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18/06/2012

2007/2012 : ON NE MEURT QUE DEUX FOIS (Sarkozy, Royal, Bayrou)

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Si la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle du 6 mai aura marqué la dernière victoire de Jacques Chirac, comme nous l'anticipions ici il y a quelques mois, le résultat des premières législatives du nouveau quinquennat renvoie inévitablement à la précédente édition de la course à l'Élysée, dont elle balaye définitivement les conséquences et le sens. « On ne meurt que deux fois », écrivait Audiard, avant lui-même de quitter la scène... Mais assurément, la deuxième est la plus cruelle, comme peuvent en témoigner ce matin Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou.

TROIS DESTINS : UN RETOURNEMENT

La vague rose est donc arrivée, prolongeant les analogies relevées, faute de mieux, par la presse, avec l'ivresse Mittérrandienne de 1981. Qu'importe que, même drapé d'un costume trompeur, François Hollande ait davantage appris de l'école Chirac que du sphinx de Château-Chinon. La réalité impose de rappeler que les situations sont incomparables et que l'extrême difficulté de la tâche qui attend le nouveau pouvoir minore par avance toute tentation euphorique. Mais cela, tout le monde le dira. Autant regarder ailleurs et se transporter au soir du premier tour de l'élection présidentielle de 2007, dont les enseignements peuvent aujourd'hui être analysés avec une certaine ironie.

Que voyait-on alors ?

A droite ? Un futur président ayant renversé la table des valeurs d'une mouvement essoufflé et immobile, fier de sa propre hyperactivité, comme de sa capacité à siphonner l'électorat du Front National.

A gauche ? Une « madone » socialiste aussi digne qu'incontrôlable, redonnant des couleurs à la rose, en marge de l'appareil pachidermique de Solférino, autant qu'à un républicanisme de gauche dissonant avec la musique officielle.

Au centre ? Un chevalier orange, ravivant la tradition du centrisme humaniste et portant l'espoir de la fin des idéologies et d'un stricte bi-partisme manichéen....

Ce matin, tandis que le Front National fait son entrée à l'Assemblée Nationale, Nicolas Sarkozy est tout entier mobilisé par sa défense dans des affaires judiciaires aussi conséquentes que tortueuses, qui risquent d'emporter jusqu'à la moindre trace de son passage au pouvoir. Double camouflet.

Ségolène Royal elle, privée du perchoir et de son mandat de député, peut encore remâcher l'ultime trahison subie, ironique dénouement de luttes intestines jouées sur les plaies jamais cicatrisées des rancœurs jospinistes. Une fois de plus elle aura pu mesurer le manque d'élégance d'un courant dont les combats sociétaux peinent à masquer le machisme autant que le conservatisme. Et le journal Libération d'achever la victime d'une manchette cinglante et discourtoise : La Gauche Royal(e).

Quant à François Bayrou... Il vit la suprême insulte d'être balayé au jour même où ses idées politiques triomphent et seront – pour le meilleur ou le pire – le socle de l'offre socialiste du nouveau gouvernement. Le temps lui sera donné de méditer sur le poids du courage comparé à celui du cynisme dans le grande balance des équilibres politiques. Sans doute sort-il grandi de ce nouvel échec, épine dans le pied de l'honneur socialiste, mais il lui sera désormais difficile d'agiter l'étendard de ses certitudes messianiques.

LA REVANCHE DES GRANDS CORPS

Par-delà l'anecdote, et en dépit des différences qui marquent ces trois destins, une convergence se dessine comme une évidence. Si la victoire de François Hollande paraît de prime abord celle du « normal » sur le « bling bling », elle signe en réalité la revanche des grands commis de l'État au détriment de la « République des Conseillers et des Avocats ».

Il semble momentanément s'achever ce temps où la fonction gouvernementale s'était offerte par procuration à quelque officine de communication. Cette période étrange où les conseillers sont sortis de l'ombre pour publiquement humilier les ministres et disserter des grandes orientations de l'État. Ce moment suspect où les effets de manche des avocats affairistes ont remplacé le mariage de la réflexion et de l'action.

