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30/09/2011

UNE FABLE POLITIQUE : MARTIN REVIENT DE GUERRE (Et ça réveille !)

 

Il était une fois un politique.

Appelons-le Martin pour l'occasion.

Nous sommes en 2006.

A 37 ans, Martin est considéré comme un élément prometteur du principal parti dit de gauche, dont il représente la frange la plus sociale-démocrate, voire libérale (au sens Européen, comme Américain du terme, à l'image d'un Zapatero en Espagne). Le cœur presque à gauche et le portefeuille un peu plus à droite, il tombe naturellement au centre du jeu et parfois au centre du « je ». Dans le « civil », Martin prodigue avec largesse des conseils en stratégie de communication de crise au sein d'une des principales agences de la place de Paris. Mariée à une charmante jeune femme, un peu fofolle et très libre d'esprit, père de deux adorables bambins, il peut s'enorgueillir d'avoir le contrôle de sa vie, dont il considère qu'elle peut avoir valeur d'exemple. D'ailleurs, ni lui, ni sa femme n'ont recours à un psy, ce qui témoigne de leur équilibre dans ce milieu où chacun sent un jour le besoin de « faire le point » avec un professionnel.

 

 

Fils d'universitaires, hélas décédés depuis 7 et 3 ans, (Père, professeur de droit, mère, de biologie moléculaire), aux idées aussi larges que le salon de l'adorable maison de ville qu'ils louent dans le 14ème arrondissement, il a passé toutes ses vacances d'enfance entre la Dune du Pilat et les séjours linguistiques dans les avantageuses villas des amis de la famille entre Brighton, Barcelone et Boston. Il affuble d'ailleurs ces voyages du nom « le triple B »; appellation certes négative lorsqu'il est question d'agences de notation, mais en la circonstance attachée à des souvenirs tous plus joyeux les uns que les autres, bien que laissant flotter un parfum suranné et nostalgique. La famille n'est pas « fortunée », mais côtoie des gens qui le sont et le milieu qu'ils fréquentent, dont ils ont peu à peu épousé les codes.

 

Bien entendu, Martin s'est frotté à la misère humaine, notamment, lorsqu'enfant, ses parents ayant dérogé à la règle du triple B, l'ont emmené en croisière vers l'Égypte où il visita les souks d'Assouan et d'El-Goma, au Caire. De la même manière, les fréquents passages aux Puces de Saint-Ouen, où un ami de sa mère possède un stand d'antiquités anglaises, lui ont laissé entrevoir une réalité sociale assez contrastée, qu'il soupçonnait déjà en se promenant aux abords du périphériques, sur le boulevard Lefebvre, pourtant assez près de son domicile.

 

A l'école, Martin se révèle doté de grandes facilités et peut tranquillement affronter sa scolarité, sans brio, mais sans accident. Après le Bac, il comprend vite qu'il est temps, sans abandonner une certaine insouciance, de donner un petit coup de collier et d'entamer de sérieuses études, riches en débouchées professionnelles. Il entame donc un cursus de droit à la faculté Paris II, avant de décrocher un diplôme brillamment acquis à l'Institut d'Etudes Politiques de la rue Saint-Guillaume. Là, il peut mettre en pratique son sens de la dialectique, longuement éprouvé au cours des passionnants débats familiaux qui enflamment les soirées du salon du 14ème arrondissement. Il apprend également le sens aigu de la compétition et de l'auto-promotion.

 

C'est finalement, sans vraiment choisir, comme lancé sur les pentes de l'évidence qu'il se retrouve à embrasser conjointement la fille d'un Conseiller d'Etat, et les carrières politiques et de conseil en stratégie.

 

Je m'arrête une minute dans mon récit lénifiant. Je vous l'accorde, il est truffé de clichés et de monotonie. Il va pourtant de soi qu'il est tout à fait exact, ou presque.

 

