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31/05/2012

QUAND LIBERATION RACIALISE

Froid dans le dos ce matin au réveil. J'ai d'autres écritures sur le feu, mais je me dois de les mettre en suspend quelques minutes pour me pencher sur la Une de Libération du jour. Là, ils se sont dépassés, ajoutant des méthodes « racialistes » à leur propension déjà ancienne à la promotion d'une gauche identitaire. Cette gauche identitaire qui réduit l'espace d'expression républicain et participe à la division du pays, au service des extrêmes, et contre le message salutaire porté durant toute la campagne présidentielle par François Hollande. La « UNE » de Libé donc, avec ce titre la barrant en gros caractères : « Parité, diversité. LES CABINETS BLANCS DE LA REPUBLIQUE ». Libération, racisme, gauche populaire, gouvernement, cabinet, demorand, bourmeau, wuyilu


Le concept ? Dénoncer la très nette prééminence des « blancs » dans les rouages et cabinets du nouveau gouvernement. C'est une réalité, comme c'est sans doute une réalité au sein de la rédaction de Libération. Même si la question n'est pas prise par le bon bout, le problème existe et peut être soulevé autrement... on y reviendra.

La méthode ? C'est là que ça coince. L'analyse des noms de l'ensemble des nouveaux membres des cabinets sur une seule base ethnique et raciale. Cela s'appelle du « racialisme », du comptage racial, de la discrimination... Outre que ça passe radicalement à côté du vrai problème, à savoir la question du fonctionnement de l'ascenseur social, c'est dangereux, délétère et anti-républicain, s'apparentant aux méthodes utilisées par les pires identitaires de droite et du Front National, corroborant par ailleurs toute les craintes de la Gauche Populaire concernant une radicalisation de ces comportements sur les deux bords de l'échiquier politique.

Au final, ce qui est encore plus néfaste, c'est que cette entreprise de délation passe sous silence le véritable scandale qui se niche dans la composition de l'ensemble des structures de décision et de pouvoir en France et qui ne porte pas tant sur l'origine « ethnique » que sur les milieux sociaux dans lesquels s'effectuent les recrutements. C'est ce resserrement culturel du cercle des élites et le népotisme, auxquels contribue d'ailleurs une bonne partie de la presse et des médias, dont Libération, qui ne laisse d'inquiéter et prouve combien la mécanique du renouvellement et du progrès social est grippée. C'est sur ce terrain là, au regard de la reconnaissance des compétences des potentiels et du mérite que la gauche est attendue, dans une vision scrupuleusement républicaine... Pas sur la question purement raciale et le jeu des quotas, dans une vision communautariste américaine.

Mais dieu (ou un autre) merci, une part importante de la gauche, bien au delà de notre collectif, fait part de sa stupéfaction et condamne la une de Libé avec vigueur. On peut lire à ce sujet le billet de l'élu lyonnais Romain Blachier Libération: racial avant d'être social ?, mais aussi cette réaction fort à propos de Samuel Thomas, le Président de la Fédération de la Maison des Potes (pourtant lié à SOS Racisme) : « Libération se fourvoie ! Rabaisser le "profilage" d'un conseiller comme celui d'un élu ou d'un ministre à sa couleur de peau ou a son origine nationale ou ethnique est d'une bêtise politique confondante. Plus qu'une bêtise politique qui abaisse ceux qu'on est censé vouloir aider, cela contribue à la chute de tout principe antiraciste. Un principe : ne jamais juger une personne sur sa couleur, ne se trahit pas au gré des intérêts qu'on défend. Celui qui demande des places par quotas de couleur, au lieu de réclamer la nomination des personnes qui se sont affrontés au terrain, n'est pas très à l'aise avec les idées socialistes et antiracistes. »

Voilà, la messe est dite. J'attends maintenant avec curiosité la réaction de Jean-Marc Ayrault, voire celle de François Hollande, qui une fois de plus pourront méditer la prière voltairienne : « Mon Dieu, gardez-moi de mes amis.... »

13:48 Publié dans Science | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : libération, libé, bourmeau, demorand, racisme, identitaire, gauche populaire, wuyilu | |  Facebook | | | |

