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19/03/2012

PART DE GAUCHE et PARTI DE GAUCHE

Qu'est-ce que la « part de gauche » ? Une maladresse ? Un cœur ? Une illusion ? Une promesse ? Une vengeance ? Un espoir ? Un poème ?

Se trouvait-elle dimanche, uniforme et définie, dans les sourires qui convergeaient par dizaines de milliers entre Bastille et Nation à l'appel du Front de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, sous une météo s'acharnant à démentir le printemps, comme le candidat Sarkozy s'acharne à démentir le Président qu'il est encore ? Quelle part de vengeance s'y nichait, au regard du désir de justice ? Tellement difficile de placer le curseur. Gauche radicale, contre gauche molle : quel sens, hormis la prise en compte du peuple par la première et l'aveu de son abandon par la seconde ? Gauche radicale contre droite radicale : là les choses sont plus aisées, les deux tendant désormais à la fusion.

La droite, celle qui schématiquement s'était appropriée le mot « liberté », quand la gauche portait l'étendard de « la justice », a depuis longtemps tombé le masque de l'initiative pour cultiver les bourgeons de la haine, de l'ostracisme et de l'opportunisme. De Sarkozy à Le Pen on désigne au peuple toutes les cibles potentielles pouvant étancher sa colère. Diviser pour mieux régner, jusqu'à tellement diviser que chacun pourrait finir par haïr le monde entier. Ne cherchons pas, il n'existe pas l'once d'une idée généreuse dans les diatribes de Marine Le Pen, pas le germe d'une cohérence dans les circonlocutions de Nicolas Sarkozy, même si le discours s'appuie sur un diagnostique subtil de la France et particulièrement de celle qui a voté « non » aux deux référendums européens de 1992 et 2005. Ceux qui, a droite, tentent l'amalgame de la "justice" et de la "liberté" se sont rangés depuis longtemps derrière l'inébranlable foi de François Bayrou. A tort ou à raison, qu'importe, cela demeure infiniment respectable, même si cela exclu encore la France du « non ». Sarkozy et Le Pen, eux, flattent les mots « peuple » et « République » en les vidant de toute substance humaine et plus encore humaniste. Le chasseur caresse et félicite son Épagneul quand celui-ci ramène la proie, il ne l'épouse pas pour autant. Il commence par étaler son amour de la faune et termine toujours par la mise à mort.

Mais avec le Front de Gauche, la question se pose encore et toujours. Quelle part de vengeance, au regard du désir de justice ?

Quelle radicalité peut s'abstenir de victimes à l'heure de son triomphe ? Quel « légitime « Ras le bol » peut aboutir dans la générosité et non la violence ? Dans le discours de Jean-Luc Mélenchon les deux versants se télescopent en permanence. Le « place au peuple » et l'emploi continue et joliment habile du « nous » (au regard d'une campagne pourtant hyper centrée sur son candidat), quand tous se vautrent dans le « je », augurent d'une société poétique et plus juste (que l'Histoire a pourtant toujours méconnue). Il en va de même de la préoccupation écologique, de l'égalité homme/femme, du développement d'ingénieux mécanismes d'économie solidaire. Les « il faut frapper » et « qu'ils s'en aillent tous », eux, aussi justifiés soient-ils en apparence, ne laissent d'inquiéter et placent Mélenchon et ses troupes sur le terrain de l'adversaire avec les mêmes moyens. La tentation révolutionnaire et insurrectionnelle est ma pire hantise. Mais ma colère s'adresse avant tout à ceux qui ont permis qu'elle s'installe, par delà les catégories. Quand un pays voit plus d'un tiers de son électorat confier ses rancœurs et ses espoirs aux discours les plus allégrement radicaux, (sans compter ceux, nombreux, qui sont sortis pour longtemps du jeu politique), le hasard n'est en rien responsable. C'est tout autant le signe de la faillite des prétendus porteurs de raison que celui du triomphe des égoïsmes. Et là, même si certains, au Front de Gauche, parlent de justice avec des potences dans les yeux, il faut leur reconnaître d'avoir choisi ce camp, plutôt que son opposé, en fonction de nobles aspirations et non sous l'impulsion de la haine. Mais derrière les bonnes intentions pointent parfois les couteaux, et le rigorisme et la corruption supplantent souvent la justice.

Pourtant, si le Front de Gauche prospère et que ses militants s'y investissent avec autant de cœur, de sincérité et de touchantes revendications, c'est bien que le PS ne parvient toujours pas à leur parler, en dépit des promesses du discours du Bourget. Bien sûr, la fable veut que l 'élection se gagne au centre. Mais outre que ce centre est déjà partiellement occupé par un François Bayrou qui n'a rien perdu de son mordant de 2007, il n'est autre qu'un tout petit cœur de cible quand il ne sait toucher la cible du cœur. Ce n'est pas en sortant une ou deux mesures symboliquement de gauche, timidement et sous la contrainte, dans le désordre et l'improvisation, que François Hollande parviendra à rassembler la France, celle du « oui », comme celle du « non », et à entamer cette réconciliation qu'il appelle légitimement de ses vœux. C'est par la constance d'un discours qui tournera enfin le dos aux préventions compassées de Terra Nova, à cette vision sociétale d'une France de minorités exfiltrés du grand ensemble populaire et mises en constante concurrence revendicatrice. De son côté le Front de gauche, cohérent dans sa démarche devrait davantage être l'aiguillon de la gauche que le moteur qu'il figure actuellement et qui pourrait considérablement compliquer le scrutin du 22 avril prochain. Mais là encore, il appartient au PS et à son candidat de davantage exprimer leur « part de gauche » pour contenir le « Parti de Gauche ». L'appel au seul « vote utile », frustrant et sonnant comme un chantage à peine déguisé, n'y suffira pas.

Ma part de gauche ignore le nom de ses théoriciens. En dehors de quelques bribes de Marx et de Gramsci, je ne les ai pas lus, je le confesse. J'ai trop d'appétence pour le fait historique, la fiction et les belles lettres pour avoir eu la patience de dialectiques par trop complexes. Ma part de gauche se trouve toute entière chez Victor Hugo, pour le cœur, chez Camus et Koestler pour la raison, chez Mendès-France pour la pratique. Mais tous ceux-là, savaient parler au cœur et transformer la théorie en vibration. C'est cela qu'il manque encore à François Hollande pour que sa victoire, clamée de longue date, ne finisse pas en tragique balkanisation des suffrages exprimés, entre Mélenchon, Sarkozy, Le Pen et Bayrou.

PS : Je précise après coup que l'emploi du terme "part de gauche" plutôt que gauche tout court, tient au fait que, voyageur le long d'un parcours politique sinueux, je ne saurais jamais me définir exclusivement de gauche, assumant mes paradoxes et une certaine liberté au regard du système partisan. Même s'il me faudrait moins tergiverser ces temps-ci, dans l'unique préoccupation de faire gagner le candidat étant le plus à même de balayer Nicolas Sarkozy...

 

Commentaires

"L'appel au seul « vote utile », frustrant et sonnant comme un chantage à peine déguisé, n'y suffira pas."

Il y a vote utile pour battre la droite de Sarkozy et il y a vote utile pour favoriser l'alternance comme mesure anti-corruption, tout simplement.

Le fait que ni l'un ni l'autre de ces deux motivations "minimalistes" ne soit suffisante cette fois montrerait bien la lassitude citoyenne face à l'offre politique.

Quant à Mélenchon, toujours cette même question : "faire la révolution... et après ?"

Écrit par : Dianae | 21/03/2012

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