations et aucune distinction ne peut être faite dans sa dénonciation, qui doit par ailleurs être cause républicaine, à moins, une fois de plus d'épouser une conception identitaire et / ou racialiste.

CATACLYSMIQUE MODELE "ZAPATERISTE"

Dénoncer les hypothèses et signaux d'alarme lancés par la Gauche Populaire présente surtout l'avantage pour une certaine frange du PS, inspirée du cataclysmique modèle zapatériste, de se dédouaner de sa responsabilité dans la situation de le France et de l'Europe, voire d'ignorer la dite situation qui jette des pans entiers de la population dans les bras de partis extrémistes qui n'en demandaient pas tant. Or cette responsabilité, également partagée par la droite dite républicaine, ne cesse de progresser depuis la fin des années 80, en dépit des insupportables sermons, main sur le cœur, des leaders politiques sur le mode « nous avons entendu le message des électeurs ». De chaque bord, les raisons en sont pourtant connues. A droite, trahison des thèmes auxquels une partie du peuple est sensible et constante tentative de division des citoyens. A gauche, négation suicidaire de préoccupations légitimes - oui légitimes – d'une part croissante de l'électorat, à savoir : la place de la France dans la mondialisation et dans le cadre européen, l'insécurité réelle, culturelle et économique, l'ensemble de ces facteurs inter-agissant les uns avec les autres.

Sur tous ces sujets la droite n'a cessé de jeter de l'huile sur le feu sous la houlette de Nicolas Sarkozy, Claude Guéant et leurs séides de la Droite Populaire (chargée de jeter un pont dans l'optique d'une alliance avec le FN), s'emparant des sujets de manière incohérente et divisant la population en autant de groupes antagonistes qu'il existe de thèmes. Pendant ce temps là, le PS s'est emmuré dans un caveau de fausses valeurs et de bons sentiments tournant le dos au réel, dans une approche de revendications catégorielles légitimant les intérêts particuliers au détriment de l'intérêt collectif. D'un côté des groupes sociaux antagonistes, de l'autre des groupes sociaux égoïstes : il n'en faut pas davantage pour briser le pacte républicain et l'idée de dessein collectif.

De son côté, alors que l'extrême gauche se cramponne à un ouvrièrisme fantasmé, le FN accélère sa dé-diabolisation en accaparant les thèmes républicains (tout en les plongeant dans une sauce indigeste et nauséabonde), transformant le vote en sa faveur d'une démarche de protestation à une démarche d'adhésion. Pourtant, si l'électorat du FN a réellement changé dans ses composantes (ce qui n'empêche pas la frange authentiquement fasciste et xénophobe d'y figurer toujours en bonne place), le parti, lui, tant dans son fonctionnement que dans le socle idéologique de ses dirigeants est très authentiquement d'extrême droite. Quant aux solutions qu'il propose, elle sont économiquement surréalistes, socialement iniques, humainement dévastatrices et philosophiquement tragiques. Mais comment reprocher à son nouvel électorat, souvent issu de la gauche, d'épouser ce vote, alors que le PS s'est abstenu depuis trente ans de prendre en considération ses peurs, autant que ses véritables souffrances et ses colères légitimes nées de sa précarisation et de son insécurité - certes parfois fantasmée et nourrie à des médias idéologues et jetant de l'huile sur le feu ? Certainement pas en s'enfermant dans une tour d'ivoire moraliste qui creuse le fameux fossé entre les élites d'une bourgeoisie urbaine éclairée et le peuple.

AUX FONDEMENTS DE LA REPUBLIQUE

Aux fondements de la République il y a la communauté unique, en opposition au communautarisme, et le bien commun, en opposition à l'intérêt particulier ou catégoriel. Ces notions qui, ainsi exprimées englobent une laïcité, mise à mal activement par Nicolas Sarkozy, lascivement par le PS de ces dernières décennies, sont fondamentalement de gauche.

Elles supposent une égale justice et une égale sécurité pour tous, une égale répartition des droits et des devoirs pour tous, sans distinction de sexe ou d'origine, en opposition frontale à une justice qui favorise des puissants pouvant se soustraire à toute exemplarité et des catégories pouvant se soustraire à l'état de droit au prétexte de l'appartenance à une minorité – notion qui devrait être absorbée par la citoyenneté.