29/05/2012

CONFLIT D'INTERET ET INTERET DU CONFLIT

Le blogueur Juan, impitoyable et délicieux chroniqueur du règne sarkozyste, vient de lancer une invitation pleine de bon sens à l'adresse de l'ensemble de ses confrères écrivant à propos du champ politique, en les enjoignant de déclarer les conflits d'intérêts pouvant altérer la probité de leurs billets. Ca tombe mal, j'en vis beaucoup et je trouve ça souvent passionnant. L'intérêt des conflits d'intérêts tient notamment dans le scrupule qu'on peut avoir à dénoncer tel ou tel d'entre-eux en l'observant à l'aune des siens et l'inclinaison à se montrer ainsi plus clément dans ses jugements. En fait, non, ça ne marcconflit d'intérêt, blog, sarkofrance, juan, wuyiluhe jamais ainsi, et l'homme, orgueilleux et imprudent, se jette à gorge déployée sur sa potentielle victime sans faire grand cas de ses propres turpitudes. Gniark, c'est bien fait. C'est sans doute dommage, mais je n'irai pas plus avant dans des considérations judéo-chrétiennes qui me vont mal au teint. Déclarons donc :

 

1°) Etiquetté (par je-ne-sais-qui) de centre gauche, je ne fais pourtant pas mystère de mes accointances avec les odieux conjurés de la Gauche Populaire, prenant désormais plaisir (heu, non pas du tout) à me faire traiter de überlepéniste par les apprentis-sorciers de la gauche miaou-miaou-ultralibérale-progressiste-terra-novienne.

2°) Bien que soucieux de l'indépendance de mon blog et de son esprit (qui est le mien), cet insupportable amalgame avec les quelques déviants sus-mentionnés, qui osent publier dans cette feuille fascisante qu'est Marianne, m'a conduit à accepter de collaborer au magazine culturel Rage Mag, organe peu enclin à se soucier de bien-pensance, fut-elle de gauche.

3°) Cette collaboration épisodique entre en conflit avec la course à l'audience bloguesque, à laquelle je ne participe pas, mais quand même, c'est plus cool quand j'ai des lecteurs directement ici...

4°) Je reconnais, plus sérieusement, le véritable conflit d'intérêt lié à certains frottements entre mon activité de rédacteur / communiquant et ma ligne de blogueur. Je ne parle jamais de certaines sociétés, même quand elles jouent avec la morale que le public réprouve (ou l'inverse), à partir du moment où elles figurent au nombre de mes clients, encore plus quand elles abritent en leur sein des personnes qui me sont très chères.

5°) Il peut en être également ainsi de quelques personnalités notoirement de droite (ou du centre) qui comptent au nombre de mes amis, cette dernière notion, l'amitié, étant hélas pour moi, insensible à toute tergiversation.

6°) Bien qu'éloigné depuis moins de trois ans du Mouvement Démocrate, pour lequel j'ai participé à plusieurs campagnes, me glissant même sur une de ses listes aux municipales, j'ai activement fait campagne lors de la primaire socialiste et soutenu François Hollande avec vigueur, en dépit de mon aversion pour nombre de leaders de la rue de Solférino. Je me félicite d'ailleurs de la victoire de ce même François Hollande et de la nomination de Jean-Marc Ayrault au poste de Premier Ministre. Et pourtant, je ne dépasse jamais certaines bornes dans l'éventuelle critique de mes anciens acolytes de sang triste.

7°) Fustigeant souvent certaines dérives administratives, je suis pourtant fondamentalement attaché à une défense sans limite du service public, mais d'un service public concentré sur ses tâches fondamentales.

8°) Pouvant regretter (très peu) certaines dérives de « l'assistanat » et de « l'État Providence », j'ai moi-même, du fait de problèmes de santé limitant considérablement ma capacité de travail, l'obligation de solliciter régulièrement quelques aides de la CAF.

9°) Très sensible aux thématiques écologistes et infiniment triste de leur disparition de la campagne présidentielle (merci Éva), je suis contraint (pour les raisons citées dans le 8ème point) de me déplacer exclusivement en voiture. C'est un fallacieux mais réel prétexte, dans la mesure où j'aime tout simplement les voitures et certains fruits d'une société obsédé de faux progrès, dont je combats pourtant le caractère ultra-consumériste et les fausses valeurs.

10°) Farouche défenseur d'une certaine idée européenne (me demandez pas laquelle), je n'en peux plus des européïstes béats et bêlant. Et je le dis de manière incompréhensible.