Derrière la mise en retrait de Nicolas Sarkozy, les défaites de Claude Guéant, Franck Peltier, Nadine Morano, et Frédéric Lefebvre, témoignent tout autant de cette évolution que de la gifle envoyée à la face du conseiller suprême, Patrick Buisson, et de sa stratégie délétère, dont les vraies conséquences dans la recomposition de la droite sont encore à venir.

Il en est de même à gauche où les chantres du paraître, Jack Lang en tête, tirent leur ultime révérence... Où la « Madone du Poitou » n'est plus portée par un cortège de courtisans plus à l'aise au Printemps de Bourges qu'au Conseil d'État... Où DSK et ses escortes de Euro-RSCG, et celles, plus accortes, des Sofitel, ont quitté la perspective du pouvoir pour rejoindre les prétoires.

Avec la victoire de François Hollande, l'ENA reprend les rênes et dissémine ses enfants à la tête de la majorité des cabinets. Même si ces deux notions se confondent dans leur incarnation, ce n'est pas tant la victoire des technos que d'une très haute administration méprisée depuis 2007. C'est la renaissance des corps qui s'oppose aussi à l'aventure solitaire et don-quichottesque de François Bayrou, ce mousquetaire téméraire et naïf qui entendait mettre au pas les élites.

Derrière l'alternance et les difficultés qui présideront à son expression, c'est donc une révolution des valeurs et des mœurs politiques qui s'est jouée. Nul doute qu'il ne s'agira pas de la dernière. Et c'est de ce constat que les perdants du jour pourront tirer quelque espoir. A commencer par Ségolène Royal, qui pourrait bien vite se fixer un nouvel objectif à même d'étancher sa soif de vengeance. Partir à la conquête de la rue de Solférino, par exemple ? Il est probable que l'idée a déjà germé en elle et que la parade se prépare activement chez ceux dont la conscience pourrait être affectée d'une quelconque culpabilité dans sa défaite aux législatives...

Éternel recommencement ?

 

11/06/2012

TARTUFFE ET LE CORSAGE DE MARINE

En_Attendant_Tartuffe_-_Picolo_Theatre.jpgIl est souvent de bon ton et délicieux de citer la tirade de Tartuffe : « Couvrez ce sein que je ne saurais voir ». Il est moins fréquent de rappeler la réplique implacable que Dorine et sa conclusion : « Et Je vous verrais nu du haut jusques en bas / Que toute votre peau ne me tenterait pas. »

Ces quelques vers maintes fois célébrés gagnent encore en vigueur en ce lendemain de premier tour de l'élection législative, au regard du langage tenu envers le Front National, tant pas le droite que par la gauche.

 

Pour les premiers, à l'image de la phrase de Tartuffe, la tentation est grande et le trouble immense. Si on ne peut se résoudre ouvertement à réclamer une alliance pour sauver quelques soldats, ni regarder en face le corsage de Marine, on a déjà étalé toute sa faiblesse pour la chair des idées du FN, avec une hypocrisie qui n'est plus que de convenance. Plus encore qu'au lendemain du premier tour de la présidentielle, les digues sont définitivement rompues; avec d'autant plus de force que les premières fuites avaient emporté les étais constitués des restes du centrisme humaniste. Faisant mine, sans pudeur, d'ouvrir grand les bras aux électeurs du FN, à l'image de Nadine Morano, c'est déjà presque du parti d'extrême droite en lui-même qu'on reluque les rondeurs, envoyant quelques éclaireurs pour en tâter la fermeté, après en avoir épousé et chanté les antiennes.

Il y a dans cette danse nuptiale, hélas, les prémices d'une danse macabre, quand les apprentis sorciers, pour sauver l'instant, hypothèquent l'avenir.