Elles supposent que soit offerte la même protection et attention à tous, non pas en tant que membre de telle ou telle catégorie, mais en tant que membre de la communauté nationale, punissant d'une humeur égale toute atteinte à l'individu sur une base distinctive, autant que toute atteinte à la société par l'individu au prétexte de cette même base.

Elles supposent une distinction effective entre les nationaux, quelle que soit leur origine, et ceux qui ne le sont pas, pour peu que la loi ne conduisent pas à des situations totalement ubuesques de familles éparpillées entre différentes nationalités ou de citoyens dans l'incapacité de renouveler leurs papiers au prétexte d'être nés de parents français vivant alors à l'étranger. Sur cette question qui englobe le débat sur le vote des étrangers, cohabitent plusieurs conceptions au sein même de la Gauche Populaire, aucune n'étant alimentée par la question «ethnique ». Il y a ceux qui défendent ce droit de vote à condition de l'étendre à toutes les élections locales, et non aux seules municipales, et ceux qui, indéfectiblement attachés au lien entre citoyenneté et nationalité et craignant la démagogie et le communautarisme, préfèreraient voir assouplies les conditions d'accession à la nationalité. Il est d'ailleurs à noter que ce lien entre citoyenneté et nationalité a déjà été largement écorné par le droit de vote accordé localement aux ressortissants européens.

Elles supposent une protection sans aucune faille des citoyens étrangers présents sur notre sol, autant qu'une attention toute particulière à leur devoir au regard du pays qui les accueille. Elles supposent de fait une sévérité sans faille contre toute discrimination et particulièrement celles pouvant provenir de dépositaires de l'autorité publique, mais également à l'égard des ressortissants étrangers cherchant à se victimiser au prétexte de leurs origines pour se dédouaner de leurs turpitudes.

Elles supposent une égalité de tous devant le service public et la préservation de celui-ci quelque soit la nature du territoire où il se déploie et plus largement l'affirmation impérieuse du rôle et des missions de l'État. Et particulièrement, elle supposent un égal accès de tous dans des conditions dignes et décentes à l'éducation, à la santé, à la sécurité, à la culture, dans les zones rurales, comme dans les zones urbaines ou périphériques.

Elles supposent une taxation juste, proportionnelle et progressive des revenus quelle que soit leur nature et quelle que soit celle du contribuable qui en dispose.

Elles supposent une lutte sans merci de l'État contre tous les intérêts particuliers, catégoriels et financiers qui viendraient à porter atteinte à l'exercice de ses missions régaliennes et protectrices.

Elles supposent l'assurance de la liberté de culte autant que l'exercice paisible de celui-ci, dans des conditions ne venant porter aucune atteinte à la paix intérieure autant qu'au principe intangible de laïcité.

Elle suppose la reconnaissance de droits équivalents aux individus, quelle que soit leur sexualité, et leur égal accès au bénéfice des avantages de la loi concernant l'union civile. Les questions périphériques et complexes, concernant l'adoption et l'accueil d'un enfant dans le cadre du couple méritent quand à elles un débat apaisé, ne pouvant être hâtivement tranché, ni se substituer au règlement des questions économiques et sociales.

Ni État providence distribuant ses indulgences au gré des revendications catégorielles, ni État déliquescent abandonnant ses prérogatives à des intérêts privés ou dénonçant à la vindicte populaire telle ou telle partie de la représentation nationale, de ses corps et des citoyens... C'est cela la République autant que le grand dessein national, et ce sont des valeurs que doit porter la gauche dans son œuvre de rassemblement.

CETTE BELLE IDEE DE GAUCHE QUI SE NOMME LA REPUBLIQUE

C'est en grand partie à cela que tend la Gauche Populaire. Et ce ne sont pas seulement quelques intellectuels et élus qui en portent le message au sein d'un « groupuscule sulfureux », comme le voudrait Libération. Ce sont des centaines de citoyens qui ont déjà rejoints ou soutiennent le collectif et partagent cette volonté de voir appliquée une politique de gauche menée dans la préoccupation du bien commun et le cadre intangible de la République. Il y a parmi eux certes des élus et des intellectuels, proches ou en marge du parti Socialiste, qui sont les médiateurs éclairés de cette aspiration, mais aussi nombre de citoyens, sans étiquette partisane ni plastron universitaire. Des hommes et des femmes de toute origine qui regardent la France, l'Europe et le monde avec des yeux inquiets et ne veulent pas voir leur pays basculer soit dans le combat identitaire, soit dans les bras des extrêmes, soit dans une dictature néo-libérale. Des hommes et des femmes qui témoignent plus que tout de leur attachement à cette belle idée de gauche dont la source est le peuple et qui se nomme la République... rien que la République...