Bref, j'en ai encore des tonnes comme ça, mais en fait, on s'en fout royalement. Tout cela aura le moindre intérêt le jour où l'on me confiera une charge publique ou une réelle et pesante fenêtre pouvant influer sur l'opinion... Bon, comme le jour où ça viendra, vous serez tous morts depuis bien longtemps, et moi aussi... bah... bon... Mais au moins vous êtes prévenus.


(Illustration : "Les amants" de Magritte")

 

20:26 Publié dans Blog, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : conflit d'intérêt, blog, sarkofrance, juan, wuyilu | |  Facebook | | | |

18/05/2012

UNE PROPHETIE EUROPEENNE

Le 17 mai, jour de passation de pouvoir entre ministres, est parue dans le journal Le Monde une tribune porteuse d'une sombre prophétie qui mérite d'être relevée, tant elle pourrait plomber l'ambiance à l'échelle européenne, à l'heure où la gauche française fête une alternance si longtemps attendue. Titré « Entre l'UMP et le FN, les digues sont rompues » et signé par le chercheur Gaël Brustier, ce texte remarquable nous signale une recomposition de la droite française et la suppression des frontières entre le parti d'origine gaulliste et celui de Marine le Pen, avec les futures conséquences électorales que nous pouvons imaginer et que Gaël Brustier décrit en ces termes : « Les "digues" s'affaisseront vraisemblablement en juin mais devraient surtout s'effondrer au cours des élections locales de 2014 et 2015. Si plus rien ne peut empêcher la droite de suivre son destin, la seule question désormais est celle de la prise de conscience de la gauche française »


Conséquence d'une stratégie politique initiée sous Nicolas Sarkozy, de l'évolution sémantique du discours FN et des perceptions culturelles et économiques de la mondialisation comme de la construction européenne, ce phénomène touche aujourd'hui à sa quintessence et produira bientôt ses fruits, avec d'autant plus de vigueur que le scrutin proportionnel l'y aidera. Fondé sur un repli identitaire d'origine économique et sociale, «la peur du déclin collectif et du déclassement individuel », il est d'autant plus prononcé que la gauche d'orientation sociale-démocrate a déserté depuis longtemps le terrain de ces préoccupations pour s'engager sur les voies du sociétal et du suivisme néo-libéral et européïste. Le constat dressé par Gaël Brustier s'appuie sur une analyse spécifique de la situation française, notant au passage qu'en dépit du succès de la gauche à l'élection présidentielle, le cumul des voix obtenues par l'UMP et et le FN fut supérieur lors du scrutin 2012 à celui de 2007, qui avait pourtant porté la droite sarkozyste au pouvoir.


UN PHENOMENE SE CONSOLIDANT DANS TOUTE L'EUROPE


Cet état de fait pourrait relever du simple épiphénomène s'il n'était aujourd'hui observable à des degrés divers dans toute l'Europe, témoignant, selon l'expression de Gaël Brustier d'un « occidentalo-centrisme » délétère, dont les éventuelles conséquences ne laissent d'inquiéter. Tandis que la Grèce, à la fois engluée dans ses propres turpitudes et victime de la règle communautaire, s'est déjà livrée aux extrémistes de tous bords, allant jusqu'à offrir une véritable représentation au parti authentiquement néo-nazi « Aube Dorée », la Scandinavie, le Benelux, l'Europe de l'Est (Hongrie, République Tchèque etc...), succombent un par un aux sirènes d'une extrême droite qui, à l'image du Front National, a su infléchir sa stratégie ces dernières années, conjuguant ses traditionnels penchants xénophobes avec un discours de plus en plus social et noniste. Cette évolution s'est également portée sur la nature même du contenu xénophobe. Quand naguère, c'était l'étranger en lui-même qui était pointé du doigt, quand il ne s'agissait pas de la communauté cohabitante comme dans les Flandres, c'est aujourd'hui la corrélation entre l'origine et la religion supposée, notamment « arabo-islamique ». On a vu, dans un autre registre, lors de l'affaire « Merah », les confusions que cela pouvait engendrer, quand les autorités françaises, parlant des militaires assassinés, ont considéré à tort ceux-ci comme forcément «d'origine musulmane», au prétexte de leurs ascendances nord-africaines.


