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14/04/2010

PETITE POLITIQUE POUR GRANDE EPOQUE

Bon, difficile de ne pas mettre les pieds dans le plat de l’épineux dossier des retraites à l’occasion d’une villégiature en la noble capitale française de la charentaise bling bling qu’est Menton. J’ai bien tenté de résister, m’étant promis de consacrer cette semaine exclusivement au repos du corps et de l’âme, dans l’oubli hédoniste des grands enjeux de notre monde et de tous ses timoniers qu’ils fussent grands, ou minuscules sur talonnettes. Oui, mais voilà, le rigide Eric, celui qui enfile ses pardessus et costumes sans les enlever de leur porte-manteaux, en a décidé autrement. Enfin non, lui il a rien décidé le Woerth. C’est le Napoléon des Nouvelles Galeries qui a trouvé urgent de lancer au pas de charge la nième révolution de son mini quinquennat. Un réforme des retraites pour justifier que les réformes prennent ensuite leur retraite jusqu’aux prochaines élections. La pause qu’il nous a dit. Le « pouce on ne joue plus », histoire de se donner un air de pas y avoir touché et de se hisser avec dégagement au dessus des partis, puisque rien ne garanti mieux une réélection que l’immobilisme déguisé en prise de recul. Et puis, quoi de plus tranquille qu’une petite réforme mal ficelée, vite emballée, votée en catimini quand les français oublient leur chômage dans les grandes transhumances du mois d’août et que les cégétistes se remémorent les grandes heures du Front Populaire à la buvette du camping des « Flots bleus » ? Est-ce bien raisonnable ? Franchement ? Est-ce bien raisonnable d’encore appliquer les bonnes vieilles recettes d’une politique des temps de calme plat, quand le système est à ce point en bout de course et que l’Occident tout entier sent le vent du boulet le frôler, comprenant qu’il ne s’agit encore que d’un coup de semonce ?

Comme tout le monde, je regarde les prévisions du Conseil d’orientation des Retraites pour les quarante prochaines années. Elles nous promettent des déficits abyssaux, pourtant fondées sur la base de scénarios en appelant à l’optimisme le plus béat et la certitude que notre système perdurera sans la moindre remise en cause, sans le moindre électrochoc politique, comme si les diverses crises, économiques, morales, alimentaires, écologiques, que la planète traverse se résoudront par la seule force de la pensée et la manipulation de modestes variables d’ajustement. J’ai parfois honte d’appartenir à une humanité qui a depuis longtemps fait le deuil de la notion d’imagination et se crispe avec arrogance sur l’idée de « la fin de l’histoire », telle que nous la décrivait le provocant Francis Fukuyama après la chute du mur de Berlin. Qu’il s’agisse des retraites, de l’écologie ou de l’aggravation des inégalités, on sent bien chez nos édiles, et quelque soit leur bord, un refus endémique de regarder la situation en face et de considérer l’heure avec la gravité qu’elle implique. On a toujours vanté la capacité d’adaptation de l’homme aux modifications de son environnement, en fut-il le principal responsable, mais jamais il n’y est parvenu par le principe de la cautère sur une jambe de bois. Or, de Copenhague à Washington, en passant par tous les Grenelles du moment, c’est actuellement la seule manière d’envisager la politique qui nous est proposée. A ce rythme, et après la précédente loi Fillon, la question des retraites, comme celle de la Sécurité Sociale,  devra faire l’objet d’une grande réforme tous les 5 ans, partant du principe qu’elle ne réforme rien au sens propre, se contentant de relever quelques seuils et de modifier quelques taux.

Comme en termes de systèmes politiques où rien ne semble exister hormis le capitalisme et le collectivisme sous diverses formes, l’alternative comprenant retraite par capitalisation et retraite par répartition paraît baliser l’intégralité du domaine, renvoyant toute forme d’imagination dans les champ d’une risible utopie et permettant à nos dirigeants d’avancer leur pions sur le naïf échiquier d’un court terme déjà obsolète. Baisse du montant des pensions (actuellement à peine au dessus des 1000 € de moyenne !), allongement des durées de cotisation (alors que le taux d’emploi des seniors est en décroissance et que la notion de pénibilité réelle est à peine considérée), augmentation du montant des cotisations ou transfert d’une partie des cotisations chômages (comme si le reflux du chômage était un postulat alors que le quotidien ne cesse de le démentir), création de prélèvements spécifiques s’empilant sur la CRDS, tels sont les seuls paramètres qui servent aujourd’hui de marqueurs à une réforme forcément et paradoxalement à la fois injuste et timide, s’inscrivant dans un refus aveugle de reconsidérer le système dans son ensemble et de phosphorer en repartant d’une page blanche. Facile à écrire, sur un mode incantatoire dans le plus bel esprit « yaka », sans doute… Très facile même, d’autant que je ne m’arme ici d’aucune proposition concrète, bien que certaines m’effleurent déjà*. Mais c’est pourtant à ce seul prix que nous sortirons de l’ornière que représentent nos modèles sociaux, qu’ils soient d’inspiration française ou anglo-saxonne. Mais avant que de telles réformes, que de telles bouleversements puissent être envisagés, il est nécessaire de prendre des mesures qui conduisent à l’apaisement de nos sociétés, à leur rassemblement, plutôt que de poursuivre l’œuvre de division actuelle. Si ce n’est pas fait, l’histoire, se chargera de procéder à ces grandes mutations, sans demander leur avis à nos dirigeants et syndicats. Cela s’appelle une révolution, et intervient de tous temps quand les réformes structurelles, les vraies, sont sacrifiés sur l’autel de confortables circonvolutions, quand la pensée s’allonge sur le sofa du « jusqu’ici tout va bien »…

Un peu d’imagination et de courage SVP

* Préalables

· Pour seules certitudes j’avance qu’une réforme de grande ampleur ne pourra jamais être menée aussi vite et dans un aussi faible esprit de concertation. Cela n’a jamais et ne débouchera jamais sur autre chose que de simples mesurettes sans effet durable.

· Les tenants de la pensée unique néo-libérale ont beau jeu de considérer le New Deal de Roosevelt comme un ensemble de mesures répondant aujourd’hui à des principes éculés, il n’empêche qu’il s‘inscrivait alors dans un corpus législatif novateur, qui a eu un effet d’apaisement considérable et sans doute évité une révolution sociale. Si ces mêmes esprits arrogants notent avec une relative justesse que la véritable raison du redressement américain est la seconde guerre mondiale, il n’empêche que dès 1936 la situation outre-Atlantique s’était considérablement améliorée, justifiant la réélection triomphale de Roosevelt. Il ne s’agit en aucun cas de renouveler une telle expérience, mais de considérer que seul un minimum d’audace et de véritables bouleversements structurels peuvent répondre aux enjeux d’aujourd’hui.

· Avant d’envisager une quelconque réforme structurelle, il serait nécessaire d’analyser et de modifier les systèmes et circuits de financements publiques ainsi que les règles budgétaires et de comptabilité publique auxquels la RGPP ne s’est pas attaquée et qui nécessitent d’amples révisions.

Les actuelles modalités régissant la manière dont l’Etat emprunte, héritage discutable de lois votées dans les années soixante-dix, méritent également un examen attentif et d’éventuelles modifications

18:08 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politique, woerth, retraite, réforme, budget, sire, wuyilu | |  Facebook | | | |

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