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29/04/2012

DESABUS DE POUVOIR

Dans une semaine nous choisirons un nouveau Président de la République. Bonne idée. Les jeux concours sont à la mode et la nouvelle saison de Koh Lantah touche à sa fin. Depuis des semaines chacun aura d'une égale humeur joué de la zapette entre « The Voice » et « Mots croisés », à l'heure où, plus que l'économie c'est le concept global de compétition qui est mondialisé. Cause ou conséquence du triomphe de l'individualisme, le sens s'est tout entier déporté sur le résultat des courses, davantage que sur la matière qui les fonde. La petite lucarne s'est invitée en politique sous de Gaulle, mais ce n'est qu'à l'occasion de l'élection de 2007 que la chose publique c'est totalement abandonnée aux « enfants de la télé ». Il y eu ces premiers pas de l'image, puis le temps des conseillers de l'ombre pour la modeler, enfin l'époque des conseillers dans la lumière, jusqu'à ce que les hommes politiques deviennent eux-mêmes maîtres en communication, acteurs et animateurs de cette télé réalité, qui, outre de n'être qu'irréelle, a poussé toute velléité intellectuelle en dehors d'un champ numérique qui s'est substitué à la véritable agora citoyenne.

Dans une semaine, Nicolas Sarkozy sera peut-être renvoyé dans ces pages faits-divers, où abondent les récits des déboires d'anciens candidats du « loft », de « secret story » ou de « la ferme des célébrités ». Bien au delà de sa provenance idéologique (en a-t-il d'ailleurs vraiment une ?), il aura incarné à lui seul tous les travers de cette période, née au mitan des années 80 et dont on ne parvient pas à savoir dans quelle déflagration elle s'achèvera. Au croisement du « jeu » et du « je », de l'abolition du surmoi, du narcissisme de concours, de l'affairisme le moins scrupuleux, de l'ivresse hyperthymique et par dessus tout du cynisme absolu, Nicolas Sarkozy est à la fois le reflet et la figure d'une société qui, après l'avoir fécondé, le rejette aujourd'hui par dégoût d'elle-même. Après cela, comment pourrait-il en être autrement que de voir triompher un homme qui se défini comme « normal » ? Mais cela ne résout rien. Cette vomissure cynique d'un temps porté sur la jouissance immédiate et indécente, sur la méprisante consommation distinctive et sociale, a engendré bien d'autres enfants qui ne seront pas emportés par la vague.

Le monde entier, et l'Europe en tête, traversent une crise économique, morale et identitaire sans précédent et nous en sommes encore à départager l'insanité comportementales des DSK ou autre Copé, à écrire le bréviaire de la corruption de ce régime et des précédents, offrant le peuple en pâture à ceux qui ont l'angoisse et la vengeance pour fond de commerce et ne craignent aucun chaos. Ce n'est même pas que les eaux usées de la campagne, de crapuleuses polémiques en vaines apostrophes, convergent vers le caniveau, c'est l'ensemble de la campagne qui barbote avec délectation dans cette fange. En ces heures où le malaise l'emporte sur l'exaltation du scrutin, on parle à tort et à travers des « heures les plus sombres de notre histoire » : mais les vraies, celles que l'on désigne ainsi, eurent au moins le mérite d'être précédées de celles que l'on appela « les années folles » et qui pour être porteuses de débauche et riches de milieux interlopes, n'en furent pas moins empreintes de cette jouissance unique propre à la conscience de l'éphémère que l'on retrouve seulement aujourd'hui dans d'autres sociétés et cultures, mais aussi dans l'esprit de la jeunesse perdue de l'enclave hédoniste de Tel Aviv.

Ici, rien que la débauche et une chape de tristesse et de peur qui empêche les peuples de se révolter, reportant leurs espoirs sur « l'homme normal », comme un retour à la réalité sans joie au lendemain d'une mauvaise cuite, comme l'expression ultime d'un « désabus de pouvoir ».

 

Commentaires

Si ça peut te rassurer, il y a des pays en Europe où les gens sont moins pessimistes qu'en France en ce moment... peut-être est-ce l'apanage des petits pays qui ne sont pas obsédés par leur grandeur passée et leur rôle historique dans l'histoire de l'Humanité ?

Bon, je mets de côté la Grèce... ;-)

Allez, encore une semaine et le printemps sera peut-être de retour, du moins au niveau de la météo ;-) !

Écrit par : Dianae | 29/04/2012

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