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23/08/2012

RETOUR SUR GUELACK - HISTOIRE D'UN DOC - DERNIER EPISODE

EPISODE 4 - LA VERITABLE HISTOIRE DE GUELACK 

CasesRecentes.jpgC’est au cour du Sahel sénégalais, près de la frontière mauritanienne, à 40 km de Saint-Louis et de l’océan Atlantique que se situe le village peul de Guélack.Pendant très longtemps, les peuls ont été des bergers nomades dont les caravanes tournaient d’un point à l’autre du Sahel en quête de pâturage pour leurs animaux. Guélack - « îlot de verdure » en pular - était naguère une oasis luxuriante, qui pouvait largement nourrir hommes et animaux qui s'y faisaient halte avant de reprendre la route.

Lors de la grande sécheresse des années 70, le Sahel est gagné par les sables et les oasis n’offrent plus suffisamment d’herbe et d’eau, obligeant nombre de nomades peuls à se sédentariser avec leurs bêtes.

C’est ainsi qu’un millier d’entre eux se répartissent en une dizaine de petits villages dans la zone de l’ancienne oasis de Guélack.

Mais la situation n'a rien de réjouissant. Isolées, les familles ne rencontrent que sable et arbustes desséchés. En cette région, très peu d'eau, pas de route, pas d’école, pas de médecin, juste des hommes et leurs troupeaux qui survivent difficilement de la vente de lait et de viande maigre.

Assez vite, nombre d'entre-eux gagnent les villes en quête de travail et d'un quotidien plus confortable. Souvent en vain.

C'est à ce moment qu'entrent en scène deux cousins, Ousmane et Doudou Sow.

LES DEBUTS DU COMMENCEMENT

Portrait_Ousmane.jpgÂgé d'une cinquantaine d'années, Ousmane est originaire de Guélack, qu'il quitte pour rejoindre la ville de Thies lorsque son père est engagé dans les chemins de fer sénégalais. Bon élève, il rejoint l'université pour y suivre des études d'informatique et reçoit une bourse qui lui permet de se perfectionner en Belgique. C'est là qu'il rencontre des éleveurs qui vont contribuer à forger sa réflexion sur une agriculture durable. De retour au Sénégal, il convainc son cousin Doudou de quitter la ville et de l'accompagner à Guélack, ainsi que sa femme, Fatouh, spécialiste en textiles.

Un peu plus jeune, Doudou grandit à Louga, puis à Dakar,Portrait_Doudou_1.jpg où son père travaille dans l’administration. Il fait ensuite des études de physique. Fier de ses racines Peuls, qui lui valent le surnom de « Pulo » à l'université, il conçoit une certaine gène à vivre en ville, tandis que la terre des siens, le Sahel, est ravagé par la sécheresse. Il accueille donc la proposition de son cousin Ousmane comme un signe du destin et rejoint Guélack avec sa femme, Djeynaba, infirmière de formation, qui dirige aujourd'hui la case santé du village.

La relation des deux cousins est fondée sur une conception parfaitement identique du développement et une complémentarité sans faille. Ainsi, Ousmane, plus posé, plus politique et davantage le théoricien de l'expérience et celui qui doit convaincre les populations de son bien fondé, tandis que Doudou, toujours porté par son esprit scientifique, en est le technicien.

Accompagnés de leurs enfants et bientôt rejoints par N'Ddiack, le frère de Doudou, ancien footballeur de talent ayant dû abandonner sa carrière à la suite d'une blessure, la famille Sow prend en main la destinée de Guélack.

Tout juste revenus au village, les deux cousins fondent le Groupement des Jeunes Éleveurs de Guélack ainsi que le Centre de Développement Intégré afin de mettre en place une exploitation agricole.

Très difficilement, un ou deux puits sont creusés et des cases retapées, tandis que les femmes transportent le lait quotidiennement pour le vendre sur les marchés des grandes villes, couvrant des distances considérables dans le sable sous une chaleur écrasante.

L’argent recueilli permet d’acheter quelques condiments. Les animaux, quant à eux, servent de monnaie d’échange pour avoir du mil et du riz.