 

Commentaires

Ou le mythe rousseauiste: l'homme est bon par nature.

Écrit par : fr4nc0is | 30/09/2012

La gauche populaire soulève de bonnes questions mais en économie, elle est très superficielle, euphémisme, d'ou la critique vue dans cet article mais qui est rarement formulée :
http://www.contreligne.eu/2012/06/la-gauche-populaire-au-risque-de-louvrierisme/

Écrit par : Antoine | 30/09/2012

C'est l'article critique le plus objectif et honnête que j'ai lu en effet. Cela fait plaisir par rapport aux tombereaux d'insulte et d'attaques injustifiées qu'il est possible de recevoir. Espérant un vrai débat, cette fois.

Écrit par : Fabien Lorc'h | 30/09/2012

@Fabien L.
La revue Contreligne a été lancée en mai par un groupe qui a été associé aux travaux préparatoires de la campagne de FH, mais qui se désole du style de débats qui prévaut à gauche : d'un coté, trop d'énarques incompétents en économie et / ou vilement carriéristes, en tout cas conformistes (type les Gracques), de l'autre du gauchisme bien pensant et qui est au fond, dans la pure posture. voir www.contreligne.eu

Écrit par : Antoine | 30/09/2012

On prend note de ce recadrage, mais cela vaut-il un démenti des propos entre guillemets rapportés dans Libération ?

Écrit par : Alain Piriou | 03/10/2012

@Alain : vous me posez une question dont je reconnais la pertinence et qui me dérange forcément un peu. Le fait d'avoir interrogé François Kalfon, que je ne connais pas personnellement, alors que je suis parmi les gens très activement engagé au sein de la GP, en tant que représentant symbolique de la Gauche Populaire me dérange tout autant. Pour la simple et bonne raison que, après qu'il ait initié à la publication du livre fondateur de la GP, nous n'avons pas beaucoup vu Kalfon produire et suivre les très nombreux travaux de nos membres, dont pas un ne valide son raccourci. personnellement, si ses propos sont avérés (et je ne vois pas pourquoi ils ne le seraient pas) ils me choquent tout autant que vous. Le texte que je publie ici - et ailleurs - ne corrobore en rien cette caricature émise par Kalfon, et il a été approuvé par la grande majorité du collectif. La question que je me pose néanmoins, c'est pourquoi avoir précisément sorti cette phrase de Kalfon, alors qu'il y a des dizaines et des dizaines de d'intervention de nos membres dans les médias qui expriment bien plus exactement nos positions. Il est évident, au regard de la guerre que Libé nous mène, que c'est dans un souci de malveillance. de la même manière que la présentation de Laurent Bouvet, de sa personnalité comme de ses travaux est honteusement tronquée et caricaturale. Je vous invite à lire le présent article qui, sans être complaisant, est tout de même un peu plus consistant : http://www.lesinfluences.fr/Laurent-Bouvet-a-la-gauche-du.html Il a par ailleurs été sélectivement pillé par le journaliste de Libé qui, bien qu'ayant interrogé L Bouvet pendant 1h30 pour son article, n'a rien repris de son entretien.

Écrit par : Wuyilu | 03/10/2012

Merci pour cet éclaircissement. Il y a des idées que j'approuve dans les textes de la Gauche populaire, d'autres que je ne partage pas, mais tout me semblait jusque là faire partie d'un nécessaire et "normal" débat d'idées. Jusqu'à ce que je découvre les propos insensés cités dans Libération, journal qui ne vous porte certes pas dans son coeur et qui a sans doute été trop heureux de vous trouver un représentant caricatural. Que vous marquiez votre distance me rassure, et permettra, je l'espère, de continuer à faire vivre un débat utile, y compris de vous contester sur des bases intellectuellement honnêtes.

Écrit par : Alain Piriou | 03/10/2012

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