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24/03/2008

CARNETS DE CHINE II

Avant un volet plus économique et politique (finalement repoussé à l'Episode 4), voici quelques petits rappels de l'histoire contemporaine du Tibet, afin de mieux comprendre les évènements actuels 

Ce texte réactualisé fait partie du dossier que Jay Sroussi (surtout) et moi-même avons préparé juste après notre retour en 2006.

Le prochain épisode sera consacré à la télé des tibétains (à l'extérieur et à l'intérieur de la Province Autonome)

Épisode II : Tibet, rappels historiques

Suivant qu’ils sont occidentaux ou chinois, les historiens ne relatent pas l’histoire du Tibet moderne de la même manière ; c’est pourquoi nous présentons ici les deux points de vue communément admis, le point de vue des ressortissants de la République Populaire de Chine et celui de l’Occident et des tibétains eux-mêmes.

Thèses chinoises :

Au cours de l'Histoire, le Tibet et l'empire chinois ont toujours eu des liens forts, par exemple la fonction de premier Grand Lama (futur Dalaï Lama) a été instaurée par l'empereur de Chine mongol Kubilai Khan.

Avant 1959, le Tibet était une théocratie féodale, dirigée par les grands propriétaires terriens et les prêtres. La majorité de la population rurale avait un statut de serfs ou de paysans, avec une minorité d'esclaves.

De 1840à 1949, les guerres avec les pays colonisateurs et la guerre civile ont bouleversé la Chine entière. Les provinces contrôlées par l'étranger se faisaient la guerre, et le Tibet a cédé aux colons britanniques. Mao et le PCC ont libéré le pays des étrangers. Le Dalaï Lama actuel est le symbole de cette aristocratie qui a cédé face à l'envahisseur, une honte nationale.

À partir de 1966 et jusqu'à sa mort, Mao a lancé dans toute la Chine la révolution culturelle et ainsi, tout ce qui était d’ordre culturel (édifices religieux, livres, ...) a été détruit, notamment nombre de temples bouddhistes au Tibet.

Aujourd'hui, avec les grands travaux au Qinghaï et à l'approche des JO, le gouvernement central prétend vouloir permettre au Tibet un nouvel essor, marqué par un développement des réseaux de transport et un désenclavement de la région ainsi que par l'adoption de nouveaux vecteurs de communication.

Thèses occidentale et tibétaine :

En 1949, l'Armée Populaire de Libération occupa le Tibet, juste après la chute du gouvernement nationaliste. Le Tibet redevient une province de la Chine, officiellement gouvernée par le Dalaï-lama et le Panchen-lama. Le pouvoir central chinois s'occupe de la défense, des affaires étrangères, des finances et de l'éducation.

L’occupation du Tibet et le durcissement de la politique Chinoise, incita le peuple tibétain à se soulever à plusieurs reprises. Le soulèvement de mars 1959fut férocement réprimé par les communistes chinois, qui s'acharnèrent particulièrement contre les moines bouddhistes. Les émeutes actuelles se déroulent dans le cadre du 50ème anniversaire de ce soulèvement, mais aussi dans la proximité des JO de Pékin.

Après la défaite de la révolte des Tibétains, le 17 mars 1959, le Dalaï-Lama, dont la vie était menacée, se décida à s'enfuir vers l'Himalaya, en compagnie de milliers de moines. Depuis, il réside à Dharamsala (Inde) où l'ont rejoint plus de 100 000 fidèles. Des résistants — les Khampas, originaires de la région du Kham — réfugiés dans les montagnes népalaises et soutenus par l'Inde et les États-Unis (dans une stratégie d'endiguement du communisme), mènent une lutte armée contre les Chinois. Au Tibet, le Panchen-lama dirige le gouvernement, avant d'être destitué en 1965.

Les Chinois engagent en 1961 la collectivisation de l'économie tibétaine. Mao fait construire des routes et des écoles mais la scolarisation est faite en langue chinoise, l'usage du tibétain n'étant toléré que dans le cadre de la famille. Des dizaines de milliers de femmes tibétaines sont contraintes par la force à épouser des colons chinois, des milliers d'autres ont été envoyées dans les bordels militaires de l'armée chinoise.

Le 9 mars 1961, le Dalaï Lama lance un appel aux Nations unies en faveur d'une restauration de l'indépendance du Tibet.