Cette désignation de l'ennemi, conjuguée au repli identitaire et à la volonté de reconnaissance croissante des origines chrétiennes de l'Europe, se double d'une défiance de plus en plus prononcée vis-à-vis d'une technocratie européïste déconnectée, supposée vendue au monde de la finance; entité sans visage mais également susceptible d'assimilation confessionnelle. On le voit dans le cas extrême de la Grèce où la situation économique et politique commence à se déporter sur des considérations antisémites, comme en Pologne où, parallèlement à un travail de mémoire national récent et salutaire sur l'origine de l'antisémitisme, les partis de droite et d'extrême droite n'hésitent pas à user à nouveau de l'élément judaïque, tant (et c'est une « tradition » en Pologne) pour revendiquer l'unicité chrétienne que pour fustiger certains problèmes économiques, en dépit de la croissance soutenue connue par le pays (3,9% en 2011 et 2,5% de prévision pour 2012). Ce phénomène est également observable en Suisse, pays prospère s'il en est, et non communautaire, mais victime de la peur bien connue de la contagion et dans lequel le parti d'extrême droite (UDC) est la première force politique, ayant réuni un peu moins de 30% des voix lors des deux derniers scrutins fédéraux.


AU ROYAUME DES AVEUGLES


Au niveau des principaux régimes européens, tous plus ou moins dominés par la droite libérale jusqu'à l'élection de François Hollande, le doute commence seulement à s'immiscer parfois, au milieu d'un océan d'aveuglement. Tandis que le gouvernement Allemand, pourtant en sursis, s'apprête à livrer une guérilla contre celui de Jean-Marc Ayrault, sur la renégociation du TCE, son Ministre des Finances Wolfgang Schäuble prédit sans rire une amélioration de la crise de la zone euro d'ici un ou deux ans, dans la poursuite des politiques d'austérité, et appelle à l'élection d'un véritable Président de l'Europe, élu au suffrage direct, sorte d'incarnation d'un pays qui n'existe pas et avance sans l'assentiment de ses peuples. Pendant ce temps, et dans le même ordre d'idée, l'ancien Président de la Banque Centrale Européenne, Jean-Claude Trichet, en visite à Washington, pour glorifier son bilan, plaide pour la mise sous administration européenne directe des pays incapables de mettre en œuvre les « préconisations » économiques de l'U.E.


On le voit, le fossé déjà abyssale entre le regard porté par les citoyens, en France comme ailleurs en Europe, sur leur perte de contrôle identitaire et économique et les directions envisagées au plus haut niveau communautaire, ne peut que se creuser au profit des partis d'extrême droite qui font en partie leur lit sur le refus de la mondialisation et d'une Europe purement financière. Ce phénomène ne peut que s'aggraver si, à l'échelon national, des parties entières du territoire et des populations sont en butte à la suppression des éléments de cultures locales (auquel la télévision participe grandement), des services publics fondamentaux (éducation, sécurité, santé, justice) ainsi que des symboles républicains, et que les citoyens assistent désarmés à l'accentuation des inégalités au profit d'une élite (de droite comme de gauche) atteinte de cécité et prompte à s'absoudre de toute responsabilité dans la dégradation globale des choses.


UNE RESPONSABILITE EXCEPTIONNELLE


De ce point de vue, on comprend bien que la gauche Française, portée au pouvoir par la grâce du rejet de la personnalité de Nicolas Sarkozy, davantage que par une adhésion à son programme politique, joue aujourd'hui bien plus que sa simple crédibilité. Les premières mesures qu'elle adoptera, notamment en matière de sécurité, de service public et de justice fiscale, mais plus encore sa capacité à faire entendre une voix différente en Europe, à l'écoute des peuples et dans la contestation d'une vision purement technocratique et financière, auront des conséquences absolument déterminantes. Elles engageront tout simplement la survie de la raison républicaine et de la cohésion européenne et nécessitent d'être menée avec un sérieux et une gravité exceptionnels.


Gaël Brustier est l'auteur de :

"Voyage au bout de la droite" avec Jean-Philippe Huelin : Mille et une nuits

"Recherche le peuple désespérément" avec Jean-Philippe Huelin : Bourin Editeur

12:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : fn, ump, ps, europe, trichet, schauble, ue, élections, gauche, wuyilu | |  Facebook | | | |