APRES LE SERMENT, L'AVEUGLEMENT

Pour les seconds, tout émoustillés de leur probable domination au soir du second tour, la phrase de Dorine sert de doctrine et le désistement républicain de refrain. Mais une fois le serment déclamé et l'honneur préservé, l'aveuglement reprend ses droits pavloviens, comme si l'agrégat des valeurs auto-proclamées de la gauche était à jamais imperméable aux coups du réel. Ainsi le cruel revers subit par Jean-Luc Mélenchon à Hénin-Beaumont marque-t-il l'échec d'une lutte stérile inspirée de la méthode coué, comme celui des verts, devenus hermétiques à l'écologie, mais friands de grandes déclamations pour un accroissement d'un libéralisme sociétal érigé en priorité nationale. Ce n'est pas en niant les problèmes et les interrogations d'une frange croissante du peuple voire en la culpabilisant, que l'on mettra un terme à la pénétration des (fausses) idées du Front National. L'ouvriérisme social fantasmé de Mélenchon, associé à un discours erroné sur l'immigration, parviendra d'autant moins à séduire les classes populaires (de quelque origine, sexe et catégorie d'âge soient-elles) qu'elles sont en première ligne sur ces sujets. Le front contre front, sans autre recette qu'une surenchère radicale, n'a aucune chance de succès contre le parti de Marine le Pen, d'autant plus que ce dernier pousse son avantage par un discours qui colle aux inquiétudes réelles des électeurs, faute d'apporter la moindre solution crédible et républicaine.

MEPRIS DE CLASSE ET CLIENTELE D'INITIES

Ce n'est pas non plus, à l'image de la gauche libérale, en disqualifiant la population de nombreux territoires sous les accusations de xénophobie, d'inculture et de repli identitaire que l'on répondra à une véritable perte de repères et à l'accroissement de la précarité économique. Et que dire des analyses florissantes qui jouent les centre-villes éclairés et dignes contre une France rurale et péri-urbaine ne méritant plus la considération et pouvant être abandonnée à son sort ? De ce point de vue le récent et très méprisant « reportage » de la revue Tecnnikart sur la Creuse intitulé « La bouse ou la vie » est un must qui a été dénoncé violemment par une fronde local menée par la jeune Elyse Khamassi, et depuis relayée largement sur la toile. Il exprime, mieux que tout autre exemple, la morgue aveugle d'une gauche empêtrée dans ses contradictions et s'adressant en priorité à une clientèle d'initiés encore (pour combien de temps ?) préservée des soubresauts du monde.

A ce petit jeu, quand le processus de recomposition de la droite sera consolidé, sur les bases nouvellement posées par le Front National, et qu'il ne sera plus question de poser un mouchoir pudique sur la poitrine de Marine, commencera alors la lente agonie de la République et de ses principes.

A moins que....

 

 

 

08/06/2012

CHRONIQUE WUYILU DANS RAGEMAG - BEIGBEDER, CHARLES: un parachute pour rire…

RAGEMAG, Beigbeder, front de gauche, ps, législatives, 2012, Alexis Corbière, 12ème arrondissement, wuyiluEnvie de rire, de décompresser ? En période électorale, il y a toujours un petit débat à se mettre sous la dent sur les tréteaux de la République, une gourmandise à même d’enchanter une soirée promise à la grisaille du PAF. A ce titre, la 8ème circonscrition de Paris offre un champ de délices, avec ses 23 candidats en lice, espérant détrôner la député PS Sandrine Mazetier. Un record national dans une circonscription souvent médiatisée et exemple récurrent des plus improbables parachutages. Justement, mercredi 30 juin, au Théâtre Marsoulan, un débat oppose le candidat UMP, Charles Beigbeder (le frère de l’autre) au postulant du Front de Gauche, le conseiller es extrême droite de Jean-Luc Mélenchon, Alexis Corbière. Well, well ! Un débat UMP versus Front de Gauche, en terre strauss-khanienne, dans un théâtre habituellement réservé aux spectacles de marionnettes ! Parfait. 12ème arrondissement: le labo de l’humour de droite. Depuis quelques scrutins, il faut reconnaître que l’UMP parisienne se dépasse avec une taquine propension à l’expérimentation médiatique et bling bling, parant le 12ème arrondissement de quelques strass peu en harmonie avec la sociologie locale. 

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Photo : Julien Jaulin : http://julienjaulin.com/