En 1966, la Révolution culturellese traduit par un durcissement de la répression anti-bouddhiste et de nombreux vestiges du passé et de l'influence religieuse sur les tibétains sont détruits par les Gardes Rouges. On estime à un million de morts tibétains, (soit un sixième de la population) le bilan de la répression maoïste. D'autre part, depuis 1989, la Chine utilise le Tibet pour entreposer ses déchets nucléaires. En mars 1989, la loi martiale est décrétée par le secrétaire provincial du Parti communiste Hu Jintao, devenu leader de l'ensemble du pays. Depuis la colonisation s'est amplifiée considérablement, Lhassa étant très majoritairement peuplé de Han, et la natalité extraordinairement contrôlée. Les femmes tibétaines sont stérilisées ou soumises à des mariages mixtes afin d'éteindre leur race. Le développement des transports férroviaires et routier a tendance à supprimer la frontière séparant la Chine du Tibet et le passage par Lhassa de la flamme olympique est censé marquer la fin de la spécificité de la région autonome. Les tibétains quant à eux sont, à l'image des indiens d'Amérique, considérés comme des curiosités touristiques, seule leur médecine étant préservée, tant elle est prisée par les Chinois...

Où vit aujourd’hui le peuple tibétain ?

Depuis quelques décennies maintenant, le peuple tibétain ne vit plus exclusivement sur le territoire du Tibet historique ( cf. la carte ci-après)

Il existe aujourd’hui, le Tibet chinois (Région Autonome du Tibet), officialisé en 1965. Il ne représente que la moitié de la superficie du Tibet historique et seulement 1/3 de la population tibétophone ( environ 2 millions sur 6 ). C’est le seul Tibet reconnu par les Chinois qui ont purement et simplement annexé d’autres régions comme l’Amdo et le Kham oriental, intégrés aux provinces chinoises du Qinghai, du Gansu, du Sichuan et du Yunnan.

S’y ajoute un " troisième Tibet ", celui de la diaspora des réfugiés (135 000), principalement installés en Inde et au Népal, où ils s’efforcent de perpétuer la civilisation et les institutions tibétaines autour du Dalaï Lama et du gouvernement en exil, installés à Dharamsala (en Inde).

Actuellement, le peuple tibétain se répartit donc de la manière suivante :

Chine : Tibet Autonome : 2 millions

Autres provinces : 4 millions

Inde (Dharamsala) : 100 000 réfugiés

Népal et Bhoutan : 16 500 réfugiés

États-Unis et Canada : 7 000 réfugiés

Europe (Suisse, GB et France) : 2 480 réfugiés

Taiwan, Japon, Australie et Nouvelle-Zélande : 1 280 réfugiés

Tibet historique et actuel 

La présente carte montre l'ensemble que constituait le Tibet historique et l'occupation chinoise. Aujourd'hui, seule la Région Autonome du Tibet est considérée comme appartenant à la province, les autres parties étant chinoises. On constate donc qu'en réalité, "le vrai" Tibet représente près de la moitié de l'ensemble du territoire chinois.

(Cliquer sur la carte pour l'agrandir) 

 

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Jay G Sroussi avec Benjamin Sire (Wuyilu) 

17:19 Publié dans Voyage | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Facebook | | | |

Commentaires

Merci pour ce repositionnement très bien construit, tu laisses juste échapper un "Han" sans préciser la signification (à la fin à propos de Lhassa), heureuse de voir que tu conserves l'objectivité autant que possible. Il y a juste un détail qui me semble manquer c'est la position de la CIA qui en protégeant la fuite du dalai lama et aidant les khampas a donné aux chinois la possibilité de détourner les messages de SS le Dalai Lama (version offcielle gouvernement chinois = les khampas sont une sous division de la cia).

Écrit par : Clotilde Couturier | 24/03/2008

je me rends compte que j'ai oublié une partie de ma phrase en chemin : les messages de SS et de faire passer les khampas pour des terroristes (envoyés par la cia)

Écrit par : Clotilde Couturier | 24/03/2008

Bonne remarque pour les Khampas !
heu les Han ? C'est l'ethnie majoritaire en Chine (-:
Au passage, j'ai mis un lien (colonne de gauche) sur l'institut de médecine tibétaine pour lequel Jay a fait les films.

Écrit par : Wuylilu | 24/03/2008

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