Fort des ses origines intellectuelles, Martin théorise beaucoup et participe, de sa plume et de sa voix, à l'affirmation du socle idéologique de son mouvement, à la fois humaniste et libéral. Il délivre des sentences impérieuses sur les orientations économiques et sociales à suivre, prend tantôt parti contre les dérives sécuritaires, tantôt pour l'instauration d'une TVA sociale. Il s'emporte contre la dérégulation ultra-libérale, mais conseille au quotidien un très grand groupe de luxe quant à sa stratégie d'acquisitions. Il traite l'ISF avec des pincettes, mais se montre plutôt favorable à l'adoption par les couples homosexuels, sans aller jusqu'à le clamer et encore moins à défendre ouvertement l'idée du mariage entre ces mêmes personnes. Il soutient et vote la ratification du traité de Lisbonne, « un mal nécessaire », mais s'emporte sur la stratégie de la Banque Centrale Européenne. Il a des idées sur tout et consacre 16 heures par jour à les défendre et à le faire savoir. Son blog est d'ailleurs parmi les plus suivis de la blogosphère et les commentaires y fleurissent chaque jour. Martin avance, sans pour autant s'être vu offrir une investiture lui promettant le Graal de la députation ou de la gestion d'une commune fleurie et de taille enviable. Il ne s'en inquiète pas, tant il y travaille, tant il sait que cette étape sera la suivante de son parcours linéaire et exemplaire. Martin est devenu un politique, un vrai, Martin sait se vendre, Martin sait « enculer les mouches » d'un geste délicat, Martin parle chaque jour avec plus d'assurance de choses qu'il ne connait pas, Martin a appris à maîtriser les risques jusqu'au plus parfait immobilisme de la pensée, Martin sait choyer jusqu'à ne jamais insulter l'avenir et les personnes le représentant, préférant taper sur ceux qui vivent à mille lieux de sa sphère d'influence.

 

Martin... Je le connais bien, je l'aime bien. Martin, a au fond de lui une profonde lueur d'humanité qui aurait pu magnifiquement s'exprimer en d'autres circonstances.

 

D'autres circonstances. Le jour où Martin apprend que sa femme va mourir d'un fibrome malin, son regard se fige. Ils vient d'emménager dans la petite ville de banlieue cossue devant lui servir de tremplin électorale. Pourtant habitué des ors de la république, Martin s'aperçoit qu'il gagne « seulement » 6000 euros par mois, tandis que son épouse, dilettante assistante dans une boutique de création florale, quand elle ne s'occupe pas des enfants, ramène une somme jugée symbolique par le couple, bien que suffisante à faire vivre une famille avec trois enfants dans certains quartiers défavorisés.

 

Diane, la femme de Martin, est bien morte un jour de 2009. Martin a regardé ses enfants et pour la première fois de sa vie, il a vraiment pu ressentir la douleur d'autrui au plus profond de son être. Pour la première fois de sa vie, ce n'est pas son ego qui l'emporte, ce n'est pas son histoire qui compte, surtout, ce n'était pas sa gène et sa culpabilité qui le taraude, comme devant les enfants d'El Goma. C'est vraiment la souffrance de l'autre, pleine et entière. Martin aime ses enfants plus que tout. C'est ce constat aveuglant qui m'avait permis de porter un jugement sur lui. Il décide de prendre leur destin en main et de vraiment s'occuper d'eux. De leur consacrer du temps, de s'intéresser à leurs besoins, à leurs chagrins et pas seulement de commenter leurs résultats scolaires, plutôt bons d'ailleurs.

 

Quelques jours après l'enterrement, après avoir reçu de très nombreux témoignages d'affection de ses proches, comme de ses confrères, il retourne à son agence afin de négocier une réduction de son temps de travail. Celle-ci lui est bien entendu refusée et, dans leur grande bonté, ses patrons consentent à le licencier avec d'acceptables indemnités. De quoi se retourner, « de faire la soudure » comme il lui est dit. Privé d'un véritable salaire assuré, comme de celui de sa femme, en charge de deux enfants de 9 et 11 ans, il déménage vers une ville de banlieue plus modeste. Le microcosme politique lui tourne immédiatement le dos, comme celui du consulting. Mais Martin tient le choc. Il ouvre aussi les yeux sur le monde qui l'entoure. Dans un premier temps, il adopte le statut de travailleur indépendant, rédigeant des piges pour des journaux internes et pratiquant pour certains démunis de sa ville le rôle d'écrivain public et de conseiller administratif, le facturant modestement. Pris entre la surabondance des charges et la réduction des offres de service, il bascule vers le statut d'auto-entrepreneur, qui lui permet aujourd'hui de faire vivre plus ou moins correctement ses enfants avec l'aide de quelques allocations bienvenues.

 

