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20/12/2011

HAVEL, KIM JONG-IL ET LE MONDE D'HIER

 

Etrange télescopage de l'histoire que les morts conjuguées de Vaclav Havel et de Kim Jong-Il. D'un côté celui qui a fait basculer la République Tchèque dans l'ère post-communiste autant que dans l'heure occidentale, de l'autre, l'ultime représentant des glaciales coutumes à la mode stalinienne, entre chape de terreur et culte de la personnalité.


Pourtant la mort de ces deux personnages, sans doute diamétralement opposés, a de commun qu'ils figurent tous deux les étendards d'un monde ancien, bi-polaire et simple. Le dissident emblématique porteur de poésie et de liberté face au monstre froid du collectivisme centralisé : images pieuses qui dessinaient la géopolitique de l'avant chute du mur de Berlin, quand de chaque côté l'ennemi était facilement identifiable. Si les choses ne changeront pas forcément en Corée du Nord, pays amidonné, figée dans l'horreur, la République Tchèque a opéré une étrange mue où se mêle exhumation d'un immense héritage culturel et résurgence d'un panslavisme délétère. Prague, ville poème par essence, oscille désormais entre incessant rappel de son glorieux passé, insolente résistance des verrues architecturales staliniennes et déferlante de la culture américaine standardisée... made in China. Mais le sens profond de ces disparitions à l'heure de l'enlisement de la crise financière mondiale, qui est finalement plus sûrement une mutation qu'un désastre, est le signe de la fin définitive du « Monde d'hier », comme l'aurait dit Zweig, et de la première vague de remodelage globale post-soviétique. Les blocs, antagonistes ou non, se sont redessinés, tandis que l'occident célébrait son apparente victoire dans l'ignorance des aspirations émergentes. Ils sont plus nombreux, plus complexes et nous projettent vers un inconnu angoissant en passe de faire exploser les conservatismes de la pensée géopolitique. Il est loin le temps où le capitalisme, triomphant sur son ennemi communiste, pouvait célébrer « La fin de l'Histoire », à la manière d'un Fukuyama et considérer comme inéluctable son mariage avec la démocratie. La remise à plat s'achève 20 ans après la chute du mur. Vaclav Havel est mort, Kim Jong-Il est mort, Fidel Castro approche les rives du Styx, partout les régimes et les empires se lézardent et demain s'ouvre en forme de question.

 

10:38 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : kim jong-il, vaclav havel, communisme, capitalisme, avenir, benjamin jiben sire | |  Facebook | | | |

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