27.01.2012

L'ECOLOGIE EJECTEE DU TRAIN DE LA CAMPAGNE

      Bon bah voilà, on est en plein dedans ! On n'a pas encore fini de digérer les chocolats du nouvel an que la campagne s'est lancée à pleine vitesse sur les rails, sans nous prévenir, comme un train fantôme. Là on parle bien de la campagne électorale, parce que la campagne, la vraie, avec les ptits noisillons et les vaches qui broutent paresseusement, au train où vont les choses, elle semble s'éloigner à vitesse grand V. Comme ce TGV que justement, les vaches, n'arrivent plus à suivre du regard tellement il va vite. Enfin non, pas la campagne, mais seulement le vert, celui qui symbolise un peu niaisement la couleur de l'espoir et de l'écologie politique. Et là pour tout dire, on peut plus prétendre qu'écologie rime avec espoir. C'est plutôt l'inverse même. A qui la faute ? A Eva Joly qui disparaît au fur et à mesure que la campagne avance ? Ptet ben qu'oui, comme on dit dans la campagne normande. Parce que faut bien reconnaître que la « glacière à lunettes rouges », elle lui a bien savonné la planche à l'écologie de campagne à force de déraillages et du mugissement sans queue (de vache) ni tête (de train).

    Ces derniers temps, j'ai tout bien vu, tout bien écouté. Les grands chevaux de Mélenchon, Le petit trot de Bayrou, le débarquement sur le mode « retour vers le futur » de Morin, le « off » en dérapage super contrôlé de Sarkozy, les retraités au Gymnase de Dupont-Aignan, et bien sur le décollage de l'avion Hollande de la piste du Bourget, passé en vitesse de croisière dans Des Paroles et des actes sur France 2, hier soir. Bon, je parle pas de l'UMP, parce que les histoires de Sniper, j'ai arrêté depuis la Bosnie. Bref, je suis à jour.

    S'il n'est plus un secret que je me suis mis, presque malgré moi, à rouler pour François Hollande, en provenance de la galaxie bayrouïste (j'y reviendrai dans une autre note), j'ai comme un doute sur la question écologique. D'ailleurs ce doute ne concerne pas particulièrement le programme de François Hollande. Après tout, si certains le soupçonnent d'être un capitaine de pédalo, c'est bien la preuve qu'il avance à l'énergie non-polluante. Non, ça concerne tout le monde, Mélenchon à part (mais bon, là je peux pas), et même les verts, qui virent au rouge sans passer par le rose et du coup, salissent la pelouse à coups d'oukases qui ne garantissent pas la durabilité. On ne parle même pas de Sarkozy qui est passé du joli Grenelle à « L'écologie, ça commence à bien faire. »

    Quand je dis « écologie », je ne parle pas spécifiquement du nucléaire. De ce point de vue, les préconisations de François Hollande me paraissent assez sages et réfléchies. La transition énergétiques n'est pas compatible avec la baguette magique. Mais bon quand même. On se prétend tous consternés par les sauteries de la terre, du climat et de l'environnement, depuis Stockholm, en passant par Rio, Copenhague, Kyoto et j'en passe. On a tous entendus parlé de l'indispensable soutien à l'économie verte et de sa primauté dans l'orientation vers une croissance qui n'hypothèque pas les chances de la planète de connaître le jour où Louis Sarkozy et ma fille seront en âge de se présenter à la présidentielle. Et là, plus rien chez les gros poisson. L'écologie s'est suicidée sur le lit de la dette et de la justice. Ça sonne bien comme ça, mais c'est en réalité assez préoccupant. Parce que si je partage l'idée que ce n'est pas en étranglant les peuples par l'austérité que l'on sortira de la crise mondiale, je suis aussi certain que ce n'est pas non plus en les asphyxiant par une croissance délestée de toute préoccupation écologique que l'on défendra l'idée de l'avenir, même à court terme.

    Pensez-y quand même les enfants, hein d'accord ?

20.01.2012

MEGAUPLOAD ET LE MEGAMONDE

Bon, méga résumons.