La fable voudrait qu'il soit heureux. Ce n'est pas le cas. Il ne pleure pas sur son sort et profite au moins de la fierté qu'il lit dans le regard de ses enfants qui n'avaient pas eu le temps de le connaître, ni d'être corrompus par la dictature des marques et de la discrimination sociale. Pour le reste, il se bat et s'emmerde souvent. Il est fatigué aussi, très fatigué. Il ne voit pas le bout et ignore désormais l'ambition. C'est fade et triste, mais il a compris la vie des artisans, celle des mères isolées, celle des chômeurs, celle de ceux qui affrontent le monde du travail sans aucune béquille de confort. Il a compris le rôle des services publiques qui l'aident imparfaitement dans son quotidien. Il a lâché son blog et ses sentences. Discutant souvent avec lui, j'en reçois quelques jugements instructifs qui mériteraient d'être portés à la connaissance du public, sinon de la classe politique. Il parvient à être à la fois radical et nuancé. Radical dans la dénonciation du faux semblant de la vie publique et de son exploitation médiatique, dans le repérage des mensonges que servent lobbys et catégories pour tantôt dénoncer, tantôt faire pleurer... Nuancé dans son regard sur la complexité du mikado économique et les fausses recettes miracles de tous les « yakas » qui rêvent de têtes sur des piques ou de crochets de bouchers, mais sans duplicité sur ces affinités coupables qui orientent la prise de décision et son explication au grand public. Il est surtout capable d'une profonde empathie à l'égard de l'ensemble des catégories sociales, comprenant par quel processus délétère le fait d'avoir insisté sur leurs divergences plutôt que de jouer leurs convergences a attisé, partout dans le monde, le feu social et l'augmentation des inégalités.

 

Une fable ? L'un de mes lecteurs se reconnaîtra partiellement et c'est un type bien. Ou une femme. Merci à eux, même (et surtout) quand ils continuent un peu la politique, de faire échouer le postulat délétère du « tous pourris ». Et si, comme pour les enfants, des cités ou de Neuilly, tout cela était une question d'éducation ?

 

18:07 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : politique, fiction, ps, sire, wuyilu | |  Facebook | | | |

29/09/2011

« JE » DE QUILLES ET DE MIROIRS

 

Il n'y a pas eu de strike...

J'ai tenté de regarder ces six égos se confronter. Des zéros et des uns défilaient sur l'écran.

« La première décision que je prendrai.... »

 

Ils étaient deux à vouloir rassembler sans donner le rêve, ni l'amour. Des (im)postures questionnant nos impôts et nos banques à la recherche de la faille rassurante de l'absence de sens. Ils parlaient de jeunes et de vieux, mais jamais de « NOUS », donnaient du je et jamais du nous. Se cherchant une légitimité en se montant du col (pourtant trop grand de leurs chemises).

 

Ils étaient deux autres à parler d'un grand soir hypocrite, dont ils savaient ne pas maîtriser les mécanismes, maniant la peur et le dirigisme en croyant caresser le poil de ceux qu'ils imaginaient être « les damnés de la terre ». Comme si le sourire carnassier et la haine égotique dans les yeux de l'une et le rictus aristocratique et les effets de manche grand siècle de l'autre, pouvaient, par davantage de division, ouvrir le cœur de 65 millions d'unités humaines abandonnées au marketing de l'individualisme. Mais lui donne plus envie d'essayer... Elle, de tuer...

 

Il y a avait l'autre, père fouettard radical, petit comptable, mauvais conteur, échappé d'un roman de Mauriac, s'accrochant à ses minutes de paroles pour nous dire, derrière le mot « Europe », la France des ses ancêtres.

 

Il y avait le jeune raisonnable avec ses idées sans relief, tout droit sorti d'une série politique américaine et tout épris de son ascension de fils d'immigrés espagnols, comme si son histoire et sa jolie volonté pouvait présider à autre chose que sa propre destinée.

 

Et pourtant j'irai voté pour l'un d'eux ou l'une d'elles. Et dans quel monde ?

 

Après le débat, je prends ma voiture avec ma petite fille de trois ans, mal-voyante, mais ouverte au monde, interrogeant chaque poussière et chaque âme avec cette absence de retenue propre à cet âge. Au troisième passage clouté, je suis obligé de piler ! Un type sans visage traverse au vert en téléphonant. J'arrive à 50 kmh. J'ai du mal à l'éviter. L'espace d'une seconde j'imagine le choc entre ses 80 kilos et la tonne de ma caisse. Un frisson me parcourt tout le corps. Le type continue son chemin comme s'il était étranger à la situation. Il m'adresse juste un doigt, tout en regardant dans la direction opposée. Même un ectoplasme, je ne veux pas le tuer. Je pourrais ressentir sa douleur.

 

J'arrive à destination. Face à un grand portail de HLM en bord de périph, une mère de famille harassée, ployant tel le sherpa sous le poids de ses courses, traîne deux mouflets aux yeux vides et aux mains sodas et barre chocolat. La maman tente de franchir le lourd portail, le portable, coincé entre l'épaule et sa chevelure aride comme son cœur disparu sous les coups du réel. Elle parle à voix basse, les dents serrés : « mais putain du vas appeler l'ascenseur! J'en peux plus de porter tout ça ! Et je peux même pas ouvrir ce portail de merde ! » Elle lance vaguement sa jambe contre la grille indifférente, comme si ses maigres mollets avaient des airs de Sésame. Elle ne fait pas attention, frôlant le déséquilibre, je lance presque ma canne pour actionner la porte qui s'ouvre comme par magie sur son passage. Elle passe, suivie de sa cohorte de calories et de marques sur pattes. Elle ne se retourne pas, ne dis pas merci, ne cherche pas à comprendre sa délivrance.

