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13/10/2011

LA REPUBLIQUE DE WEIMAR OU LE NEW DEAL ???

Dans quel archaïsme le débat politique est-il en train de s'enferrer ? Nous voici donc à observer les finalistes de la primaire socialiste et les portes flingues du parti présidentiel* babiller sur les brevets de gauchisme des uns et des autres, entre mollesse, dureté et bolchévisme, amenant le débat vers une logorrhée qui rappelle davantage le Congrès de Tours** et les saillies Maurassiennes, que les premiers pas du 21ème siècle. C'était sans doute le piège à éviter pour témoigner d'une juste appréhension des enjeux auxquels la France comme le monde sont confrontés et montrer au peuple (ni de gauche, ni de droite, mais partout en difficulté) que notre époque est tout sauf un retour en arrière, mais un plongeon vertigineux vers des temps inconnus.

 

D'un simple point de vue sémantique, c'est tout ce qui marque justement, et n'en déplaise à Jean-François Copé et aux archéo-gauchistes, la différence entre l'argumentaire moderne de Arnaud Montebourg et celui de Jean-Luc Mélenchon, qui fleure bon le Front Populaire, même si nombre de leurs propositions se rejoignent.

 

Mais, indépendamment de ces questions, pour vaincre Nicolas Sarkozy, il faut être capable de faire la part entre les différents chapitres qui doivent être (et ne seront sans doute pas) les piliers de la campagne de 2012 et qui s'inscrivent bien au-delà des notions de droite ou de gauche, si l'on considère schématiquement la première comme axée sur la justice (pouvant entraver la liberté) et la seconde sur la liberté absolue d'initiative et de mouvement (pouvant être fondamentalement injuste). Par delà la crise financière et économique, qui n'est qu'une conséquence, se manifeste essentiellement la crise du concept de morale dans toutes ses acceptions et la question centrale du rôle de l'État à l'heure de la mondialisation ou, au contraire, du rôle et du poids des organes de contrôle supra-nationaux.

 

Or aux pieds de ces grands enjeux, nous savons les citoyens divisés et repliés sur l'effective difficulté de leur situation personnelle, en butte à l'effrayant constat d'un monde qui leur échappe et s'éloigne d'eux. Face à cela, il serait tellement tentant de faire jouer l'illusion d'une politique technique de comptes d'apothicaires alors que la situation impose d'élever le débat et d'inviter chacun, de quelque milieu, de quelque origine, à participer à cette démarche, par delà les intérêts catégoriels et les communautarismes.

 

Après cinq ans d'un gouvernement qui aura empilé les replâtrages (et non les réformes) dans la plus parfaite incohérence, jouant en permanence les uns contre les autres, allant jusqu'à troubler les consciences au sein même de sa famille de pensée, il est temps d'imposer une vision qui dictera les mesures à prendre et non d'imposer des mesures qui tiendront lieu de vision. Le changement n'a aucun sens s'il n'a pas au préalable un but et notre monde, comme les peuples, ont aujourd'hui avant tout besoin de sens. Il ne s'agit pas d'être de gauche ou de droite, encore moins du centre – terme bassement pragmatique qui méprise les grands desseins – parce que ces notions ne correspondent plus à la réalité. Le choix n'est plus simplement entre justice ou liberté, mais dans la mise en place d'entités géographiques pouvant lutter à armes égales. Que l'on emploie les vocables de « démondialisation » ou de « mondialisation » n'est pas le problème, puisque tout les éléments de nos sociétés, d'internet aux transports, des religions aux courants culturels, des échanges financiers aux loisirs, fonctionnent dans une optique supranationale. C'est à cela qu'il faut adapter notre sociétés, nos sociétés... Et là encore, le terme « protectionnisme » est maladroit pour ce qu'il se réfère au monde d'hier. Mais il l'est moins dans les faits et dans le sens qui lui est donné par ceux qui souhaitent imposer une internationalisation des normes sociales, écologiques et économiques. Or, pour le moment aucune des conditions requises à cette nécessité n'est en place et seule l'Europe pourra peser pour initier ce mouvement. Mais pour cela, elle doit avant tout se réformer en profondeur sur la base de cette vision. Cela paraît pour le moment utopique, c'est pourtant inéluctable et elle le fera; de la même manière que les États-Unis en viennent à faire pression sur la Chine concernant la sous-évaluation du Yuan, ce qui semblait impensable il y a peu. Mais cela se fera d'autant plus vite que les futures dirigeants de la France pèseront de tout leur poids dans cette démarche.

 

Le débat d'hier entre les deux derniers prétendants socialistes n'était, il faut le reconnaître, pas très engageant dans cette perspective. Mais il semblait quand même opposer une éternelle ministre, dont la seule jauge tenait à la dureté de sa gauche, à un politicien, certes sans grande envergure, mais porté par une véritable volonté de rassembler les Français vers un objectif commun.

 

Et puisque l'on a évoqué le passé, il reste à savoir si l'aventure qui naîtra de la prochaine élection présidentielle aura des airs de New Deal ou de République de Weimar....

 

* Qui n'est plus tout à fait l'UMP, dont nombre de composantes ne veulent plus se mouiller dans le débat.

** Congrès de 1920 qui marquera le schisme de la gauche Française (entre communistes et socialistes)

 

13:05 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : 2012, primaire, présidentielle, europe, gauche, droite, halloande, aubry, sarkozy, montebourg, sire, wuyilu | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci de recadrer les enjeux.

L'heure est au rassemblement, certes, mais d'un autre côté il faut du volontarisme...

Le volontarisme sans rassemblement va dans le mur et le rassemblement sans volontarisme ne fait pas rêver dans l'immédiat mais il est un préalable.
Bien vu.

Écrit par : Dianae | 13/10/2011

Le problème est qu'une présidence molle, même si elle rassemble au début, risque de nous amener un Copé, pire qu'un Sarkozy ou une Marine en 2017.

Donc, si tactiquement il faut choisir Hollande pour rassembler au centre et au centre-droit, Aubry est quand même quelqu'un de plus solide et de plus volontariste (si on fait abstraction de ses qualificatifs sur la gauche, qui sont purement marketing).

Enfin, on verra dimanche.

Écrit par : Dianae | 13/10/2011

Les commentaires sont fermés.