La France, la Russie et les USA entrent dans le méga long tunnel de leur campagne présidentielle. La méga crise mondiale et les mégas dégradations continuent, tandis qu'à la barre des mégas navires internationaux se pointent des capitaines de Costia Concordia, velléitaires, hâbleurs, frimeur et dépassés. Pendant ce temps là, sur fond de loi SOPA, la méga guerre numérique a franchi un nouveau palier avec la méga fermeture internationale, du site de stockage et d'échanges de fichiers Megaupload, aussitôt sanctionnée par des attaques ciblés contre les sites de certaines institutions et entreprises liées à ce conflit. Le tout dans l'application d'une nouvelle conception spontanée du droit international, rappelant les opérations de la CIA et du FBI dans le cadre de leur  méga « croisade contre le terrorismes... Notre temps, comme les échanges numériques, va méga (trop) vite, et partout dans le monde, les politiques l'observent et le commentent avec une construction intellectuelle digne des 70's. La concomitance et la mise en perspective de l'affaire Megaupload et de la crise avec les premières joutes du débat présidentielle, ici, comme aux USA, font froid dans le dos en termes de décalage d'appréciation et de réaction. La réalité glisse entre les doigts des tenants du monde d'hier, prêts à retourner le scénario de la guerre froide, tandis que les véritables enjeux et moteurs de notre société, se jouent à un niveau et un rythme qui leur échappe totalement. Sensation méga étrange.

18.01.2012

MELENCHON : JE T'AIME IMPOT, PAS DU TOUT

Dans le grand ressac médiatique où l'écume des semaines dessine tantôt le visage de l'un, tantôt celui de l'autre, nous sommes entrés dans « le temps  Mélenchon » à la faveur d'une prestation très remarquée dans l'émission de France 2 "Des paroles et des actes". Pour avoir souvent commenté, négativement, les saillies du député européen du Front de Gauche, je ne pouvais ignorer ce rendez-vous.

En soit, rien de nouveau sous le soleil. La personnalité de Mélenchon, étrange astre éclairant la morne plaine des prétendants à l'Élysée, écrase tant ses interlocuteurs, journalistes frileux et bien-pensants, que la réalité d'un programme politique, à contre courant de tous les autres, fondé sur un étrange mélange de communisme pur et de relance par la consommation. Aussi bravache devant des journalistes bornés et convenus auxquels il ne laissa aucune chance d'expression, qu'il fut courtois et presque mielleux face à l'habile ancien grand patron, pas franchement ultra-libéral, Jean-Louis Beffa, Mélenchon n'eut finalement pas à expliquer grand chose de son programme, empilant comme cela lui convenait les milliards de recettes à partir de constats et fondements hypothétiques, dont des considérations fiscales totalement absurdes. On y reviendra, tant il paraît sidérant que nul, parmi les commentateurs ne s'intéresse à cette fameuse affaire du taux de 100% d'imposition applicable aux salaires annuels supérieurs à 360 000 euros, qui à lui seul, devrait discréditer totalement le candidat Front de gauche.

On peut néanmoins comprendre l'attrait exercé par Mélenchon, même si pour des raisons purement politiques il n'a pas toujours l'exposition que la logique de la période devrait lui accorder. Notre époque « du temps de cerveau disponible » impose « les bons clients » médiatiques, les grandes gueules, les caricaturistes, davantage que les véritables analystes (disparus depuis longtemps du paysage audiovisuel). Et de ce point de vue, Méluche est hors concours pour représenter les forces « révolutionnaires » et le « peuple de gauche », comme l'était avant lui Olivier Besancenot. Qui plus est, en dehors de la dérive purement marketing de l'information et de la politique, le principe même de l'élection présidentielle au suffrage universel, axée davantage sur une personnalité que sur un programme de fond, encourage l'émergence de ce type de natures, au verbe haut et aux idées courtes. «Chérie come on. Ça fait pas pipi loin mais qu'est-ce que ça sonne. » comme l'écrivain jadis Souchon pour Voulzy.

Mélenchon a la gouaille, la maîtrise totale du « coup médiatique », une grande culture associée à un sens de la formule lui permettant de faire mouche à chaque fois, un culot à toute épreuve, l 'amour de la provocation, une capacité pagnolesque à surjouer l'indignation et la passion et une bonne dose d'humour, même s'il a parfois du mal à contenir un fond de méchante hargne, de rigidité idéologique comme comportementale et des éclairs qui peuvent parfois effrayer le bourgeois (même si l'essentiel de ses partisans sont de cette caste, ne lui en déplaise).