Mais la vie tient à un équilibre trop fragile. Encore une saison des pluies en retard et les animaux seront tous morts et le lait aura disparu.

Malgré ces difficultés, Ousmane et Doudou, mettent rapidement sur pied une école de fortune et y font eux-mêmes la classe, persuadés que l'éducation est un des socles du projet qu'ils mûrissent lentement. Au début, il n’y a qu’une dizaine d’enfants, certaines familles étant réticentes à laisser leur progéniture en classe tandis que la conduite des troupeaux réclame leur présence. Mais Ousmane et Doudou persévèrent et trouvent un compromis avec les habitants en instaurant un roulement horaire permettant aux enfants de concilier l’aide aux familles et leur instruction.

Chaque fois qu’un souci se profile, les deux cousins, motivés par leurs rêves communs et la prédiction d'un vieux sage, trouvent des solutions auxquelles les habitants peuvent s’adapter et participer. La question restant de conjuguer les traditions peuls et musulmanes avec les nécessaires adaptations réclamées tant par le contexte que par l'époque. Les deux cousins ne veulent en rien brusquer leurs compagnons, mais souhaitent ardemment changer certaines moeurs et notamment les rapports hommes / femmes, figés depuis des siècles en ces territoires.

LE CADEAU : L'ECHANGE

JEANP.jpgQuelques années plus tard, l'histoire du village prend soudainement un autre tour avec l'arrivée d'un couple de français, Jean-Pierre et Martine, ayant déjà passé une grande part de leur vie à oeuvrer en Afrique. Arrivant par hasard dans le village à l'occasion d'un voyage d'agrément, il se voient servir le thé traditionnel et font connaissance avec Ousmane et Doudou, essayant de communiquer par-delà leurs à priori respectifs, les uns ayant l’habitude du passage d'occidentaux en quête d’étendues désertiques et d’exotisme, qui promettent de vaines aides, les autres de villageois affluant en tendant les mains sans autres mots que : « donne, donne... »

A Guélack, pas d’attroupements, pas de demandes de cadeaux, mais un accueil discret, attentif.

Ousmane leur dit : « Ne faites pas de cadeaux aux enfants car ces cadeaux-là ne produisent rien de bon pour l’avenir, par contre nous avons besoin d’apprendre, il nous faut des conseils pour transformer le lait en fromage et d’autres choses encore qui ne sont pas de notre tradition d’éleveurs nomades. »

Pour Ousmane et Doudou, « la solution, c’est beaucoup d’échanges de savoir-faire et un peu d’argent pour amorcer, jamais d’argent comme solution durable ».

Touchés par les idées et les paroles d’Ousmane et Doudou, Jean-Pierre et Martine retournent en France en faisant la promesse de revenir avec ce savoir-faire. Nous sommes alors en 1995 et naît une amitié et une collaboration qui perdure encore.

Au bout de deux ans, comme promis, le couple revient accompagné d’une quinzaine de spécialistes, mobilisées pour venir enseigner aux villageois leurs compétences respectives : agriculture, maçonnerie, fromagerie, élevage...

LE FROMAGE DE LA LIBERTE

OUSSO.jpg

OUSSO LE FROMAGER ET LE JEUNE ETUDIANT AZIZ

Peu de temps après, les premiers essais de fabrication de fromage sont menés et s'avèrent concluants. Quinze d'entre-eux sont ainsi produits chaque jour et revendus dans les restaurants de Saint-Louis. Devenue autonome et conduite par le jeune fromager Ousso, l'activité va vite faire de Guélack, le deuxième producteur du pays, présentant de petits chèvres d'une exceptionnelle qualité gustative.

Ce n'est pas seulement une révolution qui relève de l'anecdote sur le mode « produire des fromages frais dans le désert », mais surtout un changement radical dans la vie des femmes qui sont ainsi libérées du transport du lait et peuvent ainsi se consacrer à d’autres activités. Un atelier couture et batik est ainsi créé sous la direction de Fatouh et permet aux femmes du village qui le souhaitent de travailler et de toucher un salaire. Les vêtements sont ensuite revendus aux touristes de passage, sur les marchés et désormais en Europe via un circuit d'exportation solidaire. Cette question du salaire des femmes, quelconque chez nous, est là aussi une très grande innovation qui a nécessité beaucoup de pédagogie et de persuasion de la part des deux cousins.