 

Dans la cour, 5 retraitées du soir, se désolent du monde, de l'arthrose et des nombreuses négligence d'entretien du bailleur, pourtant dirigé par un maire d'arrondissement de gauche. Ma fille, joyeuse et lumineuse, leur lance un tonique et sonore « Bonjour » (elle distingue encore vaguement le passage lexical entre le jour et le soir), que j'accompagne d'un plus timide « Bonsoir mesdames ». Nous continuons sans avoir paru exister aux yeux de cette assemblée de gérontes. Ma fille m'interroge : « Monsieur mon cher papa (on ne choisi pas les qualificatifs), pourquoi les dames n'ont pas répondus. » Je n'ai pas d'autres mots que « elles sont mal élevées ». « Mais papa, c'est le mot magique bonjour ! ». Elle se met à pleurer. Ca me touche, mais ça ne durera pas.

 

Voici aussi vos électeurs potentiels mes bon amis. Comme vous agrippés au « je », incapables de le « déshabiller » comme le suggérait Romain Gary pour en appeler à l'humour comme dernier rempart face au désespoir. Un je produit d'un jeu délétère qui a justement fait de tout le reste un produit, quand seule l'immersion en soi permet encore de se persuader d'exister, dans une humanité chiffre plus que nombre, divisée en niches par la force conjointe du machiavélisme politique et marketing. Ce sont eux auxquels vous tournez le dos depuis des décennies et que vous voulez amadouer ponctuellement avec ces vieilles recettes déjà tournées avant que d'être, encore subjugués que vous êtes par la campagne narcissique et décomplexée de Sarko, le maître du JE.

 

Pourtant, la seule recette qui puisse valoir, est celle qui aura réussie à l'autre communicant en chef d'un monde ou chacun se regarde en son miroir : le « NOUS », celui qu'Obama avait érigé en slogan quand il aurait fallu en faire une politique.

 

A la base, les êtres humains, ne cherchent pas à ce qu'on leur face miroiter un avenir radieux fait d'or, de pouvoir solitaire et de vide... Ils cherchent encore moins à entendre de vieilles antiennes ultra-dirigistes, dont les conséquences font froid dans le dos quand on respire un tantinet l'Histoire et dont on sait qu'elles sont un terreau de divisions supplémentaires et se propagent vite à tous les échelons de la société, joignant dans un cauchemar la modernité froide et normalisée qui dévore l'âme, et les dictatures dépassées du tous contre tous au bénéfice d'un seul.

 

A la base, les êtres humains cherchent seulement à se dire que leurs parents les aiment et à voir la fierté briller dans leurs yeux à l'aune d'un avenir. Encore faut-il créer une société du « nous », qui laisse un peu de place à ces notions et ne transforme pas toute action en sacrifice et harassement, toute vie en impossibilité d'amour et de réelle perspective.

 

Je me suis levé à 5 heures du matin en pleurant, avant d'écrire ce texte. J'ai pensé à ces écrivains « de gauche » que je fréquentais dans les années 80/90... à la société qu'ils ont préconisée sans le comprendre et qui s'étale là sous nos yeux, dans le mépris du peuple en tant que "nous", dans la glorification de l'épanouissement individuel devenu l'écrasement de l'autre.

 

 

Et j'ai regardé leurs avatars politiques en découdre.

Et il faudra bien voter pour l'une d'elles ou l'un d'eux.

Vertige.

09:27 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : primaire, socialiste, sire, wuyilu, politique, avenir, présidentielle, 2012 | |  Facebook | | | |

18/09/2011

I'll be back

Bon, c'est juste un frémissement, une idée, un commencement de début, mais je sens que ce blog risque bientôt de reprendre vie.

Pas seulement à l'approche de l'échéance de 2012 (la présidentielle, pas forcément la fin du monde !), mais parce que là, ça commence à bien partir en sucette et qu'avant de mettre sa voix dans l'urne, toutes les voix doivent se faire entendre ou se faire lire pour mettre un terme aux sommets d'absurdité que notre vie politico-économico-médiatique est en train d'atteindre à un moment où un minimum de sérieux et d'oubli de soi s'imposerait.

(Je sais que le souci tient en mon manque personnel de sérieux, mais on fait ce qu'on peut !)

 

bon, à la prochaine les V....

Wuyilu

19:14 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Facebook | | | |