Tout cela est très utile... Cela valide-t-il pour autant un programme politique qui ne pourrait s'appliquer que par la fermeture immédiate des frontières et l'établissement d'une véritable dictature ? J'en doute. Parce qu'il faut bien écouter Mélenchon quand il parle et égrène ses mesures, quand il prophétise ce jour prochain où les finalistes du combat seront les extrêmes et que seul l'un l'emportera, quand feignant de ne pas aimer les conséquences meurtrières des révolutions, il les appelle pourtant de son programme. Et il ne se trompe peut être pas tant que ça.


Je partage néanmoins son opinion quand il fait partout le constat du désastre des politiques d'austérité et de l'injustice de celles-ci (cela-dit, même Standard & Poor's va dans ce sens....). Je partage son opinion quand il remet en question les injustifiables niches fiscales offertes à certaines entreprises, autant que lorsqu'il prône une fiscalité bien plus forte sur les très hauts revenus et le développement des entreprises coopératives. Je comprends sa volonté de revalorisation des plus faibles revenus autant que sa volonté de ramener le smic à la réalité du coût de la vie. Je comprends tout cela comme un bon nombre de ses considérations, du plus profond de ma fibre, sans doute très à gauche. Et pourtant, je me vois toujours revenir vers le centre, non pas du fait de cette raison en contradiction avec le cœur, mais bien à cause de l'outrance castratrice et sans aucune chance de succès des politiques prônées par ce genre de personnalités. Car enfin, loin de ces hommes providentiels – et Mélenchon, bien davantage que Marine le Pen, pourrait en enfiler le costume – serait-il un jour possible de voir émerger un politicien authentiquement de gauche, sans qu'il se sente obliger d'agiter le chiffon rouge de la revanche et les bonnes idées qui perdent leur sens à force d'être envisagées dans leur application la plus absolue. Prenons cette histoire fiscale des 360 000 euros, par exemple. Elle me semble résumer à elle seule la déraison d'une tel personnage et de son programme, quand l'évidence devient l'absurdité, quand le bon sens se mue en folie parce qu'ignorant toute forme de mesure, quand l'idéologie se fait fort de décréter le changement de la nature humaine.

De quoi s'agit-il ?

D'une part d'augmenter la progressivité de l'impôt en faisant passer le nombre de tranches de 5, actuellement, à 14. Hormis le fait que cela me semble faire beaucoup de tranches, le principe ne me choque pas, au contraire, tant il est évident que le passage de 8 à 5 tranches à fait perdre de sa progressivité à un impôt dont c'était pourtant la nature et le concept. Un candidat dit de gauche, à la fois partisan de la justice et soucieux de réconciliation nationale (bien que peu de riches eussent-été d'accord avec ce qualificatif), en serait resté là, appliquant un taux très important à l'ultime tranche, elle même atteignant un montant particulièrement élevé. Et cela provisoirement seulement, le temps de l'utilité de la mesure au regard de l'état des finances publiques. Mais non, pour Mélenchon cela ne suffit pas. Il nous apprend deux choses, par ailleurs fondamentalement contradictoires. D'abord que cette dernière tranche atteindra le taux de... 100% à partir d'un revenu supérieur à 360 000 euros par an, ensuite qu'à elle seul, elle rapportera chaque année la coquète somme de 4 milliards d'euros à l'État. Wouahhh, fallait y penser...