Sur un autre front, la mise en stabulation des animaux, là aussi révolutionnaire pour des peuples nomades, permet de mieux gérer le peu d’herbe disponible, et d’améliorer la qualité et la quantité de lait produit.

Les villageois apprennent également la culture en potager en zone désertique avec des engrais naturels nés des fosses à compost.

Djeynaba.jpgQuant à Djeynaba, la femme d’Ousmane, elle apprend les bases de la médecine et donne aux femmes et aux enfants premiers soins et conseils sanitaires, améliorant considérablement la situation en la matière.

De plus en plus d’enfants vont à l’école et des cours pour adultes sont organisés afin de réduire l’analphabétisme.

Parallèlement, des bâtiments en dur sont construits avec un peu de ciment et des coquillages, afin d’accueillir les différents ateliers de fabrication qui ouvrent leurs portes au fur et à mesure : maçonnerie, ferronnerie, ébénisterie, batik, etc...

C'est le début du renouveau miraculeux de Guélack.

AtelierBatik.jpg

ATELIER BATIK

Chaque jour, les familles vivent mieux, l'instruction progresse et les sources de revenus pour les adultes se multiplient. Comme le disent Ousmane et Doudou : « Ce sont les débuts du commencement. »

DES PUITS POUR L'AUTONOMIE

Se poursuivant dans le même esprit de collaboration et d'échange de savoir-faire le projet Guélack passe maintenant dans une nouvelle phase tournée vers la lutte contre la désertification. Nous sommes en 1999. Toujours avec le concours de quelques européens à l'âme peul, une barrière végétale de plusieurs kilomètres est plantée pour freiner l'avancée des sables, qui risque de menacer tout l'édifice patiemment construit. Les jardins eux-mêmes sont clôturés, selon un principe de double voire triple haie et des procédés de RNA (régénérations naturelle assistée) sont développés - voir chapitre précédents.

A force de s'étendre, l'expérience commence à faire parler d'elle aux alentours et le gouvernement d'Abdoulaye Wade est alerté. Quels que soient les motifs et les dessous de cet intérêt, celui-ci profite à Guélack qui est promu village pilote. (L'élection de Macky Sall, en 2012 devrait d'ailleurs développer la collaboration avec le gouvernement, dans la mesure où les projets autonomes et fondés sur le local sont censés être encouragés. Wait and see....)

A partir de 2001, une pompe à eau solaire et mise en place et le village commence à produire ses propres puits, modernes, et à les exporter dans la zone, facilitant toujours davantage l'accès à l'eau. Là encore la logique est la même : apprendre et transmettre sans dépendre de personne. Dans nombre d'autres expériences africaines menées par des européens, le matériel convoyé, fragile, coûteux et peu adapté aux conditions climatiques est vite abandonné sans qu'on ait formé les populations locales à son maniement et à son entretien, créant espoirs déçus et gaspillage.

Dans cet esprit de transmission, Ousmane et Doudou ont l'idée d’ouvrir un centre de formation permettant aux jeunes des villages voisins de venir apprendre des savoir-faire et des techniques qu’ils peuvent à leur tour appliquer au sein de leurs propres villages. Un cursus de quatre ans permet aux jeunes non seulement d'acquérir les compétences, mais également d'appréhender l'esprit et la philosophie de Guélack, laissant espérer que les deux cousins trouveront des successeurs quand leur heure sera passée.

Tous les enfants de Guélack et un grand nombre de ceux des villages voisins sont scolarisés. Quant à l'internat, il accueille une quarantaine d’enfants défavorisés. Au total plus de deux-cents enfants et adolescents sont immédiatement concernés par le système éducatif de Guélack. Leur nombre grandit sans cesse.. Même les plus petits ont leur classe où ils sont occupés à des jeux d’éveil et d’adresse.

Ecole3.JPG

ECOLE A GUELACK (ci-dessus) BIBLIOTHEQUE (en dessous)

Comptabilité&Bibliothèque.jpg

Une épicerie ainsi qu’une case de direction et de comptabilité et une bibliothèque ont ouvert. C'est N'Ddiack qui est le grand ordonnateur de ces questions, à la fois grand frère et tuteur.

 

 

Du fait de la multiplication du nombre de jardins, les besoins en eau augmentent encore. C’est pourquoi, la population cherche une solution pour pomper un bras du fleuve Sénégal qui passe a proximité. C’est un projet ambitieux et plusieurs méthodes son envisagées avant d'être abandonnées, pour des raisons de coût et de nuisances écologiques. Un nouveau système complexe d'irrigation, courant sur des kilomètres est patiemment construit. Il est d'autant plus indispensable que de nouveaux et importants terrains ont été mis à la disposition du Groupement des Agriculteurs de Guélack pour développer la culture du riz et notamment de nombreuses parcelles bios, servant à encourager les paysans de la région à utiliser ce mode de culture. (L'Afrique produit du riz et le donne souvent en consommation aux animaux, le riz pour les humains étant importé de Thaïlande.... C'est ce genre d'aberration écologique que le projet Guélack a pour but d'éradiquer.)

Depuis quelques années, les premiers jeunes éleveurs, formés à Guélack, commencent à retourner Yero.jpgdans leurs villages respectifs afin de s’installer et de mettre en place leurs propres exploitations agricoles. C'est notamment le cas du jeune Yéro, à la fois agriculteur et artiste, propagateur de semences et de la bonne parole.

Aujourd’hui, Guélack est véritablement un village ressuscité des sables et de la pauvreté et son exemple se répand dans toute cette zone du Sahel.

Ce sont plusieurs milliers de personnes dont le destin se transforme progressivement.

Certains villageois, partis il y a longtemps pour les villes reviennent au village et ceux dont le seul espoir avait été d’envisager d’envoyer un des leurs en Europe renoncent à ce genre de projet pour tenter de construire ici, chez eux.

ArbresPalabres.jpg

OUSMANE, DOUDOU, JEAN-PIERRE, MARTINE ET DES HABITANTS DE GUELACK

Plus que jamais, Ousmane et Doudou conçoivent le développement de leur village (et des autres) « dans des rapports d’homme à homme, et non dans des systèmes dans lesquels les hommes d’en bas restent broyés sans liberté d’entreprendre. »

Jay Sroussi / Benjamin Sire - Wuyilu

 

A VOIR LE WEB DOCU REALISE DANS LE CADRE DE LA SERIE "PORTRAIT D'UN NOUVEAU MONDE"

"SAHEL, GENERATION DURABLE"

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20/08/2012

RETOUR SUR GUELACK - HISTOIRE D'UN DOC - EPISODE 3

 EPISODE 3 - SECHERESSE ET DESERTIFICATION DANS LE SAHEL


Sahel.jpgArrivé au stade d'explication où nous en sommes du projet mené par Ousmane et Doudou Sow dans la bande sahélienne de Guélack, il paraît utile de faire un rappel contextuel et factuel des conditions dans lequel celui-ci se déroule et de revenir sur les principaux fléaux qui sévissent depuis 40 ans dans cette région à savoir la sécheresse et la désertification.

Outre les fréquentes invations de crickets qui menacent les cultures, le Sénégal est victime de l'avancée conjointe du désert (sable rouge) et des sables marins (sable blanc) qui prennent véritablement le pays en étau. Si ce phénomène touche particulièrement la Teranga, il concerne également une part importante du continent africain qui a perdu plus de 650000 km2 en 50 ans, soit sensiblement plus que la surface de la France.

sahel.desert jpg.jpg

Cette désertification n'est pas seulement dûe à des phénomènes naturels (vents, manque de pluie), mais procède aussi de la mauvaise utilisation des sols (surexploitation de terres peu fertiles ou fragiles, déboisement anarchique, feux de brousse, sur-paturage etc...) et de l'influence de l'homme sur le climat. La lutte contre cette désertification est un enjeu majeur pour le Sénégal et l'Afrique tant ce phénomène à d'impact sur l'avenir d'un pays dont la population a triplé depuis 1960, augmentant considérablement ses besoins agricoles. Il est en effet l'un des principaux facteurs de pauvreté et explique en grande partie les flux migratoires.

Au Sénégal, comme dans bien d'autres pays la plupart des jeunes renoncent très vite à l'agriculture et tentent leur chance en ville ou à l'étranger, créant bidonvilles, situations sociales inextricables et politiques repressives des pays d'accueil occidentaux.

C'est à partir de ce constat, que le village de Guélackh s'est mobilisé autour d'Ousmane et Doudou pour vaincre la fatalité, tout en donnant à l'occident les clefs d'une véritable politique de co-développement, aux antipodes des réflexes néo-colonialistes qui participent à la paupérisation du continent Africain.

 

LA DESERTIFICATION EN QUELQUES POINTS

  • La désertification est la conséquence de phénomènes naturels et d'origines humaines.

  • C'est particulièrement le cas dans le Sahel, qui s'étend sur les huit pays de l'Afrique Sub-saharienne, du Sénégal à l'ouest au Soudan à l'est.

  • Les causes humaines, notamment le surpâturage et le déboisement, témoignent de pratiques exactement inverses à celles qui ont cours à Guélack.

  • La grande sécheresse et ses épisodes aigus de 1973-1974 et 1983-1984 ont fait plus de 200 000 morts dans le Sahel.

  • La désertification touche 480 millions d’êtres humains dans le monde et en menace 1 milliard.

  • D'après l'ONU la désertification guette aujourd'hui 35% des terres de la planète et 70% des terres arides.

  • 10 millions d’hectares de terres arables se dégradent chaque année.

 

LA SECHERESSE

  • 4322.preview.jpgAu cours des deux premiers tiers du 20ème siècle, les périodes humides et sèches se succèdent à un rythme régulier dans la bande sub-saharienne. Elles durent de 6 à 7 ans pour les premières, le double pour les secondes. Mais à partir des années 70, une nouvelle sécheresse d'une terrible intensité accable le Sahel, sans connaître de rémission, en dépit de deux années moins arides en 1993 et 1999. L"année 2012 est de ce point de vue assez terrible.

  • Le climat sahélien, comme celui de la plupart de l'Afrique, se découpe en deux saisons principales. La saison sèche, de novembre à juin et la saison des pluies ou hivernage qui s'étend de juillet à octobre. Depuis l'avènement de la grande sécheresse de 1970, la durée de la saison des pluies se réduit sensiblement, même si l'intensité des précipitations a augmenté ces derniers temps.

  • Si la dureté des conditions de vie liées aux sécheresses peut s'améliorer à l'occasion des années plus humides, la désertification progressive née de ces périodes est, elle, irréversible.

LA DEMOGRAPHIE
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  • Le Sahel connait l'une des plus fortes explosion démographique mondiale.

  • Sa population a été multipliée par quatre depuis 1950.

  • Au Sénégal durant les seules 30 dernières années, la population est passée de 5,6 millions d'habitants à 13 millions, dont 56% vivent avec moins de 2 dollars par jour.

  • La conjugaison de cette évolution démographique avec la détérioration du climat a poussé massivement les populations à se sédentariser et à rejoindre les villes sahéliennes, y faisant pousser les bidonvilles comme des champignons. 38% de la population urbaine sénégalaise est concernée par ce phénomène, ce chiffre atteint 83% au Niger. En Mauritanie, la capitale, Nouakchott est passée de 6000 habitants en 1962 à plus d'un million aujourd'hui.

  • Cet exode participe à l'augmentation de la désertification en privant les campagnes de main d'œuvre tout en accroissant l'utilisation de ses ressources.

  • Ces « réfugiés climatiques » qui assaillent les villes, sont aussi les premiers candidats à l'émigration clandestine vers l'Europe.

 

LE SURPATURAGE : LES TROUPEAUX AGGRAVENT LA DESERTIFICATIONsurpaturage_pression_sur_la_nature.jpg

  • Le problème démographique concerne aussi le bétail, dont l'augmentation exponentielle accompagne celle de la population.

  • L'errance de ces troupeaux dans les zones arides empêche toute repousse de la végétation et aggrave la désertification, la plupart des éleveurs ignorant la stabulation telle qu'elle se pratique à Guélack.

  • Par ailleurs la vulnérabilité des animaux (et particulièrement des bovins) aux périodes de sécheresse extrêmes provoque régulièrement la perte d'une grande part d'entre eux, fragilisant encore plus les populations vivant des produits de leurs troupeaux. Ceux-ci se reconstituent et augmentent dans les périodes moins rigoureuses, replongeant dans les travers du surpâturage.

 

UN DEBOISEMENT DRAMATIQUE chaebon.jpg

  • Tandis que plusieurs initiatives locales de reboisement, comme celle de Guélack, ou de grande ampleur comme « La Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel », fruit du partenariat entre l'Union Européenne et les pays africains se mettent en place, la tendance globale tend vers un déboisement aux conséquences dramatiques.

  • Ce déboisement est dû à l'utilisation presque exclusive du bois pour le chauffage et la cuisson*, à l'extension des zones agricoles, souvent très vite épuisées, aux feux de brousse, au surpâturage et bien sûr à la sécheresse. (* Tandis qu'à Guélack la cuisson se fait au gaz et le chauffage à l'énergie solaire)

  • Au Sénégal, les 27 forêts classées dans la zone sahélienne ont diminué de plus de 80% depuis 1965 ! Au total la biodiversité dans le pays a reculé de plus de 30% dans cette période.

 

A SUIVRE -

RETOUR SUR GUELACK - HISTOIRE D'UN DOC - DERNIER EPISODE- LA VERITABLE HISTOIRE DE GUELACK 

"SAHEL, GENERATION DURABLE"

 

Sources et crédits

  • Désertification au Sahel : historique et perspectives : Pierre Ozer, Yvon-Carmen Hountondji, Abdoul Jelil Niang, Salifou Karimoune, Ousmane Laminou-Manzo, Marc Salmon
  • Food and Agriculture Organization of the United Nations (FAO) : Statistical Databases and State of the world’s forests (2001 to 2007)
  • Desertification in the Sahel , a reinterpretation : Hein et De Ridder 2006.
  • Sahel : une sécheresse persistante : Marie-Lise sabrie, Yann L'hôte, Institut de Recherche pour le Développement
  • Géographie physique des déserts du globe : Laboratoire GEOLAB - UMR 6042 - CNRS / Université Blaise Pascal / Université de Limoge
  • Sahel: peut-on encore arrêter le désert ? : Christophe Naigeon, « L'Express »
  • Une ceinture verte pour le Sahel : Marie-Martine Buckens , The courier, Magazine des relations et coopération Afrique, Caraïbes, Pacifique et UE
  • L'Etat de l'Afrique 2009, 2010 et 2011 : Hors-série du magazine Jeune Afrique
  • Rapport de présentation de SOS Sahel International France

 

17/08/2012

RETOUR SUR GUELACK - HISTOIRE D'UN DOC - EPISODE 2

EPISODE 2 - CONTEXTE ET RESUME DU PROJET GUELACK

En dépit de l'actualité qui en donne une image troublée, le Sahel d'aujourd'hui ne seguelackh ciel cadre.jpg résume pas à la présence d'Al-Qaïda et aux convois de désespérés qui se destinent à l'émigration clandestine, loin s'en faut. Cette vision aussi spectaculaire que parcellaire, bien que représentant une part indéniable de la réalité, masque l'acharnement de certains hommes et femmes à oeuvrer pour le développement d'un territoire immense, martyrisé par les fléaux climatiques et économiques. Au premier rang d'entre-eux vient la grande sécheresse des années 70 qui a livré près de 500 000 km2 au désert et fait d'innombrables victimes, sans connaître de rémission. Aujourd'hui, deux nouveaux drames viennent s'ajouter à ce désastre écologique : la flambée des prix des matières premières et la crise financière moguélack,france 5,narrative,géraldine sroussi,jay sroussi,olam prod,sahel,afrique,sénégal,sécheresse,wuyilundiale, qui impacte fortement l'économie locale, depuis qu'elle s'est déportée sur la sphère « réelle ». De ce point de vue la UNE du quotidien Libération de ce 17 août, consacrée à la flambée des prix du blé, du maïs et du soja est éloquente. Partout dans le monde, spéculation sur les matières premières, mauvaises récoltes et déréglements climatiques menacent de manière croissante la survie de nombreuses populations et avivent les tensions politiques. Désormais même l'occident n'est plus à l'abri. Cela permettra-t-il de passer de la prise de conscience à l'action coordonnée... rien n'est moins sûr.


Au Sénégal comme ailleurs, l'ensemble de ces facteurs contribue à alimenter le désarroi des populations locales et particulièrement des jeunes issus des campagnes. Tiraillés entre le respect des traditions, personnifiées par les anciens, et une vision fantasmée de l'Occident, les appelant au large, ils sont le plus souvent déboussolés à l'heure du choix. Emigrer clandestinement vers l'illusoire «eldorado» européen ? Se perdre jusqu'à la dissolution dans les périphéries misérables des grandes villes ? Ou retourner dans leur village pour essayer de lutter contre l'inexorable apparent ? Aucun de ces chemins ne prête à rêver, mais le dernier constitue le seul à même d'ouvrir la voie vers un développement autonome prenant en compte les impératifs écologiques. C'est en tout cas le pari lancé par les habitants de Guélack, petit village situé à une trentaine de kilomètres à l'Est de Saint-Louis.

LE PACTE

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A l'origine, il y a deux cousins, Ousmane et Doudou Sow. Deux cousins liés par un pacte scéllé durant l'adolescence, qui décident, en 1989, de retourner à Guélack, village d'origine d'Ousmane, pour tenter de le faire revivre. A partir des septs cases traditionnelles encore intactes à l'époque, il vont créer un véritable projet de société solidaire et écologique et oeuvrer pour l'étendre aux zones environnantes. Là où nous commençons tout juste à remettre nos comportements en cause, les hommes et les femmes de Guélackh réfléchissent depuis plus de vingt ans à un mode d'évolution qui n'hypothèque pas l'avenir et mènent toutes leurs actions en conséquence dans une approche participative et globale fondée sur une regard politique autant que philosophique établissant une combinaison harmonieuse entre collectivisme non doctrinaire et propriété individuelle.


DES METHODES ET DES HOMMES

PanneauxSolaires.JPGTransformation du lait en fromages pouvant être vendus - idée folle en plein désert - lutte contre la desertication par la RNA (Régénération Naturelle Assistée), développement de l'énergie solaire, fermes écologiques et culture biologiques basées sur l'agro-élevage et l'usage exclusif du compost, recherche d'alternatives écologique dans tous les domaines, de la culture du riz (bio) à la fabrication de teintures naturelles pour les textiles, considération d'un développement passant par la cohésion sociale et la libération de la femme, l'éducation et l'amélioration des pratiques sanitaires, tels sont les piliers du projet mené dans cette enclave verte au coeur du Sahel. 


L'ENJEU DE LA TRANSMISSION

Internat.jpgCentre de formation et internat des jeunes de Guélack

Cependant, essentiellement portée par deux hommes dont le charisme et la force de caractère sont exceptionnels, l'expérience de Guélack constituera une solution viable à l'unique condition de voir la jeune génération prendre le relai et témoigner de la même détermination que les deux cousins. La question est centrale depuis le début. Elle a justifié la création d'un Centre de Formation où les jeunes de Guélack et des villages environnants étudient pendant quatre longues années avant de créer leur propre exploitation selon les préceptes inculqués par les deux cousins. Mais si la formation est essentielle, elle ne remplace pas la foi indispensable pour lutter au quotidien dans un environnement hostile où tout est bien souvent à recommencer. Cela amène Ousmane et Doudou Sow à arpenter la région sans relâche pour tenter de convaincre les populations du bien fondé de leur démarche et faire évoluer des comportements. L'enjeu est de taille, considérant qu'une meilleure maîtrise des problématiques environnementales jouera un rôle crucial dans le développement économique et la lutte contre la migration climatique en Afrique.

potager.jpg

Cultiver dans le sable : possible


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"SAHEL, GENERATION DURABLE"

Jay Sroussi / B.Sire - Wuyilu