Alors juste deux petites remarques de rien du tout. Et d'une cela ne rapporterait strictement rien, sachant que plus personne n'ira négocier un salaire dépassant cette somme, à partir du moment où il ne pourra pas disposer du reliquat. On m'objectera : d'accord, mais sachant que cela permettra d'augmenter l'ensemble des salaires, cela créera de nouvelles recettes fiscales. En soit, pourquoi pas, sauf que cette idée est naïve au regard du fonctionnement des entreprises et il y a fort à parier que cela augmentera surtout les dividendes d'actionnaires souvent étrangers et le transfert d'investissements sur des filiales elles-même étrangères. Dans tous les cas, une telle mesure conduirait à une fuite massive et ultra rapide des capitaux et des salariés concernés. Quant à savoir si cette mesure s'appliquerait à tous, à ceux pouvant bénéficier de tels salaires très longtemps, comme à ceux travaillant dans des domaines où les gains sont très évolutifs, précaires et brefs, comme les sportifs et les artistes, c'est une autre histoire, mais elle n'est pas anecdotique. Par exemple, le salaire brut annuel moyen d'un joueur de football de première division étant d'environ 500 000 euros par an, il y a fort à parier que le championnat de France, déjà parent pauvre des grandes nations, subirait un exode sans rémission... mais là je m'égare un peu.


Autre remarque. Lors de son dialogue avec Jean-Louis Beffa, Jean-Luc Mélenchon, parlant du salaire supposé de 100 000 euros mensuel de l'ancien patron, lui a dit, goguenard, qu'avec lui au pouvoir, il ne lui resterait plus que 30 000 euros, ce qui devrait être suffisant pour vivre... Et là, je m'arrête. Parce que c'est sur ce principe qu'à été vendue la mesure. Or une telle affirmation est absurde et démagogique. Si on s'appuie sur le calcul actuel de la progressivité de l'impôt, qu'il porte sur 5 tranches ou sur 14, on considère que la partie de revenus entre 0 et 30000 euros serait d'abord affectée par toutes les autres tranches, la dernière retranchant les fameux 70000 euros. Or si l'on se base sur le taux actuel de l'impôt, le salaire maximum possible serait de 19000 euros et si l'on extrapole sur un taux de 42% lié au 13 tranches précédentes, il serait de 17000 euros, à moins de considérer que les 14 tranches commencent et terminent à 360 000 euros ! Et là, même si je vis 8 à 9 mois avec une telle somme, je vois mal comment une telle mesure pourrait passer auprès des personnes concernées sans entrainer leur fuite immédiate. C'est la différence entre la justice et la dictature. La justice consisterait à dire : « Vous gagnez beaucoup d'argent, nous avons donc décidé d'augmenter la progressivité de l'impôt et, passée une certaine somme, de vous soumettre à un taux très important ». La dictature, qui est aussi la porte ouverte à toutes les corruptions, c'est dire : « Vous gagnez beaucoup d'argent, vous n'avez désormais plus le droit ni la possibilité de vous élever socialement et financièrement ». A la rigueur, si ce système, longtemps érigé comme principe dans les régimes communistes avec le succès que l'on connaît, était le règle mondiale, pourquoi pas, bien que sachant son vice intrinsèque, à savoir une fois de plus la corruption. Mais dans un contexte où il serait possible de gagner 10 à 20 fois plus en frappant à la porte à côté, comment peut-on envisager une seconde une telle manœuvre ?

Je ne doute pas que dans une vision vraiment juste d'une refonte de la progressivité de l'impôt une partie (seulement) des citoyens les plus aisés joueraient le jeu, acceptant de gagner moins, mais pas infiniment moins. Mais dans la vision Mélenchoniste, ce régime verrait fuir ou s'opposer violemment 100% des citoyens à hauts revenus, ce qui ne peut être le but recherché, ni un gage de succès. Par ailleurs, cette mesure s'oppose à une autre issue du même programme, à savoir l'impossibilité dans une même entreprise de voir le plus haut salaire dépasser de vingt fois le plus bas. En effet, avec un smic à 1700 euros bruts comme salaire de base pour un temps plein le ratio en question est déjà inférieur à 15, ce qui ne s'est sans doute jamais produit... Mais c'est un détail.

En fait, ce qui est bien avec Mélenchon, c'est qu'il me pousse à défendre les plus hauts revenus et les ultra-libéraux, à l'opposé de toutes mes convictions. Cela corrobore finalement l'opinion selon laquelle il est le parfait supplétif de la droite, au détriment du PS et du centre de François Bayrou, dont il semble (finalement logiquement) avoir fait son pire ennemi, et surtout, au final, de ce peuple que, comme Marine Le Pen, il prétend défendre... entre deux passages chez Drucker et une interview à Gala.